‹ La trahison de DumouriezChapitre 2 sur 16 · L'EXPÉDITION DE HOLLANDE · texte numérisé non relu

L'EXPÉDITION DE HOLLANDE

I. Duraouriez à Paris. — Exëcation de Louis XVI. — Entretiens de Cambon et du général. — Mémoires au Comité de défense. — II. Destitu* tien de Pache. — Beurnonville, ministre de la guerre. — Son administration. — III. Guerre avec l'Angleterre et la Hollande. — Projet de mission de Dumouriez. — Premier plan d'invasion de la Hollande. — Prise de Venlo par les Prussiens. — Second plan de Dumouriez. — IV. Préparatifs. — L'armée d'expédition. — Proclamations. — V. Lenteurs de Berneron. — Guerre de sièges. — Bréda. — Oeertruidenberg. — Klundert. — Maestricht. — Désastre du !•' mars.

I. Dumouriez était arrivé le l®*" janvier 1793 à Paris. Il avait un triple dessein : faire abroger le décret du 13 décembre, proposer un plan de campagne et renverser Pache. Ses Mémoires lui attribuent l'intention de sauver Louis XVI, et un agent de l'émigration atteste à cette époque son « extrême attachement pour la personne du roi* ». Lui-môme assure qu'il essaya d'arracher un vole de clémence à plusieurs députés de la Montagne, à Robespierre, à Drouet *, à Jeanbon Saint-André. Il dîna au fau-

1 Ternaux, Terreur, VI, 491.

> Beaulieu, SssaiSy V, 63 ; Journal de la Montagne, ii« 14,15 juin 1793 (discours de Drouet).

bourg Sainl-Marceau avec Camille Desmoulins, Santerre, Panis et autres jacobins, pour obtenir leurs bons offices en faveur du roi *. Lorsqu'il apprit le résultat de Tappel nominal, il était avec Biron à Thôtel Saint-Marc, et MnioElliot témoigne de sa profonde affliction*. Mais il eut soin de ne pas se compromettre. Le rôle du soldat qui ne pense qu'à la guerre et au sort de ses compagnons d'armes était le plus facile à jouer. Dumouriez joua ce rôle pendant son séjour à Paris. « Mes mémoires, écrivait-il à Thouvenot, servent de pâture à deux factions qui se déchirent, la pauvre République en soufl're, et nous serons tous les victimes de ce qui arrive. Je suis parfaitement neutre. J'attendrai le résultat de tous leurs combats en tâchant de rendre aux armées tous les services que je pourrai : c'est à quoi je suis réduit à me borner par les circonstances *. » Il se contenta de dire publiquement qu'il trouvait le procès de Louis XVI inutile. Pourquoi ne pas remettre ce grand débat après la guerre? Pourquoi perdre plusieurs semaines en discussions stériles? Ne ferait-on pas mieux de consacrer ce temps précieux aux préparatifs de la campagne prochaine? « Louis était un perfide coquin, s'écriait-il après Texécution, mais on a été bien gauche de lui couper la tête M »)

L'abrogation du décret du 45 décembre tenait plus au cœur de Dumouriez que le salut de Louis XVI, et c'était a un motif très essentiel de son voyage ». Il craignait une insurrection des Pays-Bas; si les Autrichiens reparaissent en forces, les Belges ne les aideraient- ils pas à

i 17 janvier 1793 [Minerva, V, 524).

« M'°« Elliot, Mém., 1" édit. 1861, p. 123.

« Dumouriez à Thouvenot, Clichy, 19 janv. 1793 (A.. N. F^ 4998).

* Minerva^ V, 525 (en français dans l'original).

l'kxpédition de hollande

nous couper les vivres et à rendre notre retraite impossible? II invita Gamboa à déjeuner. Le conventionnel déclara que le décret était injuste, mais nécessaire; qu'il fallait tout désorganiser, pour tout mettre au même point d'anarchie ; les Belges, une fois ruinés, se jetteraient dans les bras de la France et s'associeraient à son destin. Damouriez répondit que les Belp:es se jetteraient au contraire dans les bras de TAutriche. N'était-ce pas éventrer la poule aux œufs d'or que de prendre d'un seul coup au clergé des Pays-Bas toutes ses richesses ? Pourquoi ne pas faire aux Brabançons des emprunts qui les intéresseraient nécessairement à nos succès ? Pourquoi ne pas payer en assignats les gros capitalistes d'Anvers, de Gand, de Bruxelles, devenus les fournisseurs de l'armée ? Le service serait sûr et la dépense, moitié moindre. Les entrepreneurs mettraient en circulation les assignats qu'ils recevraient. Révoquez le décret, disait Dumouriez, et les Belges, réellement libres, se donneront une constitution; ils lèveront des troupes qu'ils joindront aux nôtres ; ils finiront par demander d'eux-mêmes leur incorporation à la République française. Il ajoutait qu'il se faisait fort d'entretenir son armée avec les seules ressources de la Belgique et de prêter quelques millions au trésor de la France *.

Mais Cambon ne fut pas converti. Dumouriez le revit une seconde fois et dîna avec lui et Ducos : la conférence dura plus de six heures et se termina par une querelle.

Dumouriez reçut le môme accueil du Conseil exécutif provisoire. Au mois de janvier 1793 comme au mois de septembre 4792; ce Conseil était en proie à l'anarchie ^

» Dumouriez, Mém., III, 339-343; cf. Jema^pes, p. 20o-206. • Retraite de Brunswick, 69.

i LA TRAHISON DE DUMOURIEZ

Roland ne sigaait plus les procès -verbaux et gémissi désespéré, alleint d'une Isssilude mortelle, il allait qull ter un jeu iulenable '. Garât louvoyait. Le Brun et vière ne pensaient qu'à conserver leur place. Monge obéissait à Pache, et Paclie, sûr de l'appui des jacobins, et toujours impassible au milieu de l'orage des plaiotes et des récrimiuDlions, disait froidement que tout était pour le mieux.

Tous les ministres approuvaient le décret du 15 décembre. Le Brun affirmait que la Révolution devait faire table rase, que les Brabançons étaient o imprégués du virus du fanatisme et de l'amour des idoles », que le décret serait le iréviaire des conquérants de la Belgique', Bumouriez lui conseillait de révoquer Chépy, qu'il trouvait « trop fougueux » ; Le Brun renvoyait Chépy à Bruxelles'.

Le général eut aussi peu de succès au Comité de défense générale. Ce Comité, dont la Convention avait décrété la formation dans sa séance du 1""' janvier, devait s'occuper, sans interruption, avec les ministres, des mesures qu'exigeait la future campagne*. On y lut quatre mémoires de Dumouriez, Le premier mémoire traitait du décret du lii décembre et de 1' c influence terrible « qu'il aurait sur les procbajaes opérations des armées ; les plus grands troubles, disait Dumouriez, f sont près d'éclore en Belgique et dans les contrées

Cl«^

1 Lettre du 23 janv. 1793 à h Csaveplion et lestsment (catal. d'autogr., 23 Qoï. 1818).

' » Le Brua à DigneiTe, 27 nov. et à Dumouriez, l'J déc, 1792 k (A. E.).

• Dumouriez â Le Brun, IS déc. 1702 (A. E.j. Chapy lil le 2 jonT. a rapport BU CoQSBil sur k situstien do lu IÎEl(ji(]ufl [Rec. AuIsrJ,

* Elec. Aulud, I, 389

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que nous occupons ; il faut mettre les peuples de notre côté, les gagner par notre douceur et notre prudence, ou ils se joindront à la cause des rois pour nous chasser et se venger de l'abus que nous aurons fait de nos victoires D. Il s'élevait dans le deuxième mémoire contre le comité des achats, qui livrait la Belgique à « l'accaparement » et aux « spéculations de quelques genevois et de quelques juifs »; un général pouvait- il voir ce les pays qu'il parcourait et sa propre armée à la merci d'une société aussi dangereuse et d'agents aussi ignorants » ? Son\troisième mémoire exposait ses démêlés avec le ministre Pache et rappelait l'arrestation de Malus, de Petitjean et d'Espagnac ; « il fallait faire la guerre au système désorganisateur et remettre à leur place des administrateurs utiles et persécutés ». Le quatrième mémoire résumait les trois autres. « L'administration, disait Dumouriez, est la partie la plus nécessaire de la guerre ; le général en dépend ; elle doit donc être dans sa main, d II priait le Comité de lui donner carte blanche ; il ne voulait plus être « tourmenté par des accusatioDS vagues et de vaines déclamations ». Sinon, il quitterait le commandement, et, une fois rentré dans la solitude, il rédigerait des Méfnoires exacts pour apprendre à ses compatriotes et à l'Europe la vérité*.

Ces quatre mémoires furent discutés dans les séances du 9 et du 40 janvier 1793. Dumouriez assistait aux délibérations et prit plusieurs fois la parole. Le Comité de défense générale finit par ajourner sa résolution. Toute son attention était attirée par le nouveau projet d'embrigadement ou d'amalgame ^

* l»», 2«, 3« et 4« mémoires, lettres du 10 et du 18 janv. 1793 au Comité de défense générale (A. N. F^ 4598) ; cf. Jemappes, V et VI. « Rec. Aulard, I, 440, 444 ; Dumouriez, Mém., III, 305 306.

Pourtant, le Comité délibéra sur le plan et les prél ratifs de la campagno de U93. Ditmouriez proposa d'armer 370,000 hommes, dout un sixième de cavalerie, et de garder la défensive dans le Midi et sur le Rhin, pour n'agir oiïensJvement que de Dunkerque à la Moselle. L'armée de la Belgique compterait 80,0ÛO hommes ; celle des Ardeoues, 40,000 ; celle de la Moselle, ÎO.OOO ; celle du Rhin, îiO.OOÛ ; un corps de réserve à Cliâlons ou àSoissons, 50,000; un autre corps, à Lyon, 13,000; l'armée de Nice et de la Savoie, 40,000; celle des Pyrénées, 23,000; celle des côtes de l'Ouest, de Bayonue à Brest, 40,000; celle des côtes de la Manche, de Brest à Dunkerque, iO.OOO. Ces armées se porteraient secours de procUe en proche. Celle de la Belgique, menée par DamoLiriez et nelurellemeat la plus nombreuse, la plus a^ssanLe, tâcherai!, après un second Jemappes, de passer le Ehiu ; IjatLue, elle se retirerait en Flandre, à l'ubri des places ferles. Celle du Rhin, commandée par CustLae, se replierait sur Landau en laissant assez de monde à Mayence pour arrêter le roi de Prusse pendaut deux ou trois mois, n Si Custiue gprde Mayence avec une armée, disait Dumouriez, il paralyse les mouvements des autres armées ; il laisse à découvert la Moselle, la Sarre et le bas Rhin ; il s'expose à être coupé entièrement ou à se rendre faute de subsistances ', »

Ce plan fut adoplé dans ses principales lignes, et Dubois-Crancé, chargé du rapport sur l'organisation générale des armées, proposa dans la séance du 33 janvier les dispositions suivantes à la Convention : l'armée de la Belgique (02,000 hommes], attaquerait la Hollande

ville, 10 févr. 1T93 (A. G.}; d". J\!it,„., Ul,

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OU les états du roi de Prusse ; celle de la Moselle, de même force, se saisirait de Goblenz ; celle du Rhin, elle aussi de môme force, agirait sur le Rhin supérieur et en Souabe ; la réserve (25,000 hommes), rassemblée à Châlons, se porterait partout où la fortune serait indécise ; les armées de la République comprendraient, avec les garnisons et les dépôts, 502,800 hommes, dont 53,000 de cavalerie et 20,0(;0 d*artillerie, tant de siège que de campagne. Mais ce projet, à peine décrété, fut, ainsi que la loi de Vamalçame, ajourné sur-le-champ.

II. Dumouriez quitta Paris le 26 janvier. « Aussi avancé que le premier jour, avait-il écrit à Thouvenot. Il n'y a aucun plan de campagne. Toutes les armées sont dans le même état de délabrement, et on ne s'occupe que très peu de leur réparation. Quant à la Belgique, on va de Tavant pour la vexer et la pressurer *. »

Mais il savait que les jours de Pache étaient comptés. Le bruit courait même qu'il prendrait le portefeuille de la guerre jusqu'à l'ouverture de la campagne *. Il avait fait publier par Grimoard sa correspondance avec le ministre dans les derniers mois de 1792. « Nous savons aujourd'hui, disait-il dans la préface, qu'une armée peut être mal conduite par des géomètres (Hassenfratz et Meusnier), mal administrée par des poètes (Ronsin), et mal approvisionnée par des juifs (Marx Berr et Lipmann Gerfberr), » et il attribuait le dénûment de son armée à Vignorance et à Y amour-propre^ les deux fléaux les plus terribles de l'espèce humaine : <i L'un nous expose sans

* Dumouriez à Thouvenot, CHchy, 19 janv. 1793 (A. N. F^ 4598).

* Minerva^ V, 368; Thouvenot, Le Veneur, Beurnonville écrivent à Dumouriez pour lui faire part de ce bruit (A. N. F' 4598, l" et 13 janv. 1793).

i.*J*UW

dérense à toutes les entreprises des intrigants; l'autre nous aveugle sur la cause de nos fautes, nous empêche d'en convenir et de les réparer ', » I! n'avait pas dissimula, pendant son séjour à Paris, ce qu'il pensait des bureaux de la guerre : a La faction qui les soutien! conduit tout à présent; mais je ne cacherai pas la douleur mêlée d'indignation dont j'ai été abreuvé à la vue de l'horrible misère qui poursuivait mon arméel • II attaqua le ministre sans ménagement, « Nous sommes perdus, Bssurait-il, si cet honiine reste quinze jours de plus à son poste i, et, en plein Conseil, il lui jetait à la face ces mots insultants : a Monsieur Pache — je ne vous nomme pas citoyen, car vous avez perdu ce litre à mes yeux — ou vous êtes un imbécile fieffé ou uu grand coquin. Purgez le ministère, renvoyez tous les vauriens qui l'encombrent et décampez vous-même, si vous ne voulez pas qu'on TOUS traîne au calvaire, comme le plus infâme des criminels 1 » Le correspondant de la Minérta, qui rapporte le propos, ajoute : n J'arracherais la langue à celui qui me parlerait ainsi, quand ce sérail un rhinocéros ; Pache a, comme un misérable, reçu le coup sans répondre', s

Tous les généraux, tous les commissaires de la Con- Ti>ntiou inculpaient l'indigne ministre. C'était Cusline qui se plaignait que ses troupes fussent exposées à une rude gelée, sans babils, ni culottes, ni souliers. C'était Merlin de îhionville qui dénonçait la négligence des bureaux et la rapacité des agents de tout genre'. C'était Biron qui déclarait que le Comité des achats n'avait pris que des mesures insuffisanles et qu'il causerait la ruine

' dortesp. Bïeu Pacho, IV el V.

■ MiBCTva, V. 3ri7, letlro du S Janv. 1793.

' I-elLres du 9 déc. 1"92 el des 4 a 6 janï. 1793.

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de l'armée du Rhin *. C'était Beurnonville qui déplorait r « alténuement » de ses forces : a On m'a fait partir pour Trêves, on m'a dit que tout me suivait; je n'ai rien reçu, excepté quelques objets défectueux et des gazettes qui n'habillent pas et ne chaussent pas. J'ai obtenu des cantonnements, des compliments, mais pas une paire de souliers. Les soldats s'affublent les pieds avec des peaux de moutons et de bœufs qu'ils se disputent dans nos boucheries. Je n'ai pas un seul agent du Directoire des achats. Ni selles ni bottes. Tous les hommes nus, exténués. Rien ne s'organise ni se répare 1 * » C'était Sauveur Chénier qui déplorait T a apathie » de Pache et son « système destructeur i>: le ministre avait nommé dans le service des remontes des inspecteurs de la plus mauvaise réputation et détruit les hares ; les bons chevaux étaient rares ; les choses de première nécessité manquaient; des intrigants sans talent envahissaient les emplois*. Aussi Dumouriez disait-il au Comité de défense générale : c Toutes les armées font entendre les mêmes plaintes; toutes sont hors d'état de recommencer la campagne; quel que soit le préjugé en faveur des personnes chargées de l'administration de la guerre, ces plaintes ne sont pas le fruit d'une conjuration des généraux*. »

Les Girondins soutenaient Dumouriez, et les principaux d'entre eux, Gensonné, Brissot, Vergniaud, Guadet, s'étaient engagés à faire sauter le ministre de la

1 Mémoires de Biron au Conseil (A. N. AF. II, 9) ; Rec. Aulard, I, 445.

« Beurnonville à Dumouriez, 13 janv. 1793 (A. N. F^ 4598).

• Cf. deux brochures de S. Chénier à la Convention : !<> p. 3; 2» p. 3, 4, 8, 9.

♦ Dumouriez au Comité, 19 janv. 1793 (A. N. F^ 4598).

guerre *. Ils avaient abandonné le général lorsque, de Belgique, il livrait, selon le mot de Le Brun, un terrible combat au ministre Pache '. Seul, Villette avait déclaré qu'on ne devait pas « rabaisser le héros de la France par des détails de ménage et des lésineries domestiques * ». Mais aucun n'osait le défendre hautement en pleine Convention. Brissot, trompé par les assurances de Pache, mandait à Dumouriez qu'il était convaincu du zèle du ministre, de sa bonne foi, de ses principes austères et inflexibles, qu'il croyait à la franchise de Hassenfralz, que les bureaux de la guerre « faisaient tout au monde t> pour seconder le générale « Les 'hounètes gens de l'assemblée, disait alors Dumouriez, se taisent par défaut de courage; tout va mal, et je prévois plus de mal encore de Taveuglement. de la Convention, et de ce qu'elle croit être de l'énergie. Pélion et Condorcet m'ont écrit pour me faire ployer ^. »

Mais les Girondins avaient compris leur faute et finissaient par s'enhardir. La guerre n'allait-elle pas s'enflammer, vive, ardente, presque universelle? Pache devait-il, dans de si périlleuses circonstances, garder le ministère']? Tous s'unirent pour dénoncer son incapacité. Barbaroux l'accusait de compromettre la sûreté de l'État. Valazé lui reprochait de prévariquer et demandait contre lui le décret d'accusation. Chambon voulait qu'on

» Mot de Prudhorame, Jl^v. de Paris, n" 183, p. 124. Cf. Gov. Morris, II, 2o9 (10 janvier ; » Vergniaiid, Guadet, etc., sont en ce moment ses intimes ») ; Journ. des jacobins, séance du 27 janv (« tous les jours il était avec Gensonné ») ; Rojas, Miranda^ 10 ; Journal de la Moniaffne, 15 juin 1793.

* Le Brun à Dumouriez, 6 déc. 1792 (A. E.) ; il a elfacé la phrase. 8 Courrier des départements, 6 déc. 1792.

* Nauroy, Le Curieux, II, 70,

* Rojas, Miraiida, 15 et 22.

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connût enfin le dédale des bureaux de ]a guerre, de ces bureaux qui, suivant Texpressiou de Bancal, avaient été « désorganisés ou par Timpéritie ou par la perversité ». Sillery signalait des abus très considérables et démontrait que « des fonds -énormes s'engloutissaient » dans cette partie du gouvernement, qu'il fallait, sous peine d'un épouvantable désastre, attaquer le mal dans sa source, supprimer le comité des achats, organiser une compagnie des vivres. Hardy jugeait que Roland n'avait commis qu'une seule faute, celle de proposer Paclie au choix de la Convention, «f Que fait donc, s'écriait Sall.\ que fait Thomme qui dirige cette immense machine et laisse s'entasser contre lui les inculpations, sans avoir l'air de s'en émouvoir ? » Roland refusait de signer le compte général du Conseil exécutif; non seulement, disait-il, il était étranger aux opérations des bureaux de la guerre et ignorait les fournitures des troupes; mais il avait eu dans les mains un état des subsistances et des achats qui « présentait des parties confuses et incertaines * ».

Les jacobins eux-mêmes confessaient l'impuissance de leur protégé. Thuriot avouait que l'administration de la guerre était pour Pache un fardeau trop lourd ; Danton, qu'on devait le soulager et « partager ses fonctions •'; Gouthon, qu'il était honnête, mais « très peu capable » ;

* Discours de Barbaroux, séance du 30 déc. 1792; de Valazé, 3 janv. ; de Sillery, 9 janv. ; de Hardy, 22 janv.; de Salle, 30 jativ. 1793; Mégc, 5a«ca^, 253 ; Roland au président de la Convention, 6 janv. 1793 {J/b«. du 10) ; le 3 février, le Courrier des (/éjjnrtemeuts parle des « nombreux déiiti » du ministre, et le 21 lévrier, la Chronique de Paris demandait une enquête sur ses actes : « ses siir^eries patriotiques et son dévouement servile à une cabale méprisable exigent que les incroyables désordres commis pendant sou admiiiislration soient soumis à l'examen le plus sévère *.

Fo

12 LA TBAHI30.V DE DUUOUBIEZ

Cochelet, qu'il avait e trop de confiance ea ceux qu'il croyait patriotes' o.

Les commissaires de la Conventioa en Belgique, Camus, Delacroix, Gossuia, portèrent le premier coup au ministre. Leur rapport, qui venait de paraître, chargeait, accablait les " personnes, ineptes ou nêglif,'entes, qui avaient la témérité de se charger des postes les plus importants » el surtout le Comité des achats qui o menaçait Texisteuce de l'armée et le salut de la République 's. Le So janvier. Camus déclarait à la Convention que Pache avait fait e une fausse dépense de cent cinquanle millions a, et Delacroix, que le Directoire des achats était « contre-révolutionnaire k. L'assemblée décréta sur-le-champ que les membres du Directoire, Biderraann, Marx Berr et Cousin, seraient mis en étal d'arrestation, et les scellés apposés sur leurs papiers. Déjà l'opinion les accusait d'Être payés par l'ennemi '.

Le Comité de défense générale acheva ce que les commissaires avaient commencé. Après la lecture d'un mémoire de Pache, qui n'avait satisfait personne, il décida que l'administration de la guerre était trop compliquée dans l'état actuel des choses pour une seule personne, et qu'elle devait Être confiée provisoirement à un directoire formé de plusieurs membres et présidé par un ministre ou directeur en chef. Trois commissaires, Sieyès, Doulcet. Bréard, furent chargés d'étudier la réorganisation du ministère. Sîeyès rédigea le rapport. Il proposait de

' Mois do ThuriQt, 30 déc. i79î, et de Danton, 21 janv. 1793 ; I Vorrecp. da Coultoa, 215 ; Cothelet h B^uraonvillo, 2 févr. [A. G,).

■ ■ rapport lu por Dolacroîi dans les séanceB du 21 et du lïyanlir surtout pp. i1 (. impérîtio du ministre ou de ses egenta ■),

■ Corrap. de Coulbon, 214.

' Rm. Aulard, I, 409, 413, «9.

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nommer un seul ministre qui serait membre du Conseil exécutif provisoire et aurait comme. « suppléments essentiels » un directeur et un administrateur responsables, ainsi que quatre conseillers de légidation et d'inspection. La discussion s'ouvrit. Saint-Just, Fabre d'Eglantine, Jean de Bry, Buzot, Barbaroux, Lamarque, Salle, Sillerj", Barère prirent la parole. Le meilleur discours fut celui de Sillery. Selon Sillery, il était trop tard pour organiser le ministère; on devait se borner à choisir un homme intelligent qui connaîtrait tous les détails de l'administration, qui aurait une entière latitude pour appeler à lui les agents les plus expérimentés, qui saurait avant le 15 mars remettre les armées en état et assurer la campagne; tous les moyens existaient; on n'avait besoin que d'un levier pour mouvoir la machine, et ce levier, c'était un ministre patriote et habile. Barère s'empara des arguments de Sillery et entraîna l'assemblée. Comme Sillery, il demandait le changement du ministre, qui « n'avait pas la confiance ». Gomme Sillery, il voulait a profiter de ce qui existait, et ne pas désorganiser, quand il s'agissait de se défendre ». Mais, ajoutait-il, on devait a débarrasser le ministre de tout ce qui était mécanisme et lui conserver cette liberté de travail, cette fraîcheur de conception nécessaires à ses travaux »; la responsabilité incomberait aux premiers agents ou adjoints qui signeraient les ordres donnés par le ministre. Sur la proposition de Barère, la Convention décréta : l'» que le ministre de la guerre serait changé; 2» que six adjoints nommés par le ministre, agréés par le Conseil exécutif, responsables chacun en leur partie, auraient la signature des ordres d'exécution; 3° que le premier adjoiut serait chargé de la solde; le deuxième, des fournitures ; le troisième, de Tartillerie et du génie ;

DE duuoub:kz le quaLriÈine, de la discipline et de la police; le cinquième, de la correspondance avec les généraux et du mouvement et iogemeiit des troupes; le sixiècne, des promotions, coQgés et retraites'.

La Convention avait donc, selon le mot des journaux girondioB, destiiué Pache". Elle nomma son successeur dans la séoace du i février. Deux candidats étaient en préstucB : tous deux militaires, tous deux lieutenants généraux, Beurnonville et Acliille du Cliaslellet. Ce dernier eut les voix de Brissot et de ses aïois. Il avait, après Varennes, signé le premier placard républicain, et, en 1792, la Gironde lui offrait la succession de Narbonne. Du Cbastellet aima mieux combattre à la frontière. Mais il eut le mollet de la jambe gauche emporté par un coup de canon à l'attaque de Cour- Irjji, et cette blessure encore fialcbe l'empôebait de servir. Il était franc, lojal, aimable, instruit et avide de s'instruire, grand admirateur de Mirabeau et intime ami de Condorcel. Enfurmft à la Force, il devait s'empoisonner avec de l'opium que lui avait donné Cabanis '.

Du Cbastellet obtint 2 16 voix ; mais la Moutogne vola pour Beuruonville qui réunit 336 suffrages ^ Carra, l'un des prôneurs â'Ajsx, annonça galment l'élection : » Eé-

' Séance du 2 février 1733, JWoM. du 3. ,' ♦

" Coarriir lies dfpart., 3 févr. et PairiM fi-ançaii, 16 Kvr. 1793. '

* Cf. BUT Du Chaslellot, HfOM., 18 janv. (793 (opinion de Pa.yno) ;

Doniont, Souv.. 253 et 383-386 : McUlsn, M^m.. 2S ; Cham[affneui,

«ppeud, aux Jftin. da M"* Ro'awd ; L, S. Chéninr â lit Oonneiilion,

■ • " iiiharneis. 35 juinn92(A. G.):Dii GhBslellel,

ni donni ■

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jouissez- vous, Beuruonville était depuis quatre jours à Paris. Les membres de la Convention qui ont le nez fin, ne l'ont pas manqué. Il neus faut un ministre qui distingue les officiers; qui sache faire marcher rondement les commis des bureaux, les commissaires des guerres, les entrepreneurs des vivres, qui soit impénétrable aux sollicitations des faux patriotes. Nous Tavons saisi à la volée \ »

Beurnouville était plein de vanterie ; il ne parlait qu avec emphase et en prenant des airs de matamore. N'assurait-il pas avoir vu depuis le mois de mai précédent cent soixante- douzi combats*? Mais il tenta vaillamment de réparer les maux qu*avait causés son prédécesseur et de pourvoir à tous les besoins de sa « famille armée ». La Montagne comprit bientôt qu'en le nommant elle avait fait une école ^ Le tutoiement fut défendu dans les bureaux, i' Ajax, s'écriait Carra, a trouvé que les familiarités des commis qui avaient des comptes à rendre n'étaient pas de saison *. » Les employés incapables furent chassés, et radminist.ration se vit purgée comme dit Meillan, de la vermine que la Montagne, les Jacobins et la municipalité y avaient introduite '. Dès le

* Annales patriotiques^ 7 février 1793.

* Cf. Valmy^ 151-154» et Jcmappes^ p. 72.

* Mot de Desfieux, séance des jacobins, 15 février 1793.

* Ann. patriot,, 26 févr., et Le Batave^ 17 févr. 1793 {* 11 sait tenir son monde à dislance »). Quelqu'un le tutoyait, t Je ne tutoie pas, dit Beurnouville, et ne veux pas qu'on me tutoie, — Mais le tutoiement est le langage du républicain. — Je ne veux pas le souffrir et je chasserai à coups de pied au c. ceux qui me tutoieront ! ■

* Meillan, Mém,^ 27 ; Dumouriez à Beurnouville, 17 fëvp, 1793 (A.. G. ; il approuve le renvoi de beaucoup de commis « désorganisateurs > et c motionnairas >]. Le 20 février, par exemple, était chassé Fr.-Joseph-Alex. Nourry-Grammout, l'acteur, entré dans les bureaux un mois auparavant.

premier jour, Beurnonvilie écarla les entrepreneurs qui lui ofiraieot jusqu'à qui nze cent mille livres pour acheter sa complicité '. " Je trouve, maadaîl-il à Dumouriez, UQ {léflcit considérable dans les caisses, des achats faits pour des sommes énormes, des magasins e rien de fabriqué, enlîn un résultat de friponi Il rappela l'ancienne administration des subsistances militaires ou compagnie Doumerc qui s avait toujours bien géré ;>. Ses adjoints furent des bommes dont l'armékî connaissDit les talents et ias services : Cœdès, employé à l'adminislralioii des vivres; Dorly, commissaire-ordonnateur au camp de Soissons ; Saint-Fief, ancien capiiaioe d'artillerie et coloael adjudant- général à l'armée de Belgique; L'Estrange, colonel adjudantgénéral à l'armée de l'ialérieur ; La Saussaye, commissaire-ordonnateur à Mézîères; Félix, adjudant-général è l'armée de la Moselle. Il garda Malus pour s'aider de ses avis et fit iirièter par le Conseil exécutif que l'habile commissaire pourrait être employé : c Les méchants, disait-il, voulaient obscurcir la répulalioa de Malus; il surveillera ces mêmes méchants qui nous ont laissés manquer de vivres. « Les sections de Paris prélendirent lui imposer leur volonté, et, un soir, l'une d'elles lui envoya des députés qui l'interrogèrent. « Pourquoi aa-tu employé BaLidoux? Donne-nous une réponse catégorique. 1 — 1 Ma réponse, répliqua Beurnonvilie, la voici i je vais me coucher, bonsoir * ! a

1 Ueillan, Mém., 27. . Je i heursB, ditaiUl. et [Minerva, V, H41).

1 BBuraoavillo a Dumouriez, 14 févr. i:S3 [A. G.) ; Le Brun à Dumourieï, 6, 11, 20 Cévr. (A. E.) ; Keo. AuUrd, II, liT et 110-111 ;

Cmrritr des déj oj

l'expédition db hollânpe n

Bref, Ajax faisait bien son nouveau métier, et malgré les clameurs de Marat, il allait son train, suivant sa propre expression , et restait l'homme d'avant - garde dans son cabinet, dans ses audiences et à la Convention comme devant Tennemi. Dumouriez déclarait que, depuis l'entrée de Beurnonville au ministère, on s'occupait enfin du recrutement et des besoins de l'armée. Il nous fallait, disait Miranda au nouveau ministre, « un homme de la profession, de voire probité et de votre patriotisme pour nous tirer des embarras où Tineptie des autres nous avait plongés misérablement ». Un correspondant du Moniteur témoigne que les soldats de la République s'arrachaient enfin à leur « honteux dénûment », qu'ils étaient mieux chaussés et mieux vêtus, que les magasins se remplissaient. Miot porte le môme jugement : a l'administration prenait une marche régulière et sortait de laléthargie K »

III. L'activité de Beurnonville, son activité a brûlante 2>, comme la qualifiait l'avantageux ministre, était d'autant plus nécessaire que la Convention avait déclaré la guerre à l'Angleterre et à la Hollande.

Pitt voulait la paix. Mais la France proclamait la liberté de l'Escaut ; elle menaçait la Hollande ; elle déclarait par le décret du 19 novembre 4792 qu'elle accordait fraternité et secours à tous les peuples qui voudraient recouvrer leur liberté ; elle faisait de la Belgique, par le décret du 15 décembre, une province française, a La prospérité éblouit les nations et les hommes,

* Dumouriez, lettre du 12 mars 1793; Miranda à Beurnonville, 11 févr. 1793 (A. G) ; Mon., 21 février 1793; Miot, 3f(ftn., I, 34. Cf. le mot de Chépy {Patriote français du 5 avril 17y3) * Beurnonville dont raclivité répare les fautes de Pache ».

18 LA TRAHISON DK DUUOUHIEZ

écrivait Miles à Le Brua et à Marat ; la rapidité de vos conquôLes vous a fait oublier ce que vous devez a vousmêmes et eux autres. Vous croyez pouvoir dicter la loi à toute l'Europe, Mais, eu se mêlant do tout ou gâte tout. L'ordre douué à vos généraux de poursuivre renneioi sur les terres neutres est une atteinte à l'iiidopeudaûce des puissances qui ae sont point en guerre avec voua. Vos décrets du ^9 novembre et du 15 décembre sont des menaces qu'aucuu gouvernement ne peut entendre. L'arrêté du Conseil sur l'ouverture de l'Escaut est une infraction des traités de i 7S6 et de 1783. Notre existence politique ne permet nullement que la France s'agrandisse. D'ailleurs, vous avez renoncé aux conquÈles et TOUS en faites! Comment se âer à une nation qui oe respecte ni ses traités ni ses serments ' ? o

Aussi, dès les premiers jours de 1793, la guerre entre la France et la Grande-Bretagne semblait-elle certaine, et, comme disait Brissot, elle attirait tous les regards et absorbait toute l'attention =. Le 7 janvier, te Conseil exécutif recevait d'un des chefs des patriotes bollandaia, Conrad de Kock, un mémoire qui proposait l'invasion de la Zêlande ; le lendemain, il donnait audience à Kock ; le surlendemain , il appelait Dumouriez et conférait avec lui sur l'expédition projetée '. Kock assurait que le stathouder, craignant l'esprit révolutionnaire des provinces, notamment d'Amsterdam et de La Haye, avait le i de se réfugier à Walcheren avec les Etats et les

> UilM, Axtitntic corrtsp. kUK Le Brai, 9i-ï)E, 1Q7-10J (S, I lljBnv. 1793).

■ Rajas, Miraiida, 11.

* Rec. Aulard, I, 411, 414, 440. Maïs le projet na partait pas de Conrad de Kock; c'ëlaieat Blok et ses amis qui, de Galuis, le 22 ddc. 1792, avaient proposé rioTBsioa de la ZéUnde (A N. F' Un].

l'bxpédition de hollandb 49

chefs des administrations, sous la protection de la flotte anglo-hollandaise, qu'il faisait fortifier Tîle, qu'il allait y mettre garnison. Mais, ajoutait Koek, il n'y avait présentement dans la Zélande que 55 compagnies d'Infanterie, chacune de 40 soldats ; il fallait s'emparer de Tîle sans retard ; l'expédition exigeait à peine 3,000 hommes.

Quelques jours plus tard, Kock et Daendels, le futur général, gagnaient Anvers. Ils mandèrent à Le Brun qu'ils garantissaient entièrement le succès de l'entreprise, si Dumouriez la dirigeait ; ils suppliaient le général de venir à leur aide : a. Au nom de tous les Hollandais, intéressez-vous pour nous; un mot de vous vaut toutes nos plaintes et toutes nos réclamations auprès le ministre ; en vous réside Tespoir de tous les Bâta ves*. »

Dumouriez accueillit avec enthousiasme le plan des patriotes hollandais. Il obtint du Conseil exécutif que les troupes de la Flandre maritime, remplacées par des bataillons de nouvelle levée qui se trouvaient en troisième ligne dans les garnisons du Nord , seraient mises sous les ordres de Miranda et chargées de l'expédition de Zélande. Et déjà, pétillant d'impatience, il donnait ses instructions à Miranda. La petite armée d'invasion comprendrait 8 bataillons d'infanterie, la légion batave, 2 régiments de cavalerie et une compagnie d'artillerie à cheval. Elle partirait d'Anvers sous la conduite des patriotes et secondée par les trois chaloupes canonnières qui composaient la flottille de Moultson et qui chasseraient aisément les frégates ennemies par leur calibre de vingt-quatre et leurs boulets rouges, elle

* Conrad de Kock à Dumouriez et à Le Brun, i7 janv. i793 (A. N. Ff 4598).

ealrerail dans la Flandre hollandaise, puis dans l'ile da Zuid Beveland et de là dans l'ilu de Walcheren. En même temps, le maréchal de camp Charles de Fiers rassemblerait à Bruges cinq mille fantassins et douze cents cavaliers pour se porter avec la plus grands promptitude sur Widdelbourg et Biervliet, Les patriotes avaient annoncé que le stathouder défendrait l'ititérieur du pays et que les Prussiens mettraient garnison dans Macstricht et Venlo : Duval et. La !^ouc eurent ordre, le premier, de concentrer à Ruremonde les troupes qui formaient l'armée parliculière de Miranda et d'occuper Venlo dès que la place serait évacuée; le second, de réunir à Tongres l'armée de Valence et d'investir Maestricht, sans dégarnir toutefois les bords de la Roer '.

Mais, par deux fois, le conseil exécutif ajourna la résolution qu'il devai'. prendre'. Il hésitait, ne savait à quel parti 9'arrôter. Fallait-il renoncer à la Belgique? Fallait-il s'engager dans une guerre contre les Anglais? « Nous sommes très indécis », mandait Dumouriez è Miranda.

La mort de Louis XVI mît fin aux indécisions, œ La catastrophe du 21 janvier, disait le général, nous donne vraisemblablement pour ennemis tous les peuples de l'Europe. « Londres indigné demanda la guerre contre la France. Après avoir écrit sur les murs no war wiih Frcncà, on àcTif ail: Bunah, ivar, clorions war/ Chauvelin eut ordre de quitter l'Angleterre sous huit jours.

Et cependant, plus approchait Tinstant fatal de la déclaration de guerre, plus oo craignait de se jeter dans de terribles aventures, et l'on faisait encore une suprême

' Rojas, Miranda. 2â-3S.

■ Ileo. AuUrd, I, 440 (9 janvier] et 4S: (18 janvier 1:93).

l'expédition de hollande ^\

tentative pour garder la paix. Dumouriez lui-môme, si impatient naguère, si pressé d'engager la lulte, jugeait qu'on n'était nullement préparé, qu'on ne devait pas brusquer les choses, qu*on avait besoin avant tout de temps et de froide réflexion. « Nous ne pouvons, affirmait-il, le 18 janvier, que nous tenir sur la défensive et désirer de n'avoir rien à faire avec la Hollande ; les circonstances nécessitent une extrême prudence et de très grands moyens militaires sur lesquels je ne vois pas clair du tout. » Il offrit au Conseil exécutif et au Comité de défense générale d'aller à Londres en ambassade extraordinaire. C'était, selon lui, une mesure grande et nohle^ une démarche majestueuse qui convenait à des républicains. Il expliquerait au ministère anglais, a avec force et sans jactance », les motifs de notre conduite ; s'il réussissait, la France aurait un ennemi de moins et peut-être verrait-elle la Prusse se détacher de l'Autriche ou ne plus guerroyer qu'avec mollesse ; s'il échouait, elle saurait que son gouvernement avait tout fait pour diminuer ses dangers.

La proposition de Dumouriez fut acceptée, et déjà Maret demandait à Londres un sauf-conduit pour le général et une assurance de bienvenue, a C'est un oui ou un non^ disait Dumouriez, que je vais demander comme Fabricius à Persée, ou Caton à Cartbage. » Il quitta Paris le 26 janvier et se dirigea par Dunkerque, Ostende et Bruges sur Anvers sous prétexte d'inspecter les quartiers : il comptait trouver à Anvers la réponse du ministère anglais; si elle était catégorique et amicale, il s'embarquerait à Calais *. En attendant, il s'aboucherait au

» Dumouriez au Conseil exécutif et au Comité de défense générale, 18 iaov. nos (A. N. F' 4598) ; Rojas. Miranda, 43-45.

, Moenlijk, sur un yacht de l'amiraulé, avec lord Auci-

' land, aniLassaileur d'Angleterre, et le grand peuaionaaire

t. de Hollande, Van de Spiegel. i Vous allez, lui écrivait

H^L Miranda, comme Scipion à Zuma, dêcidei' iivec diguilé le

^^K sort de la République ' i>, et noire ministre à La Haye,

^^^P Emmanuel de Maulde, le nommait le paciDcateur du

^^^ moade '.

; Mais le *"' février la Convention déclarait la guerre au

I roi d'Angleterre et au slalbouder de Holloode. En vain

^^^f Dumouriez tenta de négocier encore el sollicita l'aulori-

^^B &ation de coufértr avec lord Auckland. Le Brun lui manda

^HV que le miuisière anglais ne cherchait qu'à l'a amuser »,

^^^ et par deux fois, le Conseil exécutif arrêta qu'on ne

f pouvait tntrer dans aucune sorte 4^ conféreoce ou de

, négociation avec le cabinet britannique. Dès le 31 jan-

' vier, Dumouriez avait ordre de s'emparer de Maeslriuht

I et de Venio, « d'accélérer le progrès des armes françaises en Hollande et de diriger spécialement ses efforts contre

I les établissements mariliraes oii il trouverait des armements et approvisionnements dont profiterait la République ' a.

'. Le général pensait qu'on eût mieux fait de filer la né-

( gocialiou el de gagner quelques semaines '. Sans doute,

t l'opinion se prononçait avec violence contre la Graade-

1 MirBQdE à Dumouriei. 23 janv. l-;93 (A. N. F' 4598). Cf. h Chronique de Paris du 23 «vr. : . Efl-ce le prcsseulîment qu'éprouw

I Hector quand il alla comtutUe Âcbille, et Anaibal quand tl ealia en conlËtencû avec ie Jeiiae Si^iiiionï Les mioiElres orglais peiaiettest à DumouciEZ d'ivoir des coDréreneeg htsc lord AucklaDd >. ' Db Maulda à Duraourie^, 7 février 1793 [A. N. F' 1598). • Héros da ta France, Eojez le pacïQcaleur du monde, Imas 1m genres de Rloire sont bien dm à vos verlus ! ■ ' Ld Bran i Dumouriez, S et il février 1703 [A. E.); Rec. Aulard, U, 30, B7, 67.

* RoJBS, Miraadttj 72.

l'expédition de hollande 53

Bretagne. On parlait d'une autre guerre entre Rome et Garlbage. On répétait que la France ne comptait plus se» ennemis * el qu'elle saurait braver l'Europe entière. Tout le monde voulait èlre corsaire*. Comme sous la monarchie, foisonnaient les projets de descente, et le club de Cherbourg invitait Dumouriez à venir, après l'expédition de Hollande, eu milieu de ses anciens concitoyens, préparer l'invasion de l'Angleterre •. L". Conseil exécutif méditait la conquête de l'Inde : dès que les Provinces- Unies seraient soumises, Valence partirait avec les tioupes régulières de l'armée des Ardennes, un régiment de cavalerie el quelques bataillons de volontaires résolus à une absence de trois années. Beurnonville célébrait à l'avance, en son langage emphatique, les exploits de ces Français aventureux qui seraient au nombre de vingt-cinq mille hommes, portés par trente vaisseaux de ligne : « Ils iront chasser les Anglais de l'Inde -, ils s'amuseront en passant à Rio-Joneiro et au cap de Bonne-Espérance. J'aime l'or et les diamants des Portugais, le blé et les moulons des Hollandais, el pour donner du courage à nos braves, il faudra qu'ils boivent du vin de Constance * ! »

Le futur conquérant de la Hollande ne partageait pas l'enthousiasme de son « grand diable de fils aine ». Il traversait' les Flandres et ne trouvait pas entre Dunkerque et Anvers un seul homme de cavalerie : A

* Mot de Eersaint à la Convention, 1" janv. 1793.

* Minerva^ V, 561.

3 Roahière à Le Brun, Cherbourg, 7 mars 1793 (A. E.). Le lieutenant-général Félix Dumuy, entre autres, avait soumis au Conseil dès U 13 janvier Vidée eTu» plan pour une descente en Angleterre. Cf. sur ces plans de descente A. Sorel, L'Europe et la Révol,^ I, 347.

* Beurnonville à Dumouriez, 14 févr ; Dumouriez et Valence à Benmonville, 17 et ^7 févr. 1793 (A. G.).

L TBAHISO-N DE DTJMOURIEZ

fFurnes, à Nieuporl/à Oslende, à Bruges, pas un com- I missaire des guerres, pas un payeur, pas un hôpital, pas un magasin d'approvisionnemenLs ; le soldat prenait le pain et la viande chez le boulanger et le boucher; le piÈt [ était dû depuis trois jours ; partout, !e général devait I lequérir les administrations du pays et fouiller dans les [ caisses publiques pour donuer aux troupes une subsistance momentanée. Comme toujours, les bataillons man- ' quaient de chaussures et d'habiis. Un seul avalises ea- I nons de campagne, a Toat me manque, écrivait Dnmou- '' riez à Le Brun, et il faut un cas aussi désespéré pour I que j'entreprenne une expédition pareille avant d"èlre I pourvu de tous les moyens nécessaires pour y réussir. » I II avait fait un premier plan. Tandis que Miranda se 1 saisirait de Venlo, il investirait Maeslricbt qui se rendait l à la troisième bombe ; puis les deux généraux iraieal [ prendre ensemble Nimègue et Grave ; Nimégue était la I clef de la Hollande, et sa chute ne précéderait que de I quinze jours l'entrée des Français dans Amsterdam, ! Mais avant toutes choses, Miranda devait s'emparer de I Venlo et prévenir les 10,000 Prussiens de Brunswicki Œls qui s'assemblaient à Wesel pour secourir la Ho!- ' lande et couvrir le flanc droit de l'armée autrichienne. Aussi Dumouriez lui coramandait-il d'envoyer sur-Je- [ champ un courrier à Cliampmorio. Ce maréchal-de- I camp, un des plus babilus lieutenants de Mirauda, était ' alors à Kessel, non loin de Venlo. Il eut ordre d'occuper . les deux forts de Slevensveert et de Saiut-Micbel, situés [ l'un sur la rive droite, l'autre sur la rive gauche de la I Meuse ; puis, de courir sans retard à Venlo qui n'avait l que deux canons et une garnison de deux cents hommes. I « Je n'ai d'espoir, disait Dumouriez, que dans l'extrême I célérité de l'opération de Venlo. Si je prends Venlo ayant

l'expédition de hollande 25

que les Prussiens entrent en campagne, je suis à peu près sûr du reste. Si cela n'a pas lieu, la campagne est manquée, et la défense des Pays-Bas bien hasardée. »

Ghampmorin se rendit maître des forts de Stevensveert et de Saint-Michel. Ce fut Moreau, lieutenant-colonel du 4*' bataillon des volontaires d'IUe-et- Vilaine, qui s'empara de Stevensveert. Il y pénétra le matin à six heures, et surprit en plein sommeil la garde du fort, composée d'un sergent, d'un caporal et de douze fusiliers, qui n'avaient que leurs armes et quelques cartouches *.

Mais Ghampmorin arriva trop tard pour prendre possession de Venlo. Le 9 février, le duc de Brunswick- Œls avait su par un journal la déclaration de guerre. Le 44, à la pointe du jour, deux heures avant la venue des Français, il se présentait aux portes de Venlo, et cinq bataillons entraient tambour battant dans la place qui recevait un gouverneur prussien, le général-major de Pirch «.

« C'est un coup affreux, s'écria La Marlière, je regardais Venlo comme la clef de la Hollande, et sa prise assurait la défense de la Belgique. » Dumouriez dit simplement que la nouvelle était « très désagréable », et persista dans son plan d'invasion'.

1 Rojas, Miranda^ 49 ; Dumouriez au ministre de la guerre, 3 févr. et à Le Brun, 4 l'évr. ; Ghampmorin à Moreau, 9 févr. et à Miranda, 10 févp. 1793 (A. G.).

* Tfeher den Feldzug der Preussen gegen die Nord armée der Neu^ franken im Jahr 479S, par un observateur, 1795, p. 208-209 et surtout Dohna, Der Feldzug der Preussen gegen die Franzoscn in den Niederîanden 4195, 1798, tome 1, p. 17-19.

» La Marlière à Beurnonville, 12 févr. 1793 (A. G.); Rojas, Jl/»r«ii</a, 62.

âS LA TRAHISON DU nUMOJBIKZ

il aurait pu se jeler sur les forces autrichiennes qui grossissaient derrière la Roer, les refouler au-delà du BliiD, puis revenir sur Amsterdam par Venlo et Nimègue. Mois il craignait de donner aux Provinces Tînies ]e lenaps d'organiser leur défense, et quel général de «etie époque aurait osé laisser l'ormée hollandaise sur son flanc ganclie et Maestricht sur ses derrières ? T7ne irruption en Hollande lui paraissait le seul moyen de salut. Cette atiaque rapide et soudaine imposerait aux ennemis qui croiraient les ressources de la France plus puissantes qu'elles ne l'étaient. Elle assurait la possession de la Belgique qu'on ne pouvait plus garder avec chance de succès, puisqu'on u'aTBit ni une armée propre è la défensive, ni ruirection des Belges. Enfin, conquérir la Hollaniie, c'était trouver, dès le début de la campagne, I dans un pays a très disposé pour la France», des armes, des habits, des vivres, des munitions, de l'argent ; e'é- I tait renforcer l'armée française, l'augmenter de 25 à vao.oOf) hommes de troupes haiaves '.

Ses Mémoires prélenJeDt qu'il fit semblant d'adopter le projet de Conrad de Kock et qu'il mena des préparatifs a grand bruit pour donner le change aus Hollandais et détourner leur ai tentiou sur la Zélaude. Sa correspondance prouve qu'il dissimulait autrement son véritable dessein. Il répandit le bruit qu'il s'arrêterait à Anvers pour conclure un emprunt et qu'il irait ensuite rejoindre Miranda sous les murs de Maesiricht.

Tout autre se fût dirigé vers Nimègue, et Dumouritz eut un instant le dessein de se rabattre sur celte Ville -par Venlo, Gueldre et Enamerich, puis par les hanteurs

' Dumouritz à BeurDOQville, 10, 13, M, \'> favr, 1733 (\, G.Ji De Lo UarrE Dupircq, Portraits «lililairis, 23S ; Bo^-uslawjki, Dos Zeieiiiles Gimi-aU DinnoHrin, II, 170.

l'kxpboition dk hollande 27

d'Amersfoort, de tourner Utrecht et de gagner Muyden, ce centre et ce nœud des écluses, que Luxembourg avait manqué en 4672. Mais il avait, de Nimègue à Amsterdam, huit à neuf marches, et il courait le risque d'être attaqué sur son ûanc par Brunswick- Œls. Il prit un chemin plus hasardeux, mais plus court, a Peut-être, écrivait-il le 5 février à Miranda, ferai-je un petit rassemblement près d'Anvers, pour pénétrer, entre Bréda et Bois-le- Duc, sur Geertruidenberg ou Heusden; ce petit corps que je donnerais à commander à Berneron, tiendra en échec toutes les garnisons et empêchera le renforcement de celles de la frontière que nous devons attaquer. » Voilà le germe du nouveau plan de Dumouriez, plan Imprévu, singulier, hardi, mais, comme il disait, d'autant plus aisé qu'il semblait plus impraticable et faisait passer son armée par le trou d'une aiguille Le général, renonçant à la guerre régulière et méthodique, laissait les places derrière lui, sans les attaquer. Tout au plus bombardait-il Bréda ; mais ce bombardement était une fausse attaque qui couvrait la grande entreprise. Il masquait donc sur sa droite Bréda et Geertruidenberg, sur sa gauche Berg-op-Zoom, Steenbergen, Klundert, Willemstad. Il traversait à Mœrdijk le bras de mer du Hollandsch Diep qui n'a que deux lieues de largeur*; il débarquait à Dordrecht sur la rive opposée, et, prenant à revers toutes les défenses de la Hollande, se trouvait en plein cœur du. pays. De Dordrecht, il marchait sur Amsterdam par Botterdam, Delft, La Haye, Leyde, Harlem; il établissait le nouveau gouvernement qui donnait ordre aux commandants des places de se rendre aux

' C'est en même temps, disait l'abbé Coyer, un bras de la Meuse et un bras de mer, qu'on passe en trente-deux minutes [Voyages d'Italie et de Hollande, 1775, tome II, p. 2:2).

LA TRAHISON DE DUMOURltZ

troupes frauçaises ; puis, sans s'arrêter, il rerenait, Ulredil à la reacoutre de Miranda,

Miraoda seconderait en elFet Dumouriez dans sa pei^ téméraire. H devait brusquer l'attaque de Maeslricht, (

s ouvrir un siège régulier, jcler des bombes dans la place. Dumouriez assurait que le gouverneur n'était pas ' du tout militaire, que la garnison n'avait pas envie da j se battre, que la ville ne tiendrait guère plus de deux '■ou trois jours, que le bombardement dégoûterait les solf dats et intimiderait les liabitants qui Buiraient par se ' lasser et faire la loi au. commandant. La ville prise, Mi- I randa y laisserait Le Veneur, puis se dirigerait sur I Nimègue avec 25,000 hommes et tous les Hollandais, Atf lemands et Suisses de la garnison de Maesiriclit qui se I joindraient à lui. Il ne s'amuserait pas devant Grave qui était dans uu rentrant de la Meuse ; il irait droit à Ni- I mègue, et là, entre Nimègue et Ulrecbt, lor.squ'il pous- ' serait avec vivacité les troupes de Brunt,wicli-Œls, il trouverait Dumouriez qui viendrait preudre les Prussiens par derrière et les mettre entre deux leus.

Mais il fallait se presser; il fallait étonner et, employer la fongm française ; il fallait faire des coups de désespoir, faire des choses incroyables et impossibles; il fallait , vaincre ou mourir, et dans les instructions que Dumouriez envoyait coup sur coup à son « fidèle second », sur un Ion impétueux, fébrile qui marquait l'impatience de son âme, il disait en espagnol ; a Ne regardons pas en arrière ; ce n'est pas le temps de la prudence ; chaque jour perdu est du plus grand danger '. »

Miranda approuva l'entreprise; mais il la jugeait étonuanie el très difficile » ; elle lui paraissait tenir du

■ Rojas

^nds, 36 el 41-73.

l'expédition db hollande 29

merveilleux et ressembler à un songe. On savait que les Impériaux méditaient une revanche, et les journaux annonçaient qu'au mois de février le prince de Gobourg se mettrait à la tête de Tarmée autrichienne *. Miranda craignait donc que Gobourg ne vînt attaquer les troupes qui cantonnaient sur la rive gauche de la Roer et couvraient le siège de Maestricht. Suffi raient «.elle s à « tenir avec sûreté toute l'étendue qu'elles occupaient » ? Gobourg ne pourrait-il les disperser et débloquer la place ? Mais Dumouriez répondit que Gobourg n'avait sûrement pas assez de monde ; que son armée, en dépit de sa cavalerie et de ses grenadiers hongrois, se composait de nouvelles levées; qu'elle était aussi mal approvisionnée que les Français, et ne pouvait entrer en campagne avant trois semaines. Miranda n'insista plus. Il ordonna qu'en l'absence de Valence, La Noue prendrait le commandement des troupes cantonnées entre la Roer et la Meuse : La Noue, de concert avec Stengel, Dampierre et Miaczynski, « ferait tous les arrangements pour défendre vigoureusement le passage de la Roer ou livrer bataille aux ennemis qui l'auraient passée avec Tidée d'introduire un secours de troupes dans Maestricht* ».

Ces ordres donnés, Miranda se porta devant Maestricht. Dès le 6 février, il avait envoyé Le Veneur sur la rive droite de la Meuse pour bloquer le quartier de Wyq, et Diettmaun sur la rive gauche entre Lixhe et Sicbem. Tout le gros de l'armée du Nord, au nombre de 13,000 combattants, investit Maestricht; l'avantgarde de La Marlière qui ne comptait que 3,000 hommes, battait la campagne en avant de Ruremonde;

* Voir par exemple la Chronique de Paris du 14 janvier 1793.

* Rojas, Miranda^ 46, 60, 66 ; Miranda à Dumouriez, 3 févr. (A. N. F7 4598) ; Dumouriez à Beurnonville, 16 févr. 1793 (A. G.).

Chatnpmorm demeurait avec 5,000 hotomes ea face de Veolo. Le reste des troupes fraDçaises teDait les mêmes positions qu'à la I3n du mois de décembre 1703 : tes 10,000 liommes d'IIavviUe occupaient Namur et le Namurois et défeadaienl la Meuse ; Tarmée des Ardennes, commandée pur Valence et formée de 18,000 horames environ, éiait à Lié^e et d^ns le pays de Liège; l'armée de la Beigique, réduiie à 18,000 soldats, cantonnait, avec Dampierre, à Aix-la-Chapelle, avec Miaczynski, à Rolduc, avec La Noue et Stengel, sur les bords de !q Roer ' .

IV. Dn contemporain s'étonne que l'actif et bouillant Duinouriez n'ait pas euvabi plus t6l les Provinces- Unies'. Mois que de soins divers, que de mesures de Ion te sorte, le général devait prendre avant de s'enfoncer en Hollande ! Il ménageait sa retraite « en cas de malheur ■ , donnait 30,000 franiis à Senermont pour réparer la citadelle d'Anvers, suspendait la démolition des remparts de Mons et de Tournai que Paclie avait imprudemment ordonnée, et conseillait à Beurnouville de fortifier la hauteur de Huy, d'entourer Maliuos d'une enceinte de terre, de munir de bonnes batteries Ostende, Nieuport et Duukerque, de rétablir les lignes de Bergues, de tracer un camp retranché sur le moût Cassel, de mettre en état de défense Orchies, Bavay, Beaumonl. n mandait au coolrôleur-général de la trésorerie nationale. Le Monnier, de faire pour quinze jours les fonds de la petite armée qu'il rassemblait. Il ouvrait sur les négociants et capilahstes d'Aavers un emprunt de douze

■ Mirando à PacliB al à Le Veneur, 6 férr. i'G3 [A. G.) ; Dépwilion de La Miflièrc [A. N. W. dossier Ju général;.

■ Crossarii, Mini,, 1, iî.

L*E:il>BDITiON DE HOLLANDIâ 31

cent mille florins qui « se remplissait tout doucement », et il avançait différentes sommes aux bataillons belges, à la légion batave, au 8<^ régiment de bussards,dits de la République. Il convenait avec les patriotes hollandais que le Comité batave, représentant le peuple souverain^ ordonnerait à tous les officiers municipaux et militaires des Provinces- Unies de rendre aux généraux français les places, les arsenaux, les magasins ; qu'il aiderait les administrateurs, commissaires et régisseurs à faire subsister les armées envahissantes; qu'il lèverait, soit par contribution, soit par la confiscation des biens des orangistes, les fonds nécessaires à Tentretien des troupes; à mesure que les Français avanceraient en Hollande, ce Comité s'adjoindrait d'autres membres pour exercer Tadministralion provisoire jusqu'à la réunion d*une convention nationale. Dumouriez ne négligeait rien pour s'attacher les « généreux martyrs de la révolution de 1787 D. Daendels était déjà lieutenant-colonel. Deux autres membres du Comité batave reçurent le titre de colonels : Conrad de Kock que Dumouriez jugeait « plein d*audace et d'éloquence » et qui devait accompagner Daendels à l'avant-garde ; de Nyss, « plein de sagesse et de courage » qui fut attaché à réiat-major. On vit même le général porter sur la poitrine le symbole favori des patriotes, un petit chien-loup en argent avec l'inscription : Chacun mord à son tour ^

Malus, qui devait venir à Liège ou à Bruxelles « diriger en grand » l'administration des subsistances, n'arriva sur la frontière qu'à la fin du mois de mars. Mais Dumouriez appelait à Anvers Petitjean nommé, à la

» Dumouriez à Beurnonville, 14, 15, 20 févr. 1793 (A. G.), et M(fm,, IV, 22, 37 ; Le Batave, 7 mars ; cf. sur Kock, le père de Paul de Kock, les Lundis révolutionnaires d^Avenel, 1875, p. 291-293.

LA TBAHISOK DE DUMOUBIEZ

place de RoDsin, commissaire-ordonnateur en chef de l'armée de la Belgique. Peliijeao, « seul, pouvait lui procurer les moyens de ne point éprouver de retard dans pédition a, et l'infatigable, l'indispensable Pelitjeau savait en effet loul prévoir et lout pourvoir; son activité n'oubliait aucun point du territoire occupé par les Français, et le siège de Maestricht, et les cantonnements de la Meuse et de la Rocr, et les quartiers d'hiver. Je voua prie, disait-il à Beuruonviile, de vous tranquilliser sur les besoins de l'armée, • Aussi Miranda ne le cédait-il à Dnmouriez que pour quelques jours. Mais ces quelques jours suffirent à Petiljean et à Dumouriez pour rassembler l'armée de Hollande, l'armer, l'équiper, l'arranger. Le général la lira d'Anvers et des cantonnements de la Weslflandre et il eut soin d'y faire entrer des troupes belges; a co qui affaiblissait d'autant plus le parti contre-révolutionnaire auquel elles se joindraient, si on les laissait en arrière ' •.

I! s'entoura d'officiers espérimenlés. Le général Le Bûyette el le lieutenant-colonel La Marlillière ' formaient le train d'artillerie. D'Arçon ferait la guerre de sièges. C'était ce d'Arçon qui, au siè^e de Gibraltar, avait imaginé ces fameuses batteries flottantes, insubmersibles, incombustibles, impénétrables aux boulets. Maréchai-decamp en 1791, chargé d'inspecter les frontières, accusé de royalisme par le prince de Hesse el suspendu, il fut réintégré, sur la demande de Dumouriez qui lo regardait comme un des meilleurs ingénieurs et des plus honnêtes hommes de France, o Je m'attends, écrivait Beur-

> Peliljuan t (A. G.).

' Cf. sur La Monilli %fa~OrUiil., 11, 256,

■aooVi.U. 8 el 16 février \m e Fervel, Camp, dans Us P^rf-

L EXPEDITION FB UOLLAN

neville au général, le fi février, à cent ciuquaole miUa déaoncîatiDiis, saDs compter ctlla de Messe; mais voua avez besoin de d'Arçon, et il partira ce soir

Tbouvenot était trop « essentiel a, trop nécessaire à la grande armée. Il resta donc â Liège. Mais il alla passer deux jours à Aavers avec Dumouriez. Le général le chargea notamment de mettra sur pied l'armée belge. Thouvenot porterait le litre d'inspecteur-général et presserait la formation de 25 à 30 bataillons ; chaque ofQciergôoéral, chaque commandant avait ordre de hâter ces levées de troupes dans son arrondissement; Rosières irait de cantonnement en cantonnement les passer en revue ; Petitjean devait les habiller, les armer et payer â chaque soldat vingt sous par jour en papier. Dumouriez espérait avoir 23,000 hommes d'infanterie belge avant le mois de mai et Bsumonville l'engageait Vivement à profiler au plus tôt de ce précieux surcroît '.

t Cf. sur d'Arçon : Girod-Chanlrsns, Ifolkt, 1S01 , p. 1-47 ; Dames, SoKvtnin, 1, 473 ; Sajous, Mallet du Pan, II, 44 ; Duc des Caw, MfKi.. 1890, I, 255-303 ; Servan b d'Arijon, 12 sept. 1192 (A. G. le ininistre eELime la ■ qualilé et la conslanca de ses Bervicea ■) ; Dumouriez, Mia.. IV, 23 -, Junf,', Di>ioit-Cranc€. II, 176 ; Beurnoa- Yille à Duuourlez, 14 févr. 1793 [A.. N. F' 4593;. Cd fut ChabsnoD qui rBCommanda d'Arçon à Dumouriez. eoq iaUme ami, et, de Ssiul- Gormain, d'Aiçon écrivait au géuéral le 3 lévrier. ■ D'apcâs ce que Je recueills des papiers et des décretg, voua voilà relancé dans vos eiploits, et moi, par suite du caprice inconcevable d'un prince allemand qaî s'est BVÎGé de me Guap^adre Bane droit et ssus molifa, daus le temps raSroe où, étant à Ceat lienos de lui, jélaiB employé dans une autre armée, je suis encore réduit à faire des ïœuï impuissants pour votre glcire. Vous avez dît b Cbabanoa, votre ami, que vous demeuderiei d'Argon. El d'Arçon est prêt à accourir, bien iyvi qu'il sera de travailler sous les auspicea et selon les vues de celui qui a sauvé la République et qui la fera triompher de aea nouveaux danserai . U iTSil d'abord émigré, mais l'accueil qu'on lui lit, l'irrita et détermina *on retour [D'E^queviUj, Camp, du corpi de Coadé, 181S, I, 22t}.

' RoJBS, Miranda, 72, 82-S3; Beurnonville ' " "' ■

Il Robert au Coa^eil, 13 févr.

■ •.■flA I

A défeut de Thouvenot l'aîné, le cadel, Pierre Tliou- Tenol, fut chef de rétaL-major de l'expédilion de Hollande, et soû esprit très entendu, très fécond en ressources, rendit de grands services. II eut sous lui un adjuilant-génêral, Philippe Devaux, et quatre adjoints.

L'armée ne comprenait que mille cavaliers et quinze mille fantassins '. Du mouriez n'avait cessé de demander des renforts à Beurnonviile. Mais la Convention n'ordonna qu'au 23 février la levée fameuse des trois cent mille hommes et le ministre ne put envoyer en iJelgiqna et sur les frontières du nord qu'une tioignée de soldats, Il dépêchait à Bruxelles deux bataillons de l'Yonne, k Liège deux escadrons Je hussards braconniers, à Lille la légion des Américains et du Midi qui devenait le 13' régiment de chasseurs à cheval, â Sedan la légion germanique. Paris n'avait plus d'autres troupes que la cavalerie de l'École miliiaire. Le directoire de l'Aisne se plaignit de rester sans défense; Beurnonville répondit que les départements ne devaient plus compter que sur leur force sédentaire '.

Quatre corps, l'a va ut-garde, les divisions de droite et de gauche, la réserve, constituaient rarm:e de Hollande.

L'avant-garde , commandée par Berneron, comptait quatre compagnies franches, entre autres celle de Vandamme', deux bataillons de volontaires (le 3= de l'Aube et le i'"' du Finistère), le 1" et le 2° bataillon de la légion

1 ChiffroE

g,saî fan

» UeurnonviUe bu Diroctoita clo l'Aisne cl i Miranda, 10, 19, 21 f*. 1er 1793 (A. G.) ; Gov. Morris, II, 2S1.

> Ckinaeurs de ifent-Casiit nu di DuiiKiiiiei (Du.Ca^sp, Le gf'f'iil \ Vtndammt, 1STÛ, p. 421-

L*£XPâDITION DE HOLLANDE 35

batave, le \^' et le 2« bataillon belge, le 4" bataillon et les 300 cavaliers de la légion du Nord, 50 dragons du 6« régiment, 80 dragons bataves.

La division de droite que Dumouriez avait mise sous les ordres du général d'Arçon et du chef de brigade Westermann, comprenait 8 bataillons de volontaires*, % bataillons de la gendarmerie de Paris et 200 hussards du 8^ régiment.

La division de gauche avait pour chef Leclaire, colonel du 90® régiment d'infanterie et bientôt général. Elle était formée de 7 bataillons de volontaires *, du 2° bataillon de la légion du Nord, du 90® régiment et de 450 hommes du 8« hussards.

A la réserve, que dirigeait le colonel Tilly, étaient le 4»^ bataillon de la Gironde, le 3» bataillon de la légion batave, 200 dragons belges à pied, 400 hussards belges et 1 00 hommes du 20« régiment de cavalerie.

Celte armée, si singulièrement composée, n'emmenait d'autre artillerie que 4 pièces de douze, 8 pièces de huit, 4 mortiers de dix pouces. 20 petits mortiers à grenades et 4 obusiers. Trois bataillons seulement appartenaient aux troupes de ligne : le 90® qui voyait le feu pour la première fois et les deux bataillons de gendarmerie. Trois bataillons de volontaires avaient fait la campagne de Belgique. Tout le reste était de nouvelle levée.

Pas ou peu de discipline. Tandis que l'armée se formait aux environs d'Anvers, les officiers allaient se divertir en ville, à l'heure qui leur plaisait, et il fallut menacer de suspendre ou de renvoyer en France tous

* 3« de l'Oise, 2* du Calvados, 5" de la Ghareole, 2« do Loir-el- Gher, 2«, 11", 17* des volontaires de la réserve, 6* des fédérés.

« 4« de la Sarthe, 2« de TOme, 3« du Calvados, !•' de l'Eure, 10* de la Seiae-lnférieure, 15* et 23« de la réserve.

36 LA TBAHISDN DE DUUOtJKIHZ

ceux qui s'absenteraient sans permission ' Le colonel du S^huEsards était un lailleur de Lille, nommé Dumonl, ignorant et ivrogne, qui avail équipé le régiment à ses frais : Dumouriez le cassa et le remplaça par son aidede-camp le lieutenant-colonel Morgan ; mais il dut casser encore un escadron qui refusait obéissance à Morgan et voulait pour colonel le capitaine Montmayeur V Enfin, la gendarmerie nationale se conduisait très mal et Dumouriez n'en était pas » extrêmement conlenL' s.

Mais il comptait sur les dispositions des habitantïi et sur la lâcheté des troupes hollandaises qu'une longue paix avait engourdies et rendues incapables de repousser une vigoureuse agression. Quelques instants avant son départ, il reçut le directeur lie !a troupe française de La Haye que le slaihouder (Guillaume V d'Orange -Nassau) avait renvoyé, a Saos doute, dit le directeur au général, vous allez abattre d^s oranges. » — • Je ferai plus, répondit Dumouriez, je couperai l'oranger dans la racine'.

On se rappelle qu'il savait enflammer une armée et qu'il exerçait sur ses troupes un prodigieux ascendant. Ses ennemis mômes reconnaissent qu'il avait l'art d'exalter le soldat*, o Dumouriez réussira, mandait

' Le colonel ThouTeuot a général est BStremenieiit méc le passage des Iroiipes. •

' Dumouriez à Marassé, 21 mars 1793 [A. G.) ; of, Rec. Aulard, II, S32,

' RojBF, Mimudit, 115 et 118, Cf. sur ctlle gondarmBrie et tes eicÈs; Tdii.a, Caaqtille Jacobiaa, 334-333, et Rec, Aulard, I, 131- 145 ; on la suit au psBBa^e, de Paris à Anvers par Boj-e et Cembraï. ■ 'i BeumoQïilIe, 19 févr. 1193 (A, G.) et Mon. du

* Cf. Valmy, 21. Lettres particulièrea di da Pologoe. Parifi, 180S, p. 07.

r Talence au miaialre de ta guerre, son génie et soo « audace en donnent la certitude ; si vous saviez ce qu'est [ celle armée qui va enlever les places, prendre des vaisseaux et parcourir viclorieusement la Hollande, en revenant sur le Rhin, vous ne penseriez pas, comme Hassenfratz, qu'il y a plusieurs millions de généraux, et, comme Cambon, que l'armée est tout et que le général n'est plus rien '. h BeurnonvilLe avait même confiance et même espoir. 11 avouait que les moyens ne répondaient pas à la grandeur de l'entreprise : mais te génie de Dumouriez suppléerait à toul, et, dans son style prétentieux et amphigourique, il écrivait que son père, « nouvel Icare, s'élèverait au-dessus des digues de la Hollande, — et, comme nous sommes en hiver, ses ailes ne SB fondront pas' I •

Enfin, l'expédition n'était-elle pas un de ces coups de main qui conviennent au génie français ? Dumouriez ne cacha pas à l'armée les obstacles qu'elle devait ren- , contrer, les intempéries de la saison, les places â prendre, les canaux et les bras de mer à traverser, mais il lui promettait qu'une fois eu Hollande, elle aurait eu j abondance ce qui lui manquait. « Le soldat français, lilon dans ses Mémoires, est très spirituel ; il faut raisonner avec lui, et dès que le général a le bon esprit de le prévenir des obstacles qu'il rencontrera, il ne pense plus qu'à les vaincre et il s'en fait un jeu. Si au contraire on lui cache ses dangers, il s'utonne en les apercevant et une fois que ie découragement le presse, ou plutôt le dégoût de ce qu'on veut lui faire faire, la

l'expédition de hollande

' ValoncB â Beurnouville, 20 févr. 1793 (A. G.). > Beuroanville à Dumouilez, 14 févr, et à Valsnce, '26 féir. 1' [A. G.).

rr^

méHance s'eo môle ; il devient presque impossibla c rallier et d'eu tirer aocuu parti '. >

Il lança trois autres proclamations: l'une au pei^ liégeois, l'autre au peuple de la Belgique, la troisièâ aux Butaves. 11 faisait appel aux v cxurs indomptables»' des Liégeois qu'il avait surooinmés les grenadiers de UiT révolution belgiqiit et comptait sur douze à quinze mille d'ealre eux. Il invitait les Belges à combattre sous ses drapeaux : des émissaire:; de l'Autriche cherchaient i les égarer et leur annonçaient la rentrée des Impériaux ; mais les Frangais couvraient leur territoire, et porteraient la guerre sur les bords du Rhin ; » ce fleuve majestueux servirait de barrière à la liberté j. Knftu, il disait aux Bataves qu'il venait les délivrer, comme il avait délivré les Belges, et les arracher au joug du statliouder, ce e demi-despote s qui livrait à l'Angleterre leur commerce des ludes et leurs colonies '.

V. Le <G février, l'avaut-garde péuêlraît sur le territoire hollandais. Bernerou qui la commandait, devait détacher aussitôt vers les bords du Hollandsch Diep 800 fantassins et 100 cavaliers sous les ordres deDaeudels et de Conrad de Kock. Ces 900 hommes ramasseraient tous les bateaux de Mœrdijk, de Zwaluwe et de Roodevaart; ils se hâteraient d'aborder à Dordrecbt, de désarmer ou d'enrôler la g-arnison, et d'amener à Mœrdijk les bâtiments qu'ils trouveraient dans le purt et qui serviraient au passage de l'armée.

Mais Bernerou ne fit aucune diligence et les Hollandais eurent le temps de retirer leurs embarcations vers

• Dun

,, MUm., IV, 34,

l'expédition de hollande :i9

l'autre bord du Moerdijk, sous la protection de trois bâtiments gardes-côtes.

Dumouriez dut prendre de nouvelles dispositions. On avait trouvé dans les canaux entre Oudenbosch et Zevenbergen 23 bateaux pontés. Il chargea le commissaire des guerres Boursier de réunir les charpentiers et les matelots des havres d'alentour et de mettre ces bateaux en état de porter 4,300 hommes. Durant ces préparatifs, il essayait, en payant d'audace, de se rendre maître de quelques places fortes ; Berneron investissait avec Tavant-garde Klundert et Willemstad; d'Arçon assiégeait avec la division de droite Bréda et Gecrtruidenberg; Leclaire observait avec la division de gauche Berg-op- Zoom et Steenbergen. Quant à la réserve, établie au bord du Mœrdijk, elle élevait sur toute la longueur des dunes, de Roodevaart à Zwaluwe, des huttes recouvertes de paille, et nommait ce cantonnement aquatique le camp des castors.

Le général en chef ne voulait s'arrêter devant Bréda que f le temps nécessaire pour rassembler ses transports * ï> et ne croyait pas s'emparer de la ville. Elle avait de bonnes palissades : deux cents pièces de canon garnissaient ses remparts; l'inondation couvrait ses abords; un régiment de dragons et 2,500 hommes d'infanterie composaient sa garnison. Mais le gouverneur, comte de Bylandt, d'ailleurs affaibli par Tâge, n'avait jamais fait la guerre; les magasins manquaient t les remparts étaient sans.casemates; un grand nombre d'habitants détestaient le stathouder. D'Arçon n'ouvrit môme pas la tranchée. Il établit deux batteries à une faible distance de la place. Durant trois jours, l'assiégé répondit

* Dumouriez à Miranda, 22 févr. 1793 [Rojas, Miranda, 78).

LA TRAHISON DK DTJMOORIltl

^^^K par un feu assez vif. Le quatrième. d'Arçou n'avait plus

^^^H que 60 bombes à lancer. Mais avant de lever le siège, il

^^^H envoya Devaux porter une seconde sommalion, Devaux

^^^B dit au comte de Bylandt que Dumouriez arrivait avec son

^^^K armée et ne ferait pas de quartier. Bylandt assembla ses

^^^E'ofâciers et, de leur consentement unanime, capitula.

^^^B 4 mortiers de dix pouces, 2 obusiers et deux escouades

^^^V du 2" régiment d'artillerie avaient suffi pour prendre

^^IP Bréda. Les Français y tro-uvèreut plus de 300 bouches à

l fau, 300 milliers de poudre et 5,000 fusils de munition.

Ils perdaient vingi à viugi-einq hommes qu'un parti de

cavalerie hollandaise avait sabrés à Timproviste pendant

qu'ils s'amusaient avec une imprudence bien française à

danser sur le glacis'.

D'Arçon, maître de Bréda, se dirigea sans retard sur Geerlruidenberg. La place était défendue sur la rive gauche de la Donge par l'iaondation et par des forts extérieurs. Elle avait une belle el solide garnison, composée du régiment d'infanlene dellirzelet du régiment de dragons qui formait la garde du stalhouder. Mais le gouverneur, nommé Bcdault, octogénaire faible et incapable, n'osa pas résister. Le 1"' mars un des forts extérieurs, celui de Steelhoven, était évacué : d'Arçon y mit deux mortiers de 10 el ua obusier de 8. Le lendemain, un deuxième fort était abandonné; d'Arçon y transporta les deux moriiers du prenaier fort et quatre autres mortiers du calibre de 7 1/2 tirés de l'arsenal de Bréda ; trois , de ces mortiers hollandais avaient des allûts qui ne

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pureDl supporter les charges, mais d'Arçon les remplaça par deux pièces de 12 et un canon de 34 qui tirèrenl sur la ville â boulets rouges. Le 1 mars, ua troisième fort était évacué, et de ce poiut un obusier de 3 et un morlier de 7 l/î, ie seul qui fùL encore eu état de servir, enfilaient et foudroyaient une des plus longues rues de Geertruidenherg. Une borabe tomba dans la maison du gouverneur. Quelques iuslants plus lard, Devaux se préseuiait en parlementaire. Bedaull signa la capitulation et obtint, comme Bylsndl à Bréda, les honneurs de la guerre. Il laissait entre les mains des Français 150 bouches à feu, 200 milliers de poudre, 2,300 fusils, une grande quantité de bombes et de boulets et trente bâtiments de transport. <■ La prise Ue Geertruidenherg, écrivait La Marlillière au ministre, ne tient pas moins du merveilleux que la reddition de Bréda. » Pas un artilleur n'avait péri.

Dumouriez alla dîner chez BedauU. Pendant le repas, OD l'avertit qu'un lieutenant-colonel de volontaires, pris de boisson, voulait entrer dans la ville, malgré les gardes, et gu'il menaçait de son pistolet le commandant du régiment de llirzel. Le général fil amener le lieutenantcolonel, lui arracha son épaulelte devant les officiers hollandais, et le condamna à servir désormais comme simple soldat dans son propre bataillon. C'est ainsi qu'à Bréda il avait fait élever une poieuee sur la place du marché pour a punir aussitôt ceux qui déshonoreraient le nom français par des violences et des crimes ' o.

Pendant que la division de droite prenait Geerlruidenberg et Bréda, l'avant-garde de Berneron s'emparait

' La Maitillièrs i BeurnaiiTJUe, 6 mars 1~ 1(1 mars 1193 ; Dumouriez, Mém., IV, 44-4S.

3 (A, G.); Le BalaM,4

de Klundert, C'êinit uu pclit fort régulier, siLué dans une plaine inoudée. Le gouverneur, le cupiiaiDe de Kropf, commandait à loO hommes. Eemeron éiubiit une ballerie de i canons et des morliers derrière la digne d'inondation, à 150 toises du fort. Bienlôt Klundert fut en flammes. Kropf, désespéraut de prolonger la résistance, encioua ses pièces et tenta pendant la mût de gagner "Willemstod. Les soldais de la légion liatave le poursuivirent; Kropf brûla la cervelle à leur lieulenantcûlonel Haarman, mais fut tué sur le cliamp par le capitaine Booginans; il avait dans sa poche les clefs de la place. Sa troupe, réduite à 7:ï hommes, se rendit prisonnière. 51 canons, a mortiers, 18 milliers de poudre, une grande quantité de bombes et de boulets tombèrent au pouvoir de Berneron '.

Klundert, Geertruidenberg, Brcda assuraient les derrières de Dumôuriez II accablait les Hollandais par leurs canons mêmes et, comme il disait, prenait dans chaque viSie de quoi prendre la ville suivante. 11 recevait même des renforts; Charles de Fiers lui amenait une colonne de 6,000 hommes tirée des garnisons de la Belgique* et relevait devant Berg-op-Zoom et Steenbergen la division de gauche qui s'èlahlis=iait à Oudi'nhosch et à Zevenbergen. La population faisait aux Français un accueil cordial et leur fournissait gratuitement les vivres; les paysans de la baronnie de Brada, presque tous catholiques, les recevaient comme des frères; des citoyennes

1 DumourUz gu£ commi'SBlres, Àfon., 5 mare; Le Salaee, S et 13 mars 17H3 ; Rue. Aulurd, II, 231.

» 22- réRimeol-, !•' du Calvoios, 2' da la Snniina, 2' de l'Oise, 1" de l'Yonne. 2- daa fedÉrés, 4- halaillon franc, 4-, 12% 16-, 20' de la réserva ; Jeuï escadrons du 7' hussards ; un escadron dn 3' dragons ; lia CËcadron du 3° caiskrie ; ea lont Hfiiil faulaseiBS. 339 ClvslierB el ti4 cauDnQierE,

L*KXPéDITION DB HOLLANDE 4!)

de la ville de Bréda et à leur têle la femme du bourgmestre offraient à Dumouriez le bonnet de la liberté. On voyait, avoue un orangiste, toutes les parties de Tadministration publique s'écrouler presque au môme instant d'elles-mêmes et se modeler sans effort sur les nouvelles formes adoptées en France; on plantait des arbres de la liberté ; ou créait des municipalités, des maires^ des comités; on convoquait des assemblées primaires*. »

Aussi Dumouriez préparait-il activement le passage de ses troupes. Il établissait à la pointe de Mœrdijk, pour protéger rembarquement de ses troupes et la sortie de sa flottille, sept batteries, cbacune de deux pièces de 24 et de plusieurs mortiers. Il tirait des bataillons de volontaires tous les bommes expérimentés dans la navigation, Gascons, Bretons, Normands, Dunkerquois, et leur donnait un franc par jour en sus de leur paie ; il avait ainsi 400 à 500 matelots et il les mettait sous les ordres de deux officiers qui avaient fait la guerre sur mer, l'Anglais Wbite et Taide-de-camp Larue. Toutes les dispositions étaient prises. L'arrière-garde devait s'embarquer à Zwaluwe pour passer le Mœrdijk et la division de droite, à Geertruidenberg, pour traverser le Biesbosch. « Si le général, écrivait-on de Bréda, réussit à entrer dans l'Ile de Dordrecht, nous serons maîtres en quinze jours de La Haye et d'Amsterdam. » Dumouriez voulait tenter le passage dans la nuit du 9 au 4 mars. « Dès que j'aurai, disait-il, 4,000 hommes à terre de l'autre côté, la révolution sera faite dans la Hollande; je n'aurai plus qu'à voyager et presque pas à combattre » et il

* Dumouriez, Mém., IV, 40 ; Jbfo»., 8 mars 1793 (Rec. Aulard, II, 232J ; Van Campen, 519 ; De la conduite des chefs de la révolution hollandaise envers leur nation et le prince, 1797, p. 10-11.

mandait à Miranda : « Allongez le bras le plus que vous pourrez, pour que nous puissions nous réunir par Nimègue et danser la carmagoole eosemble ' I »

Sans doule Maeslriclit résistait encore. Vainement Miranda, suivant les instructions de ûumouriez, faisait un bombardement, et non pas un siège, allumant des incendies sur tous les points, sommant le gouverneur et les magistrats, employant tour à tour les menaces et les prolestaiions d'amitié, jurant qu'il ferait passer les officiers au fil de l'épée, et assurant aux babitanls qu'il combattait pour eux et les traiterait en frères. Maes- Iricht ne se rendait pas. Le gouverneur, le prince de Hesse-Philippstadt, animait la défense. Un corps d'émigrés, commandé par le marquis d'Autichamp, aidait efflcbicement la garnison. D'auciens officiers du corps royal de l'arlillerie faisaient le service des pièces et poinlaieni fort juste; des boulets parlis de la place coupèrent en deux les hommes qui montaient sur la Iraochée, et abattirent les arbres de liberté que plantaieut les volontaires. « Je compte, écrivait tristement le vieux Bouchot, sur le bonheur qui jusqu'à présent a accompagné les armes de la République, sur la terreur et l'esprit des peuples, car sans ces moyens moraux, entre nous soit dit, nos moyens physiques ne sont nullement proportionnés à l'importance de notre entreprise '. »

Uiranda, rebuté, résolut de ne pas attendre la reddition de la place et de seconder plus activement les opérations de Dumouriez. < Si le siège se prolonge, lui avait dit le général en chef, laissez le achever par Va-

» Dumouriei à BeurnonTÎlle, 4 mars (A. G,); Mfm., IV, 51; £l Satanc, 11 mars nSa (lallro du 3) ; Rojas, Miranda, K2.

' Rojas, Miranda, 83-103 ; lleUiard, Méat., 1, 101 ; Boachet k SBiul-Kief, 32 fëvr. 1793 (A. U.).

l'expédition db hollande 4j

lence. » Il convint avec Valence, Tliouvcnot el Peliljean qu'uD corps de 10,000 hommes, tiré de l'armée de la Belgique, coatiouerait l'investissement et l'attaque de Maestricht. La Marliére resterait à Ruremonde et appartiendrait désormais à l'armée des Ardennes. Miranda, avec son armée du Nord, qui comprendrait ïO à 23,000 hommes, se dirigerait dès le 28 février par un mouvement insensible vers Kessel ; la division de Champmoria formerait son avant-garde et allait se porter, par delà Venlo, de Kessel sur Grave '.

Déjà sur la proposition de Cambon, la Convention donnait ses instruclîous aux généraux : ils devaient proclamer, dès leur entrée en Hollande, la souveraineté du peuple, supprimer tous les privilèges et notamment l'impôt sur la bière fabriquée dans le pays, exercer provisoirement le pouvoir révolutionnaire jusqu'à la réunion des assemblées primaires qui organiseraient les administrations, les tribunaux et une forme (!e gouvernement libre et populaire, donner tes emplois aux citoyens connus par leurs talents et leur civisme, confisquer au profit de la République française les actions de la Compagnie des Indes. Des commissaires de la Convention iraient fraterniser avec le peuple batave, et des commissaires du Conseil exécutif se concerter avec les généraux et l'administration provisoire. Barère réiiîgealt el faisait adopter une adresse aux Bataves. Les Français, disait Barère, avaient trouvé à Bréda et venaient rendre à la république batave les litres qu'elle avait perdus; esclaves, ils l'avaient laissé opprimer parles Prussiens; libres, ils la délivraient de son slathouder. Les fiers compatriotes de Ruyter, ajoulail Barùre, ne s'alarme-

' Rojas, Mimitda, 8G,

raient pas de l'exercice momentané du pouvoir révolu- . tionnaire; ils se confieraient un instant à une grande nation qui venait « empêcher l'anarchie et régler les premiers mouvements de la liberté » ; ils s'uniraient à leurs frères français et entreraient dans la sainte coalition des peuples contre les royautés *.

Mais la Hollande ne devait pas connaître en 4793 le pouvoir révolutionnaire. Le 2 mars, Miranda apprenait que les Autrichiens, passant la Roer et culbutant les avant-postes français, se portaient en hâte sur Maestricht, et Dumouriez recevait de Valence la dépêche suivante : « Noire rêve est fini en Hollande. Les ennemis ont attaqué La Noue par ses cantonnements de droite et de gauche ; il a été forcé. Vous, mon général, la Providence qui veille sur la France, fait que vous n'êtes pas embarqué. Volez ici; il faut changer le plan de campagne; les minutes sont des siècles M »

1 Séance du 2 mars 1793.

* Rojas, Miranda, 92-93.

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