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L'ESCLAVAGE ORIENTAL ET LA TRAITE AFRICAINE

Les conventions conclues entre les Etats européens et les Etats-Unis d'Amérique avaient principalement pour but la répression de la traite des nègres pratiquée entre la côte d'Afrique surtout la côte occidentale et les Etats à esclaves de l’Amérique du nord et du sud. L’esclave disparut dans cette partie du monde et la traite ne s’y opéra plus.

L'Europe put croire un moment qu’elle avait triomphé. C'était une erreur : d’occidentale,la traite devint orientale, c’est-à-dire plus horrible plus épouvantable que jamais. Mais peut-on se dire, que font donc les orientaux de leurs esclaves ? Ils laissent tomber en ruines les monuments légués par l'antiquité ; les riches terres de leurs domaines se changent en déserts ; leur industrie élémentaire est insuffisante pour leurs besoins. Que font-

ils des hommes achetés sur les marchés. Est-ce que leur race s'éteint comme leurs champs deviennent stériles ?

L’esclavage oriental nous rappelle l'esclavage de l’antiquité qui donnait à Rome dégénérée un supplément indispensable de population, des administrateurs aussi bien que des ouvriers. Le nègre est un élément essentiel de la société musulmane. La traite lui donne un double élément : elle lui donne cette foule de travailleurs qui remplit les champs, les rues, l’armée, puis elle donne les mères de famille. La nature ne s'étant pas arrangée pour que les Musulmans aient dans leur pays plus de femmes que d’hommes ; étant polygames, ils sont obligés, pour peupler leurs harems, d'aller en chercher ailleurs (1).

Partout où pénètrent les Musulmans, la traite s'organise pour alimenter d'esclaves les pays où dominent les disciples du prophète. Les Musulmans ne savent pas travailler ; il leur faut des

4. Le désir de posséder de nombreuses femmes est une des principales causes du dépeuplement du pays par les Arabes. Un Arabe raisonnable va jusqu’à 300 femmes ; d’autres vont jusqu’à 5 et 600. Pour se procurer des femmes, il faut, ou faire la guerre et les prendre, ou les épouser ou les acheter, ce qui est synonyme pour eux. Une femme libre vaut 10 esclaves ou plus; il faut compter que pour se procurer ces 10 hommes, les Arabes devaient en massacrer au moins 100 ; on est donc en droit d’en conclure que la formation d’un harem moyen coûte la vie à 6.000 personnes.

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serfs ou des esclaves, des bras étrangers auxquels le travail soit remis. Ceux de l'Arabie n'ayant pas de serfs pour leur gagner du pain achetèrent des esclaves aux nègres. Le Coran légitime l'esclavage imposé par les croyants aux infidèles ; en outre, l'esprit de propagande et de domination, qui est l'essence même de l’islamisme, les pousse à augmenter leurs conquêtes et à faire peser leur joug sur de nouvelles tribus d’infidèles ; le mal ne fait que croître en étendue et en intensité. Enfin, les Musulmans sont de précieux auxiliaires pour les marchands d'esclaves qui se chargent de fournir les marchés d'Europe, d'Asie et d'Afrique. Aussi Schweinfurth a-t-1] pu écrire: « L'histoire du mahométisme n’est partout que celle du mal; fils du désert, l'Islam fait un désert de tous les lieux où il pénètre, détruit chez l’homme tout sentiment fécond ; tous les peuples qui ont subi son influence se sont figés en une masse homogène d’où a disparu tout caractère de nationalité et de race. Il n’est pas vrai que l'Islam soit susceptible de progrès, l'en croire capable est une illusion. »

La traite coloniale ne s’exerçait guère que sur les adultes et plus particulièrement sur les hommes. Ce que demandaient les colons d'Amérique, c'était la plus grande somme de travail pour leurs cultures. Or, pour cela, il leur fallait des hommes faits.

En Afrique, les conditions sont changées. Sur cette terre, voué à la souffrance, le nègre adulte n’a qu'une pensée : s'enfuir pour reconquérir sa liberté.

De plus, les conditions de culture dans certaines parties sont si favorables, que le travail de l’homme est presque inutile, celui de la femme suffit.

C'est donc la femme et l'enfant qui, sur les marchés de l’intérieur, remplacent l’homme dans la vente. Faibles et timides, ils reculent devant les incertitudes et les dangers d’une fuite. On les achète ainsi sans crainte, les femmes pour des débauches sans limites, les enfants pour les Coups.

De plus, pour porter les esclaves dans le Nouveau-Monde, le voyage était difficile et de longue durée. La navigation à voile existait seule. La vente de l’homme était donc forcément limitée.

Avec la traite orientale, la vente, la chasse devinrent perpétuelles et à la portée de tous. Il suffisait, pour l’alimenter, d’un métis avec sa troupe esclavagiste.

Les Européens eux-mêmes rivalisèrent avec ces derniers d’une façon peut-être plus déguisée, mais non moins coupable. La grande richesse de l’Afrique, c’est l’ivoire que donne la race inépuisable des éléphants des steppes tropicales. L'ivoireestapporté

à Khartoum, Zanzibar, Natal. On a commencé par voler l’ivoire aux indigènes; ensuite, on a volé les indigènes eux-mêmes et on s'en est servi comme bête de somme pour transporter l’ivoire. Puis quand on est arrivé aux premiers établissements arabes, on a réfléchi qu'on pouvait joindre un troisième bénéfice à celui du vol, de la chasse, on a vendu les porteurs eux-mêmes aux négriers. Ainsi, les Européens ne sont pas négriers, mais commerçants en gros ; ils cachent la vente des esclaves et ils montrent le trafic de l'ivoire.

Cette traite nouvelle des Européens complète l’autre. Les marchands civilisés courent dans les contrées fertiles ; les Musulmans barbares se reportent dans les déserts.

Le pays où se faisait la traite comprenait trois régions :

1° Le Soudan occidental (Sénégal, Niger, lac Tchad) ;

2% Le Soudan oriental qui enveloppe tout le bassin du Nil en amont de Wadi-Halfa, y compris lAbyssinie ;

30 Enfin le bassin des grands lacs Albert et Victor Nyanza ou se sont formés les États considérables de l’Ouganda et de l’'Ouniora.

La traite se concentrait surtout au cœur même du continent d'Afrique, et le mouvement général

d'exportation se dirigeait du centre vers la circonférence. Presque toutes les routes aboutissaient vers la mer Rouge, le golfe d’Aden et l'Océan Indien, et ce flot humain venait s’engouffrer dans ces contrées d'Orient « pas plus insatiables que le désert dévorant les torrents versés par les pluies. »

Chaque année, 500.000 esclaves disparaissaient, vendus ainsi sur les marchés de l’intérieur africain, et Cameron rapporte que pour se procurer 50 femmes qu'il devait vendre, un négrier a détruit 10 villages qui comptaient chacun jusqu’à 300 âmes et massacré tous leurs habitants. Cela faisait 2 millions de noirs mis à mort ou vendus chaque année.

Quant aux procédés de recrutement de ces troupes d'esclaves, ils sont toujours les mêmes ; les bandits se glissent furtivement la nuit dans les villages, puis s’élancent sur les cabanes en brandissant leurs torches allumées qui répandent partout les flammes de l'incendie. Les indigènes, arrachés à leur sommeil, sont désarmés ou massacrés, et les privilégiés qui échappent au meurtre ou à l'incendie ne retrouvent plus qu’un désert peuplé de cadavres et de ruines fumantes.

«€ Sur 118 villages, les Arabes ont fait 3.000 esclaves. Il leur à fallu tuer pour cela 2.500 hommes adultes pour le moins et, de plus, 1.300 de

leurs captifs ont succombé au désespoir et à la maladie. Étant donnée cette proportion, la capture de 10.000 esclaves par les cinq expéditions arabes n'a pas coûté la vie à moins de 33.000 personnes. Et encore quels esclaves que ceux que je vois Ià enchainés et pour lesquels frères, pères et maris ont répandu leur sang. De faibles femmes, de tout petits enfants ! Pour jeter dans les fers un garçon de # ans, on a sacrifié des familles entières de six personnes » (Stanley, Cinq années au Congo, p. 454).

Alors, commence pour les captifs ces longs voyages à travers les déserts africains. Ceux-ci sont souvent joints l’un à l’autre, à l’aide d’un bâton de trois centimètres de diamètre environ, percé d’un trou à chaque extrémité et chaque trou aboutit à un collier tressé en cuir de bœuf et entourant le cou de ces malheureux esclaves.

D’autrefois, ils sont attachés à une simple corde qui relie les captifs à leurs maîtres négriers, voyageant à cheval, à âne où à dos de chameau.

Il faut aller rapidement pour arriver le plus tôt possible au lieu de destination et éviter les frais de nourriture qui sont pourtant fort modiques.

Quand ces malheureux succombent, le maître à vite fait de les achever d’un coup de massue ou d’une balle dans la tête, ou bien pour ne pas les

laisser à d’autres, il leur coupe les muscles des bras et des jambes.

Les hyènes et les chacals terminent l’œuvre de la destruction, mais laissent pourtant assez de débris et d’ossements pour qu’on puisse sans difficultés retrouver la route suivie par une caravane d'esclaves.

Quant à ceux qui arrivent à destination, voici d’après M. Léo Quesnel (1) ce qui en advient : « Les crieurs publics sont à la besogne et procèdent aux enchères ; chacun d’eux traîne plusieurs esclaves, l’une en avant qu'il guide par la main, les autres suivent seules par derrière. [ls tournent sans cesse autour du marché montrant leur marchandise, sollicitant des acheteurs. Un Arabe accroupi fait un signe ; on lui en amène une, l’esclave qu'il a désignée. Elle se place devant lui, debout ou à genoux, comme il veut. I] l’examine, la tâte dés pieds à la tête, regarde sa bouche, ses dents, ses yeux, ses narines ; après quoi il renchérit ou laisse passer. S'il laisse passer, l’esclave rajuste son corsage écarté ; le crieur recommence sa marche et ses cris pour s'arrêter sur un autre signe et soumettre la pauvre esclave au contrôle d’un nouvel acheteur ».

Le bénéfice de ces ventes est toujours certain

4. Le Maroc. Voyage d'une mission française, à la Cour du Sultan.

pour lesclavagiste. Rappelons, par exemple, le compte d’un clipper américain qui transporta 1.200 esclaves, dont 850 seulement arrivèrent vivants. Ces 1.200 esclaves avaient été achetés 100 fr. chacun, soit 120.000 fr.; les frais de voyage s'élevaient à 65.000 fr.; les 850 esclaves survivants furent vendus 1.250 fr. chacun, soit 1.062.500 fr., le produit net était donc de 877.500 fr.

Du reste, même en dehors de l’échange et de ses variations, l’esclave constitue par lui-même une monnale,

Dans le Bornou,les princes donnent des esclaves à leurs visiteurs ou à leurs courtisans.

« Les officiers égyptiens, nous dit M. Baker, avaient l'habitude de recevoir une portion de leur paye en esclaves, précisément d’après le système suivi sur les bords du Nil, par les négociants et leurs subordonnés. Mais, cette monnaie humaine a dû être d’autant plus employée que l’armée plus nombreuse exigeait plus de dépenses de toute sorte, et tarissait les sources des revenus. Les esclaves recrutent l’armée, l’armée dépense plus que les ressources du pays ne le permettent, et pour combler le déficit on paie les fonctionnaires avec des esclaves. Toutes ces misères retombent toujours sur la race noire. »

Lorsqu'on réfléchit à de si horribles détails, on se prend presque à regretter la traite coloniale qui,

au moins, s’exerçait sur des adultes vigoureux et bien formés ; et surtout l’on comprend l'émotion douloureuse de Livingstone (1), lorsqu'il écrivait : « Quand j'ai rendu compte de la traite de l’homme dans l’est de l'Afrique, je me suis tenu très loin de la vérité, ce qui était nécessaire pour ne pas être taxé d’exagération ; mais, à parler en toute franchise, le sujet ne permet pas qu'on exagère » «amplifier les maux de l’affreux commerce est tout simplement impossible. Le spectacle que j'ai eu sous les yeux, incidents communs de ce trafic est d’une telle horreur que je m’efforce sans cesse de le chasser de ma mémoire et sans y arriver. Les souvenirs les plus pénibles s’effacent avec le temps ; mais les scènes atroces que j'ai vues se représentent, et la nuit me font bondir, horrifié par la vivacité du tableau ».

La question se reposait de nouveau aux philanthropes et à l’aréopage des nations civilisées, et

Cameron s'adressant à elles, s’écriait : « La ques-

tion qui se pose au monde civilisé est celle-ci : doit-on permettre un commerce d'esclaves qui, en Afrique, cause au minimum une perte annuelle de plus de 500.000 existences ; doit-on permettre à l’odieux trafic de continuer ? »

L’Angleterre n'était point restée sourde à la

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