‹ La tragédie du nouveau ChristChapitre 18 sur 114 · I. \ Pp! M. M · texte numérisé non relu

I. \ Pp! M. M

Obi mon Dieu, on ne s'y plali guère à L'ordi-

naire!... Vous ne voulez pas me faire du chagrin. Mais quoi que vous puissiez me dire, et bien que j'aie peu voyagé, pourtant, allez, je sais bien qu'il doit exister, dans l'un des hémisphères du monde, peut-être très loin, mais quelque part assurément, un endroit de bonheur et de repos... Car ce ne serait pas la peine de vivre comme on le fait chez nous si aucun être ne pouvait connaître de la joie un peu au moins, et ici nous n'en avons pas... ça, c'est certain...

ZACHARIAN

Vous n'êtes donc pas si gaie qu'on aurait pu le croire, à vous voir tout à l'heure, chantant, dansant...

LA POUILLE

Il faut bien rire de temps à autre... et puis, qu'est-ce que nous ferions donc si nous pensions continuellement à tous les malheurs qui nous suivent, qui constamment sont à nos trousses, qui nous harcèlent?... Vous-mêmes, ne les chassezvous pas de votre esprit? Car, vous aussi, à votre aspect, on devine que vous n'êtes pas gais, hein, camarades?... Ce doit être une chose lamentable que votre vie. Et, d'ailleurs, personne n'est heureux. C'est mon avis... Oui, au milieu de nos

PREMIÈRE PAKTIE i:

Réserves, dans nos greniers, il y a un vu-.' plein de larmes dont il nous faut vider la coup»' et le contenu... N'est-ce pas vrai, ce que j<- dis ta, les compagnons?

ZACHARIAN

Oui, oui, vous exprimez des choses profondes, et la vérité est visible dans vos paroles... Nous aussi, comme vous l'avez dit, nous sommes démunis de bonheur et misérables. Mais ce n'est pas d'être pauvres qui nous afflige si fort...

Ils tombent tous dan< une méditatioû profonde. Au début de cette conversation, les gens du village n'avaient cessé de ricauer. Petit à petit, le fossoyeur s'est détaché de leur groupe et a écouté un intérêt grandissant A la lin. il se trouve debout près des compagnons et il intervient. La Fouille est. «die aussi, devenue

ieuse et presque triste.

L E POSSOY E I R avec une dureté ^rave.

Non-, ce qui nous rend malheureux, c*esl (Tertre

réduis à vivre ici sm> jamais voir autre chose

que cet horizon vert, cette terré humide et la

rivière pleine de p £6601*6. . . VOUS, -ans iloiite, VOUS

désolés parce oue vous ne parvenez pas à vottfi établir nulle part... Car vous êtes contraints

à aller d'ici à là, toujours ailleurs, à ce qu'il

semble, puisque vous passez par ici où personne ne connaît même votre nom... Quelle diable de profession exercez-vous?

(Silence. Les compagnons vont répondre, mais le Christ, à son tour, sort de sa rêverie.)

LE CHRIST d'un ton enjoué.

Un singulier métier, je vous le dis, et qui n'est pas semblable au vôtre et qui lui est même contraire, parce que nous défaisons ce que vous faites...

LE FOSSOYEUR riant.

C'est une énigme que vous me proposez? Elle est obscure... Pour une fois que vous nous parlez, eh bien, vraiment, c'est réussi, oui, tout à fait!... Yous voulez vous moquer de moi. Car, quelle connaissance avez-vous à mon sujet?... Savezvousquel est mon emploi?... Alors, dites-donc?... Qu'est que tout cela signifie, en vérité?

LE CHRIST

En vérité, cela signifie réellement une chose sérieuse... Mais vous ne me comprenez pas. Et dans quel but chercherais-je à vous découvrir ce que je pense?... Faites votre travail comme na-

Page 1