SUÈDE
Les statistiques officielles nous donnent pour cet État les chiffres suivants :
Total 16,275, dont la moyenne annuelle est de 1,808 individus.
Tous ces chiffres, on ne saurait trop le répéter, sont puisés à des sources officielles; dès lors, nous avons le droit de les prendre pour la base de nos calculs.
Maintenant, récapitulons les moyennes annuelles cidessus établies :
Allemagne 116,197 émigrants
Angleterre, Ecosse, Irlande . . 294,914 »
Belgique 8,582 y>
France 25,000 »
Italie 25,000 »
Hollande 1,576 »
Suisse 3,777 »
Portugal • 12,000 »
Royaumes Scandinaves .... 5,726 »
Total . . . 492,772 émigrants
Ceux qui ont étudié cette importante question de l'émigration, et qui savent alors combien est grand le nombre des individus qui s'expatrient, sans laisser des traces administratives de leur départ, admettront facilement le nombre supplémentaire de 8,000 qui parfait le chiffre de 500,000, précédemment indiqué. . On remarquera qu'il est des pays qui ne figurent pas dans ce tableau, bien qu'ils apportent leur appoint à l'expatriation volontaire. On rencontre des Polonais en Amérique, et aussi des Hongrois et des Grecs , voire des Russes et des Turcs. L'Espagne n'est pas mentionnée non plus, quoique ses provinces basques et ses colonies de l'Atlantique envoient chaque année, — nous le prouverons bientôt, — un nombre considérable de leurs habitants dans l'Amérique du Sud.
Pour toutes ces causes, nous croyons fondée notre
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appréciation et nous maintenons le chiffre de 500,000 individus, comme représentant le mouvement annuel de l'émigration européenne.
Parmi ces exilés volontaires — victimes de la politique, du négoce, de l'industrie, de la misère — 450,000 environ se dirigent vers les Etats-Unis, l'Australie et les Indes. Reste un nombre de 50,000 individus dont les 4^5" au moins se rendent, soit au Mexique et dans l'Amérique centrale, soit dans les Républiques du Rio-da- Plata, au Chili et au Pérou (1). Quant au Brésil, il ne reçoit pas le dixième de cette dernière fraction.
Le Brésil, le moment est venu de le constater, est un pays aussi vaste que l'Europe. Il est telle de ses provinces — le Matto-GrossOj entr'autres — qui pourrait nourrir 200,000,000 d'habitants. Tout l'Empire n'en contient que 7 à 8,000,000 qui se divisent ainsi :
Blancs. 1 ,000,000 (plutôt moins que plus.)
Sangs-mêlés libres. 3,000,000 • Esclaves. 4,000,000
Ces chiffres sont approximatifs, hâtons-nous de le dire; ils ne sont donc pas officiels.
(1) Un travail spécial adressé de Dresde à Rio-de-Janeiro — 3 décembre 1852 — par M. Sturz, alors consul général du Brésil en Allemagne, confirme cette appréciation. M. Sturz dit en propres termes :
'< Les pays du Rio-da-PIata ne tarderont pas à attirer vers eux les 7/8""-'^ des émigrants européens qui passeront la ligne. »
« Os payzes do Rio-da-Prata naô tardarâô em altrahir a 7/8** parte dos emigrados Européos que passaràô a Linha. »
l'émigration. 53
Voici ce que nous écrivions l'année dernière :
(( Comme aucun recensement sérieux n'a été fait encore à ce sujet, nous en sommes réduit à établir, par à peu près, le rapport qui existe entre la population blanche et celle de couleur, entre les hommes libres et les esclaves. Ceux-ci, au dire de quelques économistes, composent plus de la moitié de la population générale ; unis aux mulâtres et aux noirs émancipés, ils représentent un total de sept millions et au delà, sur un chiffre de huit millions d'habitants.
« La crainte de révéler aux esclaves et aussi aux hommes de couleur leur immense supériorité numérique, explique l'obscurité mystérieuse que le gouvernement brésilien laisse planer, systématiquement, sur cette partie de la statistique. »
(Les Femmes et les Mœurs du Brésil. 3* édition, p. 256.)
Les oppresseurs contraints de cacher leur force aux opprimés, cela est logique; cela est dans l'ordre.
M. le baron Charles Dupin demandait en 1836, dans le congrès scientifique de Bristol, qu'on invitât le gouvernement anglais à faire exécuter un recensement complet dans ses possessions indiennes.
Un haut fonctionnaire de la Compagnie des Indes, épouvanté d'une proposition qu'il croyait le comble de la témérité, la fit échouer, en communiquant sa frayeur à ses collègues. Cette frayeur s'explique par ce fait que
o4 l'émigration.
les indigènes sont vis-à-vis des Anglais dans une énorme proportion (1).
Ainsi que les Anglais dansl'Inde , lesBrésiliens redoutent une statistique officielle, qui pourrait éveiller certaines idées de revendication violente chez les malheureux qu'ils exploitent sans pitié.
Ceci établi, disons que le Brésil est un pays favorisé, parmi tous les Etats du continent américain. On y rencontre tout à la fois les climats de l'Europe et ceux des Tropiques, les productions des zones chaudes et celles des régions tempérées. Le mouvement commercial est très-grand dans ses villes maritimes, échelonnées sur un prolongement de côtes de 1,100 lieues. Depuis quelques années, l'industrie a pris dans cet Empire un développement considérable, et l'art lui-même commence à y compter des disciples fervents ; le régime constitutionnel et le suffrage universel ont pu s'y établir ; ou y trouve des fortunes énormes dont plus d'une, il est vrai, n'a pas d'autre origine que la traite ; le luxe y est devenu un besoin; le travail y est largement rétribué et la terre ne
(1) Hindous 140,000,000
Militaires anglais 46,000
Citoyens anglais répan- , . . , 146,000
dus dans rinde 100,000
1 Conquérant par 1 ,000 conquis, 1 Anglais armé par 3,043 conquis.
On comprend mieux, devant ces chiffres, pourquoi la vente de l'opium aux indigènes entre, comme élément principal, dans le système de gouvernement appliqué aux possessions anglaises de l'Inde.
l'émigration. o5
demande qu'à être remuée pour donner d'abondantes récoltes.
Eh bien ! ce pays privilégié est à la veille de manquer de subsistances parce que l'Europe, qui lui fournit ses idées, ses produits manufacturés et même ses constitutions, lui refuse des bras pour sauver son agriculture aux abois. Le jeune empire ne reçoit pas annuellement, nous devons le répéter, 5,000 travailleurs européens, sur un chiffre de 500,000 émigrants (1).
Pourquoi cet anathème jeté par les parias du vieux monde sur le territoire brésilien ? Faut-il en chercher la raison dans la différence de moeurs, de religion, de climat ?
(1) Dans une autre lettie datée du 20 décembre 1853, le même M. Sturz, qui nousfournira bientôt dos renseignements plus importants encore, complète sa pensée en ces termes ;
f rius je réfléchis à la marclie future de l'émigration — et je ne parle pas seulement de l'émigration allemande — plus je suis confirmé dans ma conviction, que le Brésil ne recevra pendant de longues années qu'une immigration de quelques centaines d'individus, lorsqu'il aurait besoin d'en recevoir des milliers et puis encore des milliers, pour se garantir contre un avenir dé-
SASTKEUX ET UN ÉBRANLEMENT DESTRUCTIF DE L'ORDRE PUBLIC, DE LA PROPRIÉTÉ ET DE LA SÉCURITÉ INDIVIDUELLE.
fl Quanto mais rellicto na futura marcha da em^graçad — e naS fallo uniromefite da emigraçaô Alltmaà — tanto viais me confirmo em minha convicçaÔ, que npenas montard à tantos centos de individuos que elle debia receber milhares et aie 10 milhares, para se segurar contra UM FlITURO desastroso e UM ABalO DES- TRUCTIVO DA ORDEM PUBLICA, DA PR0PR1EDADE E SEGURANÇA INDIVIDDAL. S
EMIGJRATION PI^OTESTANTE.
Au Brésil, la température est élevée et le catholicisme, qui est la religion d'État, se montre plein de bienveillance pour l'exécrable institution de l'esclavage. Or les deux nations qui fournissent le plus fort contingent à l'émigration — l'Angleterre et l'Allemagne — sont libérales et protestantes. De plus, le ciel brumeux et froid de la patrie présente, en face des rayons enflammés du soleil tropical, le même antagonisme que nous venons de signaler entre les institutions et les croyances de ces pays.