‹ La tragédie de sainte AgnèsChapitre 36 sur 65 · ACTE I!I · texte numérisé non relu

ACTE I!I

Telles que maintenant je les sens me frapper, Sans avoir le moyen d'en pouvoir escliapper Une heure seulement leur cruelle furie.

Censorin.

Vous serez donc tousjours en ceste resverie De mettre les dédains d'une jeune beauté Au nombre des malheurs. 0 quelle lascheté!

Martian.

Celuy qui ne sent point la douleur qui me dompte , Peut bien la mespriser et dire que c'est honte De s'y laisser aller d'un courage abattu , Qu'il faut bien plus avoir de cœur et de vertu, Qu'il faut estre constant, et généreux, et brave, D'aucune passion n'estre jamais esclave; Mais, s'il avoit senty les terribles ennuis Qui me vont travaillant et les jours et les nuits. Je suis seur qu'il serait tout comblé de tristesse Et déceu se verroit au bout de sa finesse.

Censorin.

Aussi bien comme vous amour m'a travaillé ; J'ay dessous son drapeau maintesfois bataillé ; Je n'ignore un seul point de tous ses stratagesmes ; Mais onc je ne senty ces douleurs tant extresmes Que vous dittes sentir.

68 SAINTE ACNÉS.

Vous fastes en naissant Plus fortuné que moy ; le destin tout puissant Vous rit du meilleur œil; les astres radieux Respandircnt sur vous leurs aspects gracieux , Et moy chetif, et moy, je n'eus pour mon partage Que ce qu'ils reservoyent de tempeste et d'orage. C'est pourquoy, me voyant en ces termes réduit , Je veux borner mon jour d'une éternelle nuit.

Censorin.

0 le brave moyen ! la bonne médecine Pour guarir de tous maux ! Ainsi l'on extermine Les plus grandes douleurs, les plus aspres tourments. Les ennuis, les regrets, les mescontentements , Et bref tout ce qui fasche et tout ce qui nous blesse ; Mais aussi c'est monstrer une grande foiblesse. Non., non, vivez plustost comme estant sur le point De jouyr de l'amour qui vous gesne et vous point.

Martian.

Sur le point, las ! Comment, puis qu'Agnès me rejette Et qu'amour ne lui peut lancer une sagette ?

Censorin.

Encor que cela soit, vous ne laisserez pas D'en jouyr à souhait , d'en prendre vos esbats.

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