I.E COLONEL MACK U
meDt sa retraite. » Mack garda le silence, mais il haussa les épaules, comme s'il ne pouvait riea changer à ses propositions.
Dumouriez se leva^ alla vers la feuôtre, et s'entretint à voix basse avec ses lieuienants. Puis revenaot à Mack et se jetant sur sa chaise avec îe visage et les gestes d'un homme qui prend son parti : u Eh bien, dit-il, les Pays- Bas ont toujours été la proie d'une bataille, et j'en ai livré deux. Je suis décidé. J'enverrai cette nuit môme l'ordre d'évacuer les places fortes de la Ilollaude et de la Belgique, et je vais commencer sans retard ma retraite vers la frontière de France ; j'espère que le prince de Cobourg sera content de moi. » — œ A ces conditions, répondit Mack, je vous donne la parole du prince que, loin de vous inquiéter, il fera tout pour faciliter votre marche sur Paris, s — « Mais vous m'assurez que mes troupes de Hollande pourront gagner la fronlière sans obstacle et qu'on leur fournira dans leur retraite tout ce qui leur sera nécessaire, d — « Je vous le promets. »
Là-dessus, le général exposa le détail de son entreprise. Lui-même se mettrait à la tôte de son avant-garde qui formerait trois divisions : lo 1 '" se saisirait do la Convention ; la 2°, du club des Jacobins ; la 3«, du Temple. Une proclamation annoncerait le rétablissement de la royauté et de la Constitution de 1791. — * Mais, dit ïfack, je m'étonne qu'un homme éclairé comme vous l'âtes, puisse croire à la bonté d'une coDstitution si vicieuse. Pourquoi ne proclamez-vous pas l'ancien ordre de choses? j> — a Ce serait, répliqua Dumouriez, le moyen le plus sûr de ruiner tous mes plans et de tourner contre moi la France entière. Si, au contraire, je proclame la constitution monarchique telle que l'Assemblée l'avait faite les neuf dixièmes du pays se prononceront
lii LA TBAHlSO>f DE DUUOUBIEZ
pour moi. La masse de mes compatriotes ne veut pas autre chose. Je sais bleu que cette constiLuUou a ses défauts ; mais il csl aisâ de la corriger et de la rendre semblable à la coostitution anglaise. Od augmentera les prérogatives du roi. On ne pourra restituer les biens dn clergé qui sont engagés ou vendus. Du moins, on rétablira la noblesse et lui rendra ce qu'elle a perdu : sans noblesse, une monarchie bien ordonnée ne peut subsister. Toutefois, il ne faut môme pas en prononcer le nom dans ce moment ; elle serait perdue, et moi avec elle. Qu'elle attende quelque temps encore et elle n'aura pas à se plaindre. En outre, les émigrés, le comte de Provence tout le premier, ne doivent s'ingérer aucunement dans l'organisation du gouvernement. Ce sont eux, qui par leur fuite et leur conduite déraisonnable ont provoqué tous les crimes et perpétué l'anarchie. Ils devront se soumettre absolument à la constitution. Mais ce son nos parents, nos amis, ils seront en bonnes mains', n
Maek interrompit Dumouriez. a Pardonnez-moi une autre question. Ne croyez-vous pas qu'il serait nécessaire pour votre propre sûreté de mettre des garnisons autrichiennes dans quelques places de France?» Dumouriez se récria vivement : a Ce serait jeter le soupjoQ et la méfiance dans mon armée I J'ai là-dessus des principes invariables et je veux éviter jusqu'à l'apparence de l'intervention étrangère. Sachez, colonel, que je n'ai d'autre but que le salut de la France et que je ne laisserai pas entamer l'intégrité du territoire. Si j'avais cent vies, je les donnerais pour mettre un terme aux atrocités des Jacobins ; si j'en avais mille, je les sacrifierais pour
' On lecoDusît esb iastractions à Bsuoît et la langage da cet dmUeaiie i Schulenboarg; cf. Inv, pruia., 18, se Sorel, L'Surope tl ta Bfv., II, 4i7.
LE COLONEL MACC US
empêcher les puissances étrangères de dicter des lois à ma pairie M Du reste, à qaoi bon ces garnisons autrichiennes ? Je me lie entièrement à mon armée ; elle n'a pas cessé de m'aimer ; elle me suivra jusqu'au bout, a — « Pourtant, objecta Mack, ne savez-vous pas que les s(?ntimenls chaugent ? Les troupes que vous laissez derrière vous dans votre marche sur Paris, ne pourronl-ellea pas vous abandonner ï « — » C'est impossible », et tous les olliciers s'écrièrent d'une seule vois que !e général était maître de son armée. Seul, Thouveaot hochait la tète.
Le colonel autrichien n'insista pins. Mais il demanda dans quels termes Bumourîez était avec Custine. a NI bien ni mal. C'est un homme borné, incapable de rien faire par lui-même, et d'ailleurs l'armée prussienne le cloue sur place. CepeDdant, s'il marchait contre moi, je prierais le prince do Cobourg de me venir en aide. Mais, ajoula Dumouriez iiégligemmeui, autre chose à ne pas omettre; le prince pourrait -il m'avancer 30,000 lonis d'or, que je distribuerais dans Paris ? La caisse de l'armée leuferme assez d'argent ; mais il serait Imprudent d'y puiser ; on aurait des soupçons. »
En faisant ses adieus à Macii, Dumouriez lui promit de se retirer sans retard sur Tournai et dépasser la frontière le 30 mars ; on observerait des deux côtés un armistice tacite qui ne serait suspendu qu'après avoir été dénoncé vingt-quatre heures auparavant,
Mack annonça sur-le-champ à Cobourg et à l'empereur les résultats de la conférence d'Alh. Le plus important, c'était l'évacuation de la Hollande et de la Belgique. Cobourg, disait Mack, Cobourg qui n'osait rien
Cobourg, disait Mack, Cobourg qui n'osait rien entre- ■^m
• ' Cf. la IcUre de Cobour- auï commissaires lie la CûtiTenlion, du ^M
1 12 avril 1793. ^M
44G LA TRAHISON DK DUMOUBIEZ ^^H
prendre à cause de la faiblesse de son armée et do nï
cerlitude de ses renrorts", Cobourg qui n'avait ; d'arliUerie de siège pour allaquer Anvers et les placi des Pays-Bas, obienail en peu de jours eL sans con férir ce qui lui aurait coulé, selon toute vraisem blance, plusieurs mois et quelques milliers d'hommes Qu'importe aus Autrichiens que Dumouricz se ravii ou que la Convention le remplace par un autre? Il n' a plus un Français dans leurs Pays-Bas , et l'arma de Hollaude, isolée, séparée de son général, est & j^H discrétion. ^H
IV, Dumouriez fut fidèle à sa promesse. De Fiers i Tillj qui commandaient l'un à Bréda, l'autre à Geei truideaberg, eapitulèreul a eu conforrailé des ordres i M. Dumouriez b; leurs troupes sortirent avec les hOE neurs de la guerre, tambours battant, trompettes soi nantes, drapeaux déployés, mèches allumées, et emint lièrent tous les effets militaires, armes, munitions ) vivres qui leur appartenaient '.
Les mêmes ordres furent donnés à Marassé et à Ruaul
Mais déjà, de son propre chef, Marassé avait capitulé. I
2G mars le colonel Mylius paraissait devant Anvers (
; sommait audacieusement la place; il accordait pour 1
Ijour même la libre sortie de la garnison avec armes e bagages. Marassé avait* encore sous ses ordres la plu grande partie de l'armée de Hollande, la légion de WeE termann, la garnison de Diest, et le corps de La Marlièi commandé par Buault. Mais l'indiscipline des troupe était extrême. Il tint conseil de guerre, et, malgré Wee termann, signa sur-le-champ la capitulation: tout
1 2 el 3 «yril 1193 {Moi., 26 avril, et Diibna, I, 123-UO).
roupe I Wee
LE COLON BI, MACK
perdu si l'on s'opiniâlrait ; mieux valail sauver huit mille hommes, l'artillerie et les magasics '.
Warassé craignait d'ôtre désavoué. Dumouriez l'approuva ; " je défendrai, lui mandait-il, voire capitulation contre tout le monde ». Il se trouvait alors à Tournai. Ce fut là, dans une conversation, remarquable Bvec trois personnages, à la fois commissaires des Jacobins et agents du ministre des affaires étrangères, Dubuisson, Proli, Pereyra', qu'il dévoila ses plans de restauration . monarchique.
Les Jacobins n'oubliaient pas que Dumouriez avait t paru dans leur club et coiffé le bonnet rouge. Ils le ménagèrent dans sa querella avec Pache ; quand Hassenfratz le dénonçait, ils passaient à l'ordre du jour, et ils lui dépôchêrent BonnccarrÈre à Liège pour l'entraîner à un coup de main contre la Convention. Lorsqu'il vint à Paris, Clools, Seiffert, Proli, Desfieux le prièrent d'ai sister aux séances du club. Il répondit qu'il ne voulait
' Sommolion da Mjlius et Conseil de sucrte, 26 mars 1793 [\. E.)
, de Mjiiu9 et Cot
isail de suci
■te, 26niara1-93[\. E,
larassé, 30 mars
nlerrogaloire de Wesle
imité de U guarrt
i\ ; Mon., S
avril.
ciuiltâ Paria le lî
l mars pour
■ s'aboucher à Douai av
nisiia(Â. N, ( 1 ils aïBien
Cornet de Grez (aole ds Le Brun, 30 mars, A. E.) el . rcavcrse !a bsnqiio d'Anf^lelerre par l'eulremisa des juifs porliif^ais établie i Amsterdam • [B^ponie de Proli aux £alonntie3 répanduis contre lui p. 1). Tous trois daTsient périr sur réchalaud. Proii, né a tituielle et ■ Balpe réuni >, comme il se qiialïSait, ^tait lils uaturel da Eau Qiti, Éla'é à Paris, puis a Nantes, enrichi par un vojapa aux Indes, ' il avait Joue dans la révulution brabançonne uu râle équivoque, il faisail nna brochure aui Belffes Ne a^pendons que ds nous/ il offrait 1 2 millions à Voncli da la part de Mercj ; il ménaffeail l'entrevue da j Douai (Borgnet, 1, 143 et Jemappes, 33), — Dubuisson était un poèta H dramatique trËs obscur (Mercier, Li I^oumau Paris, II, 2] el, commi dit Beaulieu [V , 84), < uni: espace d'homme lettré que les lettres m purent nourrir, et qui cberoha un Hup plémeni à eoq exiElence dans le: calamilés de la Héïoiulion ., - Pereyra, dit encore Beaulieu, élai 1 un juif de Bordeaux qui ne vivait ttue d'intrigues ■.
Société ^^^
lis
pas rencontrer Marat ni se présemer à la Société t s'èlre lavé des calomnies de Hassenfralz. Mais évidem- i ment les JacoLiDS voulaient l'atlirer dans leur parti, et forts de l'appui que leur prèleraient son nom et sod épie, . renverser la Giroude et cbasser du ministère Garai, 1.8 , Brun, Claviers et Roland. Dumouriez leur avait mâms , iuainué qu'il se donnerait à eux, s'ils faisaient suspentln I le procès de Louis XVI. Le général, disait alors Bobe»- 1 pierre, « méprise Brissot et sa faction ' ». 1
Les trois émissaires venaient rappeler à Dumouriez ' ses propositions et lui oll'rir l'alliauce de leur Société, Dumouriez serait le général desJacobins; il substituerait leur club à la Gonvenliou; ne voulait-il pas centraliser le gouvernement, et les Jacobins n'avaieol-ils point , président, tribune, orateurs, registres, cor respou dame,
habitude de traiter les grandes affaires? Le remplace- , ment était tout trouvé. « Ces députés m'ont proposé les
plus belles choses du monde, écrivait Dumouriez, à con- > di lion que je les aidasse à culbuter la Convention. »I1
leur répondit qu'il ne se livrerait aux Jacobins que s'ils I dispersaient eux-mêmes la Convention et faisaient un
^^B rempart de leur corps à la famille royale; voila, ajoutait- ^^B il, le moyen de réparer vos crimes, et Dubuissou, entrant ^^F dans,ses vues, lui promit de sonder adroitement les ^^ Jacobins et de lui rapporter leur réponse sous cinq ou six jours'.
Le général eut une triple entrevue avec les émissaires.
« Dumouriez, Jlfui., III, 327, 3!iO-331 ; à Danton, 20 Janv. 11» 1 [A.. N. F' 4598); Qot. Morris, II, 239 ; Joum. des Jucobins, aéimâ i du 12 ddc. 1:92 et du 21 janv. 1793. '
' Baaulieu, V, 85 ; Damouriei. M^m., IV, 127 et lelKe du 29 man 1793 (Mon.. S avril) ; FdQtLn Desodoards, Hisl. phihs. â« la rgttl. <ti Franci, IV, 293. Dubuîeson élail le personnage imporlant de ta
dépulati
3t Proli loue fort si
I habileti
■ pruden
LE COI.ONKL MACK. 149
Proli vÎQl d'abord seul, dans la soirée du 25 mars. Dumouriez était entouré de Valeoce, du duc de Chartres, d'offlciers de son état-major, et de députés de ciennes et de Cambrai, o Votre club, dit-il à ProIi, a causé tout le mal de la France; mais je suis assez fort pour me battre par devant et par derrière ; dut-on m'appeler César, Cromwell ou Monk, je sauverai la France, seul et malgré la Convention. ï Proli se relira sur-lechamp. Quelques instants plus tard, Dubuisson et Pereyra demandaient au général un entretien particulier qui fut bref. Mais le lendemain, 27 mars, les trois collègues, comme ils se nomment dans leur rapport, ont avec Dumouriez une très longue conférence.
Il s'élève contre le tribunal révolutionnaire. « J'ai quatre pouces de lame a mon côté, et je ne souffrirai pas pins longtemps l'esislence de celte iustitulion horrible! » 11 s'élève contre le Conseil exécutif, contre la Convenlion , contre la République, « Le Conseil est subordonné aux 745 tyrans de l'assemblée. La Convention ne se compose que de régicides, appelants ou non appelants ; elle n'a pas trois semaines à vivre. Ses décrets n'auront bientôt de validité que dans la banlieue de Paris. La République! J'y ai cru trois joursl C'est une folie, une absurdité. Depuis Jemappes, j'ai pleuré toutes les fois que j'avais des succès pour une aussi mauvaise cause. » Il s'élève contre les volontaires : « Ce sont des poltrons, et je ne veux plus que des troupes de ligne, d I! conclut que la paix est nécessaire. « C'est moi seul qui la ferai ; aucune puissance ne voudra traiter avec la Convention ni avec le Conseil exécutif. B
— 1 Mais expliquez-nous vos moyens pratiques de sauver la patrie. Vous ne Toulez pas de constitution?
Non, la nouvelle est Irop bête, et, pour un hoifi d'esprit, Condorcet n'y a rien entendu '.
— Que meltrez-vous à la place?
— L'ancienne, toute médiocre et vicieuse qu'elle i
— Sans roi?
— Avec un roi; il faut absolument un roi.
— Mais Jes Français ont juré qu'ils n'auraient pluj roi, et le nom de Louis. . .
— Peu importe qu'il se nomme Louis ou JacobusJ
— Ou Philippus,
— Ahl voilà encore une atrocité des •Tacobiuslfl disent iiue j'apparliens eu parti d'Orléans parce qu'a|| Jeniappes, j'ai louÉ'le courage d'un jeune homme qne je forme au métier,
— Mais qui proclamera la constitution, puisque voua détruisez la Convention sans la remplacer par aucun corps représenlalif ?
— J'ai les présidents des districts.
— Tous rassemblerez cinq cents présidents de districts?
— Non, ce serait Irop long.
— Qui donc émellra le vœu de rétablir un roi et de reprendre la première constitution?
— Mon aroiée. . . oui, mon armée, l'armée des Mameluks, Elle sera l'armée des Mameluks, pas pour longtemps, mais elle le sera, et de mon camp ou d'une place forte, elle dira qu'elle veut un roi. Les présidents de districts le feront accepter, cbacun dans son arrondissement.
— Voua serez décrété d'accusation.
' Cf.
Udi
SCQI
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de Condorcel,
IHfévr.
1793 fMon.
■les 17
et 18) ;
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1793 a été. GO[
nme dit
Laujumais,
Eilrail
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(Lanjui
naiE, Œuvres