‹ La transformation de l'ÉgypteChapitre 16 sur 30 · ANNÉES EXPORTATIONS IMPORTATIONS · texte numérisé non relu

ANNÉES EXPORTATIONS IMPORTATIONS

4893 3.096.3il 868.749

1899 2.670.iUi 1.021.503

Les principaux importateurs sont la Turquie, la Russie, l'Angleterre, la France dont les expéditions de farines seules valaient, en 1900, 3.689.000, en 1901, 5.858.000 francs.

L'importation des céréales augmente parce que la superficie consacrée à leur culture diminue au profit de la canne à sucre et du coton introduits parles Européens. On a vu déjà que ces deux plantes demandent pour mûrir plus de temps que les autres, qu'elles doivent être tenues hors de l'inondation, et qu'elles exigent une irrigation constante et méthodique ; il a fallu pour elles des canaux, des pompes à vapeur destinées à fournir un débit constant sur les terres hautes, enfin un contrôle permanent des petites rigoles qui distribuent l'eau entre les pieds.

L'eau ainsi mesurée n'apporte pas assez de limon pour réparer les pertes de la terre ; il faut donc après la récolte changer les cultures, laisser le sol en jachères, ou le restaurer par des engrais.

Le fumier, autrefois, ne s'employait pas en Egypte pour amender les champs ; comme dans tout l'Orient, il servait de combustible parce que le bois est rare ; les amas de débris, de paille, de

litière qu'on trouve hors de chaque village sont comme une réserve où Ton vient puiser pour alkimer du feu ; c'est ainsi qu'il faut se représenter le fumier de Job (i). Une autre espèce de combustible est formée par la fiente des bœufs et des buffles ; les femmes la recueillent, la pétrissent avec de la paille hachée et la plaquent en galettes sur les murs de pisé où elle sèche au soleil avant d'être employée pour cuire le pain et les aliments. Quant à la fécondation de la terre, jadis le Nil y pourvoyait. Aujourd'hui, ceux qui cultivent le coton et la canne doivent utiliser le fumier des pigeons, acheter le guano des chauvessouris aux gardiens d'hypogées, exploiter plus qu'autrefois les débris décomposés des cités antiques (2) ; ils commencent à prendre des en-

(1) Il en était ainsi dan? la Grèce primitive. « La légende d'Augias, dit Pausanias, cité par M. Guiraud, prouve peutêtre quau début on ne songeait pas à employer le fumier, puisque ce prince le laissait s'accumuler indétiniment dans ses étables. » M. Guiraud ajoute: « Pline voit dans celle légende la preuve qu".\ugias imagina le premier d'employer le fumier comme engrais. Roscher est d'avis qu'on jetait alors le fumier à la rivière, de même qu'en Sibérie... » (Paul Gi'iR.\rD, La Propriété foncière en Grère. p. 46î>-^

(2) Manures and Soil Exhauslion in Egypl (publication officielle), Le Caire, iS^n.

grais chimiques aux maisons allemandes qui cherchent un débouché dans l'Egypte. Le gouvernement favorise le transport des engrais par des tarifs spéciaux.

L'administration anglo-égyptienne pousse au changement de cultures et de procédés, en développant le crédit. Sous le régime anglais, des banques dont la plus importante est la National Bank of Egypt ont été fondées pour placer en Egypte une partie des immenses capitaux britanniques toujours en quête d'emploi. L'Angleterre ne connaît pas le bas de laine plein d'argent qui dort, elle n'aime pas les placements — sûrs parfois, toujours peu rémunérateurs — en rentes ou titres garantis par les Etats ; il lui faut des entreprises où les risques soient balancés par la chance d'un profit considérable.

Les banques anglaises du Caire et d'Alexandrie ont prêté d'abord aux commerçants, aux armateurs, aux fabricants ; elles se tournent maintenant vers les cultivateurs. A la suite d'un accord conclu dans l'année i90i> entre le gouvernement et la National Bank of Egypt, un Crédit agricole va être constitué au capital de £ 2.5oo.ooo. Cette

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entreprise consentira aux ai^riciilteurs des {)rèls dont le gouverneiuent lui garantira le remboursement. Le laux de Tinlérèt de ces prêts sera dr o p. loo. Ce n'est |)oint par philanlhropie qu'on va offrir ainsi de l'argent aux Egyptiens, mais comme les gros propriétaires et les marchands qui pratiquaient jusqu'à présent l'usure dans les campagnes prélevaient jus([u'à 4o p. loo d'intérêt, le (Crédit agricole, tout en faisant les atïaires des capitalistes anglais, mettra les Egyptiens en état de suivre plus aisément l'impulsion qui leur vieid d'Europe.

Ee développement des moyens de communication conirihue au même résultat. Sans doute il est dû principalement à des considérations })olitiques, mais ses elTets économiques sont considérables.

i^es chemins de ter importants appartiennent pourla plus grande partie à l'Etat; leur construction a commencé en i855 par la voie ferrée d'Alexandrie au ('aire, elle a été poussée très activement depuis l'occupation anglaise. Aujourd'hui, le Caire est relié à toutes les villes importantesdu Delta, à Suez par Ismaïlia (et d'Ismaïlia

à Port-Saïd par un tramway à vapeur (i) de la Compagnie du canal) enfin à Louqsor, en Haute- Egypte, par une ligne qui remonte toute la vallée. De Louqsor, la grande ligne se prolonge par une voie étroite qui se termine à Assouàn, près de la première cataracte et qui a été achevée pour l'expédition de 1898 contre les Derviches. Entre la première et la deuxième cataracte, la seule voie de communication est le Nil. Mais ensuite commence la ligne stratégique qui vient d'atteindre Khartoum.

Les ouvrages d'art construits par les ingénieurs anglais, dans les dernières années du dixneuvième siècle, sont relativement importants. 11 y a peu d'années, on ne trouvait au sud du Delta qu'un pont sur le Nil, celui du Caire, bâti en 1870 par une maison française. Les Anglais ont lancé avant l'expédition du Soudan celui de Nag-Hamadi, long de 4oo mètres, oiî passe la ligne de Louqsor. Après la prise d'Omdourman, la construction du grand pont de fer sur l'Atbara (ligne de Khartoum) a été enlevée

(1) La voie va être (Margi^^ ("t doublée entre Ismaïlia et Port- Saïd.

par uiia maison américaine qui a promis de le livrer en quarante-deux jours pour i.jo.ooo francs, tandis que les concurrents anglais demandaient six mois et demi et r>5o.ooo francs. La ligne stratégique du Soudan n'est pas comprise dans le tableau suivant qui s'applique à l'Egypte seule.

CHEMINS DE FER DE l'ÉTAT ÉGYPTIEN (1892-igOO)

Années. Longueur. Nombre de voyageurs. Marcb. transportées Procluit net.

milles (1)

tonnes

p]n 1900 les frais d'exploitation se sont élevés à97i.49ÔL. E., soit 45 p. loodes recettes brutes (2.108.877 L. E.).

Outre les 1.390 milles de chemins d'Etat, l'Egypte avait 780 milles de voies particulières comprenant pour la plus grande partie de petites lignes destinées à l'exploitation agricole, soit en tout .-3.173 milles de chemins defer dont 908 milles d'État et 55rî milles aux particuliers dans le Delta, 435 milles d'I'^tat et 228 particuliers en Haute- Egypte.

(1) Le mille anglais = 1G09 m. 3i.

L'Egypte a des chemins de fer et n'a pas de routes. Quand on n'emploie pas les lignes ferrées, les transports se font à dos d'hommes, d'ânes, de chameaux ou par le Nil, qui demeura longtemps la seule voie de communication pratique pour les longues distances : chez les anciens Egyptiens, le véhicule des dieux n'était pas un char, mais un bateau.

La navigation est toujours très active quand l'état du fleuve le permet ; les changements de niveau, les bancs formés par les alluvions de la crue la rendent assez difficile et toujours fort lente ; les bateaux s'arrêtent pendant la luiit. La plus grande partie des transports fluviaux est faite par des barques indigènes de ir> à 60 tonnes qui marchent à la voile. Les Européens ont récemment introduit les bateaux à vapeur. Dans la Haute-Egypte, la compagnie commerciale Taoïifikieh, qui date de 1889, et deux entreprises anglaises de voyages pour touristes, ont des services régidiers au moins pendant la saison (lin novembre à mars). Entre le Caire et Alexandrie un service a été établi en 1899 i^mr VAmilo-Americnn Companij.

Le transport par eau n'a qu'un avantage sur le transport par voie ferrée, c'est de coûter 90 à 5o p. loo de moins ; aussi est-il clioisi pour les marchandises lourdes, qui peuvent attendre et ne sont guère exposées à se détériorer, coton, graines de coton, matériaux de construction, fer, machines, houille.

La navigation fluviale est un auxiliaire très précieux de l'industrie naissante, et on l'emploie d'autant plus volontiers que l'assurance des cargaisons contre les accidents et le vol est pratiquée depuis quelque temps par des Compagnies anglaises.

11 faut enfin noter poruii les circonstances favorables à l'évolution économique le développement des services postaux et télégraphiques. L'Egypte avait, en 1900, 3i8 bureaux de poste urbains, 187 bureaux ambulants et ^07 bureaux de village; la circulation intérieure des lettres, journaux et colis avait passé de i5.!>7o.ooo unités en 1895 à 23.017.000 en 1900: (en France, pour l'année 1899, 2.170.000.000 unités). L'Egypte a une Caisse d'épargne postale depuis 190]. Les nations étrangères qui entretenaient

jadis, comme en Turquie, leurs postes nationales, ont abandonné ce privilège à l'exception de deux, parmi lesquelles la France.

L'Egypte possède un réseau télégraphique de 2.365 milles, qui a transmis 2.299.988 dépêches en 189.5 et 4-25o.57i en 1900 : (en France,

Tout en donnant les instruments nécessaires au contrôle britannique, on a, par toutes ces créations, favorisé les entreprises des capitalistes européens, que nous allons voir à l'œuvre dans l'exploitation des deux grandes cultures industrielles.

La culture du coton (i) n'a commencé à prendre une grande importance qu'après l'avènement d'Ismaïl (i863), mais elle date de Mohammed-Ali qui la fit importer des Indes en 1821, sur le conseil d'ingénieurs français. L'intention du grand pacha était de s'enrichir par des cultures nouvelles et il exécuta son plan avec les moyens du despotisme oriental ; la terre, en effet, avait été déclarée propriété du vice-roi, les cultures se faisaient suivant les demandes du marché européen, tantôt plus de riz ou d'indigo, tantôt plus de coton. Les produits étaient

(1) Dans ce chapitre, le suivant, et le dernier du livre on a utilisé les documents, surtout les statistiques commerciales, déjà indiqués, mis à profit divers renseignements de source particulière, pour ce qui concerne l'industrie qui n'a pas encore fait l'objet d'enquêtes officielles spéciales; on a tiré des renseignements d'un mémoire autographié de !\I. Georges Socolis (d'Alexandrie^. L' Egypte, son histoire économique depuis trente uns, 1902, qui a valu à son auteur le diplôme du Collège des sciences sociales.

portés aux magasins du vice-roi qui s'attribuait le monopole du commerce, prenait une partie des apports à titre d'impôts, payait le reste aux cultivateurs et revendait le tout aux Européens. Aujourd'hui que Ton a rendu aux Egyptiens une partie de leurs terres, le coton est produit principalement sur celles que le Domaine a conservées dans le Delta et que la Commission internationale de la Dette fait administrer au profit des créanciers. A côté du Domaine, un certain nombre de propriétaires plantent une superficie qui change avec les années. L'Egypte actuelle produit quatre sortes de coton (i).

1° Le Mît-Afifî, le plus ancien en date, cultivé surtout dans le Delta, (^e plant croît d'avril à décembre ; en le recouchant on obtient une seconde l'écolte pour le mois daoùl de l'année suivante. C'est lui qui donne le meilleur rendement à Tégrenage. Il est le plus répandu et fournit la plus grande partie du coton égyptien.

(i) D'après \e Journal de la Sociélé khédiviale d'agricullure. mars-avril 1902. Voir encore /fei'Ht' des cullares coloniales, iSgj, )). •2/'|3-2/'i7 ; Ch. Pensa, Les Cultures de rÉgijpfe, Paris, i<S()7 .■ Lecomte, Le Colon, cl Dulmies, Oui>. cil., p. i9',.

2° L'A bassi, planté depuis longtemps dans certains grands domaines, demande plus de soins que le précédent, mais il est de meilleure vente quand sa qualité est parfaite. Il peut donner des récoltes trois années de suite, mais, à partir de la deuxième, la fibre devient moins résistante.

3° Le Yannovich, introduit dans les dernières années du dix-neuvième siècle, peut, lui aussi, donner trois récoltes mais sans rien perdre de sa qualité : sa fibre mince, soyeuse, résistante, comparable à celle de la « fine floride » américaine, lui vaut un prix plus élevé que celui des autres espèces, mais il rend à l'égrenage 9 p. 100 de moins qu'elles.

4° VAchoLimi, cultivé dans la Ilaute-Egyple, tandis que les variétés précédentes appartiennent au Delta, est une espèce inférieure et qui rend à l'égrenage 5 à 7 p. 100 de moins que le Mît-Afifï. On se préoccupe de le remplacer par ce dernier dès que la construction des barrages permettra de donner à la Haute-Egypte une irrigation plus régulière.

Quelques autres variétés comme le Damia. le IJamouni, le Blanc, ont été presque totalement MÉTiN. — Egypte. iv>

abandonnées à cause de leur faible rendement ; on ne les trouve plus guère que chez les petits propriétaires.

La sélection des variétés a été surtout Fœuvre des grands propriétaires conseillés par les acheteurs européens ; le gouvernement l'encourage en faisant des distributions de graines aux cultivateurs.

La culture du coton se pratique dans les 5/7 des villages égyptiens. Elle est la spécialité à peu près exclusive des provinces fertiles et régulièrement irriguées du Nord. Vers la fin de Tannée, le voyageur traverse dans tout le Delta et jusqu'en Moyenne-Egypte des sortes de longues pépinières où les fellah, en chemise bleue, cueillent les flocons blancs du coton sur des arbustes maigres, sans feuilles, alignés le long de rigoles boueuses et dont les branches noires viennent à la poitrine des cueilleurs. La récolte, envoyée à Alexandrie, forme un appoint destiné à combler pour Manchester le vide que peut laisser celle de l'Amérique. Les Etals-Unis, en effet, sont le grand pays producteur pour la quantité et la qualité el ils commandent le marché; les cours

atteints par leurs envois à Manchester sont télégraphiés à Alexandrie et déterminent ceux du coton égyptien.

PRODUCTION DU COTON EN EGYPTE (189O-I900) ANNÉES C:ANTAas(l) ANNÉES CANTARS

EXPORTATION DU COTON BRUT (lSy4-1902) ANNÉES CANTARS VALEUR L. E.

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