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3° Régime intérieur de la colonie.
Chacune des familles dont nous venons de parler est divisée en sections ; la direction de chaque famille appartient à un chef et à un sous-chef de famille, recrutés de la façon suivante (1):
« M. Demetz, en fondant Mettray, fit appel à 20 jeunes gens appartenant à des familles honorables, quilui avaient été particulièrement recommandés. Il les réunit, leur exposa un plan de réforme, et lorsqu'il leur eut communiqué le feu sacré dont il était lui-même animé, il obtint d'eux qu'ils s’enfermassent pendant de longs mois dansune école installée sur les terrains où devait s'élever la colonie, afin de s'initier à tous les devoirs qui allaient leur
incomber. » L
Dans la hiérarchie de chaque famille nous trouvons en plus du chef et du sous-chef un « frère aîné » (2). Ce grade est donné à un colon méritant. Le frère aîné n’est nommé que pour trois mois ; il consigne les infractions
sur un livret signé chaque jour par le chef de famille.
La surveillance, l'éducation et l'instruction professionnelles des enfants sont confiées aux chefs de famille, aidés des sous-chefs, et des frères aînés ; les chefs de famille ont en outre des pouvoirs qui leur sont particuliers : sur le
aussi parfaite que possible des enfants, ce qui est un grand avantage. Sur les murs blanchis à la chaux sont fixées des images et des gravures rappelant les hauts faits de l'histoire de France, les traits de dévouement ou de courage célèbres, elc.; ces gravures sont des récompenses accordées aux enfants. À côté du dortoir se trouvent des lavabos couverts,
(1) Berlier de Vauplane, Cinquant, Meltray, p. 9.
(2) Art. 7 règlement de Mettray.
terrain ils doiventdonner aux enfants desexplications relatives au travail dontils sont chargés ; deux fois par semaine ils doivent faire aux plus méritants un cours d'agriculture ou d'industrie ; tous les jours ils rédigent un rapport qui est soumis au directeur : ils y relatent la conduite des enfants qui leur sont confiés, sans toutefois avoir le droit de porter aucune punition. En outre les chefs de famille sont forcés d'assister à tous les cours ; ils sont appelés à présenter leurs observations dans un conseil qui a lieu à la fin de chaque semaine. Les chefs de famille des fermes sont en outre obligés de tenir un journal agricole dans lequel ils constatent le travail des colons et les faits intéressant la culture qui se sont passés sous leurs yeux (!).
(1) Service économique de Metlray.
a. — Vélements. (Art. 8 règlement de Mettray).
L'uniforme des colons de Mettray, qui se rapproche un peu de celui des marins, se compose en été d’un pantalon et d'un bourgeron de grosse toile; en hiver, d’un pantalon et d’une vareuse de laine bleue. Une prime est accordée aux colons qui maintiennent leur trousseau en bon état.
b. — Nourriture. (Art. 10 règlement de Mettray).
Les colons ont droit à trois repas par jour, pendant lesquels ils ont toujours le pain à discrétion ; en été, comme l'heure du lever est avancée, le nombre des repas est porté à quatre. Ils ont droit trois fois par semaine à 150 gr. de viande.
Comme boisson, on donne pendant trois mois du vin coupé aux trois quarts ou du cidre coupé par moitié ; après les vendanges, de la boisson de marc, et pendant l'été, aux travaux de l'après-midi, du sirop de Calabre.
Enfin, les enfants peuvent se procurer à la cantine des rillettes, du fromage, de la marmelade de fruits ou des fruits pendant la saison, même un verre de vin ; ils donnent en paiement les bons points qui leur sont accordés, et qui sont considérés comme valant 5 centimes dans l'intérieur de la colonie.
4° Travail.
a) Travail physique. — Lors de sa fondation, Mettray, avons-nous déjà dit, futune colonieexclusivement agricole ; puis, comme il fallut.reconnaître que le travail des champs ne convenait pas à tous les enfants, qu'il n'était pas approprié, et ne servirait de rien, par la suite, aux enfants venant des grandes villes, les directeurs successifs de Mettray ont fait une place de plus en plus grande aux diverses industries qui, dans l'idée des fondateurs, devaient seulement fournir à la colonie ce dont elle aurait besoin, et qui aujourd'hui contribuent pour une grosse part à la faire vivre (1).
La direction de ces ateliers appartient à des chefs d’ateliers, «ouvriers habiles chargés d'enseigner leur profession, d’après les meilleures méthodes connues, aux enfants qui leur sont confiés. »
Voici pour l’année 1897 deux tableaux qui feront voir. le premier, les diverses professions des enfants à leur entrée à Mettray; le deuxième, les métiers qu'ils y ont exercés (2).
(1) Art. 11 des statuts de Mettray : « Les colons sont employés surtoutà l’agriculture, à l'horticulture, à la culture potagère et maraîchère. Is sont appliqués aux travaux d'exploitation des fermes, aux soins à donner aux bestiaux et aux animaux de basse-cour. Il existe en outre divers ateliers pour favoriser et développer les diverses aptitudes et pourvoir directement par le travail des colons eux-mêmes aux besoins de l'établissement. Pour la désignation et l'emploi des enfants il est. tenu compte: 10 de leur force, de leur santé, de leur aptitude naturelle ; 20 du lieu où ils ont été élevés, soit à la ville, soità la campagne; 3° de la condition et de la profession de leurs parents ; 4° de la position dans laquelle ils devront se trouver à la sortie de la colonie. »
(2) Bull. triennal Mettray, 1898, p. 28.
À l'entrée dans la colonie. Répart. dans les ateliers. industriels. : "71:80 Atel. industriels . 158 Agriculteurs . . : 62 Agriculteurs . . 259 Autres professions 29 Horticulteurs . . 18 Sans profession . 264 435
Il est très probable que sur les 264 enfants qui, à leur entrée dans la colonie, n'avaient pas de profession ou des professions quelconques mal déterminées, un certain nombre étaient d'origine urbaine; aussi le nombre des enfants travaillant dans les ateliers industriels s'est-il élevé de 80 à 158, à 176, pourrait-on dire à la rigueur en y ajoutant les horticulteurs qui, souvent, à leur libération, trouveront de l'ouvrage dans la banlieue des grandes villes.
Le nombre des agriculteurs s’est élevé de 62 à 259 : cela s'explique, car tous les jeunes délinquants de la Touraine et du Perche sont envoyés à Mettray; comme ces régions sont essentiellement agricoles, il est tout naturel qu'on songe à préparer à la vie des champs les enfants en provenant (1).
Le directeur seul peut autoriser les changements d'atelier; mesure très sage qui tend à éviter pour l'avenir à l'enfant ce besoin continuel de changement d'ouvrages qui fait si souvent des vagabonds ; ces changements ne peu-
(1) Tous les pupilles de Mettray n'habitent pas dans la colonie même; il est un certain nombre de ceux qui se livrent aux travaux agricoles qui sont placés dans plusieurs fermes que la colonie possède ou loue: chacune d'elles est exploitée par 40 enfants; l'organisation y est la même que dans les maisons de famille : le chef de famille qui joue le rôle de fermier a sous ses ordres un chef d'atelier des champs.
vent être autorisés que si l'enfant a fait preuve de bonne volonté dans l'atelier où il était employé, et s'il est inscrit au tableau d'honneur.
On ne saurait trop faire admirer les résultats obtenus tant dans les travaux des champs que dans les ateliers industriels; ces enfants dont presque les 2/3 ne s'étaient, avant leur entrée à la colonie, livrés à aucun travail sont devenusrapidement des cultivateursetdes ouvriers remarquables: ceux qui sont employés aux champs cultivent actuellement 626 hectares de terre. Dans le pays on dit couramment, non sans une nuance de dépit: « Il n’y a pas moyen de lutter avec Mettray pour la-culture.» La colonie a été classée hors concours par tous les comices agricoles du département. En 1895, elle obtenait encore à Saint- Symphorien un grand diplôme d'honneur pour ses bêtes à cornes. ;
b) Travail moral. — La loi de 1850, article 3, décrétait que, dans les colonies pénitentiaires, il serait pourvu à l'instruction élémentaire des pupilles. Le règlement de 1869 (art. 66, 67, 68) s'exprime ainsi :
« Art. 66. — Les jeunes détenus passent tous les jours à l’école une heure au moins.
» Toutefois, au moment des récoltes, l’école peut n'avoir
lieu que le dimanche pour les détenus employés aux travaux les plus urgents.
» Art. 67.— L'enseignement comprend: la lecture, l’écriture, les quatre premières règles de l'arithmétique et le système légal des poids et des mesures.
» Art. 68. — On peut y joindre en outre le calcul mental,
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l'arpentage, le dessin linéaire et des notions sur la géographie et l’histoire de France. »
L'instruction est donnée à tous les pupilles de Mettray suivant le programme ci-dessus : le dessin linéaire est enseigné à tous ceux qui en ont besoin pour se rendre habiles dans la profession qu’ils exerceront plus tard. Il y a classe tous les jours, sauf le dimanche ; les enfants les plus intelligents sont choisis pour être les moniteurs de leurs camarades: on leur donne des leçons spéciales et ils ont droit à des récompenses particulières.
Les colons concourent ensemble chaque mois; les places obtenues sont notées sur un registre; ceux qui sont classés premiers obtiennent des récompenses et leur nom est
proclamé le dimanche à «la Justice. »
Des leçons de musique instrumentale et vocale, de plainchant sont données aux enfants méritants (à ceux-là seulement) deux fois par semaine. La musique de Mettray a remporté des prix dans tous les concours de la région. Si la musique et le chant ont le don d’intéresser les colons qui s'y appliquent et y réussissent, on ne peut pas en dire autant malheureusement des autres leçons des instituteurs ; il est bien plus difficile de faire de ces petits dévoyés des collégiens médiocres que de bons ouvriers ; malgré tout le talent et le dévouement de leurs maitres, ils restent rebelles au travail de l'esprit dont ils ne comprennent pas l'utilité, et devant nous un colon, à qui son chef de famille reprochait d’avoir été puni la veille, répondait, paraissant tout étonné de ce reproche : «Oh! mais qu'’estce que cela fait, c’est pour la classe, »
Malgré cela, nous voyons dans le Bulletin triennal de
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