MARTIAN, CENSORIN ..ET LES PAILLARDS
Mariian.
PUISQUE ma loyauté, mes larmes, mes soupirs, Se sont tous respanduz vainement aux zcphirs, Et que le beau sujet dont mon ame est esclave, Au lieu de me chérir, me dédaigne et me brave; Puis, dis-je, que je suis tellement rejette Qu'il ne fait point d'estat de ma captivité, Bittes, cher compagnon dont j'aime la présence, Ne dois-je pas user de force et violence.^ Dittes, ne dois-je pas, estant entre mes mains, Jouyr de mes désirs, accomplir mes desseins.''
Censorin.
Oay, ouy, vous le devez : c'est chose raisonnable; Vous avez trop long temps de tous esté la fable, Et trop long temps encor de vous l'on s'est niocqué. Disant que vostre cœur de courage a manqué. C'est pourquoy de ce pas allez sans recognoisîre,
Etj qu'elle veinlle ou non, faites-vous voir le maistre;
Estaingnez de ce coup vos désirs amoureux.
Et, si vous justes doux, monsîrez-vous rigoureux,
J'entens si ses mespris elle vous continué.
Or sus, allez joiier; elle vous attent niie.
Martian.
Voire, mais ce n'est pas de franche volonté.
Censorin.
N'importe pas comment, puisque llionnestcté Dont vous avez usé cent mille fois vers elle N'a jamais pu fléchir son courage infidclle.
Martian.
Oi c'est un point vuidé; je vay donc en jouyr.
Censorin.
Allez, ne tardez plus.
Martian.
Venez vous resjouyr Tantost avecque moy, car il est raisonnable Que vous participiez à ce bien délectable.
Censorin.
Si le désir m'en vient, j'iray vous relever, Pour ainsi comme vous au combat m'esprourer. Mais, digne vertubieu, l'on nous a fait la nique :
92 SAINTK AGNÈS.
Voila deux champions, deux bons branleurs de picqu'e, Lesquels, s\\y-je grand peur, ont forcé son cliasteau. Courons risic vers eux. Tout beau, corbieultout beau! Qjwy! voiilez-roiis tons seuls jouyr de ce pillage? Nous en roulons aussi. Sus, sus! faisons partage.
Les 2 Paillards.
Messieurs, ne criez point : prenez tout s'il rous plaist; Nous vous pouvons jurer que tout encore y est.
Censorin.
Comment? que veux-tu dire? Est-ce que tu te mocque?
Martian.
Par le corhicu, coquin, il faut que je vous choque. Vous estes bien hardy de nous venir gosscr!
Le 1" Paillard.
Tout beau, monsieur, tout beau ! Gardez de me blesser. Appaisez, s'il vous plaist, cette horrible furie. Ce que je vous ay dit n'est point de mocquerie. S'il vous plaist m'escouter, ma foy, je vous promets De vous dire le vray, car je ne ments jamais.
Censorin.
Or, contez, compagnon; je veux bien vous entendre.
Le i" Paillard.
Comme vous avez veu, nous y venions pour prendre