ACTE m I. ai
Tenez, voyez que c'est : la dame des amours N'en sçauroitpas donner encor une pareille.
Le 1" Paillard.
0 dieux, que voy-je là ! Quelle rare merveille !
Le 2* Paillard.
Mes sens sont tous ravis ; je suis tout transporté ; Oncques je n'avois veu de si grande beauté.
Le 1" Paillard.
Dieux, je suis en extase ! 0 dieux, que je suis aise De voir si beau visage! Il faut que je la baise.
Sainte Agnès.
Retire toy, vilain; ne me vien point toucher De tes profanes mains.
Le i'-" Paillard.
Vous avez beau cacher Vostre bouche et vos yeux , si , si, vous baiseray-jc.
Sainte Agnès.
Laisse-moy, laisse-moy, profane sacrilège , Je suis vouée à Dieu.
Le 2« Paillard.
C'est donc au dieu d'amour i'
Sz SAINTli AGNÈS.
Sainte Agnès.
Ccst à ccluy qui fist ce terrestre séjour.
Le r'' Paillard.
Trompette, mon amy, que nous veut-elle dire?
Le Trompette.
Escoutez; en deux mots je m'en vay vous instruire
De toute son affaire : elle est de ceste gent
Qui sert à Jésus Christ d'un esprit diligent;
Et, pour n'avoir voulu à nos dieux rendre hommage,
Je la meine au bordeau vendre son pucelage.
Le i" Paillard.
Donnez-la nous phisîoi ; nous allons l'achetter, Et tout présentement de l'argent vous conter.
Le 2^ Paillard.
Voire, et par le marché nous vous ferons tant boire Que de tous vos soucis vous perdrez la mémoire.
Le Trompette.
Ce que vous avez dit n'est pas à mespriser. Mais certes, mes amis , je n'en puis disposer, C'est nostre gouverneur qui sur elle a puissance Et qui veut qu'on la meine au lieu de jouyssance. Si doncques vous voulez avoir sa chasteté , Allez quérir le prix qui pour ce est limité.