ALLEMAGNE
Quant aux Allemands, c'est autre chose ; ils sont religieux en même temps que protestants et le sentiment démocratique, fortement développé chez eux par la propagande de nos soldats, est resté vivace dans leurs âmes, depuis les grandes guerres de la RépubHque et de l'Empire. C'est ce double mobile qui dirige leurs exilés vo-
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lontaires, vers un pays dont les institutions laissent toute liberté à la manifestation des croyances, toute franchise à l'initiative individuelle. Le régime du Self- Government favorise on ne peut mieux le développement de ces natures laborieuses, inteUigentes, honnêtes, énergiques. Aussi, les immigrants allemands soni-ils profondément attachés à leur patrie d'adoption ; non point pour les mêmes motifs que les Scandinaves qui, à la seconde génération, se sont déjà assimilés à la race anglo-saxonne ; non point comme les Irlandais, par un sentiment de haine implacable contre l'Angleterre ; dans l'espoir que cette nouvelle patrie aidera leurs enfants à accomplir une vengeance, rêvée depuis plus de deux siècles ; mais parce que, en quittant leur village, ils ont emporté avec eux les Lares familiers, et qu'ils ont pris au sérieux le titre qui leur a été accordé, de Citoyens américains.
Les Allemands, que les Yankees appellent brutalement un peuple-engrais, conservent sur le sol étranger, et dans les positions les plus diverses, le caractère de leur nationalité primitive. Ils aiment à s'agglomérer sur des points distincts de la République, par exemple, dans les États de rOhio, Pensylvanie, Virginie, Indiana, Illinois, New- York. Dans Cincinnati, la moitié des habitants est allemande ; le faubourg du nord (Neubremer) de Saintr-Louis, dans le Missouri, est complètement allemand. La population du Michigan est, pour un quart, d'origine germanique ; celle du lowa pour les deux cinquièmes ; celle du Visconsin pour un cinquième. Mais, si les Allemands ne
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se yankisenl pas comme les Scandinaves, ils n'en sont pas moins perdus pour le pays d'origine.
Répétons-le : c'est sans esprit de retour qu'ils sont partis.
Les journaux qu'ils fondent sont rédigés dans la langue qui a bercé leur enfance ; leur cœur a gardé un doux souvenir de la blonde Germanie ; mais ils ont irrévocablement lié leur destinée et celle de leurs descendants aux destinées de la terre qui les a adoptés. Nous comparerons volontiers l'immigration germanique qui se mêle k la race anglo-saxonne, sans se confondre avec elle, à la fontaine Arethuse qui descendait le courant du fleuve Alphée, sans altérer la limpidité et la douceur de ses eaux.
Le général Steuben, l'ami de Washington, personnifie exactement et heureusement le dévouement absolu de cette immigration pour sa nouvelle patrie ; aujourd'hui encore, l'élément germanique est le plus ferme soutien du pacte fédéral et l'ennemi le plus résolu des doctrines sécessionnistes.
Aussi, sur les 5 millions d'Européens qu'ont reçu les États-Unis, depuis quarante ans — de 1820 à 1860 — le nombre afférent aux Allemands est considérable.
Dans la période comprise entre 1819 et 1856, les Etats d'outre-Rhin ont perdu 1,799,853 habitants, parmi lesquels 1,242,086 se sont rendus dans la grande République américaine. En ajoutant à ce chiffre celui des quatre années suivantes, qui se monte à 249,903, on obtient un total de 1,491,989, représentant le nombre des Aile-
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mands qui sont allés s'établir sur les terres de FUnion, jusqu'à l'année 1860. Ces Allemands, ?^e5 e;2 Allemagne, se sont tellement multipliés que , d'après Lôher , on comptait en 1848, aux États-Unis, 3,909,863 citoyens d'o?igine germanique. Le reste des émigrants d' outre-Rhin se dirige vers la Californie, l'Australie, le Chili, le Brésil, la colonie du Cap et le Rio-da-Plata.