PREMIERE PARTIE 6J
susceptible «le perfectionner son action ei sa figure ' . Vous êtes lendus par une aspiration Inexprimable... Gomme une plante perce la croûte
du sol pour voir le jour, vous sortez hors des sphères grossières de l'existence afin de reconnaître enfin l'astre idéal!... Vous ne supportez qu'avec peine l'imposition retentissante des éléments, et de toutes les choses mystérieuses qui roulent là-haut, et dont l'incessant tourbillon donne le vertige !... C'est pourquoi, je vous le demande en ce moment : pourquoi, quand je vous parle ainsi, exhalez-vous des outrages toujours renouvelés et belliqueux?... Quelle sorte «le mal vous ai -je la il 2 En quelle façon puis-je VOUS paraître trouhle et obscur? Et comment vous y 'prenez-vous alin de me considérer comme votre en-
nemi
Silence. Marie, agenouillée, montre un Usage dont la passion secoue les traits avec violence. Elle ^'approche du Christ et semble en adoratii-n d vaut lui. Les compagnons regardent alternativement le Chri-t puis les gêna du village, qui font semblant d<- jouer aux cartes Bans se préoccuper de rien d'autre. Le fossoyeur tend le> bras vers le Christ avec une exaltation effarée. Le Christ est bou été d'amour. On voit sa poitrine s'enfler brusquement.)
LE FOSSOI El R d'un air d'amour.
<) maître '.... car de quel aom maintenant vous
appellerai-je... salut!... Salut désormais sur la terre du haut en bas!... Yous vous êtes montré tout entier devant nous tous!... Qu'ils ricanent ceux qui n'entendent pas ! qui ont les oreilles pleines de foin ! qui sont inertes !...
(Il regarde seulement du côté d'Eusèbe, de Thomas et du groupe des buveurs.)
LA POUILLE avec les accents dune joie délirante.
0 nuit! ô terre!... ô roches à pic croulant des astres ! ô nuages alourdis de pluie froide et aiguë!... ô vents que tant de fois déjà j'ai supportés pendant mes longues et dures attentes!... Je vous salue, ô fumantes ombres ! ô courbe du ciel ! ô parfum de la mer et des montagnes !... Car ce n'est pas en vain que j'ai gémi !... Et voilà que j'ai rencontré mon bien-aimé !... J'expirais, et il m'a rendu à la vraie vie. A présent me voici ressuscitée !... O héros ! qu'une triple couronne enveloppe tes tempes ! Et je te la forgerai moi-même dans un bronze sombre, j'y mettrai des herbes odorantes et des fleurs rouges!... O prince, toi qui règnes sur la terre, combien je t'aime!... 11 est donc vrai que je te contemple à présent, ô noble Roi !... Tu es venu sans ornement, mais tu éblouis!... Ah! que je suis heureuse de t'adorer!... Tu es debout en ma présence, toi dont je
BREM1ÈLBE l'A UTIL
n'avais pas cèvé de voir l'image !... Dieu, que Le monde as! magnifique avec ses tourbillons de rose-, ses vents flexibles, ses harmonies de i abonnements et de ténèbres!... Tu es venu tout éclairer
dans la nuit noire !..
Le Christ vu à elle, lui pose en -ouriant la main »ur l'épaule. Elle tressaille de> pieds à la t'te et se tait. Il a près de lu compagnons, et le fossoyeur. Tous le considèrent ten lreinent.
Il pousse alors un long cri aigu de bonheur.
LE CHIUST calme et souriant.
Il» ! ho ! mes bien-aimés, que vous fttes doux !... Y<>> mouvements d'amour rendent les sphères plus harmonieuses, comme si vous leur communiquiez vos saintes cadences!... Pourtant voilà qu'il faut que je vous parle encore une l'ois!... Regardez-moi, considérez votre miroir, c'est là que vous apercevrez tout votre avenir... Ainsi vous ;i\«'/ donc compris que je ae suis pas un homme simple qui passe ici. comme beaucoup d'autre», dont toutes les richesses sont contenues dan- une besace, el qu'environnent quelques amis
pour le voyage... 0 Marie, Indu»! tn as dit la
vérité, quand tu m'as donné toufl à L'heure le titre de Prince!... J<i suis venu pour reprendre mon royaume qu'on m'a volé. Car à présent moi, qui étais ricin* autrefois, je n'ai plus d'autre trésor que
vous, mes bien-aimés!... Et voilà que tout mon empire se borne à vous!... Car, quant au reste, il m'a été entièrement pris, et j'ai été dépossédé, si bien que je suis pauvre et nu, ayant perdu l'une après l'autre toutes mes richesses... Et c'est pour les reconquérir que nous marchons. . . Aimezvous dans les uns et dans les autres, c'est-à-dire en moi-même et en ceux-ci. . . Ainsi, qu'ils viennent donc avec moi les êtres qui veulent suivre dans sa vie le prince proscrit... Ils partageront sa pauvreté, ils mendieront le pain et les choses nécessaires, ils gagneront mal leur subsistance, ils seront tristes, chassés, repoussés de partout!... Allons ! il s'agit de marcher dans les ténèbres !
(Il est debout au milieu de l'exaltation de Marie, d'Élie el de ses compagnons. Ils forment à eux tous un groupe étrange, et terriblement passionoé. Le Christ prend son bâton et se met en marche vers la route de la campagne, avec Marie qui ne le quitte pas et qui lui tient la main. Zacharian et Martial les suivent. Élie hésite un instant, puis les imite et s'engage avec eux dans la nuit. Un instant stupéfaits, Eusèbe, le cabaretier et les autres se taisent. Ils se lèvent de la table en tumulte, vont regarder le chemin du côté où la troupe est partie, ne voient plus rien et reviennent secoués d'un rire énorme et effaré tout de même.)
EUSÈBE, THOMAS, etc., s'esclaffant.
Ha! ha! ha! ha!