‹ La transformation de l'Égypte (volume 2)Chapitre 35 sur 42 · li · texte numérisé non relu

li

O';7.480 716.7H, i ÎK)9.70S ; î».45l.3^b 1

On voil que 902.470 Égyptiens sont des propriétaires petits et moyens possédant moins de 5o — pour la plupart, moins de 5 feddans, — tandis que 11.9^39 sont de grands propriétaires possédant plus de 5o feddans.

GRANDS PROPRIKTAIRKS I.NDIC.KNKS.

Los grands propriétaires sont parfois les héritiers «le domaines constitués avant Tislam ou do fiefs créés depuis la conquête arabe, assez souvent des acquéreurs musulmans ou coptes desdits flefs ou domaines, enfin d'économes et patients ramasseurs de terres kharadji. L'Européen doit se les représenter comme de riches fermiers exploitant leurs champs plutôt que sous Taspect de gentilshommes oisifs. Pour la plupart ils vivent sur leur domaine et de leur domaine. C'est d'eux que nous parlerons tout d'abord parce que leurs ressources leur donnent le moyen

GRANDS PROPRIRTAIRES INDIGÈNES 263

(le coopérer activement A la transformation économique du pays.

Le grand propriétaire indigène s'est mis aux cultures et aux procédés nouveaux sous l'impulsion de Mohammed Ali et des Européens : abandonné à lui-même, il ne serait pas sorti delà tradition antique.

On rencontre encore beaucoup de propriétaires h l'ancienne mode. Nous sommes arrivés un matin chez l'un d'eux, le cheikh (maire du village) d'Abou-Kcrkas auquel nous étions recommandé et qui devait nous donner un guide et un bateau pour aller visiter les hypogées de Beni-IIassan sur la rive opposée. Au sortir de la gare, nous passons entre deux haies de cannes à sucre et nous voici devant le village, séparé du monde par Tinondalion ; nous trouvons des unes sur le dos desquels nous franchissons la flaque, nous envoyons le gaffîr (garde-champétre) prévenir le cheikh de notre arrivée et nous faisons notre entrée dans la cour. Le cheikh^ averti, descend en robe de cérémonie, le turban sur la tête, le chapelet d'ambre aux doigts ; nous échangeons, par interprète, les politesses d'usage, on nous

fail |irr|iiiror du cafr o.i on appelle deux musi- <itiiN i|iii îiMiis doiiiioiit une aubade. Pendant ce liMnps, II» cheikh, comme autrefois le patricien romain, reroil ses clients, donne à Tun des conseils, à l'autre une pièce de monnaie ; le café est prt}l. on Toiïre en servant d'abord les liommes et on dernier lieu la dame européenne qui nous acromiiagne : le cheikh, d'ailleurs, ne lui parle pas et ne lui fait rien dire, craignant de choquer le inîu*i. mais tandis qu'on jirépare, pour nous, trois baudels do race, nous remarquons que celui qui est de>liné à u<»tre compagne est orné de fleurs et couvert dune housse de velours bleu brodé d'argent. A la vue de ces apprêts, nous croyons pouvoir prendre congé, mais une délibération s'ouvre entre le cheikh et l'un de nos amis, qui sait l'arabe. Le maire voudrait nous offrir son hospitalité dans toutes les règles, et déjà apparaissent les moulons et les poules qu'on va nous faire admirer avant de les égorger. Chez nous on présente le rôti à table avant de le découper, ici on fait défiler lanimal en vie avant de le tuer. Pour décliner l'invitation, il faut de longs efforts d'éloquence. Enfin, nous voilà partis, précédés d'un

r.RÀNDS PUOPRIKTAÎRES INDIGÈNES 2«5

yofflr qui porle, outre sa longue canne, un immense fusil aux douilles de cuivre; nous sommes en roule, mais pas encore au l)ul, car le temps n'a pas de prix en Orient. Il faudra trouver des bateaux, chercher les bateliers qui sont à la foire, et une fois le fleuve franchi, parlementer longuement sur Tautro rive afind*obtenir Anes etguides. ^

Pour voir comment les indigènes exploitent un domaine, il faut s'adresser aux Coptes, qui sont économes, travailleurs, tiers de leurs propriétés, mais peu soucieux d'apparat et de luxe. Les musulmans aiment le faste et prétendent que leurs amis se contentent d'être somptueusement reçus, ils ne parlent pas de leurs affaires, les Coptes font volontiers avec leurs hôtes le tour du propriétaire. •

Nous visitons plusieurs des nombreuses exploitations qui appartiennent à la famille de Tagent \ consulaire français (un Copte) à Louqsor. Des ânes î nous transportent à quelques kilomètres de la | ville : là nous trouvons un groupe de petites cases f en terre battue et des champs où des ouvriers 1. fellah travaillent sous la direction d'un gérant

i^ LA TRANSFORMATION DE l/ÉGYPTK

imligêne. On cultive un peu de tout, et comme chez nos paysans à l'ancienne mode, la terre doit nourrir et vôlir son propriétaire : voici des animaux de toute espèce, ânes, chameaux pour les transports, buffles massifs et slupides pour la charrue ; les dix-sept charrues de rexploilation sont des espèces d*ancres grossières analogues & celles qu'on voit représentées dans le mastaba de Ti et sur les monuments les plus anciens. Quand les buHifs ou liuflles ne sufflsenlpas, on y attelle les chameaux, les ânes môme au besoin, et rien n'est plus boufl'on que devoir la grande bête fantastique et rclive accouplée à la charrue à côté d'un petit ànc têtu, tandis que le fellah chargé de les conduire rit aux éclats et semble s'amuser de les voir refuser le travail. Voici Taire sur laquelle on battra les récolles ; le blé ou les fèves y sont disposés en rond et les buffles hâlent par dessus un traîneau monté sur des rouleaux qui écrasent la paille et font éclater les épis ou les cosses. Avec cette pratique on n'a jamais, en Orient, que de la paille hachée, mais elle est plus facile à lasser dans un sac et à porter en croupe pour la nourriture du cheval. A la ferme, les chevaux

GRANDS PROPRIÉTAIRBS INDIGÈNES 267

vivent du fourrage récollé sur place ; le travail fini, on les mettra au vert sur le trèfle qui commence à sortir de lerrc et qui depuis la crue a poussé presque à vue d*œil. Un champ de sorgho, un autre de maïs, une plantation de cannes, des carrés de fèves, d*oignons, de concombres, les bouquets de dattiers qui dressent leurs éventails au-dessus des cases, donnent aux ouvriers et au maître tous les éléments de leur nourriture habituelle. Ce qu'ils ne consomment pas est à vendre .

L'eau est fournie par une roue à pots {sakieh) qui grince au bord du Nil, tournée par un buffle. On va la remplacer par une pompe à vapeur dès que l'autorisation, sans laquelle on ne peut nulle part établir de pareilles machines, sera arrivée du Caire ; le moteur actionnera de plus un moulin à farine où Ton portera les grains récoltés dans celte propriété et dans les autres.

Une ferme voisine, un peu plus grande, est elle aussi, consacrée à tous les genres de cultures et d'élevage. En aval, la famille vient d'acheter un grand morceau de terre de la Daïra Sanieh avec l'obligation d'y continuer la culture

ftm I-A TRANSFORMATION DE L KGYPTE

clos cannrs : elle a pris aussi, chose hardie, des actions do la compagnie nouvelle qui a acheté les domaines de la Dalra.

Pour alleindre les champs de cannes, nous remontons pendant une demi-journée le Nil sur la dahabieh de la famille, un bateau ponté avec une minuscule cabine où Ton pourrait dormir, une voile, un gouvernail massif, une paire d'avirons pour le calme, un mousse, deux matelots et un reïs patron). La dahabieh vaut de six à sept cents piastres (200 francs). Pour visiter ses diverses propriétés, la famille possède encore des chevaux et chameaux de selle, un dog-carlj un landau pour les jours de gala. En temps ordinaire, on n'attelle presque jamais ; aussi, le jour de notre arrivée, les chevaux ont-ils refusé de traîner le landau, puis le dog-carl, en menaçant d'enfoncer les caissons à coups de sabots.

Ces propriétaires, malgré leur gravité imperturbable, sont dune activité toujours éveillée ; ils ont cent affaires à la fois, le transport des vivres pour les troupes anglaises, un convoi h mènera travers le désert et malgré les Bédouins, du Xil à la mer Rouge, une entreprise de fouilles

GUANIIS l*HOPRlËTAIRii:S INDIGENES 209

archéologiques. Voilà une fainilic qui ne laisse pas dormir ses capitaux : elle se met aux procédés d'exploitation occidentaux, elle les adopterait môme plus vite si les jeunes gens élevésau Caire par des Européens avaient la libre disposition de leur part. Mais, en Egypte, chez les Copies comme chez les musulmans, le chef de famille est tout puissant : ni Tâge, ni le mariage n'émancipent les fils de son autorité; un homme mûr n'entrera jamais dans la salle où se trouve son père, ne s'assoiera pas, ne mangera, ne fumera, ne boira pas sans être invité par lui. Qu'on juge par là de la subordination des enfants en matière d'intérêts.

La propriété reste indivise sous l'administration des hommes dirigés par le chef de famille. Les lois récentes établissent le partage entre les héritiers comme il se pratique en France ; mais les antiques usages résistent, protégés par quelques restrictions à la loi qui permettent, dans certains cas, à l'aîné de garder la terre, pourvu qu'il serve aux cadets une pension équivalente à leur part; enfin la liberté de tester, plus grande qu'en France, défend elle aussi la tradition.

270 >-^ TRANJ^FORMATION DE 1. KGYPTK

Voici \o type de pruprirlé raniiliaio lo plus intéressant qu'il nous ail élé donno do voir. A Ualiana, petite ville sur lo Xil d'où Ion part pour aller visiter au pied de la falaise déserte les restes d'Abydos et une ancienne forteresse pharaonique, il n'y a pas d'hôtel ; les voyageurs recommandés sont reçus delà manière la plus large par une famille copte qui possède de grands domaines, (^es biens sont la propriété commune de huit branches sorties du même tronc, comprenant pros de soixante-dix personnes, qui restent unies dans une sorte de société commerciale. Le groupe est présidé par le chef de la branche aînée : chaque année on fait le bilan et on partage les bénéfices. L'indivision permet de conserver assez de terrains pour pratiquer la grande culture et assez de capitaux pour acheter des machines. La famille en question possède plus de 6.000 hectares divisés en plusieurs fermes ; elle a sa pompe à vapeur pour Tirrigàtion, son moulin à vapeur, sa sucrerie, fondée en 1882 et occupant i5o ouvriers dirigés par un mécanicien européen. Toutes ces installations n'ont pas été faites sans de nombreuses et longues délibérations, carl'admi-

Page 1