‹ La tragédie de sainte AgnèsChapitre 54 sur 65 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

Simphronie.

0 mort , comme à mon fils fais moy franchir le saut! Ne permets qu'aux ennuis plus longtemps je succombe, Mais enclos nous tous deux sous une mcsme tombe.

Censorin.

Monsieur !

Simphronie.

Helas ! mon fils, que je tenais si cher!

Censorin.

Monsieur, je ne veux pas ores vous empescher De pleurer rostre fils. En ce mal homicide, Bien plustost que constant on vous dirait stupide Si vostre juste dueil ne respandoit des pleurs. Mais seulement, monsieur, modérez vos douleurs Et ne permettez pas que leur excez vous face Oublier vostre rang, vos grandeurs, vostre race, Vous qui, brave guerrier, avez acquis l'honneur D'estre d'un lieu sans pair le grave gouverneur. De ceste illustre Rome en qui les deux propices Ont versé largement leurs plus heureux auspices , Si qu'elle fait ployer sous ses divines lois Le Parthe, VAffricain, l'Aleman, le Gaulois.

Simphronie.

Las ! Pleust à Jupiter, père de la nature , Que je fusse une pauvre et simple créature ,

100 SAINTE ACNÉS.

F.t que mon cher enfant , par moy tant regrcîé , N'eiist perdu de Phœbus l'agréable clarté. Pleiist auxdieuxquc je fusse un laboureur champcstrc, Et que mon pauvre fils eust cncor tout son cslre. Hclas , mon cher enfant! las ! doncques, je te perds En ton jeune printemps, en tes ans les plus rerds !

Censorin.

Vexcez de la douleur qui maintenant vous blesse Vous fait lascher ces mots de lliumaine faiblesse ; Mais je suis asseuré qu'en estant diverty, Vous ne voudriez prendre un si pauvre party. Vostre cœur est trop grand, trop brave et magnanime Pour d'un si bas estât faire le plus d'estime , Vous, dis-je, qui cent fois les armes en la main Avez accreu les bords de l'empire Romain.

Simphronie.

llelasl de ce bon-heur la chance est bien tournée!

Censorin.

// vous faut obéir à vostre destinée.

L'on n'y sçauroit que faire ; il faut patienter;

Vous ne la changerez pour ainsi lamenter.

Simphronie.

C'est pourquoy je me plains , je sanglote et je pleure. Mais ne retardons plus; allons à la demeure Où gist ce pauvre corps , pour le faire emporter.

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