ACTE V
Mais c'est trop retardé : Sus , rompons lui les os ! La voila, la voila ! Sus, avant! quon luy couppe...
Le Peuple.
Sans l'honneur que l'on doit à vostre sainte troupe , Je vous jure les dieux que tout présentement L'on vous feroit souffrir un rude chastiment. Néanmoins ce respect, gardez que vostre rage , Malgré nostre vouloir ne vous porte dommage. Ne passez plus avant si vous estes prudents ; Sinon vous encourrez de fascheux accidents.
Simphronie.
Qu'est-ce cy, mes amis? Vostre licence est grande! Respectez-vous ainsi celuy qui vous commande?
Le Peuple.
Arrcstons-nous , holà! Posons nos armes bas.
Les Sacrificateurs.
Donc, pour nous arrester, condamnez au trespas Ceste fausse chrestiennc , indigne d'estre au monde Et de voir de Phœbus la chevelure blonde.
Simphronie.
Vous estes bien cruels de vouloir mettre à mort Une telle beauté; vrayment vous avez tort.
110 SAINTEAGNÉS.
Les Sacrificateurs.
C'est vous mesme, seigneur; vous faites injustice
De ne la condamner à l'extrcsme supplice ;
Vous faussez les edits des sacrez empereurs,
Qui condamnent à mort les cliresticns pleins d'erreurs.
Si MaximiUen entend ceste nouvelle ,
Il vous accusera comme traistre infidelle.
Pères, vous dittcs bien et vous avez raison. Pour ce, je vay la mettre en l'obscure prison ; Puis , cela fait , j'iray son proccz faire rscrire , Afin de l'envoyer promptcment au martyre.
Les Sacrificateurs.
Maintenant vous parlez selon vostre devoir; Maintenant vous parlez selon vostre pouvoir. Pource nous supplions nos grands dieux tutelaires De vous continuer vos fortunes prospères.
Le Peuple.
0 brave gouverneur, valeureux fds de Mars, Dont les actes guerriers volent de toutes parts! Sacré Palladion de ceste forte ville!
Terreur des mal-vivans, et des justes l'azille! Las ! Nous vous supplions à genoux humblement De ne point condamner ceste fille au tourment !