CHRIST REPOUSSÉ PAR LES SIENS EST SANS PITIÉ
Une pièce pauvrement éclairée, dans laquelle deux vieilles femmes paraissent faire la veillée. Ce sont les deux sœurs. L'une coud sans rien dire sous la lampe. L'autre a posé son ouvrage sur la table, et elle tourne ses regards vers le fond de la salle, dans une chambre adjacente dont la porte est ouverte. Là on distingue un lit blanc de jeune tille et Ton comprend qu'il y a quelqu'un de malade.
Les fenêtres de la pièce donnent sur une route ; elles sont fermées, mais pourtant à travers les vitres il n'est pas difcile de voir dehors.
La campagne s'étend alentour dans un silence désolé. Le ciel semble plus obscur qu'à l'ordinaire. De temps à autre passent sur le chemin solitaire les grandes ombres d'une troupe de rôdeurs.
A. l'intérieur de la pièce on distingue un fusil pendu au mur.
Quand les vieilles femme- reU-vent la
tète, on devine qu'elles sont Fatiguées
aux gestes qu'elle- ébauchent vaguement.
elles découvrent l'inquiétude qu'elles ont en elles.)
LA MÈRE regardant du côté de la chambre à côté.
Veux-tu, lève-toi un peu, ma sœur, va dans la chambre... Moi je commence à être si lasse maintenant.
NATHALIE avec inquiétude, d'une voix basse.
Non ! je n'ai pas confiance comme loi, tu le sais bien... Va plutôt regarder toi-même, moi je n'ose point.
LA MÈRE
Gomment peux-tu dire sans pâlir une chose semblable? Quelle crainte éprouves-tu dans Ion cœur quand tu sais que ma pauvre petite ne peut. . . Ho! ho ! t'imagines-tu encore qu'il est possible...
NATHALIE
Il faut bien dire la vérité comme elle doit être... Dieu ! pourtant que cela est dur de voir s'affaiblir peu à peu un être si cher!... Oui, va toute seule de l'autre côté, moi j'ai peur de ne découvrir qu'une pauvre chose...
(La mère fait un geste comme pour dire : tu es folle avec tes idées ! Moi je suis plus brave que toi, et j'ai une confiance plus grande... Elle se lève, se dirige du côté de la chambre, jette un regard à l'intérieur, et s'arrête aussitôt toute pâle.)
Di: rXIKME PARTIE 71
LA M ERE elle fait entendre un cri perçant.
Ha !... Dieu du ciel !
NATHALIE se levant à demi en sursaut
Eh bien! qu'est-ce que tu as? qu'est-oe que
tu as ?
La mère vient doucement vera 9 1 Et d "une vuix inquiète et voilée elle lui dit ce qu'elle a vu.)
LA MÈRE avec émotion.
Rien! rien encore!... Mais elle es! toute pale. étendue, elle ne bouge pas !... Elle a la face creuse et aiiK-rc... Elle est de la couleur du s<il que L'on vient d'extraire des carrières marécageuses. Elle respire mal...
NATHALIE
Je le l'avais bien dit... Quespère-tu donc'?... Tu sais bien que la maladie lui brûle les os... Il convient de se faire à oe qui doit venir. Il Tant être docile et se préparer».. Tu te souviens de ce que Le médecin a annoncé... Voilà la dernière nuit qu'elle passe La dernière nuit!
LA Ml.LI.
parle pas de celle manière-là comme si lu
étais sûre des événements!... Qui t'a appris à t'exprimer comme tu le fais?... N'as-tu donc plus confiance en Dieu? Crois-tu que Dieu nous abandonne? Ne nous fera-t-il pas miséricorde?... Ou faudra- t-il que je voie se gonfler le corps de ma pauvre, de ma malheureuse petite enfant?...
(Elle s'asseoit en gémissant à côté de sa sœur, près de la table.)
NATHALIE cherchant à la calmer.
Nous verrons bien ce qui aura lieu tout à l'heure... En attendant, asseyons-nous un peu, veux-tu?... Il est douloureux de veiller pendant la nuit... Et nos lamentations sont inutiles, et toutes nos plaintes ne produisent que du vent dans l'étendue, et certes, il ne nous sert à rien de geindre sans cesse... Aie donc plus de calme à présent parce que cène sont pas nos cris qui arrêteront la marche réelle des destinées...
LA MÈRE
Tu es bien sage, mais moi je n'ai point de raison, oui, je l'avoue... D'ailleurs, ce n'est pas ton enfant qui est malade... Hélas! hélas! tu ne peux connaître ma souffrance, c'est bien certain... Toi, tu t'apprêtes à l'affliction comme si tu allais recevoir une étrangère, mais moi je ne puis pas m'y