‹ La trahison de DumouriezChapitre 9 sur 16 · I. PeDdant que Dumouriez négociait avec Mack, le · texte numérisé non relu

I. PeDdant que Dumouriez négociait avec Mack, le

fConseil exécutif s'efforçait de mettre la frontière en

iSÛreté. Il autorisait le général à prendre posilioa entre

(uriiai, Mons et Namur ; puis, en présence de Camus

î«t de Danton, il décidait que l'armée du Nord, renforcée

■par celle de Hollande, tiendrait les camps de Maulde et

Vde Bruille pour couvrir Lille, Douai, Valencieunes et

tCondé, que l'armée des Ardennes garnirait Sedan, Mon-

plédy, Longwy, et de concert avec l'armée de la Moselle,

LA TRAHISON ja9

arrêterait les Autrichiens du Luxembourg, que toutes ces armées el celle de Castine formeraient une graode ligne de défense depuis Dunkerijue jusqu'aux gorges de Porrenlruy ',

Mais la Convention se défiait enfin de DumourieK. Tous ses membres connaissaienl la lettre du 42 marâ qui, jusqu'alors comme ensevelie dans le silence, puraissait le S4 mars dans la Chronigue de Paris et le Bataze, le 23 dans le Moaikiir et la GasetU de France, le 26 dans le Patriote Français.

Le comité de défense générale prit les mesures décisives. Renouvelé après Neerwinden et composé de &5 membres, ce comité qu'on nommait aussi le Comité du salut pullic, devait préparer et proposer toutes les lois nécessaires à la défense extérieure et intérieure de la République. Il siégea pour la première fois le 26 mars. Beurnoaville lui fit lecture d'une lettre de Dumourîez qui proposait l'évacuation de la Belgique. Un grand nombre de conventionnels assistaient à la séance. Robespierre déclara que le général régnait en dictateur dans les Pays-Bas, que ses opinions politiques devaient alarmer les amis de la liberté, qu'on ferait bien de le dépouiller de sou commandement. Danlou et Camus protestèrent. < Dumouriez, disait Danton, a eu des torts graves ; il veut élever la Belgique et la Hollande comme ses enfants et à sa mauière ; il s'entoure de révolutionnaires brabançons qui l'entraînent à des sottises. Il no respecte pas la Convention qu'il nomme un ramassis d'ignorants et de scêlêrals. Mais il est notre seul homme de guerre. Gardons-le, tout en le surveillant. Prieur de

ivills à DeUcroii, 23 mare, et

~ la

l TRAHISON DE DUMOOBIEZ

Levasseur prireul la parole. Tous deux

s'étonnaient qu'il fallût évacuer la Belgique. « Peut-on, demaudait Prieur, abandouner si précipitamment un peuple qu'on a juré de protéger'? Il faut ordonnera Dumouriez de rester à son poste et de défendre encore la Belgique, dùl-il éprouver uu nouvel échec. » Mais j Dubois-Crancé combattit vivement l'opinion de Prieur; Dumouriez, assurait-il, était indispensable et devait sgifij -à sa guise, selon ses propres plans '.

Dubois-CrancÉ ajoutait qu'il a avait des preuves en faveur de Dumouriez ». Trois jours plus tard, dans la séance du 2U mars, le général est définitivement damné. Le comité de défense se réunit une première fois à midi et Camus propose de présenter, aussitôt que possible, un rapport général des opérations en Belgique et en Hollande et de la conduite des généraux. Mais à sept heures du soir, le comité s'assemble une seconde fois. Pelion raconte qu'il s'est rendu ia veille, dans U soirée, en compagnie de Bancal, chez Miranda qui vient d'arriver: Miranda prétend que Unmouriez médite une trahison et se dispose à marcher sur Paris. Bientôt paraît Beurnonville qui lit une lettre du général, datée du 28 mars. Dumouriez annonce au ministre l'arrivée de Dubuissou qui dira ce qu'il a vu et entendu ; mais, ajoute le vaincu de Neerwinden, n ce tableau funeste ne peint pas encore la moitié de nos désastres, du brigandage et du désordre désespérant où nous sommes plongés ». Il affirme que les maux et les périls s'aggravent; qu'on n'a pas sur la frontière du nord pour dix jours de vivres; qu'à Gondé, au Quesuoy, à Valenciennes, des

^^Ê Cou

-, M€in., 1830, 11, 158-1S9(

soldats de toulcs armes, surtout des Tolontaires, pillent les magasins et commetleiit tous les crimes ; qu'à Lille plus de JO.OdO fuyards se livrent à tous les excès; que a 50 autorités, plus absuriies les unes que les autres, conlrarienl et traversent l'autorité militaire et ses opérations ■>, L'eanenii n'a devant lui que des hommes sans armes, saas lialiits, sans vivres, sans munitions, ïl peut forcer la frontière où bon lui semble et prendra les places sans résistance. » Il a, dit Dumounez, 20,000 hommes de cavalerie avec lesquels il peut mettre à feu ' et à sang toute la partie du royaume qui avoisine Paris et je n'ai pas les mêmes ressources que j'avais en Champagne pour l'arrêter; alors l'énergie du républicanisme était dans toute sa force; alors la Couveniioa nationale avait de l'ensemble et de l'autorité; alors le royauma n'était pas déchiré par la guerre civile ; alors eufm il y avait (les ressources pécuniaires qui n'exislent plus, a Il prie le minisire de bien peser ces tristes vérités. « Y \ eut-il jamais une crise plus dangereuse ? Jamais peuple fut-il frappé de cet esprit de verlige ? Il loue la modération de l'adversaire r les Impériaux c paraissent em- ■ ployer vis-à-vis de nous des ménagements dont il est ' possible de proQter » ; ils placent les émigrés sur les derrières de leur armée ; ils traitent avec douceur les prisonniers et les blessés; ils accordent à Marassé uue capitulation honorable, c Réfléchissez sur celte conduite à laquelle je ne me suis pas attendu d'après nos excès; prenez un parti avec le Conseil et les comités. Si l'imprudencc et l'esagératiou dirigent encore les personnes qui gouvernent, la France entière sera perdue. On ne fonde les Républiques que sur la vertu; on ne les soutient qu'avec du courage, de l'ordre et de la sagesse. » Celte lettre indigna tous les assistanU. Le général

<62 LA TRAUISON DK DUMOUBIKZ

censurait de nouveau la Convention I II rapclîssail lés' moyens de la République et ne voyait dans les Lroupes françaises que iriganda et déaerteui-s I II vaulait l'humanité des Autrichiens et proposait de Iroiler avec euxl Il parlait, par deux fois, de la France commp d'an royaume! Une discussioQ s'engagea; elle dura jusqu'à trois heures du matin, mais elle ne fut nullement violente et orageuse : i les dangers de la patrie, dit un conventionnel, semblaient rapprocher les esprits du bien public >. Les uns soutenoient que Dumouriez avait levâ^ le masque et dévoilé « ses intentions libenicides »; les autres, que ses defjiles avaient absolument dérangé sft cervelle. Mais, traître ou insensé, il ne pouvait commaife der plus longtemps, et, selou le mot de Danton, oi \ devait le décrocher de l'armée '.

La séance allait finir lorsque Le Brun entra dans la salle et lui le procès-verbal des conférences de Dubujason avec Dumouriez. Personne ne douta plus des desseins du général, Mais rallait-il le mettre eu état d'ar* reslation? Il était encore' aux yeux du peuple Is ' vainqueur de Jemappes ; la majorité des Français la ' regardait comme « l'ange prolecteur de la liberté n désirait qu'il vint les a tirer de l'état révolutionnaire dans lequel la Convention les plongeait plus avant toofl les jours "'. La bourgeoisie souhaitait le rôiablissemefii de la mouarchia constitutionnelle pour ^ se soustraire aâ joug de la partie infime et indigente de la nation » * A hou nombre de républicnins, disait Prudhomme, « regw

' Thibandeau, Mim., 18; LovassEur, M/ai., 160; Sappoft.û CamiiB, 11 ; Mègc. Bancal, 274, ~

> Miaena, V, S23.

• Beaulieu, V, SiS.

- * Uurand-ilaillane, 329.

LA. TBAHrSON

daîent en arrière el faisaient des vœux pour le retour 1 de l'ancien régime n '. Si oq arrêtait Dum Dumouriea dont le nom était alors » le plus sonnant do '', l'Europe » ', l'opinion accuserait la Convention d'ingratitude et de légèreté. Me valaii-il pas mieux le mandera barre et le forcer à se déclarer?

Le Comité décida que Dumouricz serait sommé do 1 comparaître devant l'assemblée. Les commissair porteraient celle sommation. Le ministre de la g Beurnonville, se joindrait à euxj il connaissait rarmée, J il imprimerait aux troupes la respect et l'obéissance, il] donnerait et ferait exécuter les ordres nécessaires. Beur— 1 nonville, intime ami de Dumouriez, s'excusa d'al objectait que lui seul, par sa présence, faisait marcher 1 les bureaux et qu'il avait uns mauvaise santé. MaisJ Camus lui répondit que son absence serait courle et que 1 ses adjoints la remplaceraient. Beurnonville céda et,! tout fier de sa mission, reprenant sa forfanterie, il e rait déjà qu'il possédait la conËance des troupes el qu'Ul saurait les placer; il connaissait les posilions les plusj avantageuses de la frontière du nord et en particulier! l'inexpuguable camp de Maulda qu'il com née précédente*.

En outre, el fort sagement, le Comité arrêta que Cam-; bacérès monterait en sou nom à la tribune, vingt-' quatre lieures après le départ des commissaires, pourl lire les lettres du 13 el du 23 mars el le procès-verbaL 1

» B^. de Paria, a' 19i, p. U ; i'^., ii" 103, p. 4S . gu6fB êire plus mal ijue soua uue république Iwujou

des conférences de Tournai : la nation apprendrait ( même lemps la trahison do Dumouriez et son châtiment ; elle saurait qu'un général était rebelle, mais que la Convention avait déjà pris des mesures pour le vaincre.

Camus présenta le décret à l'assemblée dans la séance du 30 mars. Les eonemis da la République, disait-il, avaient ourdi des trames qu'on ne connaissait pas tout entières ; mais le Comité « tenait le fil de ces criminelles manœuvres et la Convention serait toujours au-dessus des événements ». Le décret fut adopté d'une voix unauime. Marat seul protesta ; il prétendait que le ministre de la guerre, plus utile à Paris qu'aux frontières, serait aisément remplacé par le général Duval. Maïs Camus répondit que Beurnonville connaissait mieux, que Duval l'ensemble des dispositions militaires qu'oa devait prendre.

Les quatre commissaires proposés par le Comitâ étaient Camus, Quinette, Lamarque et Baacal. Les missions précédentes de Camus le désiguaieut d'avance. Quinetle, un des commissaires de l'Assemblée léjîislativo à l'armée de Lafayetle, avait voté la mort da I.ouîs XVt et proposé le renouvellement du Comité de défense générale dont il était membre, Lamarque, envoyé par la Législative à l'armée de Luckner et par la Convention à la frontière des Pyrénées, avait voté la mort du roi et demandé que les jurés du tribunal révolutionnaire fussent tenus d'opiner à boute voix ; il était membre suppléant du Comité de défense géoêrale et présidait le club des Jacobins daus la dernière quinzaine du mois de mars'. Bancal avait prononcé daus la nuit du

> Aioui

; la présidence de It.

99 mars un discours qui fit impressioE sur le Comité. Il connaissait Dumouriez, il l'estimait et ne croyait pas ' qu'un homoae s sauveur de la France dans l'Argouoe, ' vainqueur à Jemappes et ea Hollande », pût être déloyal J et perfide. Il représentait daus la commission le parti 1 modéré; car, tout indépendant qu'il était et bien qu'il i ne reconnût pour guide que sa conscience, il incl vers la Gironde ; il avait voté le bannissement de Louis XVI, l'appel au peuple, le sursis ; il voulait que Uarat fût espulsô de la Convention el soumis à un exa~ men médical. Aussi l'extrême gauclie accueillit-elle soa , nom par des murmures, et Marie-Joseph Chénier proposa de remplacer Lamarque et Uancal par Bréard et Dubois-Crancê '. La Convention accepta les commissaires que demandait le Comité. Elle se contenta de leur adjoindre Carnol, membre du comité de la guerre : Carnot iuspeclatt alors les places fortes de la fronlîÈre on le savait à Lille. Les cinq commissaires devaient se rendre aussitôt à l'armée de Dumouriez; ils avaient pouvoir de suspendre et de faire arrêter les généraux et officiers, quels qu'ils fussent, les fonctionnaires publics, les citoyens qui paraissaient suspects, et de mettre les scellés sur leurs papiers; ils n'agiraient qu'au nombre de quatre. Les anciens commissaires, Delacroix, Gossuin, Merlin de Douai, Robert', reviendraient à Paris pour donner de vive voix à la Convention les venseigne-. , meuls qu'ils avaient acquis sur l'état de l'armée et des frontières. Le ministre des affaires étrangères. Le Brun,

ConveDlioa 1B2 voix contra 203 danaéea à Bréard et que 124 suFi tiagea l'avaient ommé aecrélaire.

' Le Comité nvait d'abord arrSté de proposer Bréanl. (M&go, B3t~ cof, 116. Cf. 26i et 273.]

' Tteilliard avait obtenu un congé.

f au

LA TKADISON DK DL'UOURIKZ

aurait, pendant l'abseDCC de Beurnonville, la biguaSI du déparlemeot de la guerre.

Le même jour, à huit heures du soir, Beuriionvill^] les commissaires couraieut en chaise de poste sutj ïoule de Flandre. Le secrétaire de la commission i Foucaud, secrélaire des archives nationales. Quatre p sonnes accompagnaient le rainislro de la guerre : Ue^l aoire, son aide-de-camp, capitaine au 8^ régiment de hus&ards; Villemur, son secrétaire; Marchand, son piqueur ; Constant Laboureau, domestique de Mcnoire. Beurnonville voulut emmener nu de ses chefs de division, Miot, le futur comte de Mélito ; n mais, dit Miol, la nécessité de conserver un employé de confiance, le décida à me laisser à Paris; j'aurais partagé sans dotile sa longue captivité ■ '.

IL Camus et ses collègues avaient résolu d'aller, san» s'arrêter, jusqu'à Lille. Ils rencontrèrent, dans la mali-i ' irée du 31 mars, le courrier Languet qui portait un» lettre de Diimouriez au ministre de la guerre. Ils lurent cette lettre datée du 29 mars. Le général déclarait qu'il sa défendrait avec autant do vigueur contre les ennemis •lu dedans que contre les ennemis dti dehors, et que tout:

, en empêchant riiivasion étrangère, il rendrait à la parité saine et opprimée de la ConTention sa force et son aulo-

, .rite. On le mandait k Lille; mais il regardait sa lètS' comme trop précieuse pour la livrer à un tribunal arbitraire ; il ne serait pas, comme un agneau, victime des mal veillants ; il ne se laisserait pas écraser par de vils assassina. « J'ai déjà joué plus d'une fois le rôle de Decius en me jetant dans les bataillons ennemis ; je ne

i, Jilam., I, 33.

LA TBAHISON

ouerai pas celui de Curlius en me jetant dans un i gouffre. " Il donnait d'impérieux conseils : point de J clameurs, ni de poiguords, ni de piques; mais un plai sage; • négociez puisque vous n'avez pas la faculté de TOUS battre n. Duraouriez avait joint à sa lettre une proclamation aux départemenis du Nord et du Pas-de- Calais ; il jurait à ces départements de couvrir leur ■ fronlière, de défendre leurs places-fortes avec les braves ' soldats qui lui restaient et de combattre à la fois le despotisme et l'anarchie, ce e monslra bien plus dangereux que les ennemis extérieurs > '.

Les commissaires retinrent le courrier Languet et l'emmenèrent avec eux pour le renvoyer à Paris dès qu'ils auraient exécuté le décret do l'assemblée. Ils arrivèrent à Roye vers midi ; ils y trouvèrent plusieurs commissaires nationaux et leur co!lf!gue Treilhard qui a appuyèrent les griefs contre Dumouriez, mais ne parurent instruits d'aucun nouveau détail » '. Plus loin, k Péronno, un second courrier du général remit à Beurnonville une dépêche datée du 30 mars. Comme les lettres précédentes, elle no contenait que plaintes et I menaces. L'armée et les places manquaient de tout. Les ennemis s'avançaient lentement parce qu'il.s préparaient leurs magasins et traversaient un pays mangé; mais ils étaient sur la frontière. Quant à Dumouriez, il craignait d'être poussé à bout par les a atrocités » que les Jacobins se permettaient contre lui ; mais il soutiendrait tous les articles da sa lettre du 13 mars ; un Cambon, uu Robespierre ne perdraient point par des sophismes orgueilleux un homme qui avait sauvé la patrie et qui la

» Afon., 3 avril 1793, et pro'-la», ' Rapport de Camus, 16.

. (i. GJ.

ivcrait encore. Il n'accusait pas la ConveuLÎOQ i excès de quelques-uns de ses ineœbres; tyranaisée p les IrîliuDes et réduite au silence, elle succomliait so une minorité violeute. Mais pourquoi ne voulait-elle i se prononcer contre un ?ystème de sang et de crimes Verrait-on les Français périr, comme les Juifs de Jérus lem, en s'égorgeanl les uns les autres? Ne pouvait-< remédier à ces maux affreux par une fermeté sage une froide prudence, au lieu de <■, tout braver, sans rie calculer, avec une aveugle frénésie » ?

Les lettres de Dumouriez déterminèrent les comml saires à hàier leur marche. Ils coururent toute 1 ei ne s'arrêtèrent à Douai que pour relayer. Mais produit un retard. Les chevaux de la poste, sortis avi| la fermeture des portes, n'ont pu renlrer dans la vIU Beurnonville fit atteler aux voitures des chevaux d'J tillerie.

Le lundi i" avril, à huit heures et demie du malin, ministre de la guerre et les députés arrivaient à Lill CaruDt était parti la veille pour Arras. Ils ne l'altea dirent pas et lui mandèrent de se rendre à Douai. Carnot était resté à Lille un jour de plus, il accompq gnail ses collègues et se faisait prendre par les Aulri chiens. Un hasard sauva de la captivité le futur organl sateur de la victoire.

Delacroix, Gossuin, Merlin, Roliert étaient encore Lille. Le décret qui les rappelait leur causa quelque dâ plaisir ; il semblait, dit l'un d'eux, laisser de la défaveu sur leur compte. Ils lurent à leurs collègues la note d Goguet et leur montrèrent la série de questions qu'il avaient préparée pour interroger Dumouriez. n Si i'oi m'avait écoulé, s'écriait Delacroix, nous serions allés d^ hier à Saint-Amand ; j'aurais moi-môme ariôlé le gén^

rai et tous l'aurais amené 1 ° Mais la missioa de Delacroix élail lÎQie, et le soir même il prenait avec aes collègues te chemin de Paris. Le H avril il moulait à la tribune de la Convention et faisait sou rapport '. e Nous regrettons, dit-il, que notre mission n'ait pas duré vjuglquatra heures de plus ; vous auriez aujourd'hui à voira barre Dumouriez mort ou vif! »

Duval commandait à Lille. Les commissaires lui révélèrent l'objet de leur voyage et lui offrirent le commandement. Mais Duval était malade et se défiait de luimême; " mes forces physiques, répondit-il, ne me permettent pas de me charger d'une telle responsabihté dans une circonstance où il faut à la République des généraux qui réunissent à la confiance les moyens de la justifier' û.

Les commissaires prirent, pour se rendre à Saint- Amand, la route d'Orchies. Duval leur avait fourni, sur l'ordre de Beurnonville, une escorte de 100 chasseurs à cheval du 13° régiraeut. Le colonel de ce régiment était le fameux Saint-Georges. Le lieutenant-colonel, Alexandre Dumas, est moins connu, quoiqu'il ait commandé en chef l'armée des Alpes ; mais son fils et son petit-fils ont illustré son nom dans le roman et dans le diame. Saint- Georges et Dumas avaient obtenu la permission de conduire eux-mêmes leurs chasseurs et d'accompagner le ministre de la guerre.

Hais à Orchies, les chevaux des chasseurs, épuisés par une course de huit lieues, sont hors d'état d'avancer. Seurnonville demande à Miac^ynski 100 cavaliers de la

' ■ Avec beaucoup declarlë et de chaleur ■, Chronique de Paris, •Duval à Le Brun, 4 avril 1793 [K. G.); journ. des Jambios,

^^H légion de

^^^ heure se I >i pas. Gain

LA TRAHISON DE DCMOUBlliZ

des Ardenues. Mioczi'nski se reod auprès.!

ires et leur < fait mille courheltes «. Une dtti heure se passe et les cavaliers d'escorte ne p pas. Camus et ses collègues se fâchent; ils r Miaczynslvi, lui font la leçon, lui rappellent son i d'Aix-la-Chapelle; « voilà la cause de dos revers ; ainsi que les ennemis profitent do la lenteur t mouvements pour envahir notre territoire o. Le PoloJ s'échauffe, s'irrite : = Je n'entends rien, dit-il, â politique, mais je sais me iattre et je vous le ferai v Camus le prie de se taire ; Miaczynski s'éloigne en férant de sourdes menaces ; e c'est affreux de n rendre justice aux braves gens; on regrettera dvÊ traiter ainsi ' I •

La nuit lorahail lorsque les commissaires entrèrta Saint-Amand. Ils avaient renvoyé leur escorte. Pou] la garder avec eus ? Si Dumouriez obéissaii, était inutile ; s'il refusait de se soumettre, elle ne p rait les défeodre. Ils aimèrent mieux se présenter s sans autre arme que le décret de la Convontion.

Ils eurent néanmoins une escorte. Près de Thôld Lion d'Or, a l'angle des rues dOrchies et de Tour^ 30 hussards de Berchioy se rangèrent silencieusena autour des voitures, k Qui èles-vous?» demanda Caq — B Une garde d'honneur envoyée par le général 3 mouriez. » Les voitures s'engagent sur la roule c Croisette et s'arrêtent bientôt devant le Petil-Ghâte Le régimealde Berchiny ^tait rangé eu bataille dam

n-l da Cornus, 2i-23. eL .i^poEilion de Collin m procès do Miai'zïnski. Cf. pour tnut ce qui e Camus, les Min. de Dumouriez el sa .SiT^ai

LA TBABIBON <ïi

Dumourlez sorlait de lable, mais il avait appris l'arrivèe des commissaires par des eslafeUes veiiues de PonLà-SJarcq et de,Saint-Araand. Il les reçut au milieu de soû élat-major, La salle élait remplie d'oflîciers; ou y voyait les deux Trères Thouvenot, de Bannes, NordmaoD, Leclalr, Lescuyer, les aides-de-camp Devaus, Eomme, RainviUe, de Nyss, Baptiste Renard, les demoiselles Fernlg, îe premier médecin Menuret.

Le général embrassa BeurnoDVille, salua Camus et se fit nommer les trois autres députés qu'il ne connaissait pas. Il ne parla pas à Lamarque, mais il félicita Boncal et Quinette de leur modération. Beurnonville lui annonça que les commissaires venaient lui notifier un décret de la Convention. « Apparemment, dit Dumouriez en regardant Camus, vous venez m'arrèter? n Camus ne repondit pas, et il allait commencer la lecture du décret lorsque Beurnonville remarqua qu'on ferait bien de passer dans le cabinet du général. Dumouriez répliqua que ses actions n'avaient jamais redouté le grand jour, qu'un décret rendu par 700 personnes n'était pas un mystère et que ses officiers, ses camarades pouvaient tout voir et tout entendre. Cependant, sur les instances de Beurnonville, il consentit à passer dans son cabinet. Valence seul le suivit. Mais les officiers de félat-raajor ne voulaient pas perdre de vue leur général et empêchèrent que la porte du cabinet fût fermée.

Dumouriez lut le décret que lui présenlail Camus, t Ce décret, dit-il, me semble déplacé. L'armée est désorganisée, méconienle ; je m'occupe à la remettre en ordre. Puis-je la quitter dans cet élat et l'ahandonner à nue dissolution totale ? Lorsque je l'aurai rétablie et ralTermie, je rendrai compte de ma conduite, et l'on jugera si je dois me présenter à la barre. Vous êtes sur

1 TBAHISO!^ DB DUUOUBIEZ

les lieux: voyez ce que voua devez faire. Je lis dfU décret que voua avez pouvoir lie me suspendre deJ foDCtioDS. La CoDveutioD qui vous a choisis poufS missioD si délicate, compte doue sur votre prudeoe^] laot que sur voire l'ermelé.

— Général, répondit Camus, nous ne pouvons coifl ser avec notre devoir.

— Songez à la responsabilité que vous assumez, si 1 vous me suspendez de mes fouctinns. Acceptez plulûl ma démission que je vous al si souvent offerte depuis j trois mois.

— Nous n'avons pas pouvoir d'accepter votre démission, et, d'ailleurs, que ferez-vous après l'avoir donnée ?

— Co qui me conviendra. Mais je déclare sai tour que je ne me rendrai pas à Paris pour être con-

p.flBmnc par le tribunal révolutionoaiie.

- Vous ne reconnaissea pas ce triliunal ?

— Non, je ne le reconnais pas. Jamais je ne me sou- [■ineltrai à ce tribunal barbare et je ferai tout pour en l délivrer mes compatiiotes; il est l'opprobre dune nation \ libre. «

Les collègues de Camus s'entremirent. Pourquoi Duriez n'irait-il pas à Paris? La ville était tranquille. i II n'avait rieu à craindre : il paraîtrait à la barre de la I Conveution, et non devant le tribunal révolutionnaire; il [ ferait taire la calomnie.

— ce Je connais Paris aussi bien que vous, répartit I Bumouriez; j'y ai passé le mois de janvier, et la ville (ne s'est pas calmée, surtout après nos derniers revers. Ije sais que la Convention est dominée par Marat, par I les Jacobins, par les tribunes, et qu'elle ne pourrait me ■ lettre à l'abri de leurs fureurs. Du reste, si je m'abais^

sais à paraître devant l'assemblée, ma contenance seule aaffirait à me condamner, s

— Je vous accompagnerai, s'écria Quinette, je vous couvrirai de mon corps, je vous ramènerai ■, et il jurait de braver tous les daogers pour sauver le général.

— n Je réponds sur ma lÈte, ajoutait Lamarque, de la sùrelé de votre personne. »

— a Mais, objecta Dumouriez. irais-je seulement jusqu'à Paris? On m'égorgerail en chemin. Des assassins sont aposlés en échelons sur !a route. J'ai appris de vos propres gens qu'on a mis à Roye, à Gournay, à Senlis, des hussards et des dragons de la République pour se défaire de moi. s

Bancal se mit à citer les exemples d'obéissance et d'abnégatiou qu'avaient donnés les généraux grecs et romains. " M. Bancal, dit Dumouriez, nous nous méprenoDS toujours sur nos citations et noua déBgurons l'histoire ancienne. Les Romains n'ont pas tué Tarquin ; ils avaient une république bien régléo et d'excellentes lois. Nous, nous sommes dans un temps d'anarchie. Des tigres désirent ma léte, je ne veux pas la leur donner, et je puis faire cet aveu sans craindre d'être soupçonné de faiblesse. »

Camus reprit la parole, et d'un Ion ferme : « Bref, vous ne voulez pas obéir au décret de la Convention. »

— ■ Je vous ai dit mes motifs », et Dumouriez pressa les députés de ne pas en venir aux extrémités; il les pria de retourner à Lille ; s'il se séparait de son armée, répétait-il, elle se débanderait entièrement,

— « Je vous remplacerai «, interrompit BeurnonviUe, loujours outrecuidant, eetje vous assure que l'ennemi n'envahira pas le territoire; je connais la frontière, et, tant que j'ai commandé dans ce pays, elle n'a jamais

' éU

174 LA THAHISOH DE DUUOURiaZ

isultée; j"ai coatenu 50,000 Autrichiens avec 3,M0 hommes. >

"Dumouriez éclata de rire : i Tous êtes venu me soaffler mon commandement ! u

BeurQonviUe so rÉcria ; il n'avait accepté le ministre que par pure obéissance, pour mettre les armées en étal de faire la campagne; soq poste était sur les bordsds l la Moselle; son armée l'attendait et il n'avait d'autre désir que de la rejoindre.

« Général, dit alors un des députés, votre désobéissance perd la République. Uu État ne peut subsister lorsqu'un particulier s'élève au-dessus des lois. Voulezvous imiter Lafayette que vous avez hautement condamné? Vous êtes chéri dos Français. Serez-vous l'objel de leur mépris el de leur haiue? »

— a Le sort de la République, répondit Dumouriez, ne 'dépend pas d'un homme, et Cambon vous l'a dit. Du 'teste, la République n'existe pas. C'est Marai, c'est le club des Jacobins, et non Dumouriez, qui s'élèvent audessus des lois. Je ne cherche pas à éluder un jugement. Que la nation ait un gouvernement soliJe, et je demanderai moi-même un tribunal. Mais, à cette heure, c» serait un acte de démence ; je désobéis, mais je ne déso- 'béis qu'à la tyrannie. »

Le temps s'écoulait, huit heures allaient sonner, elles coniniissaires voulaient renvoyer aussitôt à Paris le courrier Languet, pour annoncer à leurs eollÈgues dans 'la séance du mercredi matin l'exécution du décret. Sur un signe do Camus, ils saluèrent le général et passèrent dans une autre chambre slin de délibérer. Dumouriez Testait avec Beurnonville qui répondait de sa personne. Il s'ellorça de le convertir : •' Restez à l'armée, lui disait- Il, et reprenez le commandement de lavant-garde ; r«p-

pelez-vous lout ce que vous avez Bouirerl des aaarchisleâ \ n'ètes-vous pas «ue victime désignée de MaraL? — Quoi qu'il arrive, répondit Bouroonïille, je mourrai à mon posle, et sans Irahir ma patrie. Ma situation est horrible; je vois que vous êtes décidé, que vous allez prendre un parti désespéré ; ce que je vous demande en grâce, c'est de me faire subir le même sort qu'aux députés. ■- N'en doutez pas, et je crois par là vous rendre service ' . »

Dumouriez, Beuruonville et Yaleoce renlrèrent dans la salle commune. Les officiers de l'élal-major attendaient impatiemment le résultat de ta conférence; ils ignoraient ce que ferait Dumouriez ; mais s'il se laissait mener à Paris, ils étaient résolus à le retenir, fût-ce par la violence. Dumouriez s'approcha de Menurel et lui dit gaiement : » Eh bien, docteur, quel topique conseillezvous de mettre sur cette plaie? — Le même, répondit Menurel, que l'an passé, au camp de Maulde, un peu de désobéissance, s

Les députés revinrent au bout d'une heure et inTormèrent BcurnonviUe de leurs dispositions. Puis Camus, prenant le pas sur ses collègues, s'avança vers Dumouriez qui s'adossait à la cheminée, la tête haute et le sourire aux lèvres. Un silence profond régnait tlaus la salle. « Citoyen général, vous connaissez le décret de la Convention qui vous ordonne de vous rendre à sa barref voulez-vous l'exécuter?

— Kon.

— Vous désobéissez à la loi.

1 Duinourici un croyait pas ei bien rlire ; eeloa Ib mol de Beouiiou lur Camus (IV, 149), BeuraouTÎtlo • doit sa conservatioa à bod £É-r Jour dsns ]es prisons de l'Aulriche • ; il davial amliBasadeur à Berlia, U defiut comte, il dcviot marijuis, il devint mBrëchal de Franco.

— Je suis nécessaire à mon armée.

— Par celte désobéissance voua voua rendez coupable.

— Ensuite I

— Aux termes du décret aous mêlions les scellés sur vos pupiera.

— Je ne le souffrirai pas. ' Un murmure d'indigns lion se St entendre parmi les

orficiers. « Dites-moi, reprend Camus, les noms de « geus-là.

— Ils le diront eux-mêmes », et les officiers se non ment : « Je m'appelle Devaux. » — "Je m'appelle d Nyss, » Dumouriez, railleur, ironique, présente à Camus les demoiselles Fernig : c Voici les demoiselles Fernig; pouvez-vous douter de leur civisme ? h

— B C'est afTreux I », s'écde une des jeunes filles.

— « Assez, dit Camus, co serait trop long ; que loua me donnent leur portefeuille. Quant à vous, général, au nom de la nation et de la loi, nous vous suspendons de vos fonctions. »

Les officiers protestent. Suspendre leur général, suspendre Dumouriez, leur jière, qui les menait à la victoirel Dumouriez les arrêta d'un geste : o C'est trop fort,et cette scëoe doit finir. Lieutenant, appelez tes hussards. • La porte s'ouvre ; des hussards entrent et entourent les commissaires, a Arrêtez ces hommes, leur dit Dumouriez en allemand, mais sans leur faire de mat d, et touchant le bras de Beurnonville, * mon cher Beurnonviile, vous êtes arrêté aussi, mais vous garderez vos armes. Messieurs, vous me servirez d'otages. » Beurnouville se débat et veut donner des ordres aux hussards qui no l'écoulent pas. Camus s'avance vers Dumouriez : « Général, vous perdez la République! » ^ « C'est plutôt vous, vieillard inseusél » Les quatre députés, le ministre,

Menoire , Villemur, Foucaud sont entraînés dans la chambre voisine.

Au bout de deux heures, l'aide-de-camp de Nyss avertit les prisonniers de se tenir prêts à partir. « Qui donne cet ordre? » demande Camus. — m Le général Dumouriez. a — a Dumouriez est suspendu de ses fonctions, n De Nyss hausse les épaules. Mais Camus iûsisle, exige un ordre écrit. De Nyss sort, puis revient : ■ Le général Dumouriez a dit qu'un ordre écrit n'était pas nécessaire, qu'un ordre verbal sufGsait, qu'au besoin on emploierait la force. » BeurnonviUe déclare qu'il ne bougera pas, s'il ne sait où on le mène, et il porte la main à son épée; raais les hussards se jettent sur lui. On propose à Menoire, à Villemur, ù Foucaud de les laisser libres; tous trois répondent qu'ils veulent partager le sort des commissaires et du ministre. On fait entrer les prisonniers dans les deux voitures qui les ont transportés de Paris à Saint-.lmand, et Ton se met en marche. Ils croyaient que Dumouriez les envoyait à Valeociennes. Mais au bout de quelques heures d'un trajet extrêmement lent dans des chemins boueux, les voitures débouchent sur une grande route, Heuruouville la reconnaît; c'est la route Je Belgique. Il saute à terre, et, suivi de Menoire, s'élance sur Rainville qui commande l'escorte. L'aide-de-camp pousse un cri ; les hussards accourent, entraînent Bournanville et Menoire, leur donnent des coups de sabre; le ministre, blessé à la cuisse, remonte en voiture. Au jour, les prisonniers se voient au milieu des patrouilles autrichiennes, et des dragons de La Tour relèvent les hussards de Berchiny. Dumouriez envoyait Camus et ses compagnons à Tournai. « Je vous adresse, écrivait-il à Clerfayt, quatre députés de la Convention nationale qui sont venus de la part

de cette assemblée tyrannique pour m'arrêter et me conduire à la barre. Leur projet, ou du moins celui de leurs commettantiî, était de me faire assassiner à Paris. » II priait Clcrfayt de les remettre au prince de Cobourg qui les garderait comme otages; lui-même allait « empêcher les crimes de Paris » et comptait, pendant sou expédition, sur la trêve promise. Clerfayt renvoya les prisonniers à Cobourg qui refusa de les voir. Mais le colonel Mack se rendit auprès d'eux et leur ordonna d'informer la Convention qu'ils paieraient de leur tête tout attentat contre Marie-Antoinette et le dauphin. « Je n'ai rien à conseillera mes collègues, dit Camus, je suis prisonnier, et je ne m'appartiens plus. » Mack le menaça: a Votre tète n'est pas solide sur vos épaules. » Les députés répondirent qu'ils ne craignaient pas la mort; s'engager dans la Révolution et siéger à la Convention nationale, n'était-ce pas accepter d'avance les plus grands périls ? Mack leur permit d'écrire. Aucun d'eux n'écrivit à l'assemblée. Seul, Beurnonville manda cette « étrange aventure » à ses collègues du Conseil exécutif en les assurant qu'il restait « ferme dans ses principes ». Les prisonniers furent transférés à Maestricht, puis à la citadelle d'Ehreubreitstein, enfin en Bohême et en Moravie : Camus, Villemur et Menoire à Konigsgratz, Laraarque, Quinette et Foucaud au Spielberg, Bancal et Betirnonville à Olmiilz. Ils devaient être échangés le 25 décembre 47&5- contre la dauphine.

III. Dumouriez s'était hâté d'informer ses soldats de l'événement. A onze heures du soir, il rédigeait une proclamation, a II est temps, disait-il, que l'armée émette son vœu, purge la France des assassins et des agitateurs, rende à notre malheureuse patrie le repos

LA. TBAHISON

qu'elle a perdu par les crimes de ses ropréacnlonia est temps d'à reprendre iioe constitution que nous avons jurée trois ans de suite, une constitution qui nous donnait la liberté et qui peut seule nous garantir de la licence et de l'anarchie. » Quelques heures plus tard, il ajoutait un supplément à telle proclamation : lieux fois 11 avait sauvé la France à la tôle de sa brave année, qu'il venait de ramener sur la frontière par une relraila savante; il voulait rendra encore do plus grands services à la patrie; mais les soldats devaient a faire connaître franchement leur opinion à la France ontière' «.

Il écrivait en même temps aux administrateurs du Nord. Il leur exposait la situation du pays : la tyrannie, les assassinats, les crimes ctait'nl à leur comble, et l'anarchie dévorait la France qui subissait, sous le nom sacré de liberté, un insupportable esclavage. Mais il ollait marcher sur Paris et prodamer cette constitution de 1791 qui donnait au pays un gouveruemeat stable. H rappelait qu'il était né dans le déparloment du Nord et qu'il l'avait délivré des ennemis ; il aspirait â devenir lo libérateur de la Franco eiHière, et il jurait de ijuitter toute fonction publique dès qu'il aurait sauvé sa pairie '.

Mais il ne sufGsait pas de lancwr des proclamations. Avant de s'engager sur la route de Paris, Dumouriez devait s'assurer des trois forteresses de Lille, de Valencieunes, de Condë qui a lui éiaieut les plus nécessaires

■ Moa., s arril 1793, et A. G., nott qui sera lue deus. fais aux troupes assemblées (f avril].

' Mon., S avril 1733. Sa lellra n'eut d'aulre résultat que da Taîre conuaUra ses liesseins o Paris un Juiir plus tat. Dos <jua les aJunoistrateur> du Niidl qui sié^eaieat ù Douai, eureut ru<;u la lettre, Ua Tenvoybrent sur-le-cliamp aux commissaireB da la Comealion, Da- Ucroix, Gossuin, Marliu et Roheit, qui lu reçurcot au roule près d^ FéraDDB et la déposËrent le 3 avril sur U bureau ùs ruasemblée,

LA TRAHISON DE DUMOUBlfiZ

et sans lesquelles il ne pouvait faire aucuae demi d'éclat avec ulililé' >. II avait donné le commaadem de Condé à l'itti de ses lieuleaanls les plus dévoiiS Neuilly ; mais il savait qu'un commissaire de la Convei» lion, Bellegarde, se Irouvait à Valenciennes, que Caraot et Le:58ge-SeDault étaient à Lille, que des balaillous de nouvelle levée se rassemblaient dans ces deux places. Il résolut de s'en rendre maître par un coup de main; il chargea Lescnyer de prendre Valeaciennes et Miaczynski de s'emparer de Lille.

Lescuyer, grand prévôt de l'armée, avait trente ans de service dans la gendarmerie et s'était élevé péoiblemect de grade en grade*. Malade depuis quelques jours, il venait demander à Dumourieii un congé de convalescence. Le général lui répondit que les circoustancea étaient critiques, lui donna quatre hussards deBerchiny qui lui serviraient d'escorte, et lui confia la mission d'arrÈler Bellegarde a Valenciennes. Lescuyer, disail-il, exécuterait l'ordre avec la plus grande célérilé; il entrerail la nuit dans la ville, courrait chen Bellegarde avec ses hussards et l'emmènerait aussitôt dans sa voiture. Si Bellegarde fait des objections, Lescuyer lui dira que Dumou-

1 Dumoutiei, 3Iim., IV, 137.

* Lescuyer lenail d'alleindre la cmquaDt lieck, Corbech et Minden ; il était lieutena gendarmerie du Notd et il avait asEislé B

te déulBri

gjuâral de brigade à peuple de Bruxelles > et le presiuen ' , de Lescujer, majar-f^énéral de la <:

II, geodanaerie • véritable corps de Aulard, 1, 99, 136, 144; Procùs-te^ 4l Brvaetlti, 11 tnarsi, p. 7-8; Ltsi toj/exi, 2, 12.)

gratitude des rcpréseut

. 11 avait TU Hasteo-* □lonel et pcévGt da It ■ ombenlumont de LtlliF J DO m mère ut colonel • 11 devait son f^ade d

de Cl

■mblÈe

> da i

e belge, qui cammaudait i| :t ne philantbropeB . [Heu. ■ 4 in ni^aiiee des reprifs. prçj

Li TRAHISON <8t

riez veut conférer avec lui. Si Ferrand qui commande à / Valenciennes, s"Oppose au dépari de Bellegarde, Loscuyer , le rendra responsable. Quoi qu'il arrive, le commissaire doil ÔLre le 2 avril, à la petite poiule du jour, au quar- ; tier-général des bains de Saiot-Amand.

Le grand prévit obéit. Avant de monter en voilure, il ' alla prendre les instruclioas do Thouvenol. Il se préparait à partir lorsqu'il reuconlra Dumouriez. « Comment, lui du le général, vous èles encore ici. Hûlcz-vous et revenez aussitôt avec Bellegarde», et se tournant vers j les hussards: > Braves hussards, pas plus de grâce pour « celui-là que pour les autres ; vous m'en répondez, o

A deux heures de la nuit, Lescuyer arrivait à Valenciennes. Mais, au lieu de s'assurer aussitôt do la personne de Bellegarde, il laissa ses hussards sur le glacis el se rendit seul chez le général Ferrand. 11 rencontra sur sa roule le commissairc-ordounateur Beauvalion, grand ami de Dumouriez, et le pria de l'accompagner. Ferrand était couché. Lescuyer lui demanda l'adresse de Bellegarde, et brusquement: a Que peusez-vous de la situation? • Ferrand répondit qu'il peusait, comme à l'ordinaire, en hon républicain. — c< El vous, Beauvalion? » — 1 Moi, répondit Beauvalion en biiillant, je dors el je vais me coucher. • Il sortit, et Lescuyer. resté seul avec Ferrand, déclara qu'il avait ordre d'arrêter Bellegarde, a Pourquoi celui-là, et uon les autres? n — « Gomment, les autres? » — « Mais Cochon et Lequinio qui viennent d'arriver'. i — n Oii logent-ils? .i — u. Chez la veuve Piseaux. »

Lescuyer prit congé de Ferrand et manda sur-le-champ

' Bolleparde élait vanu par Landrecies; Cochoa el Laquînio liaient passé par Uiubeufje [Sapptri ds Lequinio, G).

Dumouriez qu'il arrèlerait trois représentonts, au lieu d'un. Mais, ajoulait-il, il ne pouvait se saisir des trois commissaires dans Valecciennes môrae, au milieu d'une po[iulaiion qu'il supposait hostile; il euetterait le moment où les dcpuliis sortiraient de la ville; il se jetterait sur eux avec ses quatre hussards el les gendarmes nationaux que lui fournirait le commandant de Vuleneienues. La lettre écrite, Lescuyer vint la lire à Ferrand.

Mais Ferrand avait réfléchi et, selou sa propre expression, il usa de feînlise. S'il approuva le grand prévâl, s'il promit da lui fournir des gendarmes nationaux, s'il fit ouvrir les portes de la vil le à l'ordonnance qui portait à Salnt-Amond la lettre de Lescuyer, il enjoignit au maître de poste de no donner de chevaux à personne, pas mÈma aux députés, sans sa permission expresse, et son aide-de-csmp Gaspard alla dire aux commiâsaûes qu'ils auraient tort de quitter la viik'.

A huit heures du malin, Lescuyer revint chez Ferrand. Il avait reyu la réponse do Dumouriez. Le général ea chef l'informait que Neuilly se rendait à Valeocienncs avec des « forces supérieures s et qu'une fois, ce secours arrivé, ii ne falluii plus Miller. Ferrand, désormais à couvert, donne aussitôt à Lescuyer un détacliemcut de getidarmerie natiounlc chargé d'exécuter les ordres de Dumouriez. Mais les comaiissaires ont déjà requis ua batoilloQ de volontaires de la CharKute qui veille aux abords de leur auberge. Keuilly ne se montre pos, La nouvelle de l'arrestation da Camus et de ses collègues 86 répand dans la ville. Des groupes se forment sur la place. " Les esprits, dit Lescuyer, sont dans uue fermentation étonnante, el la ville regorge de monde aux écoules. B II interroge auxieusemeut Ferrand et le commandant temporaire-, il se délie de la gendarmerie us-

lionale, ernial de i soulever le peuple », de provoquer uni " scêue terrible •>, et, dans celta incerliludi demande à Dumouriez de nouveaux ordres '.

La journée se passait. Ferrand étail sur que la populatioa eL lu garoison de Valencieaues preadroieut parti coalre le général. Il raconte aus commissaires ce qu'il sait; il leur apprend que l'imprimeur l'riguet vient d'envoyer de Saiut-Aïuaod à son atelier de Valencieunes une copie île la proclamation de Dumouriez. Aussiiùt les représentants, accompagnés de Ferrand, se rendent chez Prignet; ils saisissent les exemplaires de la proclamation qui sortaient de la presse; ils font mettre les planches sous le scellé et dresser procès-verbal par le juge de paix. Puis ils courent aux casernes, haranguent les soldats à la lueur des Hambeaux et prononcent devant chaque bataillon, au nom du peuple et de la Convention, la suspension de Dumouriez. ■ Il a désobéi an ministre de la guerre, son supérieur, et l'a fait arrêter ; il a arrêté quatre représentants de la nation; il ne peut plus commander. Soyez atlacliés a la République; Dumouriez, comme Lafayette et Crorawell, comme tous les premiers rois, veut s'établir un trûne ; abhorrez tous les tyrans; rucounaissez vos représeutauts, vos frères et vos amis^. "

A. ce moment, arrive Neuilly, escorté de deux régiments de cavalerie et suivi à quelque distance par trois bataillons d'infanterie. Il entre dans la ville, se rend au logis du gouverneur, y trouve les commissaires revenus

l'il é'

à Uiin

it C/ofJMf (A. N. AF. 11,23:;).

18i LA TRAHISON DE DUUOUBIEZ

e leur tournée ; « nous lûmes dans ses yeus, dit LequI- DÎo, et suspectâmes ses inleûtions; il veuail s'emparer de Valendennes et sonder Ferrand ». Ils ii'osèrenl l'arrêter. Mais ils ordonnèrent de fermer les portes da II ville; les troupes de Neuîlly, infanterie et cavalerie, passeraient la nuit hors des murs, sur le glacis et dans les villages des environs. Ces mesures prises, ils mandèrent NeuUly pour l'inLerroger et s'assurer de sa personne. Il s'était échappé avec ses escadrons. Mais peulètre avait-il rejoint Dumouriez; peut-être le « Irailre » élail-il au milieu des troupes quibivaquaieut ou dehors; sur l'ordre des commissaires, un gendarme, muui d'une lanterne, sortit par la porie opposée et, faisant un grand tour, alla Qoti&er aux régiments la destitution de Dumouriez.

Lescuyer était resté dans la place au lieu de suivre Neuilly. Mais il comptait sur le silence de Ferrand. II parait avec assurance devant les commissaires; il leur remet l'ordre d'arrestation de Bellegarde el affirme qu'il ne voulait pas l'exécuter; puis il prèle serment, rassemble les gendarmes et leur lit la proclamation qui défend aux troupes d'obéir à Dumouriez'.

IV. La tentative de Dunaouriez sur Lille échouait presque à la même heure, el devait échouer. Il avait des

' Rapport de Lequinio, 6-8; les commissaire» à U CouïenlioB, 8 aviil 1793; Lescuyer bu minÎEtre, 13 avril (A. G.). *Ii n'est pu da Bingerie pBtriolicjue, disBicDt les oommisEaires, qu'il n'sit faite, et de preuve d'hjpocibie qu'il n'ait donnée. > Lescuyer prélendit vainement qu'il n'obéiSBait à Dumouriez que pour ne pas laisser > toinb« l'ordre dans d'autres mains ■, qu'à son arrivée à Valendeanes une

l.A TitAHISOS (85

Byiïipalhies dans la ville, et lorsque courut 1b bruit qu'il abondonnail le comniaademetit, les bourgeois disaient tout haut qu'il était le seul qui pût les sauver. « La sHualion, écrivait uq commissaire national, est inquiétante; le peuple, à moitié gagné; la muDicipalilé, faible »; il ne voyait à Lille que « des amis de Dmnou- Tiez sous toutes les formes s. Mais trois hommes refuseraient sûremecl de seconder le général: Duval, le commandant temporaire Lavalette et le procureursyndic Sla. DuTal était Adèle â ses serments, et si l'âge et la maladie Irabissaient ses forces, Lavalette et Sla, ■ tous deux ennemis persouaels de Dumouriez et Jacobins ardents, surent agir avec vigueur. C'est Lavalette, dit ua témoin, « qui a fait â peu près tout n ; Sta, rapporte un autre, n a pris des mesures très fermes el intimidé les royalistes » '.

Miaczynski, que Dumouriez avait chargé d'entrer à Lille, devait s'entendre avec Duval. arrêter Carnot et Lesage-Seuault qui seraieal livrés aux AuPrichiens, proclamer la Constitution de 17D1, puis se saisir de Douai, emprisonner Moreton et confier la place à d'Hangesl, sa rendre ensuite à Cambrai et y prendre le commandement en annonçant aux habitants que leur compatriote Dumouriez voulait n rétablir l'ordre et les tirer de l'inlâme tyrannie des Robespierre et des Marat b, enfin dépêcher a Péronne une avant-garde de 300 à 400 hommes '.

Dumouriez envoya ses instructions à Miaczynski par r Laoguet qu'il avait souvent employé, > Vous

' Beauforl i Dumouriei, 2 avril (A. G.) ; DesParReB-Beaunii & La Brun. S avril (A. E.) ; et. aussi deui kllrcs da Vaiiker. 7 avril, et sur DuvbI, Valnii/, 130, Jemejijm, 89, 228; sur Lavaluilu lI Sla, Jeaapftt, 192, 217, U6.

» A, N. W. 271. 31, pièce 67.-

n'allez pas me quiller, lui disait-ii, pour des geni veulent perdre la France, n Mais Lauguet s'égara

^mblaul de s'égarer, el n'alteignil Oruliies qu'à heures du maliû. Miaczjuski avaiL offert un déji aus. officiers de chasseur^: qui, la veilla au soir, laieuL le miuislra de la guerre, et ses liâtes allaîei mettre en selle. Il suivit le courrier dans uae chai écartée, puis revint, et jetant sur la lable la letti Duniouriez : a Le général eu chef, dit-il impruderai 8 fait arrêter le ministre «t les commissaires de venlion et m'ordonne d'aller à Lille ; voilà comme j' à marcher, el ces ordres-là serout exécutés à la li Saint-Georges, tu viendras avec moi, et vous, messit vous serez des nôtres ! a Mais Saint-Georges et D( lui répondent qu'ils sont aus ordres de Duval, quittent sur-lo-cham p.

Miaczynski comprit trop lard qu'il eût mieux se taire. Mais il avait le temps de réparer sa et lorsque Saint-Georges lui cria qu'il avertirait Duval el les administraleurs de Lille, « je vous suis, répliqua le Polouais, et je serai la aussitôt que vous ». Il mande à Dumouriez qu'il répond de sa troupe, qu'il exéculera ses ordres ou qu'il périra : « Je vous embrasse, dit-il en terminant sa lettre, et vous aime plus, si je puis, pour le parti vigoureux que vous avez pris', a II fait battre la générale. Une heure après avoir reçu le message de Languet, il était avec toute sa cavalerie sur la route de Lille.

Mais les chasseurs avaient l'avance; l'un d'eux, le capitaine CoUin, qui montait le meilleur cheval du régimeot,

' Encore une lellre qui fui Irouviie daus la rediogote da Dumouriei

partit ventre à terre et fit huit lieues en une heure

et ,

demie. Il courut chez Duval, lui annonça i'arrestalioD S des commissaires et l'arrivée prochaine de Miaczynski. ^ Duval refusait de le croire; mais Saint-Georges et Dumas suivaient Goliiii de près et coiifirmèrent son dire. Il était dis heures. Duval, Saint- Georges, Dumas se rendent à l'Hùtel-de-vilIe et là, devant le Directoire du district, le Conseil général de la commune et tous les chefs miiilaires, ils exposent ce qu'ils savent. Saint-Georges assure qu'il tient les faits de Miaczynski lui-môme et, comme pour démontrer la vérité de son récit, voilà qu'apparaît un témoin oculaire de la scène du Pelil- Château : le courrier Languet qui s'était fait donner un M cheval frais à la poste d'Orchies. Aussitôt Lavalette fl ordonne de fermer les portes : personne n'entrera dans v la place ; si des troupes se présentent, le général qui les. V commande et ses cavaliers d'escorto seront seuls intro- 9 duits et menés à l'Hôtel-de-ville. ■

A midi, MJaczynski, suivi da cent cavaliers, débouche ■ sur la place d'armes. Il entre seul à l'ilôtel-de-ville et M demande à Duval un eutrelien particulier. Mais Duval 9 lui dit qu'il a juré de ne faire aucune démarche à l'iusu fl des corps administratifs. Miaczynski so retirait déjà. On H l'entoure et lentraine dans la salle des séances. Le pré- '^Ê sidenl du dislricl l'iuterroge: Quelle est sa mission? H Quelles instructions a-l-il reçues do Dnmouriez? Miac- fl zynski répond qu'il n'a qu'un ordre verbal, apporté par H un aide-de-camp. ^

B Quel est cet ordre? |

— Me concerter avec le général Duval et me rendre à J Cambrai. J

— N'avez-vous qu'un ordre verbal 1 fl

— Je n'ai qu'un ordre verbal. H

Des [éaioins ont vu dans vos mains une leUreds Dumouriez. »

El le président montre les officiers de chasseurs, Saint- Georges, Dumas et Collia. e Si vous avez quelque chose à me'dire, s'écrie Dnval, parlez. » Mtaczynski se Lroubls. Déjà les assistants proposent de le fouiller. Il donne nt président qui la lit à haute voix, la lettre de Dumouriei , Aussitôt il est arrêté, désarmé, gardé à vue. Les administrateurs du district requièrent Duval, les chefs mililaires, les commissaires Malus ei Peiiljeau, de renouveler le serment de fidélité à la liberté, à l'égalité, à lu République, à la Convention nationale. Ils descendent sur la place et fout prèl«;r serment à toutes les troupes, même aux cavaliers de iliaczyuski. Lorsqu'ils renlreat en séance, le Polonais leur déclare qu'il n'avait d'autre dessein que de remettre à Duval la lettre de Dumouriez; il jure de servir la République de tout son pouvoir; il répond de ses bataillons. Les administrateurs accepleot ses excuses ; mais les 30O0 hommes qui l'attendent dans le faubourg de Paris, et les 3,ÛO0 autres qu'il a laissésà Orchies, devront se rendre au camp de la Madeleine, sous le canon de la place. Miaczynski consent à lout;il donne à Macdonald, colonel du 2^ régiment d'infanterie, le coramacdemeut du camp, et le prie d'assurer ses frères d'armes qu'il les ■ conduira contre tous ceux qui voudront s'ériger en dictateurs comme le traltn Dumouriez n.

Cependant Dumouriez, inquiet du silence de Miaczynski, envoyait à Lille daus la soirée du 2 avril l'aidede-coinp Perrault. Ce Perrault devait instruire Durai des événements de la veille, presser l'esccution des ordres donnés à Miaczynski, arrêter les administrateurs et les officiers qui feraient résistance, et les envoyer

Li. 1

ASrSON

■"BOUS bonne garde au quarlier de Saint-Amand. Il parlil ■ avec le courrier de la malle, mais il n'alla que jusqu'à ' Pont-à-Marcq ; il vil Je posie changé, il appriL l'arrestalion de Miaczynski, il n'osa pousser plus loin; H fui mÉme assez malavisé pour envoyer à Duval par le courrier de la malle les inslructioDS du général en chef.

Il fallait renoncer à Lille. Dumouriez tenta du moins de rappeler à lui les ii.OOO hommes qui campaient sur Is glacis de la place. Il confia l'entreprise à Philippe Devaus qu'il nomma marédiol de camp. Devaux quitta Saint- Amand le 4 avril de grand malin, gagna sans obstacle le faubourg de la Madeleine et ordonna au colonel du 6° dragons de se tenir prêt à partir durant la nuit. Macdonald était à Lille ; mais Devaux comptait sur lui ; tous deux avaient fait côte à c6te les campagnes de l'Argonne et de la Belgique dans i'élat-major de Dumouriez, et s'étaient liés d'une étroite amitié. Devaux, fatigué, se rendit au logement de Macdonald, se jeta tout babillé sur le lit et s'endormit profondément. Â buit heures du soir, la porte s'ouvre ; il s'éveille, il voit Macdonald et se jette dans ses bras. L'autre le repousse doucement : ■ Mon ami, lui dit-il, je ne sais ce qu'où te veut, n j'ai ordre de l'arrêter ', a

Lavalette avait chargé Macdonald d'appréhender Devaux. Il suspectait le civisme du jeune colonel ; • vous parlez, lui dit-il, de votre palriotistne; je veux bien vous

' L'ordre élaît ginsi conçu : • Les autorités civiles et inilîlnir<'9 ds Ib ïille de Lille ordouneut su oolonel Mot^don Devaux. Le conseil général. sDr des Eentimeob

UBcdouald eL de Ja troupe qui esl a ses ordres, est bïe» convaincu ijQO le colonel prendra Ions les moyens possibles pour l'aiiB arrêter le coIoqbI Uevaui el que dans aucun cas il a'adhÈrefa poinl aui proposilions ni aui ordres qui pourraient iui êlre donnés de la [latt du (;éDéral Dumouriez. • i avril i'm (A. G.].

mais ce soir môme vocs irez ea personi T de Devaux, » L'ai de- de-camp de Dumourii conduit à l'Hûlel-de-ville, iclerrogé, fouillé. On l sur lui l'ordre du général. « Connaissiez-vous sa^ son? n lui demanda Lavaletle. " Non, répondit I je suis officier el je ne sais qu'obéir aux ordij mnu clief. » Il fut envoyé à Paris et. comme Lescuj^ Miaczynslii, mourut sur réchafaud'.

V. Que se passait-il aux camps de Bruille > Maulde pendant qu'échouait le coup de main Leut^ Vûlenciennes et Lille par Lescuyer et Miaczyiiski?

Le lieutenant-général Koiières commandait prulj remenl le camp de Bruille'. Lorsqu'il reçut la motion du (" avril, il convoqua ses principau Quatre généraux de brigade et trois adj udants-géna assistaient a ce conseil de guerre. Les généraux £n le vieux Stetlenlioffen, Kermorïao qui comptait \ vint cinq ans de services», Chancel, \e géaéral Nesté

• Cf. sur Pliilidpe Dccaus Ja Vaiilrey. né à BrjicUes, li«i su ré(.'imcnt do liauuitz, démissionnairB en 17^17, Rcl. de Bn 131-132 et \fa.Jemappes,^ii, etplus haut a4,M-41 ; si Yatmy, 53-54 el Ki; un ageat écrtvail alora que . tu

flui compOSBiont le cunip . [13 avril 1793, A. G.) ; bu Valmy, 32 et 54. Ci'. a.isaL ToriiB.iï, Walloa. les âoïsiors d^M liyoski et de Devaux, A. N. W. 271, 31 et 36 [surtout la P^ \ faits qui se ioal panés à Lille le 3 asi-iV I7S3 et jour! tuivan hî71, 31, p. S) al la Mon. ila 6 avril 1793.

:r. i<ir tioBibres, Jemappej, 21, 90-92,208,2,11. Il éla-'t. ainBÎ ifvi ' rKetmorvBii, renlré dans l'armée iraoçaisti après Neerwinden el anit l »erïi à la division do gaucho (iïoja», Miranda, 134). !i fui nammé aandûnt de Dmiaî, puis suspendu parce que son ûls avait éminri, ) ilinuurutùParisealStlS. "

Cermorvan, suspendu en aotlt 1793, inourul ca 1S17. saaa avrir leparu dans les armées.

LA TPAUISON i

Spporteuail à l'armée depuis 1769', le Belgo Davaina qui, d'ua emploi daus les remonies, s'élail élevé grade de maréchal de camp'. Les trois adjudaQls-gé raux étaient les lieulenants-colonels Pioon, Pille et Ciiérin; PinoD, valet de chambre du roi et commondani de la seclioQ armée de 3a ToDlaïue-Montmartre'; Pille. lieuLeaanl-colonel du i" bataillon des volontaires de la Côie-d'Or, qui devait erre six semaines plus tard l'adjoint du niiaisire de la guerre, pais miDiitre, et sous VEmpiro, comte et inspecteur général aux revues; Chérin, le fils et successeur du fameux généalogiste et le fuUir chef d'étal-major de Iloche et de Massèna.

La délibération s'ouviit. SteltcnhofTen voulait rester fidèle à la République, mais se coatenla de dire que

s le giaéral Nestor, non parce ijn'il Tpieuï (il n'avait que quarante ans), mais Jaan Nestor êtaiem seb prénoms. 11 naquit à Ansonlame. Il élait, svanl 1189, capiiBine-adjmnf BUi aiaes raatéchaus-do \o^.s île l'armée et, en 1791 , siljiidBnt-fifl. 1 néral à la 4> division mililairo (Nancy). Il lut nomme en 1733 ^én àa bri.^aile ;3 U^nei] et général de diviainn (H EspL.), et dcl'e Maubeuf(e; mais DuquEsnnj t'accusa d'Ëlro Feiilé inaclif B|>rt! déblocu9 de la place. II l'ut traduit an Irïimnal révolu tiaunairi oéculé.

' Jean-Bapli!lo Ddvaîne avait alors soiiunlc ans. Il aervit France da 1748 à 17C3, puis se

la prise de Garni. A la Gn de famille. Sanletra la fit nommer, vatiK de la Uêpubliquc. Il vinL février 17il3, dans la Iiel(;it[tiQ at reprit du eecviee. Général da brU J f-ade depuis la 19 févritr, {;éuéra1 d<9 division aprëa la délcttioa da 1 Dumontier, il fut accusé, i-omme Cliancol, par ce Duquesnoy - Gadolle nommait U grand rSfftur dex ^taércHo! — d'avoir cumpromia ', par . mBUvaifc fui ou inoplia . le snccêa des armes da la RépuWiquo ronvo}-â comme Cliancol, au Iribiinal révolulioDasire, il fui eiéeulé I mêmajour (IG ventôse on II].

» Lieiitenanl-cnloQol depuis le Ï'I janvier 1793, adjudant-fténfital 1 13 mai, P.non devint f^âairnl ia bri^^ede i'22 thermidor an III) et pr sa relialta en l'on XI.

utioa brabançonne el eo si ) il se rêlMjfiail à Melun s le 10 BQQt, inspecteur d

IP

192 LA TBAHI30M DE DUUOOHIEZ

Dumouriez était un « f. ... gueus ». Seuls, PI^ CbérJD se déclarèreul avec fougue et sans ménagei contre le général, au nom de la a sublime cause 9 A liberté. CUérin rappelait qu'il était aux côléa daîl mouriez lorsque l'armée avait appris la révolulii^ iO août, a C'est un des hommes, s'écdail-il, qui se3 le plus fortement prononcés et un des premiers qtti juré la République. Nul ne montrait une plus grâ aversion pour la royauté. Et il veut la rétablir eujd d'bui I Où sont la constance du caractère, la probîtf religioa du serment? » Il proposait de s'emparer a tôt du rebelle et de l'envoyer à Paris. Rosières i prendre un si vigoureux parti, i C'est un bieo galsoF homme, dit Stellenhoffen, mais il a mcntré beaucoup da faîMesse et de pusillauimilé. ■> Il louvoya ; il fil lire dans le camp la proclamation de Dumouriez, mais en même temps il rappelait aux troupes qu'elles avaient prêté le serment de maintenir la Republique, la liberté et régalilé '.

Dumouriez ordonna sur-le-champ à Rosières d'arrêter Pille et Chêriu. Ce dernier ne fut saisi que le lende^ ' EDain, mais il put échapper et courir à Valenciennes où les commissaires accueillirent avec joie ce e patriote actif et intelligent «. Pille fut, dès le 2 avril, chargé de fers et livré à Clerfayt qui l'envoya à SJaeslrichl '.

> EQlraUendflChériQBïeo Cobourf; et Maek ;A. F. El, II); Slet--J tedholTea à La Drus, 13 avril 1193 (A. E.j. Cbérîn avait déjà ecm-' tribué pour sa mode'te pftrt à éloulfeT la rebslliaa de Larayelte, et Dumsuriez l'envojâit à Sedan evec des • patriotes zélés > (Folny, 23). Pilla était ami de Mirandi et cDiimi de ThouveDOl [Rojas, Jfi.; ||| randa, 5i-nf>, 246-247) ; c'était avec Uuller, la seul ofader dont . l'esprit lépulilicsin déduiiim suçait RousId de l'indTÏsnie des autres ofûcietB . {Corrtsp. de Runsin, IV et V, note).

* Letlre des commisEaires du 5 avril (i/aii. du 9). • Je déclare, dit

LA TRAHrSON 193

Lo mdrnfi jour, Damouriez prévenait l'armée qu'il la paeserail ea revue dans l'après-midi, o Pour laisser reposer ses braves troupes, disail-il, et pour mieux servir son pays, il élall couveou d'une suspension d'armes avec les géuéraux de l'armée impériale >; il ordonnait une surveillance esacle pour la police, et défendait, sous peine de mort, de franchir la fronliére '.

A trois beures, 11 se rendait au camp de Bruille. Tous les généraux parurent, à l'exceptiou de Steltenhoffen qui-' se disait malade et demandait un congé'. Les troupes acclamèrentDumouriez; ilavaitsu, dit un témoin, a 1er par ses discours et ses actions militaires la confiance intime de l'armée "'. Le 5* bataiilou de Sa6ue-et-Loir déclara dans une adresse signée de son premier lieutenant-colonel Ghapuis, de Vadjudaut-major, et de vingt-s officiers, sous-ofGciers et soldats, que Dumouriez sauverait encore la pairie, que l'obéissance de ses soldais lui garantissait la victoire, que ses ennemis étaient les ennemis de l'armée qui les dêtestail sans les craindre *.

Chérin (Valeaciennes, G avril 1793, A. G.), que c'est la lieulenaatgëoéral Rosiëres, commaniaut à Bmille, qui m'a lait arrStei la trois da ce mois au suir par ordta de Dumouriei. •

* 2 avril 1793 {A. G.), BiotLÈro aui adjudanla-généfBUï.

* SleltanholfeQ écrït à Dumouriez : < Ma ebdIs délabrée ne me permeltaat p1u3 de Eervir, Je tous prie de m'accorder la pecmissioa da ma retirer quelque pirt pour la rétaliUr. ■ Dumouriez répoud : • Le général SletLcubalFHn est maitre do se relirer où il voudra, quitte a lut à a'arraoger pour sa démissioa avec le ministre de ta guerre. ■ StettentiolTea reçut celte lettre à deux beurea du matin et partit a qualre. C'était un brave soldat, . ayaol des vues mililaires • (Cochelel. M^pport au Cvmiti miUl., 6). Ciiaqua mois il envoyait au minisIiB et I déposait sur l'autel de la patrio pour l'aire la guerre aux tjraas coàroDQés 1 lu quart de ses appoinlcraenta [lettre du 23 lévrier 17^3, A. G.).

* Mol du lleutenanl- colonel Chapuia.

'Le W avril, les lommiasaireB de U Convention à Valeociennas dcrivaienl que lo S' de Sa a ne -et-Loira désapprouvait l'adresse des 2Gi

:iTi^r^.'

-l^tT-

KjBIron la sitmltoa inouïe de l'armée : ■ Dumouriez en létat d'arresUtiOQ et faisant arrêter le ministre et les r commissaires ; Lille et Valeticiennes remplis de députés ; les ennemis au nomhre de 60,000 hommes, victorieux, à I deux lieues de nous; pas de provisions, pas de fourrages, ' tous les généraux arrêtés, excepté moi, parce que je suis ^UleEsé: Ligniville, d'HarvIUe, Bouchet', etc. Les traîtres ^■pQî vendent la France ont avili les généraux pour la li- K<n%r plus aisément. Quelle différence de notre sort quand f en Champagne nous préférions la mort aux fers des despotes* ! B î Mais Valence est toujours Le sage "Valence. Il mande [ an président de la Convention que l'armée, j fatiguée des vexations qu'elle éprouve », suivra peut-être le parti de ' Dumouriez, Pour lui, il donne sa démission : « Je m'exile de ma patrie; jamais je ne servirai contre mes concitoyens, quelle que soit leur opinion ou leur égarement '. « Dumouriez aurait dû suivre l'exemple de Valence. Mais l'accueil du camp de Bruille l'avait enivré. Le 3 avril, encore plein de foi dans son étoile, il se rendait à Maulde. C'était là qu'avait commencé sa fortune mili-

I taire; là qu'il avait reçu le commandement de l'armée du Nord; là qu'il avait, dans une lettre célùhre, ûélri la révolte de Lafayette et proclamé l'inviolable puissance de I l'Assemblée et des représentants n investis d'un pouvoir devant lequel tout doit plier n. Unit mois ne s'étaient pas

futur général, Jeraappta, p. 234 ; 1b Isltro du duc de Chsrtros fut intercepléa, et Tfiiéhault arrSlé; Grouvalle le sauva.

1 Les repréBenlonls Henli el Laparle Dïaiant fait arrSlep k Maubeuge lo fçéaéral d'HarTiUe et le commissaire des Ruerres BarneTillo patce qu'ils n'avaient pas évacué lea magaEios de Namur le 25 mars, Jour de leur départ. [Obsei-v. de fiaruaTille, 1-2. J

• LeUre du 2 avril {Ma<i. du 26).

* Letli-is du g€a(ra,l Valeact, MAS.

écoulés, el ce camp qui passait alors pour le camp despatrioles et pour un véritable club de Jacobios, ce camp qui, comme lui et avec lui, avait acclamé la jouruée du 10 août, Dumouriez veoait le soulever en faveur de la royauté ' 1

Le Veneur qui commaDdail à Msulde, était perplexe et depuis vingt-quatre heures éludait, sous divers prétextes, l'invitation de se rendre à Saint-Arnaud. Il aimait Dumouriez, il reconnaissait qu'il lui avait de grandes DbU;;aLiDn9, mais il regardait l'arrestation des commis- Eaires comme un « grand attentat > ; surtout il craignait en se prononcanl contre Dumouriez, d'être lui aussi, arrÉté et envoyé comme otage aux Autrichiens. Lorsqu'il apprit l'arrivée du général, il se mit au lit en disant qu'il était malade. Mais il eut soin d'écrire auparavant une lettre à la Convention nationale; il y parlait de sa position affreuse, horrible; il assurait qu'il courait les plus grands risques et n'avait d'autre désir que de quitter son poste; il ajoutait qu'il essaierait de s'échapper el de gagner une villa où il attendrait les ordres de rAsseniblée. Son alde-de camp Lasiare Hoche , capitaine au 58" régiment d'infanterie, porla sa lettre à Paris *.

< Corresp. de Coutbon, ]C5; tiouliière à La Brun, 20 aoQl 1792 [A. E.l; Valmy, 18-23.

• Cr. Bur Le Veneur, Jbd. priits.. Si ; Valiiis. 50-5), 5fi, 13G, 198, 224 ; Jemapptt, SI el 118. Le S avril, pendant que Dumouciez se readaii à CoQilâ, il s'échappail at BaRnail Arras, Il fui arrôlS et envoyé i Houen, à si fraude surprise. • Je suis le seul of£d ci -général de Dumouriez qui ait osé déserler son camp. Dsmpïerre êleit dans une place forle, et n'avail rien à craindre de lui, el il pouvait tout oser ; Dampierre est général, el Je ae puis Sirs libre. ■ (Le Veneur à la Coavention, 3 avril (Mo», du 7) et au Comité, 13 avril ; Extrait des regislrea eux arrSléa du conseil d'admtmslraliea du Pas-de^Calus,' 5 Bvrit 179J, A. G.]

LA TRAHISON i97

Dumouriez s'était fait précéder au camp de Maulda par une proclamation qui donnait pour mot d'ordre Enfants, suivez-moi, et pour mot de ralliement js réponds de tout. ]1 déblatérait de nouveau contre la CoaveDtioa ï qui employait les revenus publics à faire voyager des intrigants sous le nom de commissaires ■> ; il accusait ces commissaires de désorganiser l'armée par des rapports calomnieux et d'envoyer les généraux à la guillotine. Il priait les soldats de le seconder : a La postérité dira de nous : sans la brave armée de Dumouriez, la France serait un désert aride; elle l'a conservée, elle l'a régénérée; soyons les dignes fils de si glorieux pères I n

Bientôt Dumouriez, escorté des hussards de Burcbiny qui ne le quittaient pas, arrivait au camp de Maulde. Il y passa quatre heures, se mêlant aux soldats, leur prodiguant les promesses, les eugageant à détruire l'anarchie et à rendre à la France le repos et la paix '. Valence faisait de même; il caressait les officiers, donnait aux sergents des poignées de main, causait familièrement avec les simples soldats. Le 5» bataillon de Paris semblait douteux ; Dumouriez le harangue : n Je veux, lui dit-il, sauver encore la patrie que j'ai déjà sauvée deux fois; il faut reprendre la constitution que nous avons jurée ; il faut purger la France de ses assassins ; il faut faire de bonnes lois, n Valence lui présente le lieutenantcolonel Chopplel : » Voilà notre brave commandant du 5" bataillon de Paris; il ne nous abandonnera pas n ; puis, se tournant vers les volontaires, « ce brave commandant a aujourd'hui quarante livres de moins sur le cœur ». Le commandant insinue que l'arrestation des

' Rapport de PeTrin au Comilé da KQrcté °t de ili^rcneo ^énérsle &a Ule, 3 avril 1793 (A. G.).

Il ^"

commissaires et du Diinistre de la guerre a causé la plus grande peine à son bataillon; Damouriez lui serre maiu : « Je réponds d"euï, on ne fera pas de mal aui commissaires, eL le ministre de la guerre n'est pas da tout fâché de son arrestation', b II croyait avoir gagné Bon armée, et il trouvait dans les balailloDS nationaui une bonne volonté qu'il n'y attendait pas'. Ke recevail-fl pas au même instant une adresse de dévouement que le 3^ bataillon de la Gironde Itii envoyait des gorges de Porreutruy : » Ton armée vii;nt d'éprouver un échec considérable ; mais tu n'en es pas moins grand à mes yeui nous voyons toujours en loi le vainqueur d'Argonn* et de Jemappes; nous demandons à servir dans ton armée'. >

VI. La nouvelle de la rébellion de Dumouriez avail agile Paris, sans l'indigner. • Il y a des groupes, Ut-oa dans un journal du temps, mais point de chaleur, et on ne trouve pas, contre l'expédiUon décidée de Dumourieï, l'énergie qui s'était manifestée contre l'idée seule des projets de Lafayette , on chercbe plus ce qu'il veut fait* que des moyens d'empêcher qu'il ne fasse*. »

Mais la Convention Janga décrets sur décrets. EU» déclara Dumouriez traître â la patrie et le mit hors b loi. Tous les citoyens devaient courir sus à ce nom Calilina". Ceux qui le prendraient, mort ou vif, leurs héritiers, recevraient une récompense de ioo.OOO livres et des couronnes civiques. Nul ne pouvait, sous

' Déposition de Cbopplel, 6 evril 1793 [A. G,).

• Mot de Cobourg [Teraauî, VI. 259).

» E6ih, 28 mars l-;93 (A, N. F' 4598),

« OSronijae de Paris, 6 avril 1793.

' Mol da Ptadhommo, S^oS. de Paru, n» 195, p, E6.

LA IRâHISON 190

peiue de morl et de confiscatîoD, le reconnailre comme général. Les pères et les mères, les femmes et les enfants des officiers de l'armée de Dumouriez devaient être gardés à vue comme otages, par chaque municipalité, jusqu'à la délivrance des commissaires de la Convention et du ministre de la guerre, La femme de Dumouriez', la femme et les enfants de Valence, la femme du duc d'Orléans, la citoyenne Montesson, furent arrêtées ; Sillery et Philippe Egalité, gardés à vue ; Miaczynski, enfermé à l'Abbaye.

Un décret du 3 avril mit sous la sauvegarde de l'armée les commissuires arrêtés par Dumouriez. La Convention déclara qu'ils n'étoient pas prisonniers de guerre, et, usant do représailles, elle fit transférer à Paris des officiers autrichiens qui devaient servir de contre-otages ; dans le nombre étaient un comte d'Auersperg et trois comtes de Linange ; on avait choisi ceux qui, de près ou de loin, tenaient au collège du Saint-Empire et passaient pour être apparentés à Cobourg, à Clerfayt et aux généraux autrichiens.

Une éloquente proclamalioD, rédigée par Lasource, ht entendre à l'armée • la voix sacrée de la patrie en péril ï. Les soldats deviendraient-ils les méprisables saleUiles d'un scélérat ambitieux? Tourneraient- ils contre la France, contre la République, contre la patrie les armes qu'ils n'avaient prises que contre la tyrannie? Commettraient-ils le plus atroce des crimes ï, Non ; ils étaient l'avant-garde de la nation qui se levait tout entière derrière eux, prête à protéger de sa puissance ceux qui devaient la servir et à écraser do sa foudre ceux

1 Elle élait alors à SBinl-Quenlin [ieltre du maire, 6 avril A. Q.]. C'esI aiDsi que le Comité de sûreté générH'e de l'assemblée législative avait lait arrêter M"" do Liilàjello (Terpam, lit, M).

200 LA TRAHISON DE DCMOUBItZ

qui seraient rebelles; ils livreraient le traître doal le nom était voué à l'infamie, et la tête, à rêchofaud.

Quatorze membres furent pris parmi les commissairej de la CoaveûlioQ envoyés dans le nord-est pour melln en état de défense les places fortes de la froalière ; ils devaient se partager en sept commissions, composée chacune de deux membres, et assistée de deux ingénieurs, de deux officiers de cbaque arme, d'un o-flcier de santé, d'un employé de vivres; ils feraient l'iaventairï des munitions et des approvisionnements de chaque place et auraient le droit de requérir les corps administratifs, de suspendre les officiers civils et iQilitaires, de prendre toutes les mesures de sûreté générale. Huit commissaires : Carnot, Gasparin, Briez, Duhem, Roux- Fazillac, Duquesnoy, Du Bois du Bais et Delbrel, furent chargés de se rendre aux armées du Nord et des A^ denoes: deux d'entre eux devaient former à Péronne un noyau d'armée ; deux autres, s'établir à Valencieones pour se porter sur tous les points ou leur présence serait nécessaire ; trois autres, se rendre i Lille et à Douai pour seconder Carnot. On s'était plaint que tes commissaires de la Convention n'eussent pas, jusqu'alors, une marq;ue distinctive. Eux-mêmes jiïJ geaient que le mot commissaire était trop commua dl n'imposait pas assez, que l'armée les confondait avec les commissaires des guerres et les commissaires-ordonnar tours, qu'on les prenait pour des secrétaires ou de simples commis. Ils eurent désormais le litre de représtfttanls de la nation, et un costume particulier: chapeau. rond surmonté de trois plumes aux trois couleurs, épée suspendue à un baudrier de cuir noir, écharpe en ceinture avec une frange jaune '.

' 4 avril [Mon. du 7).

Un nouveau minislre de la guerre, te colonel Jean- Baptiste Bouuholte, commandant temporaire de Cambrai, remplaça Beurnonville. Il avait eu vingt-deux voix au départ de Servan, et depuis, sa réputation de civisme n'avait fait que grandir. Les commissaires et la Couvention le louaieat à l'envi, vaulaieut son courage, sou patriotisme. Inscrit comme candidat à l'élection du 4 février, il avait été, le 1i mars, le concurrent de Beurnouvîlle. Il réunit, le 4 avril, l'unsnimilé des suffrages ',

En attendant l'arrivée de Boucholte, Le Brun prenait l'intérim. Il ordonnait à Duval d'arrêter Valence. Il recommandait aux commissaires nationaux une a Intelligence parfaite » avec les commissaires de la Convention et les priait de consoler les patriotes belges qui suivaient l'armée dans sa retraite *.

Le ministre des affaires étrangères montrait d'autant plus de zèle que personne n'ignorait ses liaisons avec Dumouriez, Les Girondins suivaient son exemple. Le général les désignait lorsqu'il parlait de la saiae- partie de la Convention, et ils craignaient de passer pour ses complices. Ils avaient approuvé ses coups de vigueur en Belgique; Gorsas inEérait la lettre du 13 mars en ajoutant qu' « on avait eu l'adresse de la soustraire d et la Chronique de Paris applaudissait à l'arrestation du commissaire national Chépy et à Ja restitution de l'argenterie des églises; ■ Dumouriez, disait-elle, a rendu justice aux Belges, il a déployé son caractère et opposé sa fermeté aux ennemis du dedans»! Même le

[ » Cf. Rec. Aulard, I, 131 et Patrioli fraiit<iii,6 avril

cbolle arriva la fi aviil au soir à Vaienciennes pour confé. ) commisE sires. Il pactit la lendemam pour Paris.

I Le BruD aux <:ommiEGStrGB nalionaui. et Duvil à k 4 BTril 1793 [A. G. ; cf. Hec Aulnrd, Kl, 32).

, lorsque la municipalité de Paris demandait te cliàliment de Dumouriez, le r<5dacleur du PalrioH

I Français, Girey-Dupré, s'indiguait qu'on vouliH ■ frap- , per cette tèle que le fer prussien et autrichien n'avait ) pu atteindre 3. Mais, lorsqu'ils apprirent les événements ..du *""" avril, les Girondins se prononcérem contre 1b .général; s'ils plaidaient les circonstances atténuantes, ■ s'ils insinuaient que Dunaouriez était « aigri par ses . .mauvais succès », a outré de la désorganisation de son Larmée r, e révolté de ranarchie qui dévorait la France > |-et qu'il a se livrait à tous les emportements d'une âme profondément ulcérée ■, ils condamnaient hautement sa ' ■ rébellion. Les patriotes, disaient-ils, devaient le détester autant qu'ils l'avaient aimé, et Girey-Dupré demandai! la mort de Thomme qui Toulait jouer les Âlcibiade on

IJes Monk: o Bruius l'attend; quand César marchait contre Rome, les tribuns déclamaient, Pompée promettait de faire sortir les légions de dessous terre; Caton, tranquille, muet, allait à son but et formait au tyran-

"VII, Mais déjà la parlie élait gagnée, et à la voix des commissaires de la Convention, l'armée, d'abord hésitante et incertaine du parti qu'elle devait prendre', st déclarait contre Dumouriez. Les lieutenants du généril ne s'engageaient qu'avec mollesse et a demi dans l'ea-

' Courrifr des déparlesienta, 26 mars ; Chronique de Parts, 16 mslfl et 1" avril; Patriote françau. 1", 2, 4, S avril 1193, Les Girondinl eurent beau dire; Dumouriez ^lemeure aux ;pux des moatagoacdi . 1b protégé de Brissot et do toiia les tfBilrea du ct\i dfoit . [Jour»A dt la Moalagne, u' 9, 10 Juin 1793] ; cet li^mtoe, dit irislemeat Brissul [Mé,a., p, 3S-2) . devait perdre tout ce qui B'aCBcliail à lui >.

' Ferrand, Pracii de la défense de Yakacîeniies tn J79J, réimpr, àl 1834, p. 13,

treprise. Les commissaires sgissaieal sur-le-champ, sans balaucer, eL déployaient autant de résolulion et d'activité que leurs adversaires, de lenteur et de maladresse.

Carnot et Lesage-Scnault étaient tous deux à Douai. Ils visitèrent les forlifiea lions de la place et flrent mettre l'artillerie en batterie. Ils investirent des plus amples pouvoirs les conseils généraux du Nord et du Pas-de- Calais, et dictèrent leur conduite ; se rallier à la Convention, le seul contre d'aulorilé qui pût exister; se défendre avec calme, a sans enthousiasme aveugle ou découragement imbécile " contre l'exécrable Dumouriea qui poussait la félonie plus loin encore que Lafayette; rassembler des subsistances dans les places de première ligne ; se garder de toute surprise à la clôture ou à l'ouverture des portes; arrêter les suspects; tirer des caisses publiques l'argent nécessaire; lever le cas échéant sur les riches une contribution qui serait remboursée par le trésor national ; déclarer que quiconque amènerait Dumouriez mort ou vif, aurait bien mérité de la patrie '.

Ils lancèrent une proclamation qui ordonnait aux généraux de se retirer avec rarliUeric et les bagages sous le canon des places fortes, et aux soldats de livrer Dumouriez, le « monstre le plus odieux qui eût jamais désojé la terre' d.

Ronsin se trouvait alors à Douai', etMorelon commandait la place. Carnot et Lesage-Senault se concertèrent avec ces deux hommes qui les secondèrent de loules les forces de leur haine contre Dumouriez. Ils

• 2 avril 1793 [Mon. du 61-

' 3 avril 1793 [A. N. AF. II, 232).

' 11 aTBLt êlê • envoyé per le niiuiGlra de k manne à Dunkecque

lur une upéraLicn relative à edu département at chargé de parcourir

20i LA TRAHISON DE DUMOURl!

convinrenl de laisser entrer le ^éoéral, seul et escorte, s'il se préseutait devant la ville, et de Tari aussitôt. Moretoa, Lamarche, les officiers de la ga prêtèrent serment entre leurs mains, et sur leur ) Conseil général du Nord ordonnait aux citoyei porter la cocarde nationale et de quitter le chai relevé d'un seul côté et garni en tafTetas noir, dit peau à la, Dumouries^ .

Mais les commissaires venus à ValeacieDDes, BellC' îariîej Cochon, Lequioio, furent ceux qui déployèrenl

. l'activilé la plus énergique et la plus efficace. Ils ont, atteste Gadolle, a. sauvé la patrie par des opérations dont se et le plus lieureux à propos méritent Is souvenir éternel de la République'». Ils sommaient Valence, le duc de Chartres, Neullly de se déclarer sans retard contre Dumouriez, sous peine d'être regardés comme ses complices. Ils enjoignaient à Valence d'arrêter le rehelle. « Vous prouverez, écrivaient-ils au duc deCbartres, que ce n'est point avec hypocrisie que vous

. portez le nom d'Égalité'. • Leur zèle était incroyable, et ils purent dire qu'ils avaient employé, jusqu'à I*épulsèment de leurs forces physiques, tous les moyens possibles : I prédications dans les casernes et sur les rueSi affiches, instructions patriotiques, discours et accolades fraternelles aux détachements à mesure qu'ils s'échappaient du camp Dumouriez, missions d'espionnage

* Morelon à Lestraii|ie, 6 ûTril ; Arrêlé du Diteotoira du dâpail*^nientdu Nord, 4 avril 1793 (\. G.].

" LeUro de Gadolle, 10 avril 1193 (A. G.), ei Tu en a» menti, laud, 6.

SflTiil 1793 (A. G.). Aussi!

r dana las nouveiles i

à ÉgalKé, 3 avril 1793 (A. F. H,

-ils de □■être pas comprit par la Convention. A 11

Page 1