REGARDS SUR LE PASSÉ ET SUR L’AVENIR
Quatorze ans ont passé depuis que l’Assemblée nationale de Weimar a donné une Constitution à la République allemande, Constitution qui est l’une des plus libérales du monde. Le 23 mars 1933, le Reichstag de la même République, élu dans l’atmosphère de terreur créée par le gouvernement de Hitler et ses bandes armées, et par l’incendie du Reichstag dont le fronton porte l’inscription : « Au peuple allemand, » le Parlement votait à ce même cabinet Hitler des pleins pouvoirs qui signifiaient la condamnation de la République démocratique. La carrière parcourue par celle-ci s’étend du 31 juillet 1919, jour du vote de la Constitution, à ce 23 mars 1933 ; et cette carrière fut un chemin de croix. Mais entre ces deux dates fatales, la République a réalisé de grandes entreprises, que l’Allemagne d’aujourd’hui, et notamment la jeunesse allemande actuelle, semble avoir complètement oubliées. Les « commissaires du peuple », les Ebert, les Scheidemann, les Landsberg et les autres ont sauvé l’Allemagne, après qu’en 1918 le kaiser et son fils se furent lâchement enfuis à l’étranger, un Ludendorff en Suède, et que toutes les précédentes autorités, impuissantes à maîtriser le chaos qu’elles avaient provoqué, eurent remis l’ensemble du pouvoir et des responsabilités entre leurs mains. Ce sont des hommes du peuple qui, mettant comme enjeu toute leur personne, se sont
efforcés de conduire l’Allemagne vers des temps meilleurs que ceux que lui avait ménagés Guillaume IL
Ce n’est pas à l’Allemand de fraîche date Hitler que revient le mérite d’avoir préservé l’Allemagne d’un chaos de sang et de misère, du bolchevisme et du démembrement, mais uniquement aux hommes de 1918. Mais le mérite en revient aussi à la classe ouvrière allemande, éduquée par le socialisme et les syndicats, qui se déclara partisan de l’État populaire démocratique et écarta la dictature bolcheviste sur le modèle russe. D’un coup furent conquises des libertés politiques dont les optimistes les plus hardis n’auraient osé rêver que leur obtention était possible, peu de temps avant 1918. L’Allemagne était devenue un État véritablement populaire, que le peuple allemand aurait pu aisément organiser, s’il avait possédé un peu plus de sens politique. Le suffrage universel, égal, direct et secret, dans le Reich comme dans les États, pour tous les hommes et les femmes ayant atteint l’âge de vingt ans ; en Prusse la suppression de ce cabinet politique de « momies » qui s’était appelé le « Club des seigneurs », le droit, pour les ouvriers, d’organiser eux-mêmes leur vie économique et sociale. Voilà ce que la jeune République donna à l’Allemagne.
Que le peuple allemand dût suivre un jour un homme et un parti qui raillent la démocratie, et mettent consciemment à la place de la volonté populaire celle du « chef », que ce peuple dût déchoir comme il l’a fait — c’est ce que les hommes de 1918 n’ont pas prévu et qu’ils ne pouvaient prévoir. Us avaient conquis, pour leur peuple, la liberté politique, ils avaient réalisé le programme de libertés démocratiques qu’ils avaient toujours soutenu, parce qu’ils croyaient en l’Allemagne, en son avenir, en son libre développement.
Mais il n’y eut pas seulement cela : à partir de 1918, on s’est efforcé de rendre la République allemande plus
agréable à habiter, dans la mesure où la situation le permettait. Dans tous les domaines de la vie politique, économique, « culturelle » et sociale, les représentants de la République et ceux de la classe ouvrière ont obtenu des résultats qui pourraient servir de modèle. Il faudrait écrire un ouvrage sur tout ce que la République démocratique a réalisé, non seulement sur les décombres qu’elle a balayés mais sur tout ce qu’elle a édifié de neuf. Il est incontestable qu’un grand nombre d’Allemands n’ont pas su apprécier comme elles le méritent toutes ces réalisations, et c’est ce que les récents événements ont malheureusement démontré. Il suffît de parcourir l’Allemagne, comme j’ai eu l’occasion de le faire dans mes innombrables déplacements de service, il suffit de visiter non seulement les grandes, mais les moyennes et les petites villes, pour découvrir partout des maisons coquettes, qui depuis 1919 ont été élevées aux frais de l’État : des maisons pour le citoyen modeste, des foyers sains destinés à retenir celui-ci et auxquels il s’est réellement attaché (1). Que l’on voyage en Allemagne et l’on apercevra les dizaines de milliers de colonies ouvrières (2), qui ont été édifiées depuis 1919 ; et, notamment dans les régions au delà de l’Elbe, on peut voir les milliers et les milliers d’habitations construites pour les ouvriers agricoles, pour ces concitoyens allemands qui, sous le précédent régime, menaient pour la plupart une vie de parias,
(1) D’après Y Annuaire statistique du Reich , de 1933, 2 652 165 nouvelles habitations ont été construites en Allemagne, de 1919 à 1932 (soit des logements pour les 17 pour 100 de la population totale) dont 1 651 476 en Prusse.
(2) D’après le même Annuaire statistique de 1933, 600 164}hectares de terres, comprenant 57 288 colonies, ont été colonisés de 1919 à 1932, et 143 833 hectares, comprenant 97 247 petites propriétés agraires ont été livrés à la culture. Pour les seules provinces transelbiennes ces chiffres sont respectivement, pour les années 1919 à 1931, de 287 300 avec 23 647 colonies et de 76 854 hectares avec 46 337 petites propriétés agraires.
non seulement du point de vue politique mais du point de vue économique (1). On verra les embellissements des villes allemandes, les terrains de jeux, de sports, de gymnastique destinés à la jeunesse, on verra les nouvelles écoles, et encore beaucoup d’autres choses, et l’on sera alors obligé de se demander comment il est possible, ou même compréhensible, qu’un peuple qui, après l’épouvantable effondrement militaire de 1918, a connu une telle ascension grâce à la République, ait pu, en 1933, s’abandonner aux mains d’un homme comme Hitler, d’un homme comme Gôring, d’un homme comme Gœbbels. Peu de mois avant de devenir chancelier, Hitler avait salué comme ses camarades, des criminels notoires : les assassins de Potempa (2). Peu de mois auparavant le même Hitler avait eu la grossièreté de se vanter, en pleine réunion publique, d’avoir sur son rival Hindenburg tout au moins cet avantage d’être jeune, tandis que l’autre se trouvait déjà au bord du tombeau. Est-il concevable que Hindenburg l’ait ensuite appelé à la chancellerie,
(1) Lors d’une visite que l’empereur Guillaume II fit, avant la guerre, dans ses propriétés de Poméranie, il déclara que les étables de ses poros de Kadinen étaient mieux aménagées que les habitations des ouvriers agricoles des grandes propriétés voisines. C’est pour remédier à cette situation indigne que le gouvernement prussien construisit par ses propres moyens, de 1919 à 1932, 52 500 logements pour 240 000 ouvriers agricoles.
(2) A Potempa, en Haute-Silésie, des nazis avaient pénétré la nuit dans la maison de la veuve Piterzuch et, surprenant dans son lit un fils de la veuve, l’avaient assassiné après d’affreuses tortures (le cadavre ne portait pas moins de vingt-neuf blessures). Lorsque, en août 1932, la Cour extraordinaire de Beuthen condamna les assassins à mort, Hitler, dans une proclamation, se déclara leur camarade. (Papen était, alors, chancelier.) Gôring leur télégraphia : « Vous n’êtes pas des assassins ; j’envoie aujourd’hui mille marks à vos familles. » Le tribunal de Beuthen avait constaté, dans le prononcé du jugement, que « à la gravité du crime s’ajoutait l’affreuse brutalité avec laquelle celui-ci avait été commis ». Les assassins ont été remis en liberté par le gouvernement de Hitler.
alors que sa dignité lui eût commandé de lui montrer la porte?
Sans doute, nombreux seront ceux qui, à toutes ces questions, trouveront une réponse facile : la république s’est montrée trop « molle », elle s’est laissé faire, elle seule est coupable si Hitler gouverne aujourd’hui l’Allemagne. Je serais certainement le dernier à contester que les partis, les organisations, les hommes et moi-même n’ayons commis de graves, de très graves fautes — et je l’ai assez souvent montré dans le cours de cet ouvrage. Mais si on veut aller plus au fond de la question, on ne saurait parler seulement de culpabilités individuelles, de culpabilité d’un parti ; il s’agit ici d’une culpabilité collective qui trouve son explication dans ce fait que de vastes couches du peuple allemand — lequel a produit de si grandes choses dans les domaines de la science, de l’art, de la technique — manquent malheureusement de sens politique, et que les notions de liberté, de droits politiques, d’indépendance économique leur échappent.
La lutte contre la République démocratique commença dès que celle-ci fut instaurée. De la gauche partirent les assauts de Spartakus et, plus tard, des communistes. Ceux-ci ont non seulement systématiquement rabaissé et combattu tout ce que la République créait, mais ils n’ont pas rougi de lier partie avec les pires réactionnaires, avec les ennemis jurés du peuple ouvrier, chaque fois qu’ils jugeaient de leur intérêt politique d’agir ainsi. En 1931, ils ont soutenu la demande de plébiscite présentée par le Casque d’acier, et qui visait à renverser le gouvernement socialiste prussien, à la tête duquel se trouvait un Otto Braun. Il faut dire à la louange de nombreux communistes qu’ils ne suivirent pas le mot d’ordre donné par la direction de leur parti, sans doute en eurent-ils honte. Les communistes ont aidé à l’élection de Hindenburg ; ils ont voté dans les Parlements
allemands avec les nationaux-allemands et les nazis contre les gouvernements démocratiques et ce sont eux encore qui, avec les nazis, ont introduit au Parlement le ton brutal, les rixes et l’atmosphère des bouges. Je n’ai été nullement surpris que des compagnies et même des régiments entiers des troupes du Front rouge aient passé aux S. A. ; pas plus que je n’ai été surpris de voir que, dans les grandes villes, des quartiers entiers qui étaient farouchement communistes soient devenus aujourd’hui des forteresses nazies.
Cependant les communistes n’ont jamais fait courir à l’État démocratique un danger mortel.
Le danger est toujours venu du côté des réactionnaires ; c’est ce que les événements ont clairement montré. Les communistes ont contribué seulement à l’accroître. Dès le début la droite entreprit une campagne systématique contre la République. On commença par la légende du « coup de poignard dans le dos » : on s’efforça de persuader le peuple allemand que s’il avait perdu la guerre, c’est que l’armée avait été frappée dans le dos par les Juifs et par les marxistes. Si incroyable que soit cette affirmation, et bien que sa fausseté ait été prouvée dès qu’elle fut formulée pour la première fois, elle a pénétré dans un nombre effrayant de cerveaux et de cœurs de la jeunesse allemande. Des millions et des millions de jeunes Allemands, qui venaient à peine de naître en 1914, et qui n’ont rien su des luttes et des souffrances du peuple allemand pendant la guerre, à qui on a volontairement caché les sacrifices de sang faits par les marxistes et aussi par les juifs allemands, ont cru à ce mensonge. Combien de ces hommes qui croient aujourd’hui à cette légende savent-ils que le premier président du Reich, le chef socialiste Ebert, a perdu deux fils sur le front? Combien savent-ils que des deux députés au Reichstag morts au champ d’honneur, le premier, engagé volontaire, mort dès 1914, fut
le député social-démocrate Ludwig Frank : un juif. Le monument qu’on lui avait élevé a été enlevé par les nazis.
L’hitlérisme a été, dès le début, un mouvement ultranationaliste et extrémiste qui a fait consciemment appel aux instincts les plus mauvais, et qui s’est servi de ce qu’on a appelé « le socialisme des imbéciles » : l’antisémitisme, lequel malheureusement a été toujours en vogue en Allemagne. La lutte de Hitler contre le marxisme, dont son livre Mein Kampf montre qu’il n’a saisi que le nom, sonna comme une musique aux oreilles des grands capitalistes, des grands industriels et des junkers, ainsi que des classes moyennes citadines et paysannes. Celles-ci, en particulier, rendirent également le marxisme responsable de l’inflation, dont les promoteurs et les bénéficiaires furent tout autres que les marxistes.
Cette lutte contre le marxisme et la « juiverie internationale », menée par Hitler, mais aussi par la presse de Hugenberg, et par Hugenberg lui-même, fut considérée comme bonne par tous ceux dont les espoirs, et les espoirs qu’ils formaient pour leurs enfants, avaient été déçus en 1918. On a systématiquement cherché à convaincre le peuple allemand que l’Allemagne n’avait pas du tout perdu la guerre, on lui a menti, on l’a trompé et excité. On n’a jamais eu le courage, à droite, de déclarer honnêtement que l’Allemagne avait réellement perdu la guerre, et cela par la faute de ceux qui l’avaieht fait durer si longtemps et voulu transformer en une guerre de conquête, et que l’Allemagne devait en supporter les conséquences. Dans sa lutte contre la République allemande, la droite trouva une aide inattendue chez ceux qui avaient imposé la paix de Versailles au peuple allemand. Si le monde aujourd’hui est inquiet de l’évolution de l’Allemagne et se demande si ce développement conduira à la paix ou à la guerre, on ne doit pas perdre de vue
que la faute en revient à l’Entente qui imposa une paix de violence, avec ses injustices indéniables, à une Allemagne qui n était plus V Allemagne de Guillaume11. Sans doute, dans les années qui suivirent, les hommes d’État de l’Entente eurent des prévenances pour l’Allemagne républicaine, mais leurs mesures conciliantes — je songe à l’évacuation de la Rhénanie — ne produisirent pas tout leur effet parce que les négociations qui les avaient précédées durèrent trop longtemps. « Donner vite c’est donner deux fois. » Ce précepte est également valable en politique.
Seuls de rares esprits, qui savaient penser en économistes, ont vu qu’un pays comme l’Allemagne devait être particulièrement atteint par la crise mondiale. Il n’est pas douteux que, si l’Allemagne n’avait pas été atteinte dans une mesure aussi terrible par la crise, Hitler ne serait pas, malgré tout, arrivé au pouvoir. Six millions de chômeurs et des millions de petits bourgeois et de petits paysans ruinés par l’inflation, et durement atteints par la crise, constituent un bon auditoire pour tout agitateur, surtout si celuici est extrémiste. En cela, Hitler a bien misé. Grâce à de très puissants moyens financiers, dont l’origine reste encore aujourd’hui obscure, il put organiser son armée privée, les S. A. et les S. S. Cette armée devint le danger le plus grave pour l’État démocratique. S’il faut parler de responsabilités individuelles, je vois la marque de la fatalité dans le fait qu’un homme comme Brüning soit devenu chancelier en 1930, et surtout dans le fait que ce que le mouvement hitlérien portait en soi de nationalisme et de militarisme, non seulement ne répugnait point, mais au contraire était sympathique au président du Reich. L’entourage de Hindenburg, les junkers, les gros capitalistes s’imaginèrent qu’ils pourraient tenir en laisse le mouvement hitlérien et, appuyés sur lui, atteindre leurs buts réactionnaires, capitalistes et nationalistes. Je sais que
d’éminents chefs du centre pensaient qu’il y avait de la grandeur dans ce mouvement, et qu’il fallait seulement le mettre en de bonnes mains.
Rien ne peut plus arrêter, aujourd’hui, Hitler, après qu’il a été appelé à la chancellerie par Hindenburg et « plébiscité », en quelque sorte, bien que dans une atmosphère de terreur, par le peuple allemand. Il faut qiïil aille jusqu'au bout de la voie qu'il a prise .
Où va l’Allemagne? Cette question m’a été souvent posée dans les derniers temps, par des Allemands et par des citoyens d’autres pays. Je ne veux pas faire de prophéties, mais une chose me paraît certaine : si Hitler réussit à obtenir des succès de politique étrangère, si on concède à ce régime ce qu’on avait refusé à la République démocratique, alors la domination de Hitler sera puissamment consolidée et, avec la sienne, celle du fascisme ; un danger dont on peut à peine se représenter l’étendue menacera alors tout l’univers civilisé. Mais si Hitler n’obtient pas à l’étranger les succès politiques que lui et son mouvement ambitionnent, sa situation deviendra également critique à l’intérieur.
Il se peut que Hitler se croie réellement ce pour quoi il se donne : le bouclier de la culture occidentale contre le bolchevisme. Sans doute ne voit-il pas — ou bien fait-il semblant de ne pas voir — que son mouvement a plus de points communs avec le bolchevisme que le marxisme si insulté et combattu par lui. Il faut laisser à ceux qui ont aujourd’hui la responsabilité du sort de l’Europe ajouter ou non foi à Hitler, quand celuici leur dit qu’ils doivent lui faire des concessions pour sauver l’Europe du bolchevisme. En ce qui concerne l’Allemagne, je répète encore que les communistes n’étaient pas un danger avant l’arrivée de Hitler au pouvoir.
En revanche je ne conteste pas que si un jour le peuple allemand guérit de la folie hitlérienne, il ne
se jette peut-être dans les bras d’un nouveau Messie, même si ce Messie prêche ouvertement le bolchevisme. Plus tôt le régime hitlérien s’écroulera, et moins grave sera le danger que le bolchevisme fait courir à l’Allemagne et au monde civilisé. Ce danger sera d’autant plus sûrement banni qu’un ébat constitutionnel normal régnera plus tôt en Allemagne, que le peuple pourra de nouveau s’exprimer librement, sans terreur, ni S. A. , ni S. S., qu’il y aura de nouveau une presse libre. Mais ce danger grandira avec la persistance du régime hitlérien, en même temps que grandira un autre danger plus terrible encore : celui d’une nouvelle guerre, qui signifierait la destruction de la civilisation tout entière. C’est pourquoi il est du devoir de tous ceux qui, en Allemagne et hors d’Allemagne, tiennent sincèrement à la civilisation, à la culture, à l’humanité et à la paix, de combattre le nationalsocialisme, de faire tout pour que l’Allemagne puisse s’en libérer. Ainsi ils collaboreront à la pacification du monde, à l’entente véritable des peuples, qui n’ont pas été mis sur cette terre pour s’anéantir réciproquement.
Paris, le J1 novembre 1933.
jour anniversaire de l’armistice.
Des dizaines de milliers de personnes assistent, autour de l’Arc de Triomphe de l’Étoile, à la cérémonie militaire qui se déroule devant la tombe du Soldat inconnu. Elles participent dans le calme et la dignité, exemptes de toute exaltation guerrière, à cette noble fête. Elles se souviennent des horreurs de la guerre, que leur pays a connues dans une si terrible mesure, elles fêtent de nouveau le jour qui mit un terme à cette épouvante. Aucun enthousiasme militaire, pas de fanfares guerrières; pas d’associations paramili-