‹ La Transformation Morale du Jeune Délinquant par le TravailChapitre 26 sur 50 · REV · texte numérisé non relu

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général avait en effet voulu faire l'essai de l'éducation laïque aux établissements pénitentiaires pour enfants. Devant l'opposition que cette mesure rencontra de toute part, notamment auprès de l'administration, le Conseil général dut accepter de donner aux enfants pour lesquels les parents en feraient la demande, et d'après le culte que ceux-ci professeraient, l'éducation religieuse; mesure malsaine, mélangeant ensemble des enfants de religions diverses, y réunissant des enfants élevés d'une façon purement laïque (notamment ceux très nombreux dont les parents seront inconnus).

Nous eussions préféré que l’on eût laissé toute latitude au Conseil général, pour créer, à côté des colonies catholiques, protestantes et juives qui existaient déjà, une colonie sans religion ; nous eussions pu ensuite comparer, sans parti pris, les résultats obtenus.

Cette critique est la plus importante de celles que nous aurons à faire à Montesson ; mentionnons encore quelques observations de détail. Nous trouvons absolument insuffisant le chiffre du terrain à cultiver : 32 hectares pour le même nombre d'enfants qui, à Mettray, en met en culture 620 ! Il nous semble aussi que, loin d'être utiles, les murs qui entourent la colonie, bien que peu élevés et percés de place en place d'ouvertures, vont directement à l'encontre de l’idée maîtresse des fondateurs de la colonie : ces derniers voulaient en effet écarter tout ce qui pourrait rappeler la prison ?

Nous nous demandons encore s’il est utile de donner aux colons le bien-être dont ils jouissent à Montesson ; si au contraire on ne risque pas de la sorte d'en faire pour plus tard des mécontents ?

Enfin, n'aurait-on pas pu faire avec beaucoup moins

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d'argent quelque chose d'aussi utile? N'eût-il pas mieux valu employer l'argent qu’a coûté le mur de clôture à acquérir quelques hectares de terre arable? Un directeur d'établissement pénitentiaire suisse disait à quelqu'un qui lui parlait de Montesson : « Avec l'argent que vous a coûté ce mur de clôture, j'aurais construit et fait subsister dans mon pays une maison pour 40 enfants. » Nous verrons d'ici quelques années les résultats obtenus par cette colonie de

fondation toute récente.

Darnétal (1).

La colonie de Darnétal, près de Rouen, est une maison d'éducation pénitentiaire pour jeunes filles.

Cette colonie est dirigée par un prêtre. Les jeunes filles sont à leur arrivée dans la colonie isolées pendant 3 jours, pendant lesquels on cherche à avoir en quelque sorte une esquisse de leur personnalité qui sera complétée, au besoin modifiée, par les renseignements recueillis ensuite.

Comme à Saint-Ilan, les enfants les plus jeunes et celles qui sont souffreteuses ne s'occupent guère de travaux manuels; mais, à la différence de ce qui se passe dans cette colonie, on peut, suivant les besoins, faire varier le nombre d'heures que dure la classe pour cesenfants, sans toutefois descendre au-dessous de deux heures par jour.

En dehors des heures de classe, les filles sont pendant cette première période, qui se termine à l’âge de 13 ans, occupées à la couture, à la lingerie et aux services intérieurs de la maison,

A l’âge de 13 ans, les jeunes filles sont divisées, suivant leurs aptitudes, en deux sections.

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Les jeunes filles de la première section sont celles qui doivent rester, à leur sortie de la colonie, dans les villages ou dans les villes ; elles continuent à suivre l’école et travaillent dans des ateliers où elles cousent à la machine. A la fin de leur séjour dans la colonie, on leur apprend très

sérieusement la cuisine et les travaux du ménage.

Les jeunes filles placées provisoirement dans les familles du voisinage donnent en général toute satisfaction.

La seconde section est constituée par celles qui, à leur sortie de la colonie, doivent rester à la campagne: pour celles-ci, l'instruction technique se donne à la ferme. Pendant l'été, les travaux scolaires sont même interrompus : les élèves fermières doivent faire elles-mêmes tous les travaux de leur exploitation, et n'ont pour les aider qu'un homme âgé qui fait les courses et surveille les attelages et la sellerie. Elles labourent, font les semailles, élèvent les chevaux ; elles font le pain et brassent la bière pour tout l'établissement ; elles distribuent elles-mêmes à Rouen le lait de leurs cinquante vaches ; jamais aucune

n’a profité de cet instant de liberté pour se mal conduire.

De très bons résultats sont obtenus : sur 577 jeunes filles libérées de 1880 à-1889, on en compte 152 mariées, 270 placées dont 207 dans des familles ; enfin, 87 n'ayant plus de situation sont rentrées dans la colonie qui les a replacées à nouveau.

L'un des directeurs étant mort, il y a quelques années, de tous les environs arrivèrent, pour suivre le convoi, d'anciennes pupilles accompagnées de leurs maris et de leurs enfants.

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