CHAPITRE VIII
MOUVEMENT DE L’OPINION EN FAVEUR DE L'EXTENSION DES MESURES PROTECTRICES
L'Europe avait parlé clairement, on put croire pendant quelque temps que cela suffisait et que ses principes si sages allaient enfin être suivis.
M. Deloncle se berçant lui-même de ces douces illusions pourra dire à la Chambre des députés le 24 juin 1891 : « L’acte de Berlin de 1885 suffit pleinement à l'œuvre ant-esclavagiste. On y trouve l’énoncé des principes essentiels des mesures longuement édictées par l’acte de Bruxelles, et l'application pure et simple de ces principes suffisait pour combattre efficacement la traite. » Malheureusement il n’en était rien et le trop crédule député aurait pu en examinant les rapports de nos missionnaires ou fonctionnaires se persuader que le mal duraittoujours et que des marchés d’esclaves étaient ouvertement installés : 1° dans
toutes les villes de l’intérieur du Maroc où des caravanes apportaient plusieurs fois par an leur bétail humain ; 2 dans les oasis du Sahara situées au sud des possessions françaises de la Tunisie et de la Tripolitaine ; 3°à Tombouctou point de ravitaillement commun du nord de l'Afrique et des provinces qui sont au sud et à l’est du Sénégal ; 4 dans les régions qui bordent la mer Rouge depuis la hauteur de Souakim jusqu’à celle d'Aden et de Périm ; 5° sur un grand nombre de points situés entreles grands lacset les côtes de Zanguebar ; 6° sur les frontières du Benguela ; 7° chez les Zoulous ; 8° à l’intérieur del’Afrique équatoriale et sur les hauts plateaux des grands lacs (1).
À quoi avaient donc servi les solennels engagements des puissances? La traiteexistaittoujours, mais plus cruelle, car elle était obligée de se cacher; on entassait le plus grand nombre possible de nègres sur des barques arabes (boutres) que l’on faisait aborder à la faveur des ténèbres aux côtes d'Arabie en trompant la surveillance des trop rares croiseurs anglais et français (2). De plus l’Acte
4. Le Gaulois dans son numéro du 17 décembre 1889 disait : « On a vendu ces jours-ci sur le marché de Marok un transport d'esclaves venant de Tombouctou composé de 500 individus ; 350 garçons et jeunes filles Agés de 10 à 16 ans. On a payé pour les hommes 150 à 300 fr., et pour les jeunes filles 400 fr., et davantage. »