‹ La tragédie du nouveau ChristChapitre 43 sur 114 · TROISIEME PARTIE III · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE III

nous n'étions pas nous tous des débiteurs naturels!... Malheur à <'u\. car ils accumulenl leurs richesses en de trop grandes quantités!... El cependant ils n'en distraient pas une parcelle, afin de subvenir aux besoins des hommes pauvres. El leur en soustraire une parti-', même toute petite, une chose aussi difficile que d'extraire une perle de la mer, ou que de tirer un diamant d'une mine de houille!... Oui, un tel étal de la vie se trouve opposé à toute règle de l'équité!... Il serait juste de mettre au pill réserves

agglomérées, de les répandre en part- égales parmi les hommes, et de détruire ces réservoirs de l'avarice!... Oui, oui. voilà en vérité ce qu'il faut faire !... Et autrement qui peul se flatter du nom d'homme, el se croire du courage dans la poitrine?...

LES MENDIANTS en battant des mains déplaisir.

Bravo! bravo! Oui, ce sont des choses vraies

qu'il dit !... lia raison ! ..

LE FOSSOTEUH

Est-ce que nous supporterons longtemj s vivre -au- rien, comme de- graines jetées sur la roche qui ne peuvent tirer d'alentour leur nourriture?...

112! LA TRAGÉDIE DU NOUVEAU CHRIST LE MANCHOT d'un ton décidé.

Et nous aussi, nous en avons assez !... Car ce n'est pas une vie que nous menons!... Misère de terre!... Eh quoi! devrons-nous implorer, sans fin, toujours, afin d'obtenir des subsides qui nous sont dus?... Sera-ce donc là notre existence à nous?...

LE FOSSOYEUR

Tolérerons-nous que les riches conservent leurs fortunes à nos dépens, et les agglutinent dans les sacs, et environnent leurs champs de haies d'épines, et posent des pavés sur le seuil de leurs demeures, et se retirent de notre présence quand nous passons, et lancent sur nous leurs meutes de chiens parmi les routes?...

LES COMPAGNONS violemmeot.

Non! Certainement!...

LE MANCHOT

Ah! jamais plus, à présent, nous ne consentirons à exposer nos plaies pour gagner ce qu'on nous doit !...

LA FEMME ESTROPIÉE

Trop longtemps nous avons souffert!...

I RQ1SIÉME PARTIE 11:;

1/ \ VEUGLE

Assez nous nous sommes humiliés devant les hommes !...

LE FOSSOYEUR avec exaltation.

Oui, oui, assez !... Car ce -ont eux qui devraient lillir de honte en nous voyant... non- misérables! et vous malades el Infestés!... Car il esi infâme pour les hommes pourvus de bien que d'autres ne possèdent rien du tout, et soient réduits a la misère la plus abjecte, et aient besoin ibaisser afin d'obtenir les secours indispensables!... Ah! maintenant nous voulons être riches, vivre à notre aise, et dussions-nous tout bouleverser, nous agirons!... Mais nous obtiendrons ce <|ue nous voulons !...

LE CHRIST il pousse une longue plainte.

0 malheureux !... n se tait un instant et les considère tons.) Bien plus à plaindre encore que vous ne le /. avec quelle compassion profonde je vous envisage maintenant!... Bêlas! voua n'avez donc aucune intelligence, comme si, en vérité, vous étiez simplement des blocs de terre muni- d'une faculté d'action 1... Car enfin, vous êtes ou aveugl estropiés, ou Infirmes à un poini extrême, el au lieu de faire de votre âme le centre de vos salis-

ti

factions dans l'univers, c'est encore à ce corps inerte que vous attachez le plus d'importance!... N'est-ce pas une chose extraordinaire qu'étant de lamentables formes, mal construites, sans force et sans cohésion, vous préfériez à tous les autres les plaisirs qui vous viennent de votre être inférieur?... Oui, vous aussi, je vous le dis, vous mettez votre trésor ailleurs que dans son lieu véritable!... Et comme si, possédant une terre aride, vous vous acharniez à la cultiver pour en tirer des fruits qu'elle ne peut pas donner, vous vous occupez sans espoir de la partie impure et stérile de votre être... Et vous ne cherchez en aucune façon à obtenir de celle qui pourrait être féconde des richesses bien moins difficiles à acquérir!... Et vous dites, comme si, en effet, cette masse mal sculptée et sanguine que vous portez au prix d'un effort continuel était jamais capable de vous rendre en bonheur ce qu'elle vous prend en peines : donnez-nous des choses substantielles, afin de remplir ce ventre et ces flancs, voilà ce qui nous intéresse, et sauf cela rien ne nous satisfait... Et ainsi vous enviez les biens d'autrui... Et les espaces couverts de blés sollicitent les désirs de votre vie... Et vous ambitionnez des joies terrestres ! . . . (Il regarde sévèrement ses compagnons.) Et vous aussi, vous aimez d'une trop grande passion les choses du monde!... Mais pourquoi tour-

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