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en été de la fonte des neiges abyssines, des pluies équatoriales et se met en crue de juin à septembre ; il se répandait d'un bord à l'autre de la vallée et rentrait lentement dans son lit entre octobre et décembre, laissant sur les champs un limon qui les fécondait et dans la terre une humidité qui devait suffire jusqu'à la prochaine inondation.
« Salut ô Nil, dit un cantique du temps des Pharaons, toi qui viens en paix pour donner la vie à l'Egypte. Tu abreuves la terre en tout lieu, seigneur des poissons, créateur du blé, producteur de l'orge. »
La crue du Nil pour l'Egypte est comme la mousson pour l'Inde; sans elle, pas d'eau, pas de récoltes, la famine; si elle tarde, si elle est insuffisante, les plantes ne germent pas à temps ou sèchent sur pied. Mais qu'elle vienne à point et les cultivateurs peuventcompter sur une bonne récolte ; ils n'ont pas à craindre la grêle, et les gelées ne se font sentir que dans une partie de la vallée et par exception. Le seul danger est la sécheresse qui devient extrême en juin (i). Le
(i) Pour le climat, pages 23-26.
Nil est alors réduit à la moitié de sa largeur ordinaire ; mais vers la fin du mois, Tinondation est annoncée si tout va bien. Elle met six semaines à se propager depuis la zone tropicale jusqu'aux bouches du fleuve. D'abord arrive le Nil vert, coloré par les débris des plantes aquatiques qui se sont emparées du lit du fleuve dans les plaines soudaniennes au cours de l'été et que le premier flot balaye; il coule plusieurs jours, pendant lesquels Teau n'est pas bonne. Puis le fleuve apparaît sous la couleur du limon fertile qu'il a arraché aux montagnes volcaniques d'Abyssinie ; c'est le Nil rouge qui gardera sa teinte jusqu'à la lîn de l'inondation. On attend avec impatience le moment où les colonnes graduées des nilomètres indiquent que la crue atteint une hauteur suffisante ; il faut que l'eau s'élève à à 4 ni- 70 ^u moins au-dessus de l'étiage à Roda, près du Caire, mais dans les bonnes années le niveau monte de 7 m. 5o à ce nilomètre, de 11 m. 70 à Louqsor, de 1 5 mètres à Assouàn. On donne enfin l'ordre d'ouvrir les digues et la brèche se fait en cérémonie au milieu d'un immense concours de peuple. En 1798, Bona-
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parte présida, entouré de son étal-major, à Touverture de la digue du Caire et jeta des pièces d'or au premier bateau qui passa avec Teau dans l'intérieur des levées.
Aujourd'hui ou substitue à Tinondation naturelle l'irrigation méthodique. Entre les deux, la transition est faite par le système usité dans la plus grande partie de la Haute-Egypte où des levées divisent, d'amont en aval, le sol cultivable en grands bassins réunis au Nil et communiquant les uns avec les autres par des canaux temporaires. Les fossés sont curés et remis en état chaque année deux mois avant la crue par une multitude d'ouvriers fellah (ju'on voit travailler en fourmilières, vêtus dune chemise bleue, ou à demi-nus sous une sorte de pagne, les uns enlevant l'alluvion légère à coups de bêche, les autres la transportant dans des couffins de palmes. Il faut que le travail soit fini à temps, sans quoi l'inondation ne produirait pas tous ses effets. L'eau bienfaisante, chargée de limon rouge, passe par les brèches, noie les terres basses, couvre le pied des palmiers, entoure, comme un lac inuueuse, les
murailles massives des monuments antiques. Les villages de pisé aux maisons cubiques émergent sous leurs bouquets de palmiers, maison ne peut les aborder qu'en passant Teau ; les Européens ou les riches indigènes y entrent à cheval ou sur le dos d'un fellah, les gens du commun barbottent, tirant derrière eux un âne rétif ou un chameau entêté que d'autres frappent à coups de trique, les paysannes se retroussent infiniment plus haut que la décence ne le permettrait chez nous, mais n'oublient pas de cacher leur ligure sous le voile. Plus loin du \il, sur les terres hautes, voisines des deux falaises, l'eau envoyée par les canaux est élevée dans les pots des sakiehs, roues de bois mues par des buffles, dans les seaux des chadoufs maniés à bras et parfois superposés en deux ou trois étages; elle est distribuée par un réseau de ruisselets boueux, courant entre des bourrelets de limon que le fellah ouvre ou ferme d'un coup de pied. Ainsi la crue remplit lentement et l'un après l'autre les divers bassins de la vallée qui se succèdent d'amont en aval ; elle met plusieurs semaines à descendre jusqu'au Caire, car la pente d'Assouàn à la capi-
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taie n'est que de 91 mètres, soit 11 centimètres par kilomètre.
Dans le Delta, le système des bassins a fait place à la véritable irrigation méthodique, caractérisée par la suppression de Tinondation, la création de réservoirs qui retiennent les eaux de crue et rétablissement de canaux permanents qui les distribuent régulièrement aux terres pendant toute Tannée. On a voulu, par là, s'efforcer d'augmenter la superficie qui est arrosée sans jamais être submergée et de diminuer celle qui reste improductive pendant les quatre mois d'inondation. Ainsi on gagne le temps de faire une rapide récolte de maïs, de légumes et de bercim (trèfle), juste de quoi nourrir le fellah et son bétail ; le reste de Tannée, comprenant deux saisons, hiver et été, qui peuvent donner deux récoltes, est soit pour les céréales, soit pour le coton et la canne à sucre, cultures les plus profitables au Trésor public et aux capitaux européens. Les deux plantes industrielles qu'on vient de citer demandent huit à neuf mois pour mûrir, elles sont sur pied au moment de la crue ; il faut donc préserver de l'inondation les terrains «pTon leur
a consacrés. Elles ont besoin d'un arrosage systématique, parcimonieux pour le coton, par moments très abondant pour la canne. Leur culture impose donc l'irrigation méthodique, pour laquelle on a créé réservoirs et canaux dans le Delta et, plus récemment, dans la Haute-Egypte.
Si le lac ou plutôt le réservoir Mœris a existé tel qu'Hérodote le décrit, il aurait retenu dans la dépression du Fayoum, derrière des digues et un barrage aujourd'hui disparus, une grande partie des eaux de crue pour les distribuer aux terres du Delta. Cet immense travail, exécuté 2.000 ans avant notre ère, serait tombé en ruines faute d'entretien, à une époque encore indéterminée.
Pour trouver des œuvres de cette taille, il faut aller jusqu'au dix-neuvième siècle où Ton arepris et élargi la conception des souverains de la XII° dynastie.
L'initiative des travaux actuels vint des ingénieurs français, appelés par Mohammed-Ali, le fondateur de l'Egypte moderne. Pour irriguer la Basse-Egypte, la meilleure partie du pays, Mougel commença en 1837 un immense barrage qui devait retenir l'eau du Nil à la naissance du