SUISSE
L'émigration helvétienne offre un caractère plus universel. L'exiguité du territoire, relativement au nombre des habitants, dispose le Suisse à l'expatriation. La population étoufferait bientôt entre les étroites limites de la RépubHque, si, chaque année, un essaim de jeunes citoyens ne s'envolait pas vers des régions moins encombrées. L'air pur des montagnes fortifie l'âme et le corps tout à la fois; le Suisse actif, patient, vigoureux, honnête, devient une précieuse acquisition pour le pays où il va tenter la fortune. Cela est si bien compris que le gouver-
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nement de Sidney paie une prime de 10 livres (250 fr.) pour chaque Suisse agriculteur qui immigre en Australie.
L'enfant des Alpes possède de plus, et à un degré éminent, une aptitude particulière pour apprendre les langues. Cette aptitude explique l'indifférence, à peu près générale, des Helvétiens pour le choix du lieu d'immigration. Tous les pays sont bons à leurs yeux, pourvu qu'ils y trouvent des garanties sérieuses pour l'exercice de leur religion et de leur industrie. C'est pourquoi l'on rencontre des Suisses sur les points les plus espacés de l'univers; et si, partout, on rend hommage à leur caractère loyal , quoique un peu rude , peut-être , partout aussi, leur activité intelligente assure le succès de leurs opérations.
Le Suisse a cela de commun avec le Français, qu'il n'émigre jamais sans esprit de retour. Il est parti avec l'espoir de revoir ses glaciers; il les reverra, en effet, si la mort ne le surprend pas sur la terre étrangère, dès que, par son travail, il aura conquis l'indépendance que la fortune seule peut procurer. En admettant que les circonstances l'empêchent de retourner en Europe, il restera citoyen suisse. Alors, il affirmera incessamment sa nationalité et son pieux amour du foyer paternel , en contribuant à toutes les souscriptions ouvertes dans un but patriotique, et en prélevant annuellement sur son avoir, une somme destinée au soulagement des misères familiales.
62 L'ÉMiaRATION.
Nous avons signalé l'indifférence de ces montagnards pour les pays d'immigration; ceci est la règle ; mais il n'y a point de règle sans exception. L'affinité de race entraîne un plus grand nombre de Suisses — il s'agit des Suisses Allemands — vers deux contrées où l'Allemagne est plus particulièrement représentée : ces deux contrées sont le nord et le sud de l'Amérique. Nous nous occuperons bientôt des colons suisses établis au Brésil; disons tout de suite que la petite république des Alpes, plus expansive que la Hollande, a expédié aux États-Unis 36,820 de ses laborieux enfants.
Ces chiffres et les précédents sont officiels; nous les avons empruntés au livre de M. Bromwell, directeur du service de l'émigration au département d'État. [History of immigration to the United-States.)