‹ La trahison de DumouriezChapitre 10 sur 16 · LA · texte numérisé non relu

LA

IISOS

Prappâs de l'énergie des commissaires, et sûrs que la Convenlion aurail le dernier mot, les commandauts des places fories se ralliaient au parii de la natioa et de l'Assemblée. Tricote! qui commandait Arras, faisait afficher les proclamations de Dumouriez, trois heures après les avoir reçues, et les envoyait aux administrations du Pas-de-Calais. Mais les commissaires lançaient Tricùlel, lui reprochaient d'agir sans les consulter, menaçaient de le suspendre, et Tricotel allait retirer à la posie les proclamations '.

Tourviile qui commandait Moubcuge, se rendait avec son état-major au Conseil général de la commune et lisait la proclamation de Dumouriez. Officiers et municipaux éiaient d'abord embarrasses. La proclamation

11 contenait des principes lout à fait différents de ceui que Dumouriez avuiL manifestés jusqu'à présent ». C'était peut-être «une nouvelle machination des ennemis de la chose publique ». Finalement, pour - connaître la vérité sur un objet si extraordinaire », l'Assemblée envoyait à Valeuciennes et à Saint-Amand l'aide-decampDaurieu et l'officier municipal Legros. Mais Tourville écrivait aux commissaires qu'après ces " nouvelles affreuses » et ces • bruits désastreux », il cessait de correspondre avec Dumouriez*.

lecturs de cette leLtre, l'assemblée dScUra qu'elle epprunmit leara i mesures el qu'elle ëlail Eutlsl'eila da leur conduite et de leur iAte (décret du 10 avril).

' Tilcolel était un vieux soldat qui avait repria dn liautanaal-eolDnel da 3- tataillon de la Meurllie. ■ J'ose diro, ém- VBLt-i! au mioUlre (2 avril 1793, A.. G.), avoir servi depuis la

12 avril 1743. fait trois guerres, Irente-deui ans da lieu tenant- colonel, criblé de blessures, deux à la têLe dont une en suppuration dopais celte (iucrra au cdu, el à la veille d'être suspendu. >

■ Séance du conseil général de Maubeugs, et Tourviile eus commissairBS, 2Bïrill7y3 (A. G.].

SOS '^H ue la ^^H

des ,^^H 1 de ^H

S06 LA. TBABISON DK DUMODJtlliZ

Tcrrand qui commaiidalt Valenciennes, déclarait qu'il verserait ce qui lui restait de saog pour la République; il abhorrait tous les traîtres, ne reconnaissait comiM « autorité suprême et légitimemenl représeutative du peuple français » que la Convention natiooale, défeiidaK a tous ses subordonnés d'obéir au ci-devant génénl Dumouriez '.

Enfin, au Quesuoy, Dampierre annonçait bie:

avec éclat qu'il combattrait Dumouriez. Ce dernier comptait sur sou lieutenant qu'il jugeait « homme de qualité et fait pour bien penser' n. Mais le i avril, Dampierre rassemblait la garnison du Quesnoy sur la plac* d'armes. Il lui rappelait qu'elle devait obéir à la Convention, qui seule possédait tous les pouvoirs légitimes. Dumouriez, disait-il, avait osé traiter avec les Impériaui et leur livrer le ministre de la guerre et quatre représentants du peuple. Les soldais voudraient-ils partager s( crime? Ne se souvenaient-ils plus de leurs frères tués i Jemappes, à "Waroux, à Neerwinden ? Avaient-ils arrosé de leur sang ces champs de carnage pour se soumeltrs aux Autrichiens ? Non. Dampicrro aimait mieux mourir que de trabir la France, n Les traîtres passeroQt : mais la liberté restera entière et la patrie sera sauvée. Nous demeurerons inébranlables à noire poste. Il est temps d« déployer un caractère vraiment républicain. Les esclaves peuvent s'attacher au cbar d'un homme, mais les hommes libres se rallient toujours à l'intérêt de U patrie. B Les troupes accueillirent ce discours aux cris | de Vive la Nation ! Vite la RépuUique '.' Vive Dampierre • .

1 Valencienaee, 4 avril 1"93 [imptimé).

Le général écrivait en môme temps au Conseil exécutif 5u'il allait s'opposer aux entreprises de Dumouriez : ■ Je me prononce, ajoutait-il, parce que je ne vois pas de général qui parle ; je suivrai les ordres de celui qui Foudra sauver la patrie et maintenir la Republique, s II savait bien qu'une pareille lettre lui donnerait le commandement de l'armée. Mais, de même que Dumouriez m (792, Dampierre était, eu 1793, désigné d'avance au ïhoix des ministres. Carnot l'avait proposé et témoignait qu'il se conduisait bien, qu'il avait de l'expérience et du patriotisme, qu'il était connu et aimé de , 'armée. Bellegarde, Cocbon, Lequinio le mettaient provisoirement à la lôte des troupes, parce qu'il leur semblait « digne en tout point de commander », Le 4 avril, e Conseil executif arrêta que Dampierre serait général 3n chef de l'armée dite de la Belgique, elle lendemain il le félicitait de sa t. vertu » et l'investissait de pleins pouvoirs '.

Môme à Coudé, Neuilly et le commandant temporaire le !a place, Langlois, abandonnaient Dumouriez. Sommé de faire acte de soumission, Neuilly lisait aux troupes la proclamation des commissaires de Valenciennes, en présence des officiers municipaux et, dans une lettre très humble, priait les représentants de croire à ses inviolables sentiments, de lui donner des conseils, de le secourir par tous les moyens contre l'invasion autrichienne *.

Langlois ménageait encore Dumouriez, mais demandait les instructions des commissaires. Sur l'ordre du général, il accourait par deux fois en chaise de poste à

' Mot., 7 el 8 sTril 1793 ; Rec Aalard, 111, SB, 88-89. * Neuilly nui commiEsaires, i avril 1793 (A. G.).

LA TBAOISOS DE DUMOURIKZ

Seinl-Amaud- La première fais, il le manqua ; la secoodcl bumouriez le reçut. « Je vous soupçoane », lui dit-îL -

Ce n'esl pas de irahison. répondit Langlois, j'aito^l jours élé fidèle à mes serments. » — a Vous me pronwl-r lez que vous obéirez aux généraux. » — « Oui, commi je leur ai obéi jusqu'à présent. B Dumouriez lui fit du- 1 lier un verre de via et un morceau de pain, el le congé-1 die. Mais, avant l'entrevue, Langlois avait écrit aul commissaires : « J'ai appris que vous êtes à Volei-I lenciennes et que Dumouriez est déchu de son com-a mandement; dites-moi la marcbe que je dois leûîr '.

VIII. Toutefois Ncuillj' el Langlois cachaient avec i l'intelligeace qu'ils nouaient avec les commissaires, f manifeslation du Quesnoy n'avait lieu que le 4 avril, ] Dumouriez comptait doue entraîner son armée, et il mandait à Cobourg qu'elle se prétait entièrement à se! I vues. Il confiait à l'sdjud au (-général des Bruslys laJ fonctions de chef d'état-major; il mettait La Marliërt | à la tète de l'avant-garde ; il donnait à Vouillers i mandement de l'armée des Ardennes.

Mais cet homme qui avait beaucoup plus d'imaginalion 1 que de réQesion, attribuait à tous les sentiments dl | quelques-uns, Cobourg remarque juslemem qu'il n'i | pas assez connu ses propres troupes, i C'était un vrai ] Français, a dit Fersen, vain, étourdi, ayant de l'esprit et ] peu de jugement : tout son plan a manqué par un excès 1 de conSaace dans ses forces et dans son influence sut | l'armée '. »

I Unglois aux commissaires, 3 e( 9 avril 1733 (.\. G.]. Ca Lan- j glois, cnpîtaiDe d'iDfBateriB depuis ilAi, avait quaraata-lroi: ■crvïcBS et six campagnes.

> Ternaui, VI, 529 Et S4G ; Fersen, II, 70.

LA TRABISON

Les Iroupes de ligne s'étaieut altacliéDS au général qui vivait avec elles depuis huil mois et qu'elles voyaieal se prodiguer jour et nuit, souvent aux postes les plus dangereux. L'iafanleric et la cavalerie promettaieut de le défendre contre les malveillants et ne l'abandonnèrent qu'à la dernière extrémUé ; elles disaient que les anarchistes avaient causé tous les revers et que s'ils appelaient Dumouricz â Paris, l'armée escorterait son chef. Môme après la fuite du général, les commissaires trouvaient encore dans quelques régiments de l'engouement pour sa personae, et ils assurent que » le froid maintien de la cavalerie ne s'altérait aucunement au cri de Vive la République ' a.

Mais l'arlilSerie et les volontaires devaient se tourner coniro Dumouriez. L'artillerie était résolument républicaine. Elle faisait la force de l'armée et sentait son importance ; elle comptait dans ses rangs plus de clubistes. plus de harangueurs que les autres corps, et Dumouriez l'a nommée très justement la garde prétorienne de la Révolution On la vit , à In nouvelle de la fuite de Louis XVI, courir de Metz à Varenues eu jurant à sas officiers de tirer son premier coup sur la berline royale et le second sur eux-mêmes s'ils trahissaient leur devoir. Ce furent les cauouniers qui les premiers acclamèrent au camp de Sedan la journée du 10 août. Le lieutenantcolonel du â" régiment, Glalbaud, protestait à Strasbourg contre l'arrestation du Jacobin Laveaux, et du camp de Douiy, dénonçait à l'Assemblée législative les projets de Lafayelte. « L'artillerie, lit-on dans un rapport du temps, est un corps bien précieux pour la Képiil) ligue,

us^^

is WdUaa, Lts rtpréiintaatt m mitsioa, ÏV, 419, t'aller L-EivalieiB et de Ûelacroiz,' Le^uinia, Rapport, 1

elle a le plus incorruptible patriotisme et soutient effi cernent la cause de la liberté ^ »

La masse des volontaires, tumultueuse, raisonneu politiquante, dépassait encore l'artillerie en républi nisme. Les assemblées avaient bien jugé que les gare nationaux, bouillants, exagérés, tout pleins de la ferve révolutionnaire, opposeraient leur enthousiasme à 1 béissance aveugle de l'armée de ligne, trop souvent ic lâtre de ses chefs. C'étaient, disait-on, non pas des s dats gagés, mais les enfants chéris de la liberté; apporteraient dans les camps des idées plus prononcée ils seraient un obstacle éternel à toute ambition. E aussi, comme Tartillerie, avaient refusé d'obéir à I fayetle. Ce furent eux qui, les premiers, dans les cam de Maulde et de Bruille, s'élevèrent contre Dumouriez, ils entraînèrent toute l'armée *.

Le lieutenant-colonel du 3<* bataillon de l'Yonne I vont, le futur maréchal de l'Empire, assurait q l'âme de Le Peletier-Saint-Fargeau avait passé dans sienne ^ et que la République « surnagerait à toutes ] trahisons et aux attaques des despotes coalisés ».

Bernazais, professeur au collège de Poitiers et prés dent du club, capitaine du 2« bataillon de la Vienne adjoint aux adjudants-généraux, un des plus fouguei

* Invasion prussienne, 84; Heitz, Les soc, polit, de Strasbou 1863, p. 202 ; Ripport des commissaires Delraas, Du Bois du Bais Bellegarde, 13 nov. 1792 ; Uec. Aulard. I, 332.

* Cf. Prudhomme, R^voî, de Paris ^ n» 193, p. 70 (les volonlair dit-il, sont « les plus aguerris eu liberté »J î l* lettre des comm saires de l'armée du Centre à la léffislative {Mon.^ 31 août 1792)* discours de Barère, 12 févr. 17'J3 [Mon, du lo,; Inv^pruss,, 56.

3 Davout qui lisait le Moniteur^ s'approprie le mot de son dépi Maure (, I/o»., 9 avril); cf. M™» de Blocqueville, Le maréchal B vaut, 1879, I, 305-:i06.

^B LA. TBAUISON 311

oraleurâ de la Société patrioLiquo de Liëge, engageait ses camarades à défendre la République, leur disait qu'ils entecidraieDt bientôt parler de lui, et courait à Paris accuser Duoiouriez '■

Béja des pelotons se détachaient tout doucemeat de l'armée et se rendaient à Valeuciennes. « Il nous arrivait, rapporte LequiDio,,quelques jeunes gens échappéscomme par désertion; ils venaient, fondant eu larmes, se jeter dans nos bras, preudre de nous des instructions et nous rendre toute l'ansiété de leurs bataillons'. » Déjà, au camp de Mauldc, les volontaires avaient dit à Valence qii'ils voulaient la paix et non un roi'. Dans la soirée du 3 avril, le lieutenant David, du 3" bataillon de Saôue-et- Loire, quatre sergeufs-rourriers du môme bataillon, Dubois, Leblond, Luquel, Montigoy, le canonnier Charve, du ^'•^ régiment d'artillerie, se présentèrent ou l'etit-Château. Ils avaient écrit à la craie sur leurs chapeaux les mots la Répuilique ou la mori. Le lieutenaul David lut une adresse qui sommait Dumouriez d'obéir aux ordres de la Convention et de se rendre à la barre. Le général assure que ces sis hommes voulaient attenter à sa vie, et que le fidèle Baptiste dut appeler la garda ; quoi qu'il en soit, 11 les ût arrêter o comme des assassins « et les envoya aux avaut-postes autrichiens, ainsi que le fils du représentant Le Cointre, capitaine de canonnière au.. t" bataillon de Seiae-et-Oise '.

' Joiepk Btraazais à su eoaciloj/sr^, !T'J3, p. G-g, 13, 19-20, 23,

■ Lcquinio, Sapperi, 9.

* Mon., 6 avril n93.

• * Duiuauriez, Jfs'M., IV, 136 (SuhilUr s lepraduit cilta Mine di ^ Moi-I da Walieiulein], Tarainx, VI, SS9-572 ; di Cointre pèra ot da GuillBmanlijt à la Convention [Mon-^ 19 avril 17931. Ce» pcisonuiars lurent relâchés, avec Pille al la oapitBîne La Cointre, le 14 mai 1T33. Lslilonil scait pu s'échapper auparavant,

Tels étaient les sentiments des volontaires. M™« de Genlis s'éloignait alors de Saint-Arnaud; elle trouvait le camp « dans une disposition équivoque pour son général »; Ton prévoyait, dit- elle, que « la majorité ne serait pas pour lui, et le duc de Chartres me répéta que tout annonçait une prochaine révolte* ». Un instant Dumouriez eut l'idée de faire désarmer les volontaires par ses troupes de ligne. Mais Tanimosité était déjà grande entre les habits bleus et les habits blancs*, et ce désarmement n'aurait pas eu lieu sans effusion de sang. Fallait-il commencer la guerre civile dans son propre camp et faire battre une partie de ses troupes contre l'autre ?

L'armée de ligne elle-même commençait à se détacher. Elle était travaillée par les émissaires de Lille, de Douai et de Valenciennes qui répandaient à pleines poignées les assignats et les manifestes. Le Comité de sûreté et de défense générale de Lille envoyait au camp de Maulde le citoyen Perrin, sous-lieutenant au 49® bataillon des fédérés, et Perrin, se glissant dans les tentes, faisait circuler une proclamation du Comité : « Soldats, marcherezvous sous le drapeau d'un perfide qui veut vous mener à l'infamie en égorgeant vos frères ?» On arrêtait Perrin à la poste aux chevaux, mais pendant qu'on le traînait au quartier-général, il trouvait moyen de s'échapper à l'aide des canonniers volontaires de la Fontaine de Grenelle*.

De Douai, Ronsin, l'ancien commissaire-ordonnateur

« Précis de lu conduite de M"* de Genlis, 90 et 95.

* Tourville et Latour-Foissac aux commissaires, \" avril 1793 (A. G.].

3 Proclamation du Comité et letlre de Perrin au Comité, 3 avril 1793 (A. a.).

de Tarmée, envoyait le décret qui mettait à prix ia tête de Dumouriez, et, disait-il, il usait de tous les stratar gèmes\

Mais c'étaient surtout les commissaires de Valenciennes, Cochon, Lequinio, Bellegarde, qui s'efforçaient de e dessiller les yeux de l'armée ». Ils ne ménageaient aucune dépense; « sur toutes choses, écrivaient-ils à leurs collègues, songez à nous envoyer des fonds bien escortés et des effets de campement, mais des fonds, des fonds! tt Ils rédigeaient proclamations sur proclamations, et leurs agents, entre autres l'employé des douanes Boussinguant, assiégeaient le camp de tous côtés pour les faufiler, les faire passer, les afficher. La première était datée du 2 avril: ci Nous commissaires, disaient les re» présentants, instruits du décret de la Convention, instruits que Dumouriez a fait saisir les quatre commisseires et le ministre de la guerre, considérant qu'une pareille conduite est en même temps et une rébellion à l'autorité nationale et un attentat contre la liberté publique, le comble de Taudace et de la perfidie, suspendons Dumouriez de toutes ses fonctions, défendons de lui obéir. » Le 3 avril, deuxième proclamation : « Soldats, la patrie est tout; dès qu'un homme trahit la chose publique, il ne mérite plus que la vengeance nationale et la haine. Dépouillez-vous de toute idolâtrie; ralliez-vous à la Convention ; chacun de ses membres en particulier n'est rien; mais, réunis, ils vous représentent », et les commissaires annonçaient que Dumouriez passerait bientôt à l'ennemi : « les despotes étrangers veulent que le despotisme se reproduise en France pour que le leur se soutienne; ils ont vu dans Dumouriez le seul homme

> Lettre de Ronsin, 5 avril l'îas (A. G.)-

qui pût y réussir, et se sont arrangés avec lui ». Le 4 avril, troisième et suprême appel des représentants. <K A tout militaire français, de quelque grade qu*il soiti Au nom de la Patrie, au nom de la République, au nom de la Loi dont nous sommes les organes ; au nom de la Convention nationale qui nous a conféré pleins pouvoirs, nous avons, dès le 2 de ce mois, suspendu Dumouriez pour cause de trahison et enjoint de se saisir de sa personne ; nous renouvelons tous et chacun de ces mêmes ordres; celui-là aura bien mérité de la chose publique qui Taura exécuté; il aura rempli un acte de vrai patriotisme; il sera illustre dans Thistoire de la Révolution française et son nom passera glorieux à la postérité'! ■

Le commissaire-ordonnateur Vaillant s'était chargé d'envoyer ces placards aux camps de Bruille et de Maulde, et dans une note rédigée en son nom personnel, il priait instamment les commandants de chaque bataillon d'abandonner le rebelle qui voulait « les joindre avec les monstres autrichiens , pour entrer dans la France » ; il promettait de nourrir et de payer les soldats comme par le passé, de pourvoir à tous leurs besoins; « si vous voulez suivre les drapeaux de la République, et non ceux du traître Dumouriez, et avoir votre nécessaire, il faut vous rendre à Valenciennes et me rejoindre* ».

Ces proclamations que Dumouriez ne put intercepter, hâtèrent la défection de son armée, c Leur énergie assure Ferrand, retint sous les drapeaux les militaires égarés », et Mack reconnaît qu'elles ont « ôlé à Dumou-

* Proclamations, 2, 3, 4 avril 1793 ; Lequinio, Ra^^port 9 13 et lettre du 8 avril à la Convention (A. G.).

* Vaillant aux camps de Maulde et de Bruille, a avril 1793 (A. GJ

LA TKAHISON

'■ riez la confiaoce de ses troupes ' ». Les Doms de Loi, de Convention, de République, de Patrie, Irouvèrent un écho dans le cœur des soldais. La Convention était la seule autorité qui représentait la nation, a Père général, disait-on à Dumouriez, obtenez un décret de la Convention pour marcher sur Paris, et vous verrez eonme nous nettoierons ces b de l'assemblée en capilotade", n La République était trop récente pour qu'on eût l'idée de la détruire ; devenue comme un mot sacré, comme un mot d'ordre et de ralliement, elle excitait encore l'amour et l'enthousiasme des soldats. Ils la voulaient, sans bien la connaître, mais ils la voulaient parce qu'ils l'avaient proclamée et fondée au prix de leurs fatigues et de leur SBEg. En face des Autrichiens et des c satellites des despotes o, ils s'honoraient du titre de libres républicains- e Personne, écrit Durand- Maillaue, n'était aussi attaché que le soldat au nouveau gouvernement ; il ne voyait dans les armées qu'un avancement qui l'encourageait et que lui refusait l'ancien régime de nos rois; il était plus républicain qu'aucun autre citoyen et croyait les montagnards ou jacobins les plus sincères amis de la liberté et de l'égalité*. » Enfin, au-dessus de la République et de la Convention, l'armée plaçait la patrie. On avait cru jusqu'alors que l'assemblée ordonnait l'arrestation de Dumouriez parce qu'il avait perdu la bataille de Neerwinden et aban-

' Ferraod, prCcis, 55, ol conrerEatinn de Cbérin avec Mack [A. N. AF ", 63).

« Mallel du Pan, M^m., p. p. Soyons, If, m.

1 Durand-Maillona, M^., 3aG. 331. Cf. Toulongson, II. 184-18S, et Sësur, Sitl. des principaux (v€n-sments du rfane de FrfJérie-ffuillaumc II, 1S00, III, 36 et 39. < Les soldats, avait éctit Gonchoa i Le Brun (2S mars 1733, A. E.). veulent tmia la Uâvolutioa et la. Râpiibli<jue, Ils veulent se réunir buIout aie la Convention. >

donné la Belgique, et le soldat regardait cet ordre comme un outrage personnel *. Mais qu'avait fait Dumouriez des commissaires de la Convention et du ministre de la guerre? En vain il affirmait dans ses proclamations qu'il les avait a mis en lieu sûr » ; on savait qu'il les avait livrés auï Impériaux. Et il livrait encore à Tennomi Pille, Le Gointre, les volontaires de Saône-et- Loire ! Il recevait à tout instant des parlementaires autrichiens ! Il venait de conclure une trêve, et sur la frontière les soldats de Clerfayt et de Gobourg ne cachaient pas aux Français que tout allait finir ; ils appelaient de loin les soldats de Vlvarais, leur parlaient avec amitié, leur disaient qu'ils ne pouvaient souffrir les volontaires, nix hlm^ nix bleu, mais que les « habits blancs » étaient leurs camarades et n'avaient rien à craindre". Dumouriez était donc d'intelligence avec TAulriche ! On parla d' « indignes manœuvres », de « trahison », et une fois le mot traître prononcé, Dumouriez était perdu. Sur le sol belge, à Tournai, des soldats mandaient à leurs amis de Valenciennes qu'ils ne suivraient le général que s'il battait les ennemis et mettait la frontière à couvert de l'invasion ', et, loin de repousser les Autrichiens, Dumouriez demandait leur appui 1 II ouvrait la France à l'étranger! Le sentiment national se révolta chez ces hommes uniquement voués à la patrie. Ils ne comprenaient pas qu'on pût être français et le rester sous le drapeau des Kaiserlicks, Ils refusèrent de tourner casaque, de s'unir, comme disait le comité lillois, aux tyrans d'Autriche et de traiter en compagnons d'armes et en frères ces Impériaux qu'ils

> Faurtin-Desodoards, Hist,phil, de la Itévol, de France^ IV, 305. * Déposition de la Tailhède.

» Mon., 6 avril 1793.

venaient de combattre. <r Nous réprouvions hautement les actes sanguinaires de la Convention, rapporte plus tard un modéré, adjudant-major au 2° bataillon des Ardennes, et nous ne nous serions nullement opposés à son renversement ; mais, avant toute considération politique, la défense du territoire sacré de la République contre les agressions de l'étranger était notre unique mobile, et ce sentiment de patriotisme nous porta à quitter, sans ordre, le camp de Maulde où Dumouriez avait paru à la tète de la cavalerie autrichienne*. »

IX. Avant de marcher sur Paris, Dumouriez avait demandé à Mack un dernier entretien. Le rendez-vous était fixé dans l'après-midi du 4 avril, à Boussu, à michemin entre Mons et Condé. Mais les heures se passèrent et le soir vint sans que Dumouriez parût. Enfin, Mack perdit patience et regagna Mons, inquiet, pressentant un malheur. Il rentrait à peine au quartier-général qu'un officier arrivait au grand galop : Dumouriez était à Bury, sur la route de Mons à Tournai, et priait instamment le colonel de se rendre auprès du lui. Mack repartit sur-le-champ *.

Dumouriez avait voulu s'assurer de Gondé avant d'aller au rendez-vous de Boussu. La possession de cette

* Biographies et chroniques populaires du département des Ardcnnes , par Hubert Colin, 2« série, Vouziers, 1860, p. 142-143 (Mém. de Marion). Cf. de Pradt, 84 : « lis ne voulaient pas de contact avec Pennemi •, et ces mots de Money, Thecampaign^ 297-298 : « The loyaîists of that ormy, of which there are many, and particularly in the troops of the Une, hear wiih horror the cruelties committed in the metropolis and la other parts of France ; but a shot or two fîred on an out-post, makes Ihem look forward and forjiçet the victims that fall behind them, to consider those that are to fall before them. •

> Mack, 10-11 ; Ternaux, VI, 5!4,

place lui devenait indispensable depuis que Lille et Valencienncs lui avaient échappé. Sans doute, la garnison n'était pas sûre; le O'' tataillon des volontaires do Seine-et-Oise avait toujours montré des seotimeuts républicains, et le fi» régiment d'iafanlerie « était le seul des troupes de ligne qui eût un esprit de subordination et de Jacobinisme décidé ». Mais Dutnouriez se fiait à la cavalerie. DÈS le 2 avril, il avait adressé un ordre du jour particulier aux troupes de Neullly, Son but, disait-il, était de reprendre la constitution de 1791, de tirer de l'anarchie la France qui redeviendrait une nation honorable et il rappelait que l'armée, essentiellement ohéissante, ne devait pas a balancer n, puisqu'il s'agissait de sauver ia patrie et de conquérir la paix intérieure et extérieure', ■t Mais les rapports de Neuîlly variaient à tout instant. H^mouriez résolut de se rendre en personne à Condé et ^1^ purger la garnison. Il annonça son départ à l'armée: ^^k afTaires iodispeusables l'appelaient à Condé, mais il ^^piendrait dans la soirée; il comptait sur ses soldats; ^^K'Eavait qu'ils auraient confiance dans leur général, ^Bh'jls reconnaîtraient la s force >: et 1' <• habileté » de ses ^^hentions, qu'ils s prendraient avec courage le seul ^Hrti qui leur restait pour sauver le pays a. ^Hll n'attendit pas son escorte. Il n'avait avec lui que le ^^Bc de Chartres, le colonel Pierre Thouvenot, Mont- ^Bjre, les demoiselles Fernig, son neveu Schomberg qui ^^BTait rejoint la veille, huit hussards de Bercldny, son ^Bcrétaire Quantiu et des domestiques. L'emploi de la ^Burnée était réglé d'avance : passer la matinée â Coudé ^B se rendre maître de la place, aller dans l'après-midi-^

^K i' Dumouriei à Keuillj, ',1 avril 17!I3 (A. G.) et ^61,, IV, 14S.^|

'"SU et se concerter avec Mack, revenir au soir à

it-Amand et donner à ses troupes Tordre décisif de

pidre la position d'Orchies qui menacerait à la fois

je. Douai, Bouchain et qui éloignerait l'armée du voi-

pige dangereux de Valenciennes,

1 cheminait tranquillement lorsqu'à une lieue de

)idé, entre les villages de Fresnes et d'Odomez, il vit

ilr un aide-de-camp de Neuilîy : la garnison de Gondé,

iaitNeuilly, était en grande fermentation et le général

lit bien de ne pas aller plus loin. Dumouriez renvoya

[de-de-camp et pria Neuilly de sortir à sa rencontre

ïc le 1 8* régiment de cavalerie.

îependant un bataillon national, le 3« de l'Yonne, tvance sur la route avec ses bagages et ses canons. Les flontaires reconnaissent le général, mais contre leur futume, ils passent sans dire un mot ni pousser un ivat. Dumouriez s'étonne de leur silence et plus encore !un mouvement qu'il n'a pas commandé. Il interroge En officier: « Où va le bataillon? » — « A Valenciennes. » .- « Vous tournez le dos à Valenciennes, et vous allez à ^ondé. » Durant ce colloque, des volontaires l'entourent H profèrent des menaces. Le général, inquiet, s'écarte de |a grande route et se dirige vers la première maison ti'Odomez pour écrire l'ordre au bataillon de rentrer au camp de BruilJe. Mais dès qu'il s'est éloigné, les volontaires, s'enhardissant, s'excitant les uns les autres à la poursuite, lui crient à bas les traîtres! arrête! arrête! lui tirent des coups de fusil et s'élancent à toutes jambes, les uns pour l'atteindre, les autres pour lui couper la roule de Bruille. Davout est à leur tête ; il a rencontré la veille l'adjudant Pille que Dumouriez envoyait aux Autrichiens, et, convaincu de la trahison du général, il a. de son propre mouvement, quitté le camp pour se rendre

àaO LA TRAHISON DU EUMOUHIEZ

à Valenciennes auprès des commissaires de !a ConYentioQ, Mais le hasard amène sur son chemin celui qu'il traite (le sellerai et de monstre; il peut, en l'arrêtant, 1 sauver la République b et mettre fin à la « crise b ; il ordonne ù ses volontaires de poursuivre Dumourîez. Le général a piqué des deux et s'est jeté dans les champs ; mais il rencontre un ruisseau assez encBiHsé, le Scuw, que son cheval refuse de passer. Il met pied à terre, traverse le Seuw, ayant de l'eau jusqu'aux épaules, remonte en hâte sur un cheval que lui donne un domestique du duc de Chartres. L'Escaut n'était pas loin : il longe la rive et, au bac de la Boucaulde, eu avant du village de Wiers, trouve heureusement une barque qui | le porte, lui sixième, à l'autre bord. Le reste de la troupe gagna le camp de Maulde au grand galop parmi les ■ coups de fusil. Le colonel Thouveoot sauva Baptiste ' qu'il prit en croupe.Lesvolootaires avaient tué deux hus- j sards et deux domestiques, blessé plusieurs chevaux et | fait prisonnier le secrétaire Quantin. Ils auraient joint I Dumouriez si l'ou n'avait crié en retraits 1 ignorant ce i qui se passait derrière eux, ils revinrent sur leurs pas | et laissèrent échapper le général'.

Dumouriez était, à travers les marais, arrivé auchâ-, teau de Bury, Mack apprit de sa bouche le a tragique* ■ événemeul. Le général n'avait poiut perdu courage. Baptiste et deux autres officiers étaient venus le retrouver; ils avaient annoncé à Maulde le daoger de Dumouriez et assuraient que les troupes de ligne s'inJiguaîeul contre les volontaires, qu'elles juraient de punir ce guet-apens, qu'elles demandaient à grands cris leur gé-

1 M™" de BbcqueviUe, Davont, I IV, 167-110; Mimire de Théqpl 205*206.

néral ; mais, depuis la veille, ajoutaienl-ils, le bruit courait dans le camp que la France serait livrée aux ennemis et contrainte de subir leurs lois. Dumouriez déclara sur-le-champ, en présence de Mack, qu'il irait le lendemain se mettre à la tête de ses soldats pour « exécuter son plan avec vigueur et sans ménagement ».Mack n'en pouvait croire ses oreilles et ne cachait pas son admiration ; le général, répétait-il, montrait, en retournant à Maulde, un courage plus étonnant que sur les champs de bataille.

Mais il fallait régler ce qui restait à faire, a Vous voyez, dit Dumouriez à Mack, ce qu'ont pu sur Tarmée les insinuations des représentants qui sont à Valenciennes. Ces commissaires font planer sur moi un soupçon terrible. Ils prétendent que je trahis, que j'ai reçu votre or et qu'au lieu de marcher sur Paris, je veux vous abandonner les forteresses de la frontière et livrer la France aux ennemis extérieurs. » Il décrivit ensuite, rapporte Mack, avec toute la force de son éloquence, les périls inévitables de son entreprise, et conclut qu'une proclamation du prince de Gobourg était sa seule ressource : cette proclamation affirmerait avec la plus grande clarté les véritables desseins de Dumouriez ; elle dirait qu'il voulait maintenir l'intégrité du territoire et que Gobourg s'engageait solennellement à lui rendre les places de France où il mettrait garnison. Tous les officiers présents approuvèrent Dumouriez et déclarèrent comme lui qu'une semblable proclamation était Tunique moyen de salut qui restait ; on ne saurait la publier trop tôt, et, pour rassurer les esprits, la répandre à trop d'exemplaires *. Après avoir objecte que le cas était tout

1 Prudhomme reconnaît que < jamais depuis le commencemont de

22Î LA THAIIISO>" DE DUMOUBIEZ

k fait imprévu el que Cobourg a'avûit pas pleins pouvoirs, Mockse reudit aux raisous dg Dumouriez.

Le général rédigea sur-le-cliamp la proclama lion. Elle ' était adressée aux Fraoçaîa et déi)utaU par ua pompem , éloge de Dumouriez, i homme vertueux n, qui aimait vêritablemeut sa patrie et voulait lui dutiuer un s goit- i veruement sage et solide i. Or, ces senlimenls de Dn- BQOurieK étaient conformes au vœu de Sa Majesté Impé- | riale et de Sa Majesté prussienne. Que désiraient les sou* , verains alliés? Que désirait lout ce qu'il y avait en | France dhonnète et de sensé, sinon la fin des « atlen- ' tats », la fin des e buuleversemcols a, la Eu de tant de 1 ■ convulsions i et de malheurs qui déchiraient une nation grande et généreuse ? Cobourg déclarait donc qu'il soutiendrait Dumouriez et qu'au besoin ses soldalfi ' s'uniraient aux soldats français • en amis et en compft- | gnons d'armes • pour rendre à la France son roi consti- i tulioDuel. Il affirmait sur sa parole d'honneur qu'd n'entrait pas eu France pour faire des conquêtes ; il rfc garderait comme un dépâl sacré toute place qui lui seraU remise el il restituerai!, ce dépôt dés que Dumouriez ou i le nouveau gouvornemeut de la France le réclamerait. | Ses troupes, disait-il encore, ne commettraient aucua , excès ; elles respecteraient les personnes et les propriétés ; tout soldat autrichien qui se permettrait la mgindre violence, serait, sur-le-champ, puni de mort.

Mack emporta la proclamalion. Mais, avant de le quitter, Dumouriez lui ht une dernière demande. On devait tout prévoir ; si la chance venait à tourner, s'il était forcé de quitter son armée, il emmènerait ses meilleures

troupes, son état-major, quelques généraux. Pouvait-il espérer que Sa Majesté Impériale et Royale prendrait ces Français à sa solde, qu'EUe les traiterait avec estime et les emploierait aux opérations de la campagne? « Soyez sans inquiétude, répondit Mack ; je ne sais si vos troupes entreront au service de TAutriche ou de TEmpire ; mais c'est tout un, et, quoi qu'il arrive, nous saurons prendre des arrangements pour assurer votre sort et celui de vos compagnons *. »

Gobourg signa la proclamation. On comprend aisément les motifs qui le déterminèrent et lui-même les a plus d'une fois exposés avec vigueur. Il n'avait pas une seule pièce de siège, et ses renforts, comme sa grosse artillerie, ne devaient arriver que dans une semaine. Puisqu'il était impossible d'investir une seule place de la frontière, ne valait-il pas mieux signer la proclamation et entrer dans les forteresses sans coup férir? A la vérité, Gobourg promettait de les regarder comme un c. dépôt sacré ». Mais elles couvraient les Pays-Bas et abritaient l'armée impériale. Lors même que Gobourg, fidèle à sa parole, rendrait ces places de sûreté, que d'avantages l'Autriche recueillait de cette occupation momentanée 1 Qu'il serait facile d'assiéger et de prendre ensuite des forteresses dont on aurait acquis une connaissance exacte I D'ailleurs, pendant ce temps^ Tarmée de Dumouriez serait aux prises avec la Convention-; qu'elle fût victorieuse ou vaincue, Gobourg gagnerait du temps, il recevrait les instructions de l'Empereur, il profiterait des nouveaux désordres que l'entreprise du général causerait en France, il entamerait des négociations sûrement fructueuses. Enfin, Gobourg seul pro-

i Mack, 11-13.

iu

LA TRAHISON DK DUSII

mettait de ne pas Taire de couquëles. Cobourg seul^ gageait à rendre les forteresses. La cour de Vienne pu rait le désuvouer, déclarer qu'il avait agi sans l'autt SBtion de son souveraio. « Alors, disait Cobourg,' retouroait au poim d'où I'oq était puni, et non seid meut on ne perdait rien, mais ou gagnait beaucoup, i

X. Le li avril, à 3 heures du malin, quelques insl après avoir quitte Mack, Dumouriez se rendait au c do Maulde. Des dragons de Letour lui servaient d' corte. Ses aides-de-camp coururent en avant pour fal battre lu générale et mettre les trouiies sous les arin(

Il arrive aux avanl-posles de Morlagne où campe- 71° (ci-devant Vivarais). 11 parle aux soldais, leur conte la scène du jour précédent, les coups de fusil tlij par les volontaires de TYouoe, la fuite de leur généti sur le lerritoire autrichien : ' Les Impériaux, dit-il, sol désormais nos amis ; ils en veuleol, non pas à doii mais aux prétendus patriotes, aux coupeurs de tflW Mous irons â Paris, nous mettrons un roi sur le trôui nous proclamerons la constitution de 1701. n II lermiD eu eshorlant ses a enfants :> à ne pas abandonner loi r. père •. Vive Monsieur Dumouriez I Vive te roi! répoo dent les soldats. L'ofQcier autrichien quitte sa coceFdj noire et prend la cocarde française en criant Vite If. et la première conslituHon de France I

Dumouriez poursuit sa marche et rencontre le devant Royal-Suédois). Il le harangue, el le 89', de m^ que le 71°, lui répond Vive Monsienr ûumourifz I Vivii roi/ Les deux régimeuts, fusils et cauous chargés, mfictt allumée, descendent à Mortagoe. Là, plusieurs bali(illoiH réguliers et uatiouaus, présentent les armes au généi^ II Itiur adresse la parole; mais, lorsqu'il a fiui, les uni

LA. TRAHISON i

jeot Vite îi roi! les auLres se taisenl ou donnent des ignés de mécontentemeat. a Les républicains sont libres B partir, dit Damouriez, qu'ils s'en ailleat. Que les oyalistes seuls restent avec moi ; rien ne leur manquera, noiqu'on ait fait courir ie bruit que les vivres étaient rrôLés. J'ai de l'argent et ne vous refuserai rien. » Et, our bien marquer qu'il déclare la guerre à la Répulique, il fait reconnailre en lète du 71= régiment, au om de Louis XVII, un nouveau lieulenanl-colonel. L de Bannes, ancien colonel de "Vivarais, met pied à srre el présente au régiment le capitaine Pardon ; « Offllers, sous-officiers, grenadiers et soldats, au nom du oi, vous reconnaîtrez M. Pardon pour votre lieutenantolonel. 1

De Mortagne, Dumouriez se rend au camp de Maulde. i fait former le cercle aux bataillons el, d'une voix déjà lible et très earouée, narre les événements de la veille ; . a failli être assassiné ; il a dû fuir pour la première >i3 de sa vie ; il a été sauvé de la mort par les dragons e Lalour, et montrant les cavaliers qui l'escortent:

sans eux, dit-il, je ne sais pas ce que je serais devenu. le sont les plus braves gens du monde ; ils sont, comme OU3, las de la guerre, et, comme nous, ne veulent que 1 paix et la iraaquillilâ. Renvoyons la Convention qui

sans doute de bons sujets, mais où deux cenls scélé- 8ts tiennent le glaive sur la tète des cinq cents autres. ÏQon, mes camarades, toutes les couronnes se llgueronl [mire la France et feront de notre pays un cimetière, ifli, la France ne peut se tirer de l'anarchie sans un roi. I faut marcher sur Paris, et, si nous ne sommes pas ssez forts, j'ai 40,000 hommes prêts à me suivre. Nous éprendrons la constitution de 4791, chacun regagnera laisiblement son domicile, je rentrerai chez moi, j'ai juré

S26 LA TRAHISOX DE DUMOURIF.Z

et je jure encore de n'occuper aucune place dans aucin temps. Soldats, vous pensez tous comme moi et vous ni me quitterez pas. Je vous donne la journée pour voiâ décider. Je regarderai comme des ennemis de leur patd ceux qui ne se rangeront pas de mon câté. » Mais, peil dant qu'il parle, les visages se renfrognent et des c réprobation se fontentendre. a Tout, raconte Théopbfl Fernig, était dans ragilation, et les regards somires û quelques-uns de nos camarades nous disaient asu qu'ils nous confondaient avec les traîtres, a Dumourii lui-même avoue qu'il remarqua plusieurs a groupl factieux' d.

A cet instant, vers onze heures du matin, un aide-dj camp apporte au général une grave nouvelle : l'arlillei] va quitter Saint-Aoïand et partir pour Valenciennes. ] mouriez court à Saint-Amand et se jette au milieu d artilleurs. Il les prie, les conjure d'accepter la i tion de 1791 et de reconnaître un roi ; il leur dit qiiS sont environnés d'assassins qui ne cherchent qu'à i pandre le sang et à promener les têtes sur les pique; il reconnaît qu'il a fait arrêter les commissaires d»' Convention et regrette que Cambon ne les ait pas suiv Valence l'avait accompagné; il prend la parole i tour et rappelle qu'il a servi quatre ans dans l'arlilla e Canonniers, je vous connais et je réponds de \ voulez-vous vivre encore dans le brigandage et 1 chie? « Mais sans pousser un cri, sons dira uomot, les canonniers attèlent leurs pièces et font | préparatifs do départ",

• Mém. da Th. Fernig : Dumauriei, M^m. IV, BÎlîoQS de Ls Tailbède. 15 ascîl, de Chopplet et la lettre du Oachelia, 6 avril (A. G.J.

' Béposition du lieulemiat d'artillerie Chui te bêler, 9 1 (A. G.J.

rlill^ le vd^Ê it l*)!^!

L\ TBAHISON 2i7

[mouriez, désespéré, s'éloigne. Aussilôt Bollemont, .eur du parc, et les deux lieulenanls-coIoEels Songis lUbers donnent l'ordre de partir. 80 pièces, SOO voitoute la grosse artillerie accompagnée de 700 ca- ;rs et de 700 auxiliaires, s'ébranle vers Valenles. A huit heures du soir, le sous-directeur du parc,

ingis, arrivait loul ému et annonçait aux commissaires de la Conveulion que l'artillerie entière de l'armée était sauvée. « Nous avons vu, écrivent les représentants, l'épancbement d'une âme vraimeul patriote ee développer en lui '. »

VartUîerie parti Cette nouvelle se répand aussitôt dans le camp de Maulde. Les volontaires, surtout les Parisiens et avant fous les autres, ceux du (0= bataillon ou des Amis de la patrie, et du bataillon de la Commune et des Arcis, se prouoncent avec violence contre Dumouriez. Ils envoient des députations aux troupes de ligne. Quelques régiments hésitent: le 17* (Auvergne), le 43- (Royal-Vaisseaus), le iS" (La Couronne), le 71* (Vivarais), le 89' (Royal-Suédois), tiennent encore pour le général et manifestent ouvertement leurs sympathies ; n Nous n'avons rien à craindre, Dumouriez est brave et ne nous trahira pas. » Mais on les entoure de toutes parts, on les solhcite. N'ont-ils pas vu les dragons de Latour? N'est-il pas évident que le général s'entend avec les Impériaux, qu'il a promis de fuir devant eux, qu'il n'est là que pour leur frayer la roule et leur livrer la France? Ce fut en effet la faute la plus grave de Dumouriez ; son escorte autrichienne le perdit sans retour, i Cette sottise, disaient les corn-

uco^

raîssaires de Vakncieanes, nous servira ïeauci achève de ruiner soq projet'. »

<i Toul est à la débandade, écrit un témoin, et la traite commence. » C'élail, selon le mot de Lequic VérupHon patriotique qui devait suivre nécessairemi la fermentation. Peu à peu, l'un après l'autre, batailli et régimeuls prenueat la route de Valeaciennes. C Valenciennes qu'il faut se rendre, qu'il faut se i sous les étendards de la République; c'est là que» les commissaires de cette Convention dont la causal inséparable de la cause de la patrie; c'est là qu^ 3" baiaillon de l'Yonne, prêchant d'exemple, s'est rfll depuis la veille; Valenciennes est le point de rallieml de cette armée qui ne veut plus de son général. De ta côtés, volontaires el soldats de ligne, abandoonant lel tentes el leurs effets pour échapper plus aisément plus vite, s'arrachent à ce camp de Maulde qu'a soa l'étranger. De tous côtés, offlciers el soldats s'empressi de se soustraire à l'inQuence fatale qui pèse suc « depuis trois jours. L'armée entière s'éparpille et s'é et c'est pièce à pièce, par pelotons et. pour ainsi direrl détail que les commissaires la recueillent aux pot de Valenciennes.

Le vieux Diettmanu était le seul divisionnaire d^ ie départ de Le Veneur. Son aide-de-camp, ; s'efforce de mettre un peu d'ordre dans cette relrt confuse et précipitée ; il fait marcher les volontaiK puis les troupes de ligne, enfin l'artillerie; il doaoe g; au 56» et an 53" de former l'arrière-garde.

La Marlière seconde Diettmann et Becker. C'éUUti

I Gaclielin

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