CHAPITRE II
I. Frédéric Josias de Cobourg-Saalleld, prince de Saxe. — Le colonel Mack. — Conférences de Francfort. — II. Les cantonnements de la Roer. — Etat de l'armée. — Stengel. — Valence. — III. L'attaque du 1er mars. — Défaite des Français. — , Prise d'Aix-la-Chapelle, — Déblocus de Maestricht. — Panique. — Évacuation de Liège. — IV. La Convention. — Discours de Danton. — Journée du IC mars. — Beurnonville, réélu ministre. — V. Lettres de Miranda, de Valence et des commissaires à Duinouriez. — Ordre du Conseil exécutif. — Fin de l'expédition de Hollande*
L La reconquête des Pays-Bas était le premier et le plus important objet de la politique autrichienne '. La cour de Vienne voulait s'emparer à tout prix de la Belgique pour réchanger ensuiie contre la Bavière. Aussi avait-elle fait de grands efforts pour l'ouverture de la campagne de 1793. Elle avait, à petit bruit et comme à la dérobée, renforcé les troupes de Clerfayt qui cantonnaient entre TErft et le Rhin ; elle les avait munies d'une artillerie considérable et si bien servie que les journaux de Paris la crurent dirigée par les émigrés français';
* Vivenot, Quellen, II, 462.
* Chronique de Paris^ 30 mars 1793.
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LA TRAHISON DE DtJMOUBIEZ
: elle avait mis à leur tête ud homme qui passait, depuis la mon de Loudoa el la reiraite de Lacy, pour le meilleur général de l'Autriche : Frédéric Josias de Cobourg-Saalfeld, prince de Saxe.
Après s'être distingué pendant la guerre de Sept-Ana qui le fit colonel, le prince de Cobourg avait commanda en 1788 et en 1789 un corps d'armée contre les Turcs. Il envahit la Moldavie, battit les ennemis à Rohatiu et de Choczim; puis, s'unissanl à Souvorowqui lit loyalement, il remporta les victoires de Fokschani et de Marlinesti el entra dans Bukarest. Ces succès lui valurent le bâton de feld-maréchal et la grandecroi^ de l'ordre de Marie-Thérèse. Un excellent juge assurait qu'il ne devait sa célébrité qu'à Souvorow et qu'il avait toujours besoin d'une assistance. Mais François II proclamait sa confiance dans les mérites de Cobourg et le nomma, dès le 7 décembre 1792, général en chef de toutes les troupes qu'il destinait à la guerre contre la France '.
Cobourg refusa d'abord; il se sentait trop faible, disait-il , il avait la santé faible, la mémoire faible, la vue faible. Les instances de l'empereur vainquirent sa modestie. Il prit pour ch«f d'état-major le colonel Mack, le même qui devait signer, en 1803, la capitulation d'Ulm. Mais on le regardait alors comme l'offlcier le plus distingué de l'armée autrichienne. Attaché pendant lu guerre contre les Turcs à l'étal-major de Lacy et de
' Vivanot, Qutllea. Il, 391- 469, 501 ; Caroccioii. La ris dt Jo- $iph 11, p. IIS et 17S, noie ; 'Witzleben, Prini Friedi-irh Jaiias vu» Cobi'Ts, 1859, II, p. 33. Fersen (II, 80) écrit qu'il n'a jamiis ï«, d'homme plus Irsaquills que Cobourg et qui ait l'air moins occupé ; on dirait un simple spectateur ; c'est qu'il repose sa fasBo-jne &ixt d'autres, et il a le mérilo île se laissée conduire par un eicellenl guide.
LoudoD, aide-de-camp de Tempereur Léopold II, colonel du régiment des uhlans de Lobkowitz, il avait fait à Tarchiduc Charles dans l'hiver de 1791 des conférences sur Tart militaire. C'est un de ces hommes, disait Tauenzien, « qui ne sont que trop rares dans toutes les armées », et Mercy ne tarissait pas sur le compte du colonel, sur son zèle, son activité, ses talents. « Mack, écrivait Témigré Langeron, réunit à un esprit juste un génie militaire transcendant ^ »
Cobourg et le duc de Brunswick débattirent le plan de campagne dans des conférences qu'ils eurent à Francfort durant les premières semaines du mois de février ". Tous deux avaient les mômes vues sur la guerre et voulaient la faire, non pas vivement et au pas de charge, mais à pas mesurés, paisiblement, méthodiquement, avec une sage et sûre lenteur; tous deux ne marchaient qu'en s'entourant de précautions de toute sorte et ne risquaient une affaire qu'avec mollesse, comme à leur corps défendant et après avoir observé minutieusement toutes les règles; tous deux avaient l'âme timorée et prévoyaient toujours des revrers; tous deux, selon le mot du roi de Prusse, alléguaient sans cesse un déficit de forces et quoi qu'ils entreprissent, il leur manquait toujours 500 hommes ^ On convint que Cobourg débloquerait Maestricht, que Brunswick assiégerait Mayence, que Wurmser couvrirait le Rhin de Bâle à Mannheim, que Hohenlohe-Kirchberg garderait Luxembourg et Trêves; mais, une fois Maestricht dégagé, Cobourg s'arrêterait
i Witzleben, Cohurg, II, 33-35 ; Tharheim, Briefe des Qrafen Mercy an L. Starhemherg^ 197 ; Langeron, mém. sur la camp, de
t 6^ 7^ 12, 14 février 1793. * Sayous, Mallet du Pan, 11, 491.
DUMOUBIEZ. 4
50 L* TRAHISON DU DUUOBBIBZ
Eur la rive droite de la Meuse et alteudrait la prise de MayeEce pour conquérir les Paya-Bas; ileaverroil même à Brunswick 1j à 20,000 hommes de ses troupes. Telle était la stratégie de l'épocjuc I
2i bataillons et 32 escadrons, ou 40,000 hommes, formaient l'armée de Cobourg, couverte sur son flanc droit par les Prussiens de Brunswicli-Œls el sur sou flaoc gauche par Beaulieu qui campait près d'Arlon, Le prince résolut d'entrer aussitôt en campagne. Le temps pressait. Si Dumouriez pénétrait au cœur de la Hollande et si Miranda s'emparait de Maestricht, la conquête des Pays-Bas n'était plus possible. Clerfayt, toujours lent et immobile, croyait qu'on pourrait passer la Roer, mais non la Meuse, et qu'on avait de bleu petites forces pour ressaisir la Belgique. Mais Cobourg. Mack et Tauenzien, qui représentait le roi de Prusse au camp autrichien, ne tinrent nul compte des objections de Clerfayt. On décida que le passage do la Roer aurait lieu le i" mars sur deux points, à Juliers el à Diiren. L'archiduc Charles commanderait l'a vaut-garde; Cobourg, le corps de bataille; Clerfayt, la première et la seconde ligne; le prince de Wurtemberg, Latour, le général-major Weukbeim, trois gros détachements.
II. La défaite des Français était presque certaine. Us auraient àù tenir Diiren et Juliers. Mais ils ne purmt s'emparer de Duren et n'osèrent s'emparer de Juliers, Diiren leur résista et, s'ils avaient occupé Juliers, l'électeur palatin qui possédait cette bicoque, aurait usé de représailles et livré le passage de Mannheim aux Prus- ^ens '.
AIX-LA--CHAPELLB 54
Les cantonnements de Tavant-garde française furent donc disséminés et comme éparpillés derrière la Roer. Il y en avait cinquante*sept sur une étendue de quatorze lieues ', et la rivière « formait une barrière bien frêle pour arrêter Tennemi, car elle n'était en certains endroits qu*un gué continuel * ».
Vainement Valence avait objecté que la position était mauvaise, qu'un « gros ruisseau » ou un a petit torrent » comme la Roer ne pouvait passer pour un obstacle, que les troupes qui le bordaient n'auraient aucun moyen de se soutenir '. Vainement Dampierre avait déclaré que de pareils quartiers étaient dangereux et qu il fallait abandonner Aix-la-Chapelle. Vainement Stengel avait exposé a à satiété d les désavantages de semblables cantonnements et proposé de reculer derrière la Meuse dans des quartiers plus sûrs. « Danton et Delacroix, dit Valence, trouvaient plaisant dû faire une révolution à Aix-la- Chapelle, et très beau que la capitale de Charlemagne donnât au pays d'entre Rhin et Meuse l'exemple d'une municipalité provisoire et de la demande en réunion *. »
G9ich. der Kriege in Buropa, I, 130 [Dûren fut attaqué le 22 déc. 1792) ; cf. sur la « bicoque » de Juiiers les Atuichten de G. Forster, 79. *■ Interrogatoire de La Noue.
* Rapport de Tardy (A. N. W. 272, 41), notre principale source avec la Belalion imprimée de Stengel ; cf. Wilzleben, Coburg^ 99- 105, et Porth,2>fc Schlacht bei Neerminden (MittheiU, des k. k. KriegsarchiTS. 1877, p. 337-340. Oesterr. milit. Zeitschrift. X, Separat- Bcilage).
* Toulongeon, II, Pièces, p. 37-38 (Fragment des JU^m, du général V#*») ; Miranda à Dumouriez, 9 et 28 janv. 1793 (A. N. F' 4598) ; Miraada, toujours jaloux de Valence, lui reproche (ainsi qu'à Stengel) d avoir < décrié > les cantonnements devant les ofdciers et môme devant la troupe.
* Tardy écrit de même < qui trop embrasse, mal étreint ; nous avons voulu faire deux choses : municipaliser Aix et empêcher la levée du siège de Maestricht ; nous avens manqué ces deux objets »•
j% LA TBAlI!SO\ DB DUMOL^RIEZ
Stengel avait fait DéaunioiDS quelques dispositions de défense. Deux chemins principaux inenaieut à Aix-la- Chapelle, l'un parlant de Diiren, l'autre, de Juliers. Il couvrit le premier par une redoule élevée sur le Bôhcberg entre Hehlralh et ROhe. Le second fut protégé par trois redoutes, L'une à Coslar, en face de Juliers, près de la Roer, et les deux autres en rase campagne, à dixltit lomèlrea do la rivière, derrière IlOngen. Ce village se
' trouvait à rembranchemeiit de la roule de Juliers à Ais-
la-Chapelle et de celle qui menait à Maeslricht par Kolduc et Fauijuemont. Toutes les troupes eurent ordre, en cas d'atiaque, de se replier sur Hongen, leur point de rassemblement et leur champ de balaille.
Mais on se rappelle la faiblesse numérique et l'épuisement de la brillante armée de Jcmappes à )a fin du mois de janvier 1793, L'artillerie perdait presque tous ses équipages. La eavalvrle, qui n'avait ni bottes ni manteaux, ni selk's, était réduiie de moitié; nous n'en atoiis presque pas, assurent les commissaires de la Couvention. L'iuranlerie manquait de souUers et s'enveloppait les pieds dans du foin. La plupart des haiaillons ne comptaient guère que 200 à 300 cumballanls; certains n'avaient plus que 61) honames, et l'on voyait des compagnies de cinq et sis soldats ', Les départements envoyèrent des recrues. Mais l'in-
I Cf. Jemtppes, IV et V; Dumouriei, Mi-m., III, 287-292 el 365; Rec. Aulard, 1, 477, et U, 250; Mon., 7 jauï. 17S3 (letlre de firuulles liu 2S ddc. 1702 • noua nuaquons absulumenl de <»VNletie •) ; De Fiers, Ati» aua Françait [Annslea palriolt'jats, G janv. 1793, ■ les balaiilons bo trouvent réduits à 200 et mamc à 100 par la défection dos Yolaiilaiics ■), Le baLaillon de Saiote-Margucrile qui Ibimait la ^Toisou de Cuodé, ne coinplail quo 90 boiumeB, et la
saient de demander des pormissiona pont reLouriiir cboz eni (LangloiE à Beornonville, 6 févr. 1793, A. G.].
AIX-LA-CffAPELLE 63
discipline et le libertinage étaient au comble dans ces premiers quartiers d'hiver de Tarmée de la Révolution. Les officiers de volontaires quittaient leur poste sans se mettre en peine de leurs hommes, et allaient s*amuser à Liège, à Aix-la-Chapelle et dans les villes du voisinage. Déjà leurs façons insouciantes et leur négligence avaient frappé les commissaires de la Convention qui ne trouvaient à Haaren, où cantonnait le 3° bataillon de Paris, que six officiers sur vingt-quatre. « Dès qu'ils avaient fait' une apparition momentanée, rapporte un témoin, ils croyaient avoir rempli leur devoir. » Leur ignorance désespérait les généraux : « ils ne savent pas leur métier, disait La Marlière, et leur choix est fait par cabale et intrigue. » Ils ne pouvaient tenir la bride à leurs soldats qui se formaient en bandes pour marauder et commettre mille excès *. Que de brigandages, de pilleries, de désordres les commissaires avaient appris dans leur voyage à travers les armées I Les volontaires, mandait-on de Lirabourg, « se livrent au pillage et volent la nation; il faut que les officiers soient mieux choisis et que les comités des bataillons s'occupent davantage des besoins et de l'iustruction des corps »^ Même à Liège, sous les yeux du général en chef, les soldats s'abandonnaient à la débauche, prenaient parti pour ou contre leur hôte, maltraitaient les « aristocrates B, pillaient à leur guise, a Ils faisaient, dit un jacobin, tout ce qu'ils voulaient, à peu près comme les mauvais sujets de Paris. » Une proclamation de Dumou-
* !•' rapport des commissaires, 37 et K6 (• les officiers ne se tiennent pas assc: auprès des soldais >] ; Hec. Âulard, 1. 3^4-355, 357, 471 ; Liger. Camp, des Franc, pend, la Révol , an VJ, vol. Il, p. 13- 14 [• au bivoutic et en soi tant même des alTaircs les plus chaudes, nous étions assaillis de solliciteurs qui demandaient des permissions d'entrer en ville .) ; La Marlière à Liébaut, 25 ievr. 1793 (A. G.).
riez élablit la peine de mort contre les mililaires qui a violaient les droits les plus sacrés a et oubliaient leurs devoirs envers la propriété, la sûreté et la liberté iodividuelle des Liégeois, Mois les commissaires de la Convention se récriàreut, et l'on se conteata de raser la tôte et les sourcils à ceux (pii se laissèreut prendre '.
Une foule de femmes suivaieal l'drmée et formaient comme une autre armée. • Elles embarrassent la marche des troupes, écrivnit Delacroix, consomment beaucoup et occupeDt les chariots destinés au transport des bagages et provisions. » Loin de remédier au mal, la Convention permit aux soldats de se marier sans l'autorisation de leurs chefs. Tous déclarèrent qu'ils étaient mariés, et le 16 avril, après la retraite, Curoot trouvait près de trois mille femmes dans les casernes de Douai '. Aussi jugeait-il que a l'armée serait perdue, si l'on ne chassait ce Iroupeou de Qlles qui énervaleat les troupes et détruisaient par les maladies qu'elles apportaient, dix fois plus de monde que le feu des ennemis- ».
Stengel pressentait une catastrophe. = Admirez un peu la fatalité des choses humaines, disait-il en riant à Tardy, et à quoi lient le destin des empires. Notre avaul-garde sera prochainement attaquée, et de ce com* bal dépend le sort de l'armée, que dis-je? de la France,
une multilude de plaiates <) ; Rbc. Aulard, II, n¥. 1193; Honsio, Corresp., 18, 32 (. l'indiseise •! ; Money, Tàe campaigu, 239-2i0 ■ it wi« utry who inBlipaied the Iroops lo do il sad who • . ; Calvel Bui Jacobins. 15 mars 1793 ; proez, IS dêc. 1792 (MoB. du 27) et Mim.. lU,
. Aulatd, II. j^6 ; Décret du 8 mars 1:[I3 [■ il est libre k tous
■ires iDdiatiQ<!temeal de sa \\tT par les DiBud« du maria^^e sans
de leurs chefs supérieurs ■; ; Wallon, Les i-sprri. *i «w-
frapnorl, 12 (•
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A1X-T.A.-CHAPBLLB S5
et par contre-coup, de l'Europe. Si je suis vainqueur, un autre eu aura toute la gloire ; si j'ai le dessous, je serai seul responsable, el dans quaraute ans, du fond de son grenier, un hislorleo écrira que la Belgique était soumise à la République française, maïs qu'un certain général Siengel, asintts dans l'art mililaire, prit une mauvaise position, se fit battre et entraîna la ruine de tout son paiti. Et il ne dira pas que j'ai envoyé lettre sur lettre pour dénoncer le péril de ma silualiou ' 1 a Stenge! savait d'ailleurs ce que valaient ses troupes. S'il avait sous ses ordres le lieutenant-colonel Barrois et le capitaine Hanique, deux des meilleurs officiers d'artillerie légère qui fussent en France, il connaissait l'inexpérience de son infanterie et son inexactitude dans le service; il se doutait qu'elle n'aurait devant les escadrons autrichiens ni B précision dans les maoœuvros » Qi « valeur froide el passive' ». Ses meilleurs colonels de cavalerie, Founiier et les deux Frégeville, étaient en congé à Paris, et Valeuce déplorait l'absence de » beaucoup de cliefs de corps et d'officiera-gcnéraux ' ». Mais ' Valence lui-même, au lieu de se rendre à Ais-Ia-Cha- ' pelle,, su centre de ses canlounemenis, demeurait tranqmllemeni à Liège *. Les notes des espions, les rapports des Bvant-po^les " l'avaient informé des mouvements des Impériauï, et il ne pensait pas à renforcer Stengel et à resserrer les cantonnements de la Roer ! Cet intré-
' Rapport de Tardy.
* SlenBel an prfaidenl rfs la Contrnlioa , p. 2-3.
) ValcncB H Beurnoiivillp, 27 lévr. et 3 mare 1733 (.\. G ).
* Rojas, Miranda, 121. Lui auKsi venait de Paris et n'était arrivai Li^e que le 23 février.
* DâB la 21 Février . ua« lettre ds C16ve* snaoïice que l'innée d. Clorfayt ■ beaucoup Bii|;nienlée, sarltra iDceesBinioeot de aes qutl-J liera d'Uiver . (A. G.).
B6 LA TRAHISON DE DUUO'JBIEZ
pîde soldat n'osail par mallieur rien entreprendre de son propre chef; il savait exécuter les ordres de Dumouriez ; livré à lui-même, il était indécis et mou. o Je ne conçois pas, lui disait BeurnonviUe après le désastre, comment vous n'avez jjas été instruit au moins deux jours à l'avance <it la marche des ennemis », et il lui reprochait avec raison un o manque absolu de dispositions' • .
III. L'armée autricliieune passa la Boer dans la nuit du 1"' mars : l'avant-garde, la seconde ligne, le corps du prince de Wurtemberg sur le pont de pierre de Dùren ; la première ligue et le corps de Latour, près de Juliers, par un gué et sur un pont volant. A la pointe du jour, entre cinq et six heures du malin, les Français furent assaillis sur tous les points, à Linuich par Latour, à Atdenhoven par Glerfayt, à Eschwaiier par le prince de "Wurtemberg, à HOngea par l'archiduc Charles. On a dit injustement qu'ils furent surpris. Ils étaient depuis la veille avertis de la marche des Impériaux et ils passèrent la nuit sous les armes. Deux heures avant le jour, La Noue et Slengel se tenaient au centre de la position, au village de Weiden, prêts à se porter oii leur présence serait nécessaire.
Le combat dura toute la journée. A droite, deux bataillons avaient, dès le premier choc, abandonné Weis- VFeikr. Mais le capilaina Ilanique, qui montra, dit La
à Valiruce, ^ ft 9 mars ITSS [A. G.]. La 28 février ice écriL à Le Brun qu'il vg quilter Liège pour faire ces eur he barde de la Roer dL qu'il ■ i^aore la força lemis • I Valence, diL SteUechoffen (au piéâidcLt du la Cod- , 9 avril, A. ti.) > est très coupable ; il ael cause de DOtre Liège..
Noue, une fermeté et une intelligence rares *, tint jusqu'au soir le Rôheberg sans être entamé, et, à côté de lui, le lieutenant-colonel du 3° bataillon de grenadiers, d'Arbois, « jeune officier plein de zèle et de courage* », Cabanis qui commandait le 4« bataillon de grenadiers, et Declay, chef du bataillon liégeois, disputèrent aux tirailleurs du prince de Wurtemberg l'extrémité droite de rimmense bois d'Eschweiler.
A gauche, Quayssac et Hacquin défendaient, avec le U*" bataillon d'infanterie légère et le 2® bataillon de Paris, la redoute de Coslar, établie en avant d'Aldenhoven, sur la route de Juliers à Aix-la-Chapelle. Mais Clerfayt menaça de les tourner par Laurensberg. Ils se replièrent en bon ordre vers Hôûgen sous la protection du 6® et du 42* régiment de chasseurs à cheval.
Hôngen était le rendez-vous que Slengel fixait aux troupes en cas d'attaque. Il y avait mis le 29^ régiment, ci-devant Dauphin, qui « faisait le noyau autour duquel se formaient les bataillons au fur et à mesure qu'ils arrivaient ». Deux redoutes, l'une à droite, Tautre à gauche de la route, protégeaient la position. Derrière la redoute de gauche était un bois de haute futaie flanqué par un ravin. Stengel plaça deux bataillons dans les redoutes, le reste de l'infanterie entre les redoutes et le bois, les chasseurs et les grenadiers dans le ravin, la cavalerie derrière le ravin. Mais les colonnes autrichiennes s'avançaient en décrivant un demi-cercle et filaient de la gauche sur la droite pour déborder Tarmée française et la prévenir à Aix-la-Chapelle. La Noue et Stengel résolurent d'abandonner Ilôngen et, selon leur
* La Noue à Miranda, !•' mars 1793 (A. G.).
' Stengel, Relation, p. 4.
53 LA TBAHISON DE DCWOl-iRlEZ
dispositif de défense, de gagner Saint-Jobs, puis Aiï. Les bataillons qui gardaient les redoutes, eurent ordre de tenir aussi longtemps que possible et de n'entrer sous bois qu'après avoir tiré leur dernière gargousse et encloué leur canon ; deux régiments de dragons devaient couvrir leur retraite.
Mais, pendant que le lieutenant-colonel d'artillerie Barrois et l'officier du génie Tardj' garnissaient de canons la redoute de droite, de grands cris se font entendre à la redoute de gauclie, de l'autre côté de la roule, et les soldats agitenl leurs chapeaux comme pour demander du secours. Que se passait-il? Les enoemis avaient-ils pénétré dans la redoute? La chose semblait impossible : on n'avait tiré que deux ou trois coups de canon el pas un coup de fusil. Tardy, Barrois, l'adjudant-général Montjoye, La Koue courent à toute bride vers la redoute. Elle était au pouvoir des Autrichiens,
L'archiduc Charles marchait contre cette redoute. Un officier de l'artillerie française, « valeureux, mais incapable' », s'avisa de quitter la position et, daus son impatience d'atteindre les assoillants, avança Jusqu'à trente ou quarante toises. L'arcbiduc saisit cet instant ; il lança le régiment des dragons de Latour. « Dragons, cria le jeune prince, les Français s6 croient invincibles, montrez-leur que vous êtes des hommes, de braves Wallons, et chassez-les au diablelïLes dragons de Latour chargèrent aussitôt, sabrèrent les artilleurs, s'emparèrent de (rois pièces de canon, et franchissant le ravin, tombèrent sur le flanc de l'infûnlerie française postée entre la redoute et le bois, i Déjà, dit Tardy, les esprits avaient perdu une partie de leur audace par la retraite
' Slengel, Eelatioi
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AIS-r.A-CHAPKLLK 59
qii'ou avait dû faire, el ceLle défiance de soi-mSme el de sa posilion se commuDiquail à loute la ligne et y csnsail une fluctuaiiou dangereuse. » A la vue des dragons qui s'élaiiçaienl sur elle le sabre au poing, l'infanterie s'enfuiL sans tirer un seul coup, La Noue tenta vaiaement de la rallier. Les dragons de Lalour, rejoints par les hussards d'Esterhany, la poursuivirent jusrjue dans le bois. Ils ne faisaient pas de quartier ; Tardy les vit massacrer des soldats qui demandaient pardon à genou-v.
La bataille était perdue, Tonle l'armée se replia sur Saint-Jobs : Barrois, Monijoye, Tardy avec les bataillons qui dcfendaient la redoute de droite ; Ilanique avec ceux qui tenaient le B<3Ueberg désiirmais inutile; La Noue et Siengel avec le reste des troupes. Comme au matin, le Scelle 1^^ cliai^seurs, commandés par Kiimaine el Le Fort, formaient l'arrière-gard*.
Mais il était impossible de garder la position trop resserrée de Saint-Jobs. On gagna Ais-la-Chapelle. La Noue avait ordonné que les troujies lourueraieut la ville sans la traverser. Mais les fuyards s'amassèrent devant les portes et menacèrent de les enfoncer. Ils criaient déjà que leur (général les trahissait. La Noue Si baisser les ponts-levis ; <■ contre la force, disait-il tristement, il n'y a pas de résistance >.
La nuit était venue, et les Autrichiens, fatigués, bivouaquaient entre Aldenhovea et Eschweiler. Ils avaient enlevé deux drapeaux et seize canons, fait trois cents prisonniers, tué ou blessé près de deux mille Français. Ëuz-mëmes ne perdaient que trente à quarante hommes. Leur infanterie, à l'excepiiou des chasseurs, n'avait pas combattu. Mais leur escellente cavalerie avait chargé sous le feu du canon avec une fureur qu'où ue peut
décrire ', el Cobourg lui devail la vicloire. Cette journée du i^' mars n&a fut décisive. Elle jela daus l'armée française un découragemeaL funeste. Le désordre, dit un officier, était = inexprimable u. Nos dragons, écrit un autre, <• ont prouvé que leurs chevaux savaient courir o. Kos volontaires, rapporte un troisième, ■ ont fait voir que leur serment de vivre libres ou de mourir était un serment fait après le repas o, Un seul officier du 104" régiment avait échappé. Le 3° bataillon de Paris que Jemappes, les maladies, les désertions, les congés, réduisaient à trois cents hommes, avait été cerné dans la plaine de Hiiugeu par la cavalerie impériale, et, mandait son lieutenantcolonel, il venait de périr '.
Le lendemain, le prince de Wurtemberg attaquait Aixla-Chapelle. Dampierre el Stengel essayèrent de résister et un violent combat s'engagea dans les rues. Mais les bourgeois de la ville, " où Ton noua délestait b ', se joignirent aux Autrichiens et tirèrent par les fenêtres. Dampierre et Sieugel se retirèrent sur Hervé. Quelques heures plus tard, Miaczynski arrivail de Bolduc, et, à sa grande surprise, trouvait les Impériaux dans Aix-la- Chapelle. Il les chassa par un brusque effort, mais ils revinrent à la charge, et MiacKynski, pliant sous le choc, abandonna la ville, quatre pièces de cauon el quelques
Le même jour (2 mars) les généraux-majors Uavido-
■ Rapport du Tauenzien {Wililehen CcujplanU, \6; le colonsl PrGrLzheim > iDBcre, des drap:iiQS de Lalour, sraieDt péri liaas 1<
• Lettres du 2 mars 1793 ^A. G.).
' Mot da Tardj; cf. le mpport de Miaciyns (A. N. \V.,271, dossier de Miranda;., cl sur la c 8 Aiï, PïMbïE, Politiscke Zusiâitde u. Peitonen Zeil itr ftaïa. Htrrichafi, I, 138-140.
AlX-LA-CHAPBLLB 61
vich et HuUea s'emparaient de StoUberg et de GornelimùQster. Le feld-maréchal Latour poussait de Linnich à Geilenkirchen. L*archiduc Charles envoyait ses tirailleurs jusqu'à Heeiien et jetait l'alarme dans les avantpostes de Le Veneur qui couvrait à Wyq l'investissement de Maestricht.
Pris entre Tarmée autrichienne et la garnison hollandaise, Miranda leva le siège aussitôt. Durant toute la journée du 2 mars, il bombarda la place, et jamais, ditil, l'incendie n'avait été aussi considérable. Mais, à minuit, il faisait sa retraite sur Tongres, et le 3 mars, au matin, le duc de Chartres, Ruault, Blottefière se postaient à Melin, Diettmann et Ihler à Haccourt, Le Veneur à Visé.
Miranda, plein d'un singulier optimisme, croyait encore qu'avec sa propre armée et les forces qui restaient à Valence, il serait en état d'attaquer les Impériaux et de les battre. Il se rendait à Liège pour • agir offensivement » et jurait aux commissaires de la Convention qu'il occupait à Tongres un poste inexpugnable *. Mais sa situation était plus périlleuse qu'il ne l'imaginait. <( Tout ce que je tracerais sur le papier, écrivait un agent du Conseil exécutif, ne pourrait exprimer le désordre et le découragement de l'armée française depuis l'échec d' Aix-la-Cbapelle * ». L'artillerie prenait déjà le chemin de la France. D'Hangest avait reçu de Miranda l'ordre de la faire filer sur Louvain ; il assembla ses officiers-généraux et après avoir demandé leur avis, décida d'envoyer l'artillerie de siège à Anderlecht et de parquer l'artillerie de campagne en-deçà de Bruxelles ; sans Duval qui
1 Deuxième rapport des commissaires, 41.
« Milon à Beurnonville, 10 mars 1793 (A. G.).
N DK DUMOCIEIEZ
laada (iatlendre de nouveaus ordres, il allait droit à la frouliëre '. Les volontaires quiUaienl leurs liataillons, et, sans vergogae, prenaient la roule de France. Oa les rencontrait partout, criant à la trabison et semant l'épouvante. Même le 8 mars, les commissaires voyaient encore avec indignation des volontaires qui fuyaient leur drapeau. Môme le IS mars, ils voyaient encore « une multitude de làiihas déshonorer les chemins de leurs pas rétrogrades <>. On les arrêtait parfois. Mais ils avaient des hiUets d'hôpital volés dans les premiers jours de mars aux arabalances d'Aix-Ia Chapelle et de Liège. On voulait les traduire devant des cours martiales. Mais comment, au milieu des marches d'une armée en déroute, assembler les jurés et entendre les témoins? Beuruonville avouait qu'il était impossible d'établir des cours marliales dans les armées, et depuis la campapoe de l'Argonne, Dumouriez se plaignait que tes formes de ce jury fissent fchapper le coupable et rendissent sa punition trop lente pour élre exemplaire'.
1 D'HsnRosl I Miranda. S mars; Duval à Beuruonville, 7 mars; Mirando à d'Hangest, 8 mars 1703 (.\. G.).
> Rec. Aulard, 11, 2M, 394, 433. Ui ; Sio. ds Paris, n= 1B4, p. !, : • UQ grand nooibra de volanUiiea ont ^juiliiS l'armâe pour venir M plaindra et porter le dëcouragemeal ■ ; Beurnonvills a li CoavenLîon Mon. du 23 mars 1793 ; Ritraila de Sniasm'ck, 43. 11 y iTait un lableau des jurés eut eapt col on nés : ]• oIBciers péuéraui; 2» capilaiBeaj 3° lieulflDBQts; 4° 50us-liauteDHals ; 5° sergents; 6° caporaui; 7° Soldats. On prenait quutre personnes sur cIihcuqb des sept colonnes 8t huit autres sur la colonne du grB.de de l'accaeê ; on avait aÎDsi trsnlssispersoDoes qui etsienl réduites à neuf par les técu salions de l'accusi; ces neuf personnes lormaianl la cour martiale. (Loi du 29 acl. 1791, arl. XXIll, et loi des 11 et IS mai 1792.) Ajoutez qu'une loi du )S no». 1792 aïïit Eupprimé les comm la sairos-audi leurs chargés des foncliODS d'accusateur dans les cours marliales, et qu'un décret du 13 déc. de
guerres. Or, les commissaires des guerres ataient autre chose à faire et u'élaieut pas asseï uombreui.. (1"' rapport, 7, 12, Sa.)
prr
ilX-LA-CHAPHLLa
>iiu]iiss aires se bornaienl donc à vouer les fuyards ipris de leurs compatriotes : « Des lauriers ne .s faits pour ces êtres vils; qu'ils ailleat cacher honte dans leurs demeures, et s'ils n'y périssent pas de regret et de douleur, que le mépris de letirs concitoyeas venge à jamais la Rép-ublique ! s
La panique s'étendit jusqu'à Bruselles. Vue file immense de chariots couverts d'effets de tout genre ne cessait jour et nuit de traverser la ville et les faubourgs. C'était Je même spectacle qu'en novembre nas, mais cette fois, disait nu Français, n il nous coûte des soupirs amers ». Comme trois mois auparavant, le nombre des personnes qui gagnaient la frocliëre fut si considérabLe qu'on ne trouva plus à Bruxelles ni chevaux, ni Toitures'.
Les commissaires de la Convention demeuraient consternés. Tout est dans une position effrayante, mandaient-ils de la chambre même de Valence; l'armée est presque entièrement débandée; l'ennemi sera peut-être demain, peul-êlre même ce soir dans Liège, dans Liègb oii sont réunis tous nos approvisionnements et qui renferme des trésors immenses ' I »
L'évacuation de Liège était en elTel inévitable. De toutes parts les Impériaux s'avançaient à grands pas, et de toutes parts l'armée française, serrée de près, reculait en désordre. La Mariiëre se hâtait, après un petit combat sur la Schwalm, d'abandonner Ruremonde, et Champmorin, d'évacuer les forts Steveosvecrl et Saint-Michel *.
> if»»., 13 IIUI9 1793 ; Milou à Beurn on ville, T mars (A, Q.). • Rm. Aulard. U, 250.
> Dohua, 210-212; Kdjhs, Miraada, 100 ; lettrée da la Majlière e' de Ghampmorin, 6 elT inara 1793 (A. N, W., 271, dosaier de Mi-
Gi LA TRAHESON DE DUMOOBIKZ
L'arcbiduc Chsrks passait ta Meuse, et soa audacieuse' avant-garde, remplie d'orgueil et de confiaoce, s'emparait de Melin et rejetait sur Tongres l'arrière-garde de Miraiida. Le prince de ^Vurtemberg entrait à Hervé et poussait sur Liège.
Que faire? Les troupes de Miranda et de Valence éiaieut meoacées sur leurs ûaucs et leurs derrières. La Manière et Cliampmoriu avaient ordre de se retirer, le premier sur Louvain, le second sur Diest. Mais devaiton les laisser à leurs propres forces? Ne seraietit-ils pas assaillis par les Prussiens de Brunswick-Œis? El si Brunswick- OEIs se portail de Ruremonde sur Matines, s'il se mettait entre l'armée de Belgique et l'année de Hollande, s'il interceptait toute communication avec Duraouriez, ne faudrait-il pas se rabattre sur les frontières du Hainaut? Le-t géoéraux français, Miranda, Valence, La Noue, le duc de Chartres, Thouvenot, Ruaull, linreut conseil le ; mars, eo plein champ, près de la citadelle de Liège : l'abandon immédiat de la ville l'ut résolu '.
Depuis l'échec d'Aix-la-Chapelle, Liège était eu proie à une vive émotion. En vain les commissaires moatraieût les dépêches rassurantes de Mirandu et prolestaient que les Français u'aliandon aéraient jamais le pays de Liège, qu'une telle pensée blessait leur loyauté, qu'il ne fallait pas concevoir de craintes exagérées. On les vit prendre le chemin de Tirlemont. On vil partir le trésor public et l'argenterie séquestrée -. Les habitants élevèrent aussitôt
1 Vdlence i Beurnonville, 14 m
179Î lA. G.); Belliard, .
» Cf. CoB/VceBCM de la Soc. d\irt et d'Uit. du ditteist de Liègt, 2- série, 1889, p. B2-G0 (^luiie de M. Helbifç;, le procÈs-Tcibal, dressé par Us ofSciars municipaux de Lille, de l'arf^eaterie amenëe par Walc Voir sUESi dans la même recueil, p. 20-23, te lécît de meurb^ i-atamis par les saaa-culultes.
AlX-LA-GHA raLLE 65
t quelques ouvrages de défense. La générale butllt dans les rues. Des volontaires en grand nombre regiirent des fusils. Un peu d'espoir restait encore à la mulheureuse popuiatioa. Miranda, disait-on, avait résolu de défendre la ligne de la Meuse. Mais le -i mars, à la nuit, éclatait, comme un coup de foudre, la nouvelle que l'armée française avait quitté Toogres et gagné Saint-Trond. il fallait fuir. Les membres de l'administration générale et de la municipalité, les patriotes, tous ceux qui redoutaient la vengeance du prince-évêque, se dirigèrent eu hSte sur Tirlemont, par une nuit profonde, au milieu de la neiga fui tombait à gros Hocons. C'était leur second exil, La plupart, sans ressources, vécurent des secours de la France qui les adopta '.
Toute l'armée était donc réunie à Saint-Trond, et Mlranda assurait que les troupes présentaient l'aspect le plus imposant, qu'elles avaient un excellent esprit et les meilleures dispositions, qu'elles brûlaient du désir de battre Tennemi, que ia sûreté de la Belgique ne courait plus aucun danger '.
Mais les Impériaux poussaient toujours en avant. La S mars, Davidovlch s'emparait de Huy, et l'archiduc Cbarles envoyait sa cavalerie vers Saint-Trond. Slengel fui coupé du reste de l'armée. Durant trois Jours, il disparut, et l'on disait déjà qu'il avait émigré. En réalité, il était rejeté sur Namur avec un escadron du 12** chasseurs, et sur sa route il rencontrait le trésor de l'armée L accompagné et courant les champs»; par trois fois, le fourgon se brisa, et par trois fois on dut le décharger et l'abandonner; il fallut, au milieu de la nuit,
> Borgnet, U, 246-248 ; Hbqsuï, II, 68Î-683.
' Miranda à Harvillc et am commissairos, 6 mars 1793 (A.. G Rojas, Miranda, 1ÛS-H4 ; Reo. Aulard, U, 279.
chercher des chevaux et des chariots dans les villages ■ chez des paysans qui ne cachaient pas leur malveillance hostile '.
Miraoda ne pouvait garder plus longtemps sa position de Sainl-Trond. Il se porta le 8 mars sur Tirlemont et le 3 sur Louvain. C'était là, comme disait ïhouvenot, qu'il fallait reposer les troupes et attendre les recrues. Ce fut là que l'iufaligable chef d'état-major réussit à débrouiller le chaos des trois armées. Une forte avantgarde restait dans TJrlemont, et derrière elle dis bataillons baraquaient sur les hauteurs de Cumptich. Les flanqueurs de gauche occupaient Clabeck, et ceux de droite, Ilougaerde. Une réserve de six bataillons et de quatre régiments de cavalerie campait sur la hauteur en arrière de BauLersem. Les trois armées ne formaient plus que trois divisions : la division du centre ou armée de la Belgique, sur les collines en arrière de Louvain; la division de droite ou armée des Ardeanes, derrière le canal de Malinea; la division de gauche ou armée du nord, derrière la Dyle, à gauche de la ville, où cinq à six hataillons tenaient garnison. Cliampmorin demeurait à Diest, et La Marlière avait ordre de s'établir à Lierre; tous deux assuraient ainsi les communications de l'armée avec Dumouriez et la Hollande, Neuilly, placé à Perwez, sur le chemin romaio, daus la direction de Namur, tendait la main à Harviile et empêchait les Autrichiens de déborder notre droite. ' Dans celte position, jugeait Thouvenot, nous couvrons toute la Belgique, nous sommes en force pour nous défendre, nous pouvons attendre nos renforts bans danger, nous s
> MiloD à Beurnonville, 10 caara; Stengel à Mirsnda, S mais 173^ (A. U.) et eu présidtnt de la CameiUiOH, p. 6.
en mesure pour proléger les efforts de Dumouriez et arrôler les effels de l'échec de notre avant-garde '. t
Cobourg avait tort de ne pas suivre sa pointe. Quel mal il eût fait aux Français s"il les avait vivement pressés, sans leur laisser le temps de se remettre de leur émoi 1 B 71 y avait tant de frayeur et de désordre, écrivait-on de Bruxelles, que le prince aurait pu avec sa cavalerie nous repousser beaucoup plus loin'. i II ne perdait que quatre cents hommes, et cinq jours lui avaient suffi pour chasser l'adversaire à deux journées de Bruxelles, débloquer Maestricht et conquérir Liège, et dans Liège même 100 pièces de canon, 40,000 fusils et des magasins considérables dont la valeur s'estimail à 200,000 florins. Cobourg s'arrèla. Il réintégra les anciens magistrats dans leurs fonctions, frappa le pays d'une contribution, ordonna que les patriotes paieraient le double, le triple, îe quadruple et mêine le centuple des autres- Mais il n'osa dépasser Saint-Trond. Le méthodique général n'avail, d'après la convention de Francfort, d'autre mission que de délivrer Maestricht et, cette tâche remplie, il devait attendre la prise de Mayence. Avant de pénétrer plus avant en Belgique, Cohourg roulait obtenir le consentement du roi de Prusse I
IV- Lorsqu'elle apprit la défaite d'Aix-la-Chapelle, la Convention décrétait au milieu des applaudissements et avec une rapidité « incroyable pour des tètes brabançonnes* B la réunion de Bruxelles, de Gand, de Bruges, de Tournai, du Tournésis, du Hainaut. Benrnonville
" ThoutHoot à Beurnonville, 10 mars [A. G.) ; 2- rapport, 177; Hec. Aulard, 11, 319.
• MùH.. 22 mars 1793.
'Bortsoet, 11,241.
LA TBAHISOU DE DUUOOKIKZ
essaya de )a rassurer; cet échec, disait-il, avait peu d'importance , et Miranda ne cessait de bombarder Maestricht que pour l'attaquer dans les tormes; l'armée de Belgique reprendrait courage et s'efforcerait de rivaliser de gloire avec l'armée de Hollande; dans quelques jours Dumouriez serait maître des bords du Rhin, s'il recevait des renforts. Le ministre affichait une imperturbable assurance et lorsqu'on sut la prise de Liège, il soutint que les troupes occupaient une position avantageuse et repousseraient l'assaillant. Mais Delacroix et Danton étaient accourus à Paris. Tous deux prirent la parole daos la séance du 3 mars. Delacroi:^ opposa les faits aux telles phrases de Beurnonville et lit décréter que les congés seraient révoqués, que les officiers regagneraient leur poste dans la huitaine, que les sousofQciers et soldats rejoindraient leurs bataillons dans le plus bref délai à raison de sept iieues par jour, que le ministre remettrait à la Convention l'état des officiers qui s'étaient absentés sans permission au t^'" mars. De son côté, Danton déclara que l'armée de Belgique avait besoin d'un prompt secours et qu'il fallait, sans perdre une minute, lever uue nouvelle armée qui garderait la ligne de l'Escaut et donnerait la main à Dumouriez; ainsi secondé, le général saurait réparer les fautes commises, faire repenlir les ennemis de leurs premiers succès, trouver en Hollande d'immenses magasins. La Convention, ajoutait Danton, devait convoquer les citoyens de Paris dans leurs sections et les engager à défendre la Belgique ; o la France entière sentirait le contre-coup de cette impulsion salutaire ». L' .assemblée décréta que des commissaires iraient aussitôt dans les sections de Paris requérir tes citoyens de voler au secours de leurs frères en Belgique; que 82 commissaires
seraieut chargés d'une mission semblable dans le reste delà Eépubli(iiie, à raison de deux par département; que les bourses vacantes dans les collèges seraient données aux enfanfs de ceux qui se rendraient à la frontière; que les fonctionnaires publics qui marcheraient à la défeuse de la patrie en qualité de volontaires, loucheraient le tiers de leurs appointements ; qu'une taxe de guerre serait imposée aux riches.
La Commune imitait la Convenliou. Elle faisait hisser le drapeau noir sur le faite de l'Hûlel de Tille et envoyait aux sections une proclamatloo qui grossissait le désastre et sommait Paris de donner l'exemple du courage :
Aux armes ! SI voua tardez, tout est perdu. Une grande partie de la Belgique est envahie; A is-la -Chapelle, Liège, Bruxelles dolrent Slro maiuteuant au pouvoir de l'ennemi. La grosse artillerie, les bagages, le trésor de l'ormde so repliant avec précipitation sur ValcncienDos, et ce qui ne pourra suivre sera jeté daas la Meuse. Dumouriez fait des couqudtes en Hollaude ; mais si des forces considérables ne le soutiennent pas, Dumouriez et avec lui l'élite des armées françaises peuvect ?tre engloutis. Parisieus. envisagez la grandeur du danger; levez-vous, armez-vous, maroliez, . . il faut que celte campagne de'cide du sort du monde ; il faut épouvanter, exter-
Mais Paris s'était levé à la voix des commissaires de la Convention. Chaque section avait dressé sur-le-champ la liste des volontaires qu'elle devait fournir. » Les citoyens, disait Mailhe, pleuraient lorstju'on leur parlait des dangers qu'avaient courus leurs frères à Liège et à ilaestricht, mais c'étaient les larmes d'Achille jurant de venger Patrocle. » Victor do Broglie annonçait que les citoyens de sa section, celle des Invalides, les uns, vieux militaires.
ger ^ eus ^^B Ires.^^H
LA TRAHISON DE DUMOnBIEZ
couverts de blessures, tes autres jeunes et pleins de vigueur, avalent juré de o cueillir des lauriers eu Belgique s. Les élèves de l'école des Ponts-el-Chaussées priaient l'assemblée de les employer dans le corps du génie. Les ouvriers et commis des manufactures de papier du Marais, de Gourlalain, d'Essonnes voulaient marcher à la frontière ; un décret les obligea de rester dans leurs ateliers et leurs bureaux pour la fabrication des assignats.
Danton ne cessait de signaler le danger. Robespierre avait demandé, dans la séance du 10 mars, un décret d'accusation contre Slengel et la punition des officiers absents ou fugitifs : selon lui, l'indulgence causait tous les maux dont souffrait la France. Danton .répliqua qu'il valait mieux réparer les désastres que d'en rechercher la cause ; n quand l'édifies est eu feu, je ne m'attache pas aux fripons qui enlèvent des meubles, j'éteins l'incendie », et pour la seconde fois, il propose d'envoyer à Dumouriez des renforls considérables. Conquérir la Hollande, c'est vaincre l'Angleterre et ruiner son commerce. B Prenons la Hollande, et CarthDge est détruite, et la France est sauvée, el le monde est libre. Que les commissaires parlent ce soir, cette nuit même. Qu'ils disent à la classe opulente : il faut que l'aristocratie de l'Europe, succombant sous nos efforts, paie notre dette ou que vous la payiez ; le peuple n'a que du sang, il le prodigue; allons, misérables, prodiguez vos richesses I n II rappelle son rôle en 1792. i J'ai dit alors ; je ne connais que l'ennemi, battons l'ennemi... Que m'importe ma réputation I Que la France soit libre el que mon nom soit flétri à jamais! Combattons et conquérons la liberté I >
Mais Carra, Buhl, Turreau, Gaston réclament avant
i-IS-LA-CHiPELLE
tout le châtiment de La Noue el de Sleogel. Danton, appuyé par Delacroix, obtint qu'ils fassent traduits à la barre de la Convention et, quelques jours plus lard, les deux généraux paraissaient devant l'assemblée. Les questions fureut mal posées. La Convention renvoya La Noue et Slengel au tribunal révolutionnaire qui les acquitla.
Ce tribunal estraordinaire, chargé de juger sans appel les conspirateurs et les contre-révolutionnaires, datait de ces orageuses journées de mars où se répandait la nouvelle de l'échec d'Aix-la-Chapelle et de !a prise de Liège, " L'esprit de parti, lil-ou dans le Journal français, calcule tour-à-tour sur nos succès ou sur nos revers; la moitié de Paris croyait voir l'ennemi à ses portes; les jacobins étaient trop fins pour ne pas prendre l'occasion aux cheveux '. » Ils no se bornèrent pas à faire créer le tribunal révolutionnaire. Le )0 mars, une insurrection éclatait contre les girondins, sous prétexta qu'ils paralysaient la Convention et causaient les défaites de l'armée ; on saccageait les imprimeries de leurs journaux; on assiégeait l'assemblée et l'hûtel lie la guerre. Heureusement Beurnonville escalada le mur du ministère et courut chercher un bataillon de volontaires bresiois. Il dispersa les émeutiers. Mais il donna sa démission le lendemain. Il se croyait, assurait-il, plus propre à la guerre qu'à l'administration et, d'ailleurs, dans ses fonctions de ministre o une fâcheuse prévention ne lui permettait plus d'être utile'». Les jacobins l'attaquaient avec fureur, l'accusaient de ne protéger qu'intrigants et escrocs. « On est chez lui, disait Collot
> Journal franeaU ou TtttUait politipit tt Ullérairt it Paria, a'i
' Beucnamille à la CoDvantion et au CDQ»eil (A. N. A. F., II, 9). j
d'Herbois, en pleine arislocratie, u Danlon même, qui reconnaissait ses services, se plaignait qu'il n'eût pas des " formes populaires, familières, conciliatrices ». Dans i la journée du 10 mars, Rodsîu el d'autres •> assassins en I crédit j) le cherchaient p&ur l'égorger '. Mais la Gironde prit la défense de BeurnonTille. Le Patriote français demandait quel homme vertueux accepterait la lâche qu'Ajax désespérait de bien remplir. - Qui sera ministre, s'écriait Carra, si Beurnoaville ne peut le rester? » El f Guyomar ajoutait : a On veut organiser de nouveau le aistère, mais on désorganise tout, en organisant à t chaque instant I « Le 1i mars, la Convention réélut t Beurnonville par 336 voix sur 330. il resta donc à son I poste ; H secondé, disait-il, et investi de la conflanco de a représenlation nationale, il allait perfectionner l'administration de laguerriiet la ranimer dans toutes ses parties ' i,
, La nouvelle de l'irruption autrichienne avait d'a- [■ tord effrayé Dumouriez. Mais les lettres de Miranda L respiraient l'assurance. Il résolut de ne quitter ni la ; Hollande ni l'armée qui « faisait des miracles par le r prestige de sa présence =. Après tout, rien n'est encore ; que Valence et Miranda courront Liège en se post tant, l'un à Hervé, el l'autre à Tongres. Que tous deux
' Journ. des jacobins, séances des 20 février el 11 mars 1793 ; Zt ' Salave, 19 l'évr.; Mon., 14 mars ; Garai, Méai., 158.
■ Pafriote f,-a»eais, 12 mars 1^93. • Besuharoais, écrit un a^ent à Le Bnm (12 mare, A. E.), a fait use adresse aui despoles d» l'Europe qui porLe plusieurs personnes à désirer qu'il remplace Beuruon- Tille. Mais certaiDE ïudividus qui se prétendent iasiruils «t loris ea moyens, sssurunl que Dubois-Crancé sera miaialra en. dépit du décial ( que l'oQ parle de i'aire rapparier, . {Danton avait, en elTel, proposé la » yeille de prendre le minislère dans l'AESembiée.]
AlX-LA-CtTA PELLE 73
I tieDDeDt et dûfeodent vigoureusement la Meuse peudanl quinze jours. Que Valence, revenu de son ctourdissemeut, répare son échec. Mais Dumouriez compte particulièrement sur Miranda ; oui, Mirauda saura détruire par SB contenance la mauvaisa impression que produit l'échec d'Aiï-la-Cliapelle; il laissera le temps à Dumouriez de prendre Willematad el Geerlruidenberg, de passer leMœrdijk, de terminer son expédition et la révolution batare, de se faire le général des troupes hollandaises qui se battent à regret contre lui, et de réunir à son année iO.OOO hommes remplis du républicanisme le plus ardent.
Dumouriez tient le même langage aux commissaires de la Convention. Il ne leur demande que deux semaines el les prie d'inspirer leur courage aux troupes. Thouvenol, dit-il, secondera Valence par ses avis ; pour lui, il ne peut renoncer à ses desseins dont le succès est d'autant plus certain qu'ils sont plus audacieux '.
Il essaie même de Taire prendre patience à l'armée de Belgique et, du Mœrdijk, il la stimule, il l'aiguillonne. Une adroite proclamation exhorte les vaincus d'Ais-la Chapelle à reprendre leur fierté républicaine et à détendre vaillamment le passage de la Meuse, c Pensez â la vengeance, serrez vos bataillons, baissez vos baïonnettes, entonnez l'hymne des Marseillais, et vous vaincrez. » Il promet de les rejoindre dans quelques jours; mais de loin 11 veille sur eus, et ses conseils guident les généraux qui sont ses élèves el ses amis'.
Durant huit jours, il refuse dfl se rendre en Belgique. Quoi ! il lâcherait la Hollande ! Mais Willemstad est sur
t Lettre du i mars 1:93 {Mon. ilu 12}.
7i LA. TRiHISOM DK DUMOORtKZ
le point d'ouvrir ses portes. Mais Geerlruidenberg est pris, Geertruideaberg, la clef de la Hollande, et il mande à Miraada : a Mon frère, mon ami, oubliez vos chagrina, Geerlruidenberg s'esl rendu I » Plus que jamais il tient à son plan ; à ce plan qui sauvera la Belgique et la France, gui lui donnera du numéraire, des munitions, des subsistances, des alliés: p j'y tiens, comme j'ai lenu aa camp de Saince-Menehould, parce que le salut de la patrie est en Hollande ' ».
Et Miranda pense et espère comme lui, Miranda lui conseille de rester en Hollande, le rassure sur l'esprit de l'armée, lui jure de repousser toutes les attaques. Aussi, avec quelle etTusioa Dumouriez remercie son lieutenant ! s Soyons toujours dignes l'un de l'autre. C'est voua et Thouvenot qui pouvez seuls sauver la République. Il n'y a que vous et Thouvenot qui me donniez consolation et espérance. » Il s'irrite contre Valence qui se décourage aisément et voit les choses en noir; il propose à Miranda de le sacrifier : o cuidado con este homire, soyez sur vos gardes avec cet homme ; s'il vous gône par ses irrésolutions, ua courrier en ferait l'affaire. "
Mais Valence restait découragé, presque désespéré, et ses lettres prenaient une couleur de plus en plus sombre. Il ne répondait pas des événements si Dumouriez n'arrivait sur-le-champ ; Dumouriez seul saurait redonner de l'entrain aux soldats, les conduire el les enlever; « lui seul peut rétablir la confiance el l'ensemble des opérations, peut lier sa position à la nôtre et cesser de rendre nos mouvements incertains. L'expédition de Hollande, ajoutait-il, n'est-elle pas manquée, puisque MI-
> Damourjsz à Bearabuville, i mars (A.. G.) mars 1793 (Calai. Charavaj, 25 mai 1S82],
AIX-LA-CHAPELLE 7o
randa lève le siège de MaestrLclit el ne marche pas sur Nîmègue? B Les commissaires joignaiBDl les plus pressants appels aux dépêches réitérées de Valence. • La situation de l'arméa est désolante, écrivaient-Us le 3 mars a Dumouriez, elle vous cherche, elle vous demande d, et le courrier, qui portait leur lettre, était le cinquième qu'ils lui envoyaient depuis la veille. EqSd, La Soode airiTait à Uœrdijk et annonçait au général que la Belgique était eu feu, que les jacobins pillaient les églises.
Il fallut toutefois un ordre formel des ministres pour l'arracher à la Hollande. Le 8 mars, dans une séance à laquelle assistaient Laliourdonnaye, Custine et Servan, le Conseil exécutif avait arrêté que Dumouriez se rendrait sur-le-champ aux armées de Valence et de Miraada ; il l'autorisait à venir seul ou avec ses troupes de Hollande. Dumouriez partit aussitôt'.
Il laissait le commandement du corps expéditionnaire à de Fiers qui prendrait les avis du colonel Thouvenot. De Fiers avait ordre de passer le Moerdijk et Berneron, de prendre WiHemstad.
Mais le gouverneur de "Willemslad, le générai van Bœizelaar, était un soldat énergique et résolu. Il répondit aux sommations de Berneron qu'il se défendrait en homme d'honneur, et il tint parole. La ville bombardée à boulets rouges ne se rendit pas. Dès le 6 mars, on écrivait du camp français qu'elle semblait décidée à la résistance la plus opiniâtre et qu'un aurait peine à la réduire. Ella offrait d'ailleurs du côté de la terre un Gronl très étroit et recevait des secours du càié de la mer. Enfin, Berneron l'attaqua de trop loin et ne fit que
> Rea. Aukcd, II, 2S1, 283 ; 2* rapport, 67; BeurDonrilleà Valence, 9 min, et Valence à Beuraaavilla, 3 et 14 mars 1793 [A.. G.); M^a. ii Lb Sonda, 16 ; Rojas, Mirania, 911-117.
consommer inulilemeDt ses muDilîona, Dumouries lui envoya deus capitaioes du génie, Marescot, frère du futur général, et Jean-BapListeDoboia-Crancé, frère du conveutiounel. Mais un naatin que les deux ingénieurs Toulaienl tracer la nouvel emplacement des batteries, â gOD toises de la ville, à l'angle de la digue occidentale, les Hollandais firent une sortie, dispersèrent les travailleurs et enclouèrenl les canons; les deux officiers reslèrent sur la place. Il fallut lever le siège de Willemstad ■.
En réalité, Dumouriez seul donnait du nerf aux troupes novices et indisciplioées qu'il avait menées en Hollande. Dès qu'il fut parti, le découragement gagna tous les cœurs, el ceux mêmes qui montraient naguère le plus d'audace et d'impatience, déclarèrent le passage du Moerdijk impossible. De Fiers, faible, hésitant, perdit quelques jours. L'amiral Kinsbergen, un des héros de la bataille de Doggersbank, eut le temps d'entrer dans le Hollandscli Diep avec des frégates et des chaloupes canonnières. 2000 Anglais débarquaient à Hellevoeatluys et venaient renforcer la garnison de Dordrecht. Les Prussiens de Brunswiuk-Œla marchaient de Venlo sur Bois-!e-Duc. Le stathouder, résolu de défeodre la ligne du Waal et de la basse Meuse, faisait entrer dans Nimègue toutes les troupes voisines de la Gueldre et ■ concentrait derrière Gorcum le gros de l'armée hollandaise. Des batteries s'élevaient sur les digues et les rives des fleuves; des pièces, pourvues des meilleurs attelages, devaient se porter rapidement sur les points
1 Dumouriez, ^Cffi., IV, 48-19, 56-57; Vaa Kampan, Oesch. dar I Jfiiderl., 518-519 ; Croasard, JtftPin. mlil. et hisl., I, 23-23 ; Le Batave, 20 et 23 mors nsS ; laitrea de X.a Haye, 13 mars, et lettres de L BoelzelBar, 15 et 16 luers (A. G.}.
!s; des otflciers émigrés du corps royal de l'artillerie dirigeaient les mesures de défense. Un capitaine de l'arme, le chevalier de Verclay, n'était-il pas à "Wil-
Ileœslad le digne second de Bœlzelaar?
Ainsi se termina l'expédition de Hollande. Sans îe désastre d'Aix-la-Chapelle, elle eùl peut-être bien tourné. I Queltjues jours après le départ de Dumouriez, de Fiers
I se jetait dans Bréda et Tilly dans Geerlruideoberg. H «Des évênemeals indépendants de notre armée, disait le 1] colonel Thouvenol, suspendent la suite de l'entreprise
II hardie qu'elle devait exécuter ; nous allons nous pré- Bflnler à un autre ennemi, nous le battrons, nous le repousserons et nous reprendrons le projet qui devait dégager la Hollande des fers du stathouder'. n I! abandonna le camp des castors, fit sauter les fortifications de Klundert et mena sur l'Esnaui le reste des troupes avec les bagages et rariillerie. Le ressort moral, un instant affermi par Dumouriez, s'était aflaibli sans retour dans cette armée qui devait pénétrer au seiu de la Hollande el entrer à La Haye. La conduLle des gendarmes natiooaux fit scandale à Anvers et à Oslende ; ils ne parlaient que de la traîtrise des généraux, ils arrachaient l'épaulettede leurs officiers en disant qu'ils ne reconnaissaient plus de supérieurs, et lorsqu'on menaçait de les arrêter, ils mettaient le pistolet au poiog '.