‹ La tragédie de sainte AgnèsChapitre 45 sur 65 · ACTE IIII. 8j · texte numérisé non relu

ACTE IIII. 8j

Le 1" Paillard.

Quelle somme faut-il i'

Le Trompette.

// fauî une grand somme.

Le 1" Paillard.

Mais quelle?

Le Trompette.

Cinq tallens.

Le 2« Paillard.

Je ne suis pas son homme, Corbieu , je n^en veux plus !

Le 1" Paillard.

Quand est de moy, le coust Ne m^en estera point le désir ny le goust. Sus^ sus, je vay quérir la somme demandée. Cependant, quelle soit dans le bordeau gardée.

Le Trompette joue encor une fanfare , puis frappe à la porte du bordeau.

M ac querelle s , ouvrez promptement, depeschez!

Les Macquereiles.

Patience, monsieur.

Le Trompette.

Ha ! si vous me faschez , Je jure par Cypris (]ue j'y mets rostre perte.

Les Macquerelles.

Entrez , entrez, monsieur; voilà la porte ouverte. Ne vous calerez plus. Ho ! que vous estes prompt ! Vous oyant , je craignois d'encourir un affront , Et ma compagne aussi.

Le Trompette.

Tenez, sotte (juenaille, Ceste jeune beauté que je vous livre et baille , Dans peu de temps d'icy vous verrez un paillard Qui viendra pour jouyr de son corps si gaillard.

Les Macquerelles.

Entrez, mignonne , entrez en ce lieu de délice.

Sainte Agnès.

Helas! plustost, helas! au cloaque de vice!

Les Macquerelles.

Nous vous allons mener dedans un cabinet , Lequel est fort gentil , bien agréable et net. Il est fort bien meublé de lict et de couchette; L'on vous y monstrera comme vous justes faitte.

Sainte Agnès , estant enfermée seule au cabinet , se met à genoux et prie Dieu.

0 Dieu, mon rédempteur, qui, d'an œil de clarté. Contemplez la douleur et la calamité De chacun des humains, mesme de ceux dont l'ame De vostre saint amour dévotement s'en/lame , Helas! voyez , mon Dieu, voyez les durs ennuis Et la grande misère où maintenant je suis. Prenez pitié de moy, vostre pauvre servante , Faisant que nul paillard , ô mon Dieu, ne se vante D'avoir cueilly la fleur de ma virginité , Laquelle j'ai voilée à vostre sainteté.

Et vous, heureuse vierge , espouse et fille, et mère De mon sauveur Jésus, las ! voyez^^ma misère. Et priez vostre fils , mon bénin rédempteur, Qu'en ce lieu d'infamie il soit mon protecteur ; Ou bien, si je ne suis digne de telle grâce. Qu'il face que ce corps subitement trespasse Avecque son honneur, car j'aime beaucoup mieux Me priver à jamais de la clarté des deux Que de vivre impudique , encores qu'incoupable , N'ayant eu le désir de ce péché damnable.

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