‹ La tragédie de sainte AgnèsChapitre 48 sur 65 · ACTE IIIl · texte numérisé non relu

ACTE IIIl

Tyran, que tardcs-tu que tu ne me martyre!' Fay venir tes bourreaux, applique tes tourments. Par eux je jouyray de tous contentements; Par eux je jouyray de mon amour pudique, Embrassant doucement mon cher amant unique, Amant dont mon esprit est tellement ravy Que je suis morte en moy, mais en luy je revy. Il reste dans mon cœur, mais d'une façon telle Qu'y vivant il me donne une vie immortelle.

L'Ange.

Voila très-bien parlé, car en luy nous vivons; Par luy nous respirons et par luy nous mouvons. C'est le premier estant; de luy provient nostre estre. Et c'est luy qui de tout est le seigneur et maistre. Si son divin pouvoir defailloit un moment A tout ce qui réside en ce bas élément. On le verrait périr, et nous mesmes, ses Anges, Qui sommes ses courriers par les pays estranges. S'il n'alloit soutenant nostre estre avec le sien, Ce seroit fait de nous : nous ne serions plus rien. C'est pourquoy ces payens, abominable engeance. Sont bien remplis d'orgueil et d'extresme ignorance De se mettre à genoux pour prier humblement Des sujets despourveus de tout ressentiment. Ils ne méritent pas d' estre dits raisonnables, Car les brutes des bois les plus espouvantables Par l'instinct naturel connaissent bien qu'il est

Un grand Dieu loiil-piiissant qui d'aliment les paist. Doncques cinq cl six fois race ingrate et mauvaise, Qjii ne rcconnois pas celuy d'où rient ton aysel

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