‹ La tragédie de sainte AgnèsChapitre 40 sur 65 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

De vous voir blasphémer d'une telle manière Contre le Dieu du ciel, le père de lumière; Car je ne crain la mort, et Dieu m'en est îesmoin Que de tous mes soucis c'est bien le moindre soin. Au contraire, plnstost je me tiendrois heureuse D'endurer pour Jésus une mort rigoureuse, Luy qui pour nos péchez, et pour nous rachetîer, Cloué sur une croix la voulut bien gouster,

Simphronie.

Vous faites deshonneur à l'essence éternelle

De la faire sujette à la Parque cruelle,

Les dieux ne meurent point ; rien n'arreste leurs cours.

C'est pourqnoy, si Jésus a terminé ses jours ,

Croyez qu'il n'esîoit point de la troupe céleste,

Mais bien du genre humain, sujet au sort moleste.

Sainte Agnès.

Jésus nosire Sauveur, venant en ce bas lieu

De l'empire des deux, fut ensemble homme-dieu :

Homme, d'autant qu'il eut une vierge pour mère,

Et Dieu, d'autant qu'il eut le Dieu du ciel pour père.

De la part de sa mère il a senty la mort.

Mais de la part du père il ne craint son effort;

Ce qu'il monstra fort bien, car, après sa mort dure,

Il ne demeura point dedans la sépulture

Ainsi que nous , mortels , mais se ressuscita;

Puis après quelque temps dans le ciel il monta.

y6 SAINTI': ACNÉS.

où c'est qu'il est assis, ai grand magnificence , Prés le dcxtre costc de la divine essence. De là ses yeux ardans contemplent les humains. Et voyent tant leurs bons que leurs mauvais dessains De là , quand il est temps , ses eleuz il assiste , Et fait que chacun d'eux à bien faire persiste, Jusqu'à tant qu'il les ait élevez dans les deux, Où chacun d'eux jouyt d'un bien délicieux.

Simphronie.

Après avoir longtemps usé de patience,

Vous ayant doucement remontré rostre offcnce ,

Ainsi qu'à mon enfant, sans vous en corriger,

Enfin je voy qu'il faut du tout vous affliger.

Pour vous faire quiter ceste humeur si revesche

Qui s'empire tant plus qu'on vous prie et vous presche.

Mais paravant, je veus encores une fois

Vous faire voir combien vers vous je suis courtois.

Vous me dittes un jour que vous aviez envie

De vivre en chasteté le temps de vostre vie;

Allez doncques au temple avecques le troupeau

Qui garde de Vesta le sacré saint flambeau,

Ou sinon, par les dieux je jure sans feintise ,

Je vous feray mener au lieu de paillardise.

Sainte Agnès.

Je ne veux point aller avec un tel troupeau.

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