ACTE V
Le Père.
Ma femme bien aimée.
Au lieu de nous fascher et de nous soucier, Nous devons bien plustost Jésus remercier D'avoir en sa maison nostre fille enlevée, Où c'est qu'à tout jamais elle sera sauvée, Jouyssant des plaisirs qu'il donne à ses éleus, Ainsi que dit Saint Paul, qui ravy les a veus.
La Mère.
Le grand Dieu soit loiié de toute ma puissance!
Le Père.
Encor que ceste mort mille pointes élance Qui me percent le cœur d'un esîrangc tourment, Néanmoins, messager, conte nous hardiment Sa bien heureuse fin, mesme par quelle voye Elle est montée au lieu de la céleste joye.
Le Messager.
Vous avez entendu la civile rumeur Et des prestres des dieux la cruelle fureur, Et, comme pour finir leur querelle importune. On mena vostre fille en la prison commune, L'ayant ainsi voulu le traistre gouverneur, Qui sembloit luy porter quelque peu de faveur.
Le Père.
Nous l'avons entendu par le bruit populaire.
I l8 SAINTE ACNÉS.
Le Messocer.
Lny donc^ues ne roulant se monstrcr sanguinaire (/1h moins en apparence), il fait venir à soy Aspase l'inhumain, le barbare sans foy, Et luy commande exprès de mettre à la torture Vostre innocente fille.
La Mère.
0 douleur par trop dure!
Le Messager.
Après qu'elle eut souffert d'un courage fort haut De ce cruel tourment V insupportable assaut, V enragé, le félon, l'exécrable busire, Fait dresser un buscher, et puis l'y fait conduire. Le feu s'estant espris en ce bois vivement. Il l'a fait élancer dans son embrasement. Mais, ainsi que jadis, dans Fardante fournaise, Les trois enfans hébreux n'eurent point de malaise, Vostre innocente fille, élevant ses beaux yeux Vers le palais luisant du monarque des cieuz, Fist par le doux accent de son humble prière Que ce feu dévorant se retire en arrière Sans luy faire aucun mal. Aspase, regardant Ce feu qui n'alloit point ceste pucelle ardant, Commande à ses soldats, ainsi que luy pleins d'ire. De rapprocher le feu pour afin de la cuire Et consommer du tout. Mais, cas miraculeux!