‹ La tragédie du nouveau ChristChapitre 98 sur 114 · VOIX DANS I. \ POULE · texte numérisé non relu

VOIX DANS I. \ POULE

Qu'ils se tiennent tranquille-, les gosses!... — IN vont faire cas-^i tes branches...

I \ GAMIN .i ne gnste commère qui -e trouve au-de--ous de lui, au pieil de l'arbre.

Hah!... h je tombe, la grosse mère, ce sera -m un bon matelas!...

I \ COMMÈRE réToltée, rorie

.le le fesserai le cul. vaurien!... I!l tu verras comme i ■!...

LES GAMINS rigolant.

Ho! vraiment!... — Viens donc par ici! — Qu'on voie un peu !...

VOIX DANS LA FOULE excitant et en cadence.

Montera! Montera pas!... — Montera! Montera pas!... — Montera! Mon...

(Agitation. La commère devient écarlate et tend le poing. Les gamins s'amusent dans les arbres, s'agitent, remuent. Tout à coup, l'un d'entre eux tombe. La commère le prend sous le bras et lui administre une fessée.)

LA COMMÈRE tandis que le gamin battu cherche à fuir.

Tiens! voilà pour toi!... Vas-y mettre de

l'huile...

(Le gamin se sauve à travers la place ; la foule éclate de rire' sur son passage et lui adresse des quolibets que l'on devine plutôt qu'on ne les entend. L'hilarité est générale.

Tout à coup on distingue les échos d'une discussion qui vient d'éclater entre deux hommes, et dont les termes ne tardent pas à devenir très vifs.)

UN BOUTIQUIER indigné à un ouvrier.

Quoi!... Vous avez cette audace!... C'est à notre ennemi à tous que vous accordez des excuses semblables!...

SEPTIEME PARTIE

L"Ol' V B I I H héritant, inquiet.

Moi?.., aucunement !...

LE BOUT1QU1 ER haussant le ton.

Cependant, n'avez-vous pas dit...

L'OUVRIER le baissant de même.

Je prétends...

LE BOUTIQUIER d'autant plus hardi.

Oui. oui, il voudrait rétracter!... Il n'es! plus temps ...

VOIX DANS LA POULE Qu'est-ce qui se passe?...

L'OUVRIER au peuple, timidement.

Simplement...

LE BOUTIQU1 ER emphatique.

Il -•■ passe une chose effroyable à raconter...

Quoi! Ici même!... au milieu de u < - 1 1 ^ accablés par ses forfaits... oser faire le panégyrique de leur auteur !...

VOIX l> INS LA FOULE d inte.

Comment?... — Ha : ha !...

LE BOUTIQUIER il désigne l'ouvrier au peuple.

Cet homme-là, citoyens... qu'il ne craigne point de répéter les apologies qu'il faisait de crimes odieux?... Qu'il manifeste encore une fois son admiration pour des êtres qui en vérité sont la honte du genre humain!...

LA FOULE irritée, avec violence.

Nous ne supporterons pas cela!... — Non! non ! jamais!...

L'OUVRIER il cherche à se défendre.

Je suis un ouvrier...

LE BOUTIQUIER de plus en plus menaçant.

Audace inouïe ! . . . (A l'ouvrier.) 0 misérable ! te tairas-tu?... Crains de subir le sort qui attend tes héros!... Si seulement tu disais un mot en sa faveur, le peuple que tu blâmes t'écraserait comme sous une roue!...

L'OUVRIER protestant de son mieux.

Cependant n'est-ce pas là un droit?... Nepuis-je pas dire toute ma pensée en liberté?...

LE BOUTIQUIER triomphant, il s'adresse à la foule.

Vous l'entendez ! vous l'entendez !...

SEPTIÈME PARTIE

LA FOULE dont la colère grossit.

Oui ! oui ! dehors '.

L'OUVRIEB

Je ne loue pas...

L A F ' » L" L E -e jetant -ur l'ouvrier.

Assez! traître ! A la porte! Qu'il crève '....

Des cannes se lèvent >ur l'ouvrier. Des poing- -i- tendent vers lui. I» tout

empreints d'une violence trag tour-

nent de - n côté. Une grande rumeur se produit. Haras et fouaillé, le mal-

heureux se débat, cherche à se soustraire aux coups, mais en un in-tant il e-t entraîné. pou>sé par la foule hors de là, dun> la rue avoisinante. ou se porte dans un lourd tumulte d'hommes en fureur toute une partie de la fouir.

PREMIER '. AMI \ suivant la -cène du haut d'un arl Oh ! la la ! qu'est-ce qu'ils en l'ont !...

DEUXIEME GAMIN de même et se tordant.

Il ifni restera plus qu'une sale marmelad

TROISIÈME GAMIN de même et poussant

Mes .mu- ils l'extermineront !...

256 LA TRAGÉDIE DU NOUVEAU CHRIST TOUS LES GAMINS ensemble en éclatant de rire.

Quelle bouillie! Oh! quelle bouillie !...

UN CITOYEN solennel, il revient de la rue de droite où la bagarre a lieu..

C'est une indignité ! une infamie ! . . . Il n'est pas permis de parler ainsi!... Faire l'éloge de ces coquins !... Ah ! mon Dieu! où allons-nous? Dans quelle époque vivons-nous?...

(Sur la scène à moitié désertée par la foule qui continue à gesticuler dans le fond, entrent en galopant et en vociférant des marchands de journaux de l'après-midi. Us annoncent les nouvelles du jour. Ils emplissent la place de leurs voix perçantes. Leurs déclamations aiguës attirent l'attention du peuple et le ramènent sur la place tout suant, tout échauffé et tout épars.)

UN CAMELOT courant sur la place.

Le Conseiller du Citoijen! Yient de paraître!... vient de paraître!... Le procès des anarchistes! Graves révélations à l'audience!,.. Dernières nouvelles!...

LA FOULE revenant en tumulte avide, criante.

Par ici ! — Le Conseiller? — Donnez-le-moi? — Laissez-moi lire !...

SEPTIÈME PARTIE

I \ A LTR L C \ ML LOT entrant rapidement.

Les Informations du jour .'... Le journal du gouvernement!... La quatorzième édition!...

LA FOULE se disputant les journaux.

A moi! — A moi !... — Jetez-moi les Informations!— Deux SOUS? —Voilà!...

IN A.UTB E CA KfELOT accourant par la rue de gauche.

Qui veul le lire?... Le Cocardier!.., L«< résultats «lu procès!... Lf< accidents sensationnels!...

l..\ POULE entoure le- camelots et leur arrache le- feuilles.

Le Cocardier! — Le Cocardier! — Là! — Ici! — Vous me bousculez ! — Les Informations , attrapez '.

— Haï donc!... Vous me marchez dessus '.... — Attention! Hein! Ne m'empêchez pas de passer?

— Vous! je vais vous casser la gueule ! — Venez-y

Discussion. Brouhaha. Rumeurs Les bour.

;\ riers, les femme- obU< milles a la volée, crient, se bouacu leni. développent brusquement leurs joui naux et s.- mettent à en dévorer toutes Ucolonni b. Les c tmelots ayant Ui ré tout c • qu'il- pouvaient vendre, recommencent leur- galopade effrénée à travers la ville,

'•■ut .1.- la place en hurlant et e:i mt.

LES CAMELOTS tout en s'en allant.

Le Conseiller du citoyen! — Les Informations! — Vingtième édition! — Le Cocardier! — L'Officiel! — Incidents! — Achetez! — Les nouvelles! — Vient de paraître!...

(Leurs voix éraillées et rauques décroissent petit à petit dans les rues adjacentes et aux alentours. Bientôt on ne les entend plus. Il y a alors un grand silence sur la scène. Tout le monde lit. Les regard tendus et avides parcourent les pages des journaux et sans doute n'y trouvent rien, car à la curiosité exprimée tout à l'heure par tous, succède bientôt un air d'impatience inutile, puis le dépit se manifeste par des gestes vaguement irrités, et enfin c'est une sorte de colère consternée.

Au bout de quelques instants un homme en aborde un autre, chacun tenant à la main un journal froissé, déplié.)

UN HOMME l'air déconcerté.

Eh bien! quelles nouvelles?...

L'AUTRE d'un ton furieux.

Rien!... Et vois?..

LE PREMIER avec éclat.

C'est tout à fait la même chose!...

SEPTIÈME PARTIE

l'N CITADIN qui déchiffre -on journal lentement et à voix haute.

A quatre heures, rien de nouveau ne s'était encore passé... Le redoutable compagnon conserve toujours Je même silence au sujet de complices éventuels... La fille Marie dite la Pouille, refuse de répondre à toutes les questions positives qu'on lui adresse... Ils ne parlent l'un et L'autre que pour faire des déclarations \ n'intéressant pas !•■ procès, et tout»'- «le théorie pure. Le procès suit donc son cours. » il s'arrête, regarde la foule avec l'air de dire : hein, voilà comment on dous vole! et comme pour l'en prendre à témoin. El voilà tout!...

Rien de plus!... Pas d'autre incident que cela!

I ?BS\ admirable!... Puis tout à coup il >e repn-nd. Ah !

si. pardon! Et il poursuit sa lecture. • Aussitôt leur

condamnation, laquelle ne t'ait pas de doute, les accusés seront exécutés... Mais nous l<i -axions déjà...

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