L IRRIGATION SUBSTITUEE A L INONDATION
Delta ; les travaux durèrent dix ans et coûtèrent beaucoup plus cher qu'on ne l'avait prévu parce que les fondations furent difficiles à établir dans la terre meuble. Mohammed abandonna l'œuvre, Saïd et Ismaïl la reprirent, enfin le barrage fut achevé de i885à 1890 par des ingénieurs anglais qui y dépensèrent 12 millions de francs ; il élève le niveau du Nil de 1 mètre seulement et, par conséquent, ne donne pas tous les résultats qu'on espérait.
Dans la Haute-Egypte, Ismaïl fit creuser, il y a trente années, des canaux destinés à fournir, en toute saison, l'eau nécessaire aux plantations de cannes établies sur ses domaines ; mais il n'avait pas construit de barrages destinés à retenir l'eau du fleuve, il se bornait à prendre la part qui lui convenait sans s'occuper de savoir si ce qu'il laissait dans le lit suffirait à ses sujets.
Depuis l'occupation britannique, le service des eaux a passé entre les mains d'ingénieurs anglais qui ont une autorité discrétionnaire et sont indépendants dos autres administrations. Leur principe estceluide Mohammed-Ali, mais ils ne se bornent pas à reprendre les anciens
plans, ils les transfigurent à force de capitaux et d'audace. Ils viennent de jeter un immense barrage, long de 2 kilomètres, entre les rochers qui étranglent le Nil, en amont d'Assouân, à la première cataracte. Cette digue est en granit fondé sur le granit; elle a 3o m. de large à la base, 7 au sommet, et 21 m. 5o de haut; au moment le plus fort de la crue, elle maintiendra le niveau du fleuve à une vingtaine de mètres au dessus de Tétiage. 180 vannes permettent le réglage et la distribution de l'eau ; une écluse à cinq portes, pratiquée sur l'un des côtés, donne passage à la navigation. La construction a duré un peu plus de quatre ans et la dépense s'est élevée à 100 millions de francs.
Nous avons vu le commencement des travaux en novembre 1898; on y comptait déjà plusieurs milliers d'ouvriers. Les ouvrages grossiers étaient faits par des fellah payés o fr. 75 par jour ; l'extraction, la taille du granit était confiée à des Italiens qui recevaient 3 à 5 francs ; tout un monde de contremaîtres et d'ingénieurs parlaient toutes les langues de l'Europe, l'anglais dominant; un village de terre et de bois, des
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cantines, un restaurant italien et grec où nous limes un excellent déjeuner, couvraient la plaine entre la rivière et la ligne ferrée qui a son teriniiius à la première calaracte.
Pour compléter l'œuvre d'Assouân, les ingénieurs anglais construisent un barrage de 65o mètres de long à la hauteur d'Assiout, entre la première cataracte et l'ouvrage commencé par ^Nlougel. Par les travaux d'Assouân et d'Assiout, on compte retenir plus de i milliard de mètres cubes d'eau (i.o65.ooo.ooo d'après les dernières estimations).
L'immense digue d'Assouân a été inaugurée solennellement le lo décembre 1902, en présence du duc de Gonnauglit, frère du roi Edouard VIL Son office va commencer avec la crue de 1908. Elle retiendra les eaux à un niveau si élevé, que les merveilleux temples de l'île de Philœ resteront à demi-noyés pendant cinq ou six mois de l'année : les protestations des archéologues n'ont réussi (ju'à obtenir quelques travaux de consolidation. On s'empresse «n ce moinenl (\o recueillir toutes les inscri[)lions îles parties inférieures avant qu'elles soient submer-
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gées. La science et l'art n'ont rien à voir avec l'entreprise ; pourtant les ingénieurs avaient accepté, à ce qu'on rapporte, d'examiner un projet de décoration, présenté par une Américaine qui voulait couronner l'ouvrage d'un bas-relief en style pharaonique où le khédive Abbas-Hilmi, eût distribué la fécondité aux douze provinces de l'Egypte antique. On a rejeté la proposition comme trop coûteuse.
L'œuvre des ingénieurs anglais est un placement, et voici ses deux principaux objets d'après lord Alfred Milner [England in Egypt).
1° Augmenter la superficie cultivable aux dépens du désert.
2" Remplacer dans la Haute-Egypte le système des bassins submergés par celui des canaux permanents d'irrigation, qui permettront de développer les cultures rémunératrices comme celle de la canne.
On compte que les terres conquises sur le désert s'étendront sur i million et demi de feddans (i) ; elles api)artiendront à l'Etat et seront
(i) Le feddan = 4-î arcs, un iteu plus que l'acre dAnglelerre (= 40 ares. 4*JJ •