PAVILLONS. DESTINATION
Français- Brésil — Buenos- Ayres — Montevideo — Port-au-Prince
Vera-Cruz — Maraoaïbo — Saint-Thomas. 1 1 1
Brésilien. Brésil
Total, pour 8 mois et demi, 18 navires et 439 passagers, parmi lesquels 9 navires, portant 362 passagers, allant à Rio-de-Janeiro. Il reste encore, jusqu'au 31 décembre, trois mois et demi pendant lesquels, l'année dernière, l'Agence a expédié, sur 4 bâtiments, 156 émigrants, en destination du Brésil. En ajoutant le nombre 156 au chiffre déjà acquis, 362, on obtiendra un total de 514 individus, transportés par l'Agence, dans l'empire brésilien, pendant l'année 1863.
Cette double opération donne le résultat suivant :
1862 — 436 émigrants ^ ^^^ , .
Années .^^o ki/ 950 émigrants.
Différence en faveur de 1863 : 78.
108 l'émigration.
Ainsi donc, pendant que nos principaux ports d'émigration réunis : Le Havre, Bordeaux, Rayonne, ont vu partir, en deux ans, 36,580 individus, parmi lesquels 421 seulement se rendaient au Brésil; Marseille en expédiait, dans le même espace de temps, 1,447, parmi lesquels 950 — PLUS DES DEUX TIERS ! — se dirigeaient vers les côtes de l'Empire.
Une pareille proportion est énorme; elle justifie le développement que nous avons cru devoir donner à cette partie de notre étude ; du reste, notre patriotisme l'a déjà signalée, avec les causes qui la produisent, dans un travail spécial qui vient d'être publié par la Société de statistique de Marseille (1).
Mais, si cette proportion détermine exactement le rôle actif de Marseille, dans le drame lugubre de l'expatriation volontaire, au profit du Brésil, elle ne détruit pas le fait considérable établi ci-dessus, et relatif au sentiment général de répulsion qu'inspire ce pays aux deshérités d'Europe. Ce fait, bien qu'il s'appuie sur des chiffres authentiques, semble incroyable au premier abord ; il ne paraîtra que naturel, lorsque nous aurons indiqué les causes, et elles sont nombreuses, qui ont détourné et qui détourneront longtemps encore, si l'on n'y porte remède, le courant de l'émigration des terres de l'Empire.
Lord Palmerston, dans cette même séance du 3 juin
(1) Le titre de ce travail est celui-ci :
DU MOUVEMENT d'ÉMIGRATION PAR LE PORT DE MARSEILLE, brOchure in-R».
Camoin, à Marseille; Dentu, à Paris, éditeurs. (Marseille, octobre, i86i.j
l'émigration. 109
1857, dont nous avons déjà parlé, appréciant la politique suivie par le gouvernement brésilien, reconnaît que ce gouvernement a adopté certaines mesures pour augmenter la population du pays ; mais il déclare, sans hésiter, que ces mesures lui paraissent étroites, insuffisantes, et qu'elles sont loin de fournir à l'émigration les avantages et les facilités que la grande variété du sol de l'Empire permettrait de lui donner. Le noble lord Rajoute que le gouvernement impérial ne paraît pas avoir entrevu l'utilité qu'il pourrait tirer de la population indienne ; il lui reproche, en conséquence, de n'avoir rien fait jusqu'à ce jour pour tourner au profit de l'activité sociale, ces forces inutiles, dangereuses, même, que recèlent les déserts et les forêts.
Nous reviendrons plus tard sur ce dernier reproche.
• Mais, le défaut d'initiative de l'administration supérieure ne suffirait pas pour expliquer la répugnance persistante de l'émigration à se porter vers le Brésil, si d'autres causes, plus puissantes encore, ne venaient s'opposer au développement de la colonisation dans ce pays. Parmi ces causes d'insuccès, il faut indiquer au premier rang : la cherté du passage — ^la mauvaise foi apportée dans l'exécution des contrats, destinés à servir de garantie aux colons — l'ignorance et l'incurie des agents qui devaient assurer un bien-être suffisant aux travailleurs — la moralité équivoque et l'inaptitude des engagés — le peu de sécurité qu'offrent, quelquefois, les régions qu'ils vont
iiO L*ÉMIGRATIOi\.
peupler, et, enfin — la situation inacceptable que fait aux étrangers la législation brésilienne.
Cette énumération nous fournit des causes de deux espèces : les unes matérielles^ les autres morales^ qui, toutes, font obstacle à l'immigration. Nous aborderons d'abord les causes matérielles, tout en discutant les deux systèmes de colonisation qui se trouvent en présence au Brésil.