RER DEN
fants des écoles primaires, chercher à expliquer et à faire comprendre aux jeunes détenus les idées qui y seraient contenues.
La conférence faite par l'instituteur dans l'après-midi du dimanche nous montre le chemin d'une autre réforme : il serait possible de lire aux jeunes détenus, dans la salle d'école, les plus belles pages de nos grands auteurs, que l'on commenterait ensuite. On pourrait encore faire mieux: il existe à Paris des gens qui ne demandent qu'à rendre serviceetàse montrer: ce sontles acteurs et les chanteurs. Les frères Lionnet avaient du reste inauguré à la Petite Roquette des concerts annuels qui avaient eu un immense succès parmi les enfants. Nous ne voyons aucun inconvénient à ces tentatives ; nous sommes loin de craindre, avec certains journalistes de l'époque, que cette « brusque évocation de la vie parisienne ne réveillât dans le cœur de ces enfants tous les désirs que l’on avait cherché à éteindre.» Nous pensons au contraire qu'il faudrait que tous les dimanches soirs un acteur vint lire ou déclamer les pages sur lesquelles devrait porter ensuite la conférence ; celle-ci serait faite, comme maintenant, par l'instituteur, mais elle serait beaucoup plus intéressante pour ces enfants, que l'on pourrait tenir en haleine, comme dans les conférences de tels de nos « speakers » modernes, par la lecture fréquente de passages se rapportant au sujet traité.
B. — NanTeRRe. Historique. — Jusqu'à ces dernières années, la situation des jeunes filles du département de la Seine détenues préventivement était navrante.
Avant 1889 elles étaient enfermées dans un quartier
spécial de la prison de Saint-Lazare {1); c'était très fàcheux, surtout à cause des idées qu’évoque le nom de cette prison. Ensuite on n'y envoya plus que les jeunes filles malades qui furent soignées à l'infirmerie.
Les jeunes prévenues furent alors envoyées à la Conciergerie, où elles n'avaient ni travail, ni soins, et où jeunes filles coupables et abandonnées étaient mélangées (2).
En 1897 seulement on se décidait à remédier à cet état de choses et une partie de la maison de Nanterre fut affectée aux jeunes prévenues (3) du département de la Seine. Ces enfants, pour la plupart malades, toutes anémiées, allaient enfin pouvoir être soignées. En 1897 le docteur Lau-
gier traitait [15 malades dans son infirmerie cellulaire (4).
(4) Alpy, Bul. S. G. P., 1896, p. 20.
(2) Guillot, Prisons de Paris, p. 295; Guillot, B. S. G. P., p. 604, 1893. « Pour caser ces femmes et ces petites filles on a fait déménager les cochers et on les a envoyés à la Petite Roquette... Ils occupaient à la Conciergerie le bâtiment qui se trouve derrière le cachot de Marie- Antoinette, sur cette cour en plein nord, triste et humide, à laquelle les Girondins ont donné leur nom: c’est là l'unique promenade de ces pauvres enfants en attendant leur renvoi, souvent pendant de longs jours, à la maison de Fouilleuse, près Rueil. Combien ne doivent-elles pas regretter le grand jardin de Saint-Lazare où les oiseaux chantent et où les fleurs peuvent vivre! Dans une salle où le jour arrive à peine et qui pouvait suffire aux cochers venant y dormir ou y fumer pendant 2 ou 3 jours, je vois autour d’une table, en train de manger et de lire, une douzaine de petites filles de 10 à 16 ans; l’une me raconte que sa mère l'avait envoyée vendre des bouquets dans les cafés, l’autre que son papa est à l'asile de nuit, celle-ci que sa patronne l’accuse de lui avoir volé de l'argent: ce sont des prévenues et des jugées. Parmi elles j'aperçois une fillette d’une dizaine d’années toute débraillée et plus mal peignée encore que les autres, j'apprends que c'est un enfant en correction paternelle. »
(3) Le parquet s'inspirant surtout d’un motif d'hygiène n'avait demandé le transfèrement à Nanterre que des mineures âgées de moins de 13 ans.
(4) Guillot, B. S. G. P., p. 259, 1898.
Désormais, en outre, les jeunes prévenues allaient pouvoir être occupées à des travaux manuels qui leur feraient gagner un peu d'argent; quatre heures de leçons, pour lesquelles on les réunissait au nombre de trois dans une cellule allaient leur être données journellement ; enfin, elles avaient des cours de récréation où elles pouvaient jouer par groupes de douze. Une surveillante avait mission de les empêcher de secauseren particulier pendant ces récréations.
On avait su éviter les inconvénients de la Petite Roquette (manque de place, instruction et éducation insuffisantes). Malheureusement la maison de Nanterre est trop éloignée de Paris ; par suite, il est très difficile aux avocats d'y aller conférer avec leurs jeunes clientes, aux membres des sociétés de patronage, d'y visiter leurs protégées. Puis, les jeunes prévenues amenées au Palais de justice pour y être interrogées par le magistrat instructeur ne peuvent la plupart du temps être ramenées à Nanterre dans la même journée : elles passent donc une journée et une nuit entières à la Souricière ; elles n'y sont même pas souvent isolées entre elles dans les cellules, n’y ont aucune occupation, ne sont surveillées que d’une façon fort insuffisante. On voit combien sont dangereux de pareils voyages !
On a proposé, pour remplacer la Petite Roquette et Nanterre, de construire dans les environs du Palais de justice une « Maison centrale et préventive pour les mineurs. »
Il nous semble qu'il n’est pas indispensable de construire cette Maison absolument à côté du Palais, car ce qu'il faut avant tout aux mineurs c'est de l’air, de l’espace.
Nous serions d'avis que l'on édifiât, par exemple sur l'emplacement d'une partie des fortifications de Paris qu'il est actuellement question de démolir, une maison d4
prévention pour les mineurs des deux sexes ; tout en y appliquant le principe du travail cellulaire on chercherait à en faire quelque chose comme une école professionnelle sévère qui contiendrait notamment de vastes cours de récréation, où les enfants, bien surveillés, joueraient par petits groupes.
Il serait facile aux avocats ou aux membres des sociétés de Patronage qui désireraient voir les enfants de setransporter à cette maison, ou de les faire venir au Palais de justice ; dans ce cas, les enfants seraient reconduits aussitôt à la maison de détention.