ACTE V
Censorin.
La porte est bien fermée ; il nous la faut heurter.
Ho ho! du premier coup elle s'est dccroiiillce.
Or sus, que cesle chambre en tous lieux soit fouillée
Pour trouver ceste peste et ce cruel venin
Par lequel est deffunt l'amy de Censorin.
Sus à moy! je la tiens , je la tiens, la vilaine!
Simphronie.
0 fureur des enfers, Alecton inhumaine!
Pourquoy, bourrelle, as-tu fait mourir mon enfanta
Sainte Agnès.
Ce n'a pas esté moy, mais l'Ange triomphant Que le Sauveur Jésus m'a concédé pour garde. Vostre fus , me tenant au rang d'une paillarde , Estimoit butiner ma chère chasteté.
Mais il est chasiié de sa lubricité.
Simphronie.
0 démons ensouffrez de l'onde Stigiale!
Ne vois-je pas mon fils estendu mort et pasle ? 0 bons dieux, quelle veuë ! ô quel élancement! 0 grands dieux, que je sens de peine et de tourment! Hclas! mon cher enfant, ma tendre geniture! Je voy devant son temps ta triste sépulture! Helas! je te voy mort en l'avril de tes ans! Ce qui rend mes ennuis plus rudes et cuisans.
102 SAINTE ACNÉS.
Encores si Cloton fciist ferme les paupières Le coutelas au poing dans nos troupes guerrières ! Mais, las ! je te voy mort par une main sans pris, Non aux effets de Mars , tuais à ceux de Cypris. 0 fille malheureuse en tout mal débordée ! Las ! tu ras fait mourir par tes arts de Medée !
Sainte Agnès.
Vous m'accusez à tort. Je n'ay jamais appris
Le profane mestier d'invoquer les esprits.
Du mal de vostre fds je ne fus point coupable ;
Il est mort par les coups de mon Ange indomptable.
Simphronie.
Hclas! S'il est ainsi, je te vay conjurant , Par ton grand Dieu Jésus que tu vas adorant , De le remettre au monde.
Sainte Agnès.
Afin que chacun sçache Qu'un désir de vengeance en mon cœur je ne cache , Je vay prier mon Dieu de le ressusciter. Mais devant il vous faut de mes yeux absenter. Retirez vous au loin , car vous n'estes pas digne De voir ceste action de la bonté divine.
Simphronie.
Allons, retirons-nous , Censorin, mon amy.