‹ La tragédie de sainte AgnèsChapitre 39 sur 65 · ACTE m. 7j · texte numérisé non relu

ACTE m. 7j

Sans en briser le chef avecques violence

De cet homme remply de rage et d' impudence f'

Je sçay que c'est, mon Dieu ! vous estes du tout bon,

Lent à nous chastier^ mais fort prompt au pardon;

Vous ne voulez la mort du pécheur misérable,

Mais sa conversion honneste et profitable.

Ainsi saint Paul ne fust par vos bras chastié ,

Mais seulement repris , et puis humilié ,

Afin qu'après il fust des éleus et des vostres.

Et mis au plus haut rang de vos aimez apostres,

Estant fait un vaisseau de sainte élection

Pour prescher vostre loy de grande affection.

Ainsi, Seigneur, ainsi reprenez Simphronie,

Convertissant en bien sa fiere tyrannie.

Simphronie.

Ha ! ha ! ha ! Voila bien doctement sermonné ! Voila bien discouru, voila bien raisonné! Ces fluides discours passeroient en pratique Ceux du grand Ciceron , maitre en la rethorique; Echines y serait tout de même sans voix. Et Demosthene aussi, lumière des Grégeois. Mais respondez un peu : d'où vient ceste science!'

Sainte Agnès.

Elle découle en moy de l'éternelle essence. Qui rend en un moment les ignorans sçavans. Et ceux qui sont mauvais bontifs et bien vivants. Saint Pierre la connust preschant en la marine.

74 SAINTE ACNÉS.

Lors ^ii'il se vist remply d'une haute doctrine, Luy, dis-je, qui devant ne sçavoit que jcttcr Ses rets an fond de Veau.

Simphronie.

Je suis las d'escouter Ce vain et fol babil. Sus, il vous faut résoudre D'adorer nos grands dieux ou d'estre mise en poudre. C'est un point résolu , c'est un point arresté. Sus, sus , depeschez-vous , le sort en est jette; Je ne îarderay plus ; je vay, je vay vous rendre A l'infâme bourreau pour vous réduire en cendre. Quoy ! Je vous voy pâlir, et dcsja vous tremblez! Vous estes toute cmeue et vos sens sont troublez ! Pensez, pensez en vous ; ne soyez obstinée, N'abrégez point le temps de vostre destinée; La mort est bien amere et fascheuse à gouster ; Pour ce un chacun la doit grandement redouter. Redoutez la, ma fille, et n'allez pas , mal sage , Vous présenter vous mesme à son pasle visage , Qu'un philosophe a dit estre bien plus affreux Que tout ce que l'on void dans l'abisme souffreux.

Sainte Agnès.

En vain tout ce propos et tout cet artifice. Je n'appréhende rien, je ne crain nul suplice. Si mon teint se pallit, cela ne vient de peur, Mais trop bien de dépit, de chagrin, de douleur,

Page 1