‹ La tragédie du nouveau ChristChapitre 64 sur 114 · VOIX MÊLÉES DE LA FOULE ET DES JEUNES GENS · texte numérisé non relu

VOIX MÊLÉES DE LA FOULE ET DES JEUNES GENS

avec des gestes, de salut exagérés.

Au revoir ! — Ohé ! — A bientôt ! — On se reverra I — Oui ! Bonjour ! Bonjour ! Bonjour!...

LES GAMINS grimpant dans les arbres, se plaçant.

Perchons-nous là haut ! — Salut, citoyens! — Hé! les belles dames, faites attention! on vous regarde ! — Oh ! ces nichons ! découvre-moi ça ! quel spectacle ! est-ce assez beau !...

LES OUVRIÈRES aux fenêtres, souriant, jacassant.

Ce qu'on s'amuse ! Ah ! ma chère !... là! là! que c'est rigolo !...

LA FOULE énervée d'un ton impérieux.

Silence ! Silence !...

(Les sons de l'orgue et les voix des chantres se rapprochent. Les marchands qui étaient sur la place se taisent ou s'éloignent, tandis que décroissent leurs cris: « Orangeade ! Boissons glacées! » La foule prend un aspect de dévotion singulière après

\tiu i:\ii: PARTIE

les excès b ichiqtu 9 et l'heure. Le calme anxieux de L'attente succède à la furie et au désordre de la j<ùe populacière. Tout le monde est attentif. On se prépare à l'arrivée de la procession en prenant des mines confites, qu'anime seule pourtant la curios - nce <ians

la foule. On entend dans le lointain la ruini ur d'un Fragment chanté du Te deum : « Pleni sunt cœli el tel 1 tua -ardent Le peu-

ple avec un air de t tournent

Leurs visages impétueux vers le côté droit de li h -ne par lequel vu entrer le cortège religieux.

M A UT l A L sourdement

Qu'est-ce qu'ils veulent Faire parmi nous avec leurs bannières de couleurs, leurs chants de mort?...

LE POSSOYEU R arec irritation.

Pourquoi viennent-ils troublernos saintes jubilations?... Plus beaux <it plu- pursque leurs lents mouvements étaient le- impétueux élans de noire danse!... Quand tout a L'heure dous circulions, I niant dos poitrines tour à tour à l<>u- les côtés de l'horizon, comme afin «le manifester notre ultime joie, dous rendions vraiment grâce alors a l'harmonie <■! à la perfection de l'univers!... Oh! quel témoignage autre que celui-là serions-nous capables d'apporter spontanément .'... <>ui. par nos

ioO LA TRAGÉDIE DU NOUVEAU CHRIST

jeux, nos impulsions, nos chants de joie nous attestions avec ardeur la sincérité religieuse de notre amour!... Mais eux, qui louent-ils dans leurs hymnes d'où l'adoration est absente en vérité? Et, dans leurs subrogations, qui enveloppent-ils de leurs transports retentissants?... Rien de vraiment réel, rien d'existant!...

VOIX DANS LA FOULE autour des compagnons. Paix donc! Hé l'orateur! Assez! Assez!...

(Les compagnons se taisent. La foule se range avec un air de respect tandis que se rapproche la procession dont on entend le chant plus voisin : Te gloriosus : apostolorurh chorus, te Prophetarum laudatibus numerum; temartyrum candi tatus ; laudat exercitus. Les derniers marchands publics quittent la place en s'en allant par la rue de gauche).

UN MARCHAND vociférant d'une voix perçante. Lavande afin de purifier!... Parfum! senteur!...

UN AUTRE MARCHAND de même.

Bouquets de roses ! . . . Deux sous ! . . . Qui veut se fleurir!...

(Ils s'éloignent sans que personne les interpelle. Et au même moment on distingue la tête de la procession).

ni ATlil i:\li: tWRT.'E

ZAGHARIAN montrant les marchands.

Voilà l;i vie <jui s'en va... 5< tournant vers la prossion. El voici la mort qui entre...

Entrent les chantres, le chapitre qui précédent la procession en récitant d< d'un ton rythmique et aigu. Cramoisis, poi tant - avancent ma-

jestueusement par la droite et emplis la place de leur- strophes latines. La inultitude se pousse, remue, caqueté \ -

ment, • I 0 «le les I

ser. Au loin, comme un dernier appel de la vie, le cri d'an marchand qui annonce des : | belles primeurs, ré-

sonne et vibre avec douceur, à peine perceptible sur la place

LES CHANTR ES débouchant par la rue (W droite.

Teper orbem terrarum : sonda confite tur Et Patrem, immensœ majestalis... Venerandum tuum verum, et unicum filium... Sanctus quoque P clitus spiriluum...

La procession qui arrive petit à petit

-m- ii place et • i w î i si c posée d en

de Femmes de la ville, de religteusi s, de bou . •■'■tr derriér • les chanta -

Les mêmes phrases •!»• l'hyn per orbem terrarum Htetur

etc., etc., Sous un dais

marche l'archevêque, vieillard énorme, ventru, débordant,

sage la foule se prosterne dévotement; il fait à droite et à gauche un geste onctueux de la main répandant sfins cesse des bénédictions. Le chapitre suit, le doyen également gros et court, et les prêtres de l'archevêché. Etonnée, ravie, en tumulte, la multitude, cause, crie, admire, toute réjouie peu à peu, tandis que chantent les chantres et comme reprise soudain par une curiosité mondaine et par le plaisir de voir un spectacle).

VOIX MÊLÉES DANS LA FOULE sourdes, rapides, acérées, épaisses, grasses, de timbres différents.

Oh ! c'est vraiment admirable ! — Jamais on n'a vu un spectacle pareil ! — Étes-vous bien placé pour voir ? — Tout de même on peut être content ! C'est réussi! — Et ce cher M. le Doyen, quelle joie ce doit être pour lui ! — Ses vœux sont comblés ! — Attention, voyons ! Vous me poussez trop ! Vous allez m'écrabouiller! — Regardez donc cette bannière. — Qui est-ce qui me chatouille par là? — C'est vous ! bon ! Voilà' une claque ! — Et Monseigneur va-t-il passer? — Est-ce que vous l'apercevez? — Oui, sous le dais d'argent et d'or. — Ah! quel noble aspect! — Quel maintien superbe !...

LE FOSSOYEUR bas aux compagnons, il montre l'archevêque par moquerie.

Avec quelle majesté il porte ses excréments!...

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