‹ La transformation de l'ÉgypteChapitre 15 sur 30 · TRANSFORMATION AGRICOLE. — CREDIT COMMUNICATIONS · texte numérisé non relu

TRANSFORMATION AGRICOLE. — CREDIT COMMUNICATIONS

Pourvu qu'on lui donne l'eau, la terre d'Egypte peut produire toute l'année, car elle ne connaît point de véritable hiver comparable à celui qui chez nous suspend la végétation (i). Les plantes se succèdent l'une à l'autre sans interruption, et Ion fait deux récoltes, trois m'ème dans les terres qui ne sont pas noyées pendant les quatre mois de crue.

(i) Publicalions officiellc's : Essai de slaiislique agricole I»ublié pour 1887 et pour 18S8, par Boinet-Bey lauteur du Dictionnaire géographique de l'Egypte), Le Caire. — Xotes on Egyplian Crops. Le Caire, 1896.

Nous nous sommes servis dans ce chapitre et les suivants des statistiques commerciales indiquées dans rAvantpropos.

Après l'inondation, c'est la saison des cultures appelées d'un mot assez impropre, cultures d'hiver — blé, trèfle, fèves — qui commencent dès que cesse la crue, vers le milieu d'octobre en Haute-Egypte, avec les premiers jours de novembre entre Assiout et le Caire, à la fin de décembre dans le Delta. A peine l'eau s'est-elle retirée de la vallée, qu'on voit le limon disparaître sous la poussée des bourgeons, et qu'en deux ou trois jours, grâce à Teau et au soleil, les champs passent du jaune uniforme à toutes les nuances du vert. Ce sont les promesses de la récolte qui se fera en février dans la Haute- Egypte, en mars dans la Moyenne, en avril dans le Delta, et qui était la plus riche de l'année avant l'introduction du coton et de la canne.

Viennent ensuite les cultures d'été qui durent d'avril aux mois de juillet et d'août, et qui rendent moins que les précédentes en céréales et légumes à cause de la sécheresse croissante. Le riz du Delta inférieur et du Fayoïim, la canne à sucre de la vallée, le coton de la Basse-Egypte (dans sa première croissance) sont semés au

commencement de l'été, mais n'arrivent à maturité qu'à la fin de l'année.

La saison intermédiaire, qui va de juillet à octobre, correspond à la période de crue ; à cette époque, les terrains qui ne sont ni submergés ni plantés en riz, coton ou cannes, peuvent, s'ils reçoivent assez d'eau par l'irrigation, fournir une troisième récolte. Alors, dans le Delta, le maïs arrive à maturité en soixante-dix jours, les légumes sont produits en assez grande abondance.

Sur (S millions de feddans, l'Egypte compte 5. 704. 123 feddans cultivés dont 1.222.000 en blé, 1.542.240 en maïs, 879.000 en coton, 66.000 en cannes suivant les statistiques de l'année 1900.

L'Egypte a de nombreux arbres fruitiers, dont les plus beaux sont les palmiers-dattiers qui donnent l'ombre à chaque village, et dont les fruits mûrissent au mois d'août ; il en existe 27 variétés. Les dattiers qui prospèrent « les pieds dans l'eau et la tète au soleil » deviennent de plus en plus nombreux à mesure qu'on avance dans le désert ou vers le Sud. On trouve, pour 100 feddans: II dattiers dans la province de Menoufieh, une des plus fertiles de la Basse-Egypte, 928 dans

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celle d'Assouûn, 1.074 dans les districts dlsmaïlia, El Arich et Suez ; en moyenne 5i dans la Basse-Egypte, 161 dans la Hautc-Eg-ypte, 99 dans l'ensemble du pays (1). Parmi les autres palmiers, il faut citer le doûm de la Haute-Egypte et delà Nubie, souvent figuré sur les monuments thcbains, dont la noix contient une partie comestible, et dont le bois sert à la construction. Les orangers, les grenadiers, les figuiers sont nombreux dans le Delta où leurs fruits se récoltent à partir de septembre. Les raisins mûrissent en Egypte, mais, sous l'influence de l'islam, on a cessé d'y faire le vin dont la fabrication était connue au temps des Pharaons.

En fait d'arbres, l'Egypte ne connaît guère que ceux qui portent des fruits ; les acacias, les mimosas, les eucalyptus, qui donnent l'ombre aux promenades du Caire et aux avenues de quelques villes, ont été plantés au dix-neuvième siècle ; de même ceux qui ornent les parcs des palais et châteaux. Pour encourager la culture des arbres de toute espèce, Mohammed- Ali exempta d'impôts

(1 Les palmiers sont soigneusemenl recenses, car leurs propriétaires payent un imixjt spécial.

Mi;tin. — IJcrypte. 1^

les plantations d'acacias dans le pays entier, et les jardins établis sur les bords du canal Mahmoudieh (Delta), mais ces privilèges n'ont pas été maintenus. L'Egypte ne possède pas de forêts; des champs ou le désert, voilà tout ce qu'elle offre en dehors des villes. Aussi doit elle importer d'Europe ses bois de construction qui arrivent surtout par les ports autrichiens. Les bâtons de frêne qui sont l'insigne des fonctionnaires ruraux, viennent par cargaisons de la Turquie d'Asie.

La graisse nécessaire à l'alimentation est fournie surtout par les graines oléagineuses, sésame, arachide, colza, laitue, carthame, ricin, dont la culture prend plus d'importance à mesure qu'on s'éloigne vers le Sud et que les animaux domestiques se font plus rares. Dans TEgypte propre, on consomme le lait des brebis, des chèvres, des bufflonnes, on en fait du beurre, mais ces produits sont médiocres et peu abondants : l'Egypte n"a point de pâturages, elle ne connaît que les prairies artificielles où le trèfle, le fenugrec, la luzerne, la gesse, la houquc. poussent après la crue ; pendant l'été le fourrage manque souvent. Les animaux de boucherie sont les mou-

tons et les chèvres dont on compte en moyenne, par 100 feddans, i4 dans le Delta, 2-5 dans la Haute-Egypte ; les buffles, ânes, chameaux, chevaux, s'emploient comme bêtes de somme; on en trouve, par loo feddans, 17 dans le Delta, arrosé toute Tannée, i3 seulement dans la Haute-Egypte, plus sèche. En tout, TEgyplc possède (1897), 1.668.860 animaux domestiques.

Les plantes tinctoriales, indigo, henné, perdent de leur importance.

Depuis les temps les plus anciens, l'Egypte produit en abondance les fèves, lentilles, pois, les oignons et ails, les tomates, les salades, les épinards, l'oseille, le pourpier, le cresson, les carottes, navets, céleris, radis, les courges, les concombres, les melons, les pastèques, toutes plantes qui, dans le limon du Nil, croissent avec une rapidité inconnue à l'Europe, mais prennent peu de saveur. Le fellah en consomme des quantités. On exporte ceux de ces produits qui peuvent se conserver. En achats de légumes secs seulement, l'Angleterre, principale exportatrice, déboursait, en 1896, £34^.538, en 1899, £325.i45-

C'est par les céréales que l'Egyple fut dans

l'antiquité un des greniers de Rome. Parmi ses productions agricoles, le blé et le maïs occupent encore aujourd'hui le premier rang ; ils donnent en moyenne plus de 70 millions d'hectolitres par an. Jadis la quantité qui n'était pas consommée sur place s'exportait sous forme de grains, car les Egyptiens ne savaient moudre qu'avec l'antique moulin à bras. Depuis quelques années on a commencé à faire surplace la farine en employant les moteurs à vapeur. Le nombre des minoteries paraît destiné à s'accroître à cause des avantages qu'elles assurent à ceux qui les possèdent. Le propriétaire d'un moulin mécanique devient en effet le véritable maître de la production dans son district, parce qu'il est l'intermédiaire nécessaire entre le cultivateur et l'exportateur européen ; il impose donc ses conditions au premier en se conformant aux demandes du second; c'est lui qui chaque année fait augmenter ou diminuer l'étendue des champs de céréales suivant les besoins du marché. 11 tient d'ailleurs le producteur sous sa dépendance, parce qu'il lui consent des avances remboursables, avec les intérêts, sur les prix de la récolte future. Il essaye

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aussi de tirer bénéfice de la vente en gros, en jouant à la Bourse et en s'efTorçant de conclure d'avantageux marchés à terme. L'exploitation du cultivateur est familière aux riches indigènes, les opérations de Bourse commencent à n'avoir plus de mystères pour eux ; aussi la fabrication de la farine et, en général, la transformation des produits bruts sont-elles des entreprises où les capitalistes indigènes rivalisent avec ceux d'Europe. Le nombre des moulins ne saurait s'accroître indéfiniment, car l'exportation des céréales et des farines reste stationnaire, tandis que leur importation augmente régulièrement comme le montre le tableau suivant :

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