ACTE IIII. 9j
Nos doux contentements et nos plaisirs gaillards Avec ceste beauté, vray miroir à paillards; Mais, estant sur le point de joiier avecque elle (Cas estrange à conter), une ardantc estincelle Est venu bluctter au devant de nos yeux. Telle, ne plus ne moins, que l'on void prés des deux Briller à longs esclairs la flame du tonerre, Qjii puis après descend rudement sur la terre. Ou dessus quelque tour, ou sur quelque rocher, Qui fait de grande peur un chacun se cacher. Ainsi, voyant ce feu dans sa chambre reluire, Nous sommes eschappez pour éviter son ire.
Les braves champions! ô les vaillans guerriers! 0 digne vertubieu! quels chauds advanturiers ! Combien il en faudroit pour conquérir Cartage! Or, sus, sus! je vay voir si j'ay plus de courage.
Censorin.
// est entré dedans, attendons son retour.
Le r'' Paillard.
Puis qu'il est si long temps, U gouste au fruit d'amour.
Le 2'' Paillard.
Voire, et nous fait servir icy de sentinelle.
94 SAINTE ACNÉS.
Censorin.
Ce vous est de l'honneur : c'est un mestier fidelle.
Le 2'' Paillard.
En di'spit de l'honneur, il nous coustc trop cher.
Le r'' Paillard.
Qii' est-ce là, compagnon!' Quoy! te veux-tu fascheri'
Le 2« Paillard.
Qui ne se fascheroit avoir lancé la heste?
Censorin.
Ha ! îais-îoy, compagnon : lu seras de la feste Après que Martian se sera contenté.
Le 1" Paillard.
Hé! dittes-moy, monsieur, estcs-vous degousté? Quoy! n'en voulez-vous point? Elle est si jeune ettendre!
Censorin.
Ouy, certes. Pourquoy donc? Mais il nous fait attendre Un peu trop longuement. Hé! n'est-ce point assez? Ne vous lassez-vous point d'estre tant embrassez? Martian, mon amy, prcstez-moy vostre place! Vous ne respondez point? Ho! quelle froide glace Me vient saisir le corps et le cœur peu à peu !