‹ La trahison de DumouriezChapitre 7 sur 16 · II · texte numérisé non relu

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le moque du décret d'accusation. Je défie la ConventioQ de le faire eséculer au milieu de mon armée. Du reste, j'ai toujours pour dernière ressource un temps de galop vers les Autrichiens.

— Le sort de Lafayelle n'est pas tenlaut pour ses imitateurs.

— Lafayette n'inspirait eus puissances que mépris et que haine; moi, elles m'aiment, elles m'estiment, et je passerai chez elles de manière à m'en taire bien recevoir.

— Mais quand exécuterez- voua ce plan de contre-révolution?

— J'aurais commencé à l'exëculer, si je n'avais craiat. pour les jours de l'infortunée qui est au Temple et de sa. précieuse famille.

— Vous allez compromettre ces existences royales auxquelles vous prenez tant d'intérêt.

— Si l'on ajoute ce meurtre à tant d'autres, je marcha à l'instant sur Paris, et je n'en ferai pas le sii'gB, à la façon de cet imbécile de Broglie qui ne connaissait pas sa besogne. Je réduirai Paris en huit jours, par la famine, avec (2,000 hommes, un corps à Pont-Saint- Maxence, un autre à Nogent, d'autres postes sur les rivières. Aussi bien votre déclaration de guerre à l'Angleterre, cette œuvre ridicule de Brissol, vous fera capituler par la disette : la France n'a pas assez de blé pour se nourrir, et les corsaires anglais ne laisseront pas entrer dans les ports un seul navire ehargé de grains. «

Dumouriez ne cachait donc plus ses desseins. Il les avouait la veille à Goguet avec la même franchise qu'aux trois émissaires jacobins, o Nous sommes perdus, disait-il à Goguet, si nous continuons la guerre. La (S du mois prochain, il n'y aura plus de numéraire. L'armée ne peut se rallier. Les volontaires sont des scé-

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lérats auxquels j'ai donné et fail donner par mes ori aancea et mes aides-de-catnp quatre cents coupa de J de salira! Plus d'ordre de bataille, plus de brigadf Quand un soldat demande à l'étaL-majoroù est sonbaM Ion, ou lui répond qu'on ne sait pas ; s'il s'égare et revi épuisé de fatigue et d'inaniiion, on le traite de lâi s'il entre chez le paysan pour prendre un peu ( on crie rascz-lel Les places de la frontière manquentJ moyens de défense. Que 10,OltO ennemis se présenta devant Dunkerque, Lille, Valenciennes, elles ouTrironT leurs portes. Au dedans, les insurrections sont horribles; elles croîtront encore. La France est un peuple de fous et d'enragés conduits par des brigands à qui tes assassinats ne coûtent rien. La paix devient donc une nécessité. Mais les puissances étrangères traiteront-elles jamais avec le Conseil executif ou avec cette Convenlion qui perd tout? Il faut en finir! Les honnêtes gens doivent se rallier de gré ou de force, renvoyer tous les conventionnels, faire une révolution dans la Révolution, reprendre la Constitution de 170! dont nous étions idolâtres. Je braverai dix décrets d'accusation, j'y perdrai ma tète; mais je sauverai mon pays qui est à deux doigts de sa ruine. Il y a une guerre à mort entre les Jacobins et moi ; je périrai ou je raserai leur club el sèmerai du sel sur son emplacement' 1 n

V. Les commissaires de la Convention, Delacroix, Gossuin, Treilhard, Merlin de Douai et Robert', s'étaient rendus à L'Ue dès qu'ils avaient jugé l'évacuation des Pays-Bas inévitable. Leur mission politique finissait;

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mais ils pouvaient encore surveiller les administrations de l'armée, mettre I.ilie en état de défense, ■■ déjouer les manœuvres des malveillants ». Delacroix recommandait d'approvisionner les villes do la frontière et de relever le camp de Maulde. a La chose publique, écrivaient Treilhard et Robert, ne peut se sauver que par de grandes et promptes mesures. «

Mais Delacrois communçait à se défier de Dumouriez.] De môme que plusieurs de ses collègues, il avait regardé 1 la lettre du lî mars comme une " rodomontade et une ] folie a; le général, pensait-il, avait la têts exaltée • « cerveau échauffe «; mais n« songeait qu'à battre las I ennemis et n'avait pas de « mauvaises intentions < Pourtant, certains propos mettaient Delacroix en dé- 1 fiance.' Dumouriez, mandait-il à Danton, fuit ce qu'il.] faut pour accréditer les soupçons qu'éveille sa légèreté » Le 28 mars, il regut une longue note, le dire d'un, homme 1 m place, où Gognet retraçait fidèlement sa conversation i avec Dumouriez, et quelques instants plus tard, Dubuissou, Proli et Pereyra lui racontaient leur eulrevuo, ! Delacroix aimait personnellenoent le général; « j'estime, ' disait-il, sa bravoure et ses talents, je respecte son au- 1 dace; mais ma patrie est tout pour moi, mes amis ne | viennent qn'après n. Dumouriez ne fut plus à ses yeux. J que l'ennemi du pays, un traître, un conspirateur qui I D'avait d'autre but que de ■ traîner la Fraace sur le bord f du précipice, puis de l'arrêter dans sa chute et de se ^ déclarer son sauveur ' ! »

Il communiqua sur-le-champ le récit de Goguet A.I Gossuin et à Robert; il leur proposait d'appréhender' |

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Dumouriez et de l'envoyer à la barre de la Conventi Ses collègues lui conseillèrent d'attendre le retour^ Treilhard et de Merlin qui s'élaient rendus à OrcI et d'appeler à celle conférence deux autres comaj saires, Carnot et Lesage-Seoault, qui se trouvaie Douai.

Le lendemain, 39 mars, devant Gossuin, Robert, Treilhard, Merlin, Carnot et Lesage-Senaull, Delacroix proposa pour la seconde fois de suspendre Dumouriez et de le mettre en état d'arrestation. Tous furent de son avis. Mais tous se récrièrent lorsqu'il déclara qu'on devait s'assurer aussitôt de la personne du traître; l'armée, eu pleine déroute, n'ctail plus, à l'exception de l'arrièregarde, qu'uae fourmilière de soldats; les ennemis la serraient de fort près; on ne pouvait lui enlever le géuéral qui possédait malheureusement sa confiance ; qu'elle éprouve un désastre, qu'elle solL cernée et faite prisonnière, la Convenlion attribuera ce malheur irréparable à l'imprudence des commissaires qui seront, à leur tour, mis en état d'accusation! s Eh bien, s'écria Delacroii, j'irai moi-même arrêter Dumouriez à la tèle de son armée et je lui brûlerai la cervelle, s'il ose résister à l'autorité de la Convenlion. n — n II faut aller ions ou personne », lui répondit Treilhard. — a La mesure, ajouta Carnot, est plus vigoureuse que prudente. « Les cooveniionnels discutèrent longtemps. Les chevaux furent mis deux fois à leur voiture. Enfin, par six vois contre une, celle de Delacroix, les commissaires résolurent de mander Dumouriez à Lille; l'arrestation du général y serait plus aisée et ferait moins d'impression sur les troupes. Leur lettre était ainsi conçue : ■ Les commissaires requièrent le général Dumouriez de se rendre aujourd'hui 29 mars dans l'après-midi à Lille, maison du

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citoyen Mouquet, place du Lion d'Or, pour s'expliquer avec eux sur des inculpations graves qui le concernent. » Ils dressaient déjà la liste des questions qu'ils poseraient au général ; il y en avait quatorze.

Dumouriez répondit, non sans ironie, qu'il était obligé de diriger la retraite, qu'il ne pouvait en môme temps plaider et commander, que sa tête ne suffisait pas à ces deux genres de guerre, a Si j'allais à Lille, l'armée aurait des craintes, et certainement je n'entrerais dans celte ville qu'avec des troupes pour purger de tous les lâches qui ont fui et qui me calomnient. Envoyez-moi deux ou quatre d'entre vouft; pour m'interroger ; je répondrai sur tout avec ma vé«l raci ré connue. »

Les commissaires recurent la réponse de Du dix heures du soir. • Partons ïoks/b, s'écrièrent-ilsd'uni voix unanime, et le lendemain, 30 mars, à quatre heures' du malin, ils allaient se transporter à Tournai lorsqu'une nouvelle lettre de Dumouriez arrêta leur départ. Le général leur annonçait que son armée était dans la plus grande détresse, qu'il resterait encore un jour à Tournai quoiqu'il fût environné d'ennemis, mais qu'il avait assuré sa retraite sur Bruille et Maulde où le Conseil exécutif lui prescrivait de camper; il se trouverait le 3) mars à Saint-Amand ; c'était !à qu'il attendait les: commissaires pour leur donner les explications qu'il»' exigeaient.

A la lecture de cette lettre, les commissaires furent nouveau partagés d'opinions. Delacroix et Gossuin voulaient se rendre aussitôt à Tournai parce que le plus léger retard était funeste à la République. Mais les cinq autres objectaient qu'en allant à Tournai, ils entravaient les mouvements ordonnés par le Conseil exécutif. On

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convint de n'inlerrcger Duniouriez que lorsque l'arméfi' aurait lerminésa retraite.

La retraite fut finie le 31 mars. Les commissaires décidèrent qu'ils se rendraient le 1°' avril à Saint- Amand : qu'après avoir interrogé Dumouriez, ils se retireroieul dans une chambre particulière pour délibÉrar; qu'ils le feraient arrêter par le plus ancien lieutenantgénéral de l'armée et le remplaceraient sur-le-champ; enfin qu'ils annonceraient l'événement par une proclamation aux soldats. Ils ne se dissimulaient pas le danger de leur mission ^ mais ils comptaient sur la confiance qu'ils inspiraient aux troupes. Tous étaient armés. Delacroix, plus exalté que jamais, briguait l'honneur de punir le traître, a II faut, disait-il, que Dumouriez obéisse; s'il fait un mouvement, je vous demande l'autorisation de l'abattre d'un coup de pistolet '. •

Durant ces délibérations, l'armée de Cobourg, marchant en deux colonnes, l'une sur Mons, l'autre sur Tournai, suivait de loin les Iroupes françaises. Mais le 30 mars Dumouriez n'avait pas encore évacué Tournai, Mack vint lui rappeler sa promesse. Le général répondit qu'il avait dû régler les mouvements do ses divers corps et fixer leurs positions sur la froulière. L'entrevue fut cordiale. Dumouriez et ses amis persistaient dans leur dessein, et Mack les trouva o aussi fermes et inébranlables qu'auparavant i>. Le général lui conSa qu'il y avait à Lille des commissaires de la Convention qui projetaient de l'arrêter et de l'envoyer à Paris; mais, disait-il, a c'est moi qui les arrêterai, et je vous les livrerai". Il déclara qu'il nnarflieraii sur Paris dans les huit jours, qu'il répondait de son armée, et qu'une

' 2> rapporl, 152-15D et discours de DalacroLi, 2i pluîidse aD U.

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bonne proclamation achèverait de lui gagner les esprits ^

Le 31 mars, Du mouriez établissait son quartier-général aux Boues de Saint-Amand. Lui-môme logeait près de rétablissement thermal, dans l'ancienne demeure des Cernay, au Petit-Château*. Le parc d'artillerie s'installait à Saint-Amand. L'armée des Ardennes campait à Maulde et celle du Nord à Bruille. Les flanqueurs de droite, aux ordres de Miaczynski, étaient à Orchies et les flanqueurs de gauche, à Bavay. La division du général Neuilly occupait les deux places de Valenciennes et de Gondé. Neuilly commandait à Condé ; Ferrand, à Valenciennes; Tourville, à Maubeuge; Dampierre, au Quesnoy ; Duval, à Lille.

1 Oesterr. milit, Zeitschr,^ 10; Ternaux, Terreur, VI, 512-513, 528-529.

* Pelé, Saint-Amand aux derniers jours de la monarchie et pendant la Révolution, 1889, p. 186-188,

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