DEUXIÈME PARTIE
L'EI^IGMl-A.TION
Le vieux continent possède un excédant de population qui ne trouve pas sa place au soleil et qui, chaque jour, après une lutte désespérée, mais infructueuse, envoie un nombreux contingent de travailleurs dans des régions plus favorisées de la nature et moins envahies par les hommes. Quel est le nombre qui représente l'évaluation de ces forces actives, perdues pour l'Europe? Seule, la statistique générale peut nous le donner. Consultons donc la statistique générale ; mais faisons-le avec discernement, afin quelle ne nous présente point des chiffres fallacieux, quoique authentiques.
Quelques écrivains, — nous avouerons humblement que nous avons été un de ceux-là , — traitant de l'émigration européenne, ont pris pour base de leurs calculs la
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période triennale 1852 — 1854. Us ont ainsi obtenu un résultat relativement exact, mais qui, néanmoins, était décevant. En effet, cette période, qui a été marquée par un accroissement énorme dans le nombre des émigrants, ne saurait servir raisonnablement de terme de comparaison. L'exagération de ce mouvement tient à des causes accidentelles, parmi lesquelles nous signalerons les inquiétudes ressenties sur le vieux continent par suite , tant des événements politiques qui venaient de s'accomplir en France, que de la cherté prolongée des denrées alimentaires, à partir de l'année 1853.
Un excellent esprit que nous avons pris, et que nous prendrons encore pour guide, dans certaines parties de cette étude, a dressé un tableau statistique de l'émigration, d'après les chiffres officiels de l'année oîi ce prodigieux mouvement d'expatriation a atteint son maximum. Ce tableau porte à 600,000 le nombre des Européens qui, à cette époque, se sont embarqués pour les pays transatlantiques et transméditerranéens. M. Legoyt a soin d'ajouter : « qu'en adoptant ce chiffre considérable, on restera encore au-dessous de la vérité y> (1).
Ce nombre de 600,000 émigrants est authentique, sans doute ; pourtant, il ne représente pas la moyenne demandée. Si l'on veut apprécier sincèrement la question qui nous occupe, il faut, confondant avec les pré-
(l) L'Émigration européenne, page 76; par M. Legoyt, secrétaire perpétuel de la Société de Statistique de Paris.
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cédentes et les suivantes ces trois années exceptionnelles, évoluer entre des dates plus espacées.
Nos calculs, basés également sur des documents officiels, embrasseront la décade 1850 — 1860. Ils donneront alors pour moyenne un chiffre diminué d'un sixième, soit 500,000, au lieu de 600,000.
500,000 individus représentent donc réellement le contingent annuel que l'émigration européenne fournit aux régions transméditerranéennes et transocéaniennes. Décomposé par nationalités , ce nombre affirmera catégoriquement et justement Texactitude de notre appréciation.
L'Allemagne et l'Irlande sont les deux pays qui perdent annuellement un plus grand nombre de citoyens ; voici des chiffres certains pour le premier de ces États :