MARTIAN ET CENSORIN
Martian.
MONTAGNE solitaire , et vous, sombre caverne, Où mes tristes pensers tous les jours je gouverne j Depuis que Cupidon , ce tyran redouté, Par l'effort d'un bel œil m'osta la liberté. Las! s'il demeure en vous quelques intelligences {Ainsi comme l'on croit, et comme je le pense). Qu'il leur plaise escoater mes funèbres accents, Pitoyables tesmoins des ennuis que je sens , Pour révérer par trop une ingrate maistresse , Laquelle à ses rigueurs ne donne point de cesse ; Mais plus je vay l'aimant avecques fermeté ,
10 SAINTE AGNliS.
FA iVaiitant plus je suis de ses yeux rejette ^ Semblable à ces tyrans desquels, pour leur bien faire, Von ne reçoit enfin que la mort pour salaire.
Censorin.
C est justement ici que Von m\x dit qu'il est; Et de fait je sçay bien que du tout il s'y plaist; Nous y venons souvent, sous le frais de l'ombrage, Escouter des oyseaux l'agréable ramage, Et quelquefois aussi pour causer librement De tout cela qui vient en nostre entendement. Mais je ne le voy point, sa grande inquiétude Volontiers l'a fait mettre en quelque solitude ; Il est dans une grotte à plaindre et lamenter. Cependant il me faut icy proche escouter Si je pourray l'ouyr.
Marlian.
Vous doncques, sainte troupe , Qui faites résidence en ceste verte croupe, Entendez mes ennuys , entendez mes douleurs, Et voyez les assauts que me font les malheurs; Puis, si quelque pitié vous émeut et vous touche , Hélas! consolez-moy d'un mot de vostre bouche.
Censorin.
Si je ne suis trompé , j'entends et reconnais
Les tons et les accents de sa dolente voix.
Les dieux en soient loiiez: car beaucoup je désire