I. — Hémorragies du nouveau-né
Jusqu'à ces derniers temps, les hémorragies étaient chez le nouveau-né, comme, d’ailleurs, chez l’adulte, la grande, pour ne pas dire la seule indication à la transfusion.
La transfusion fut très largement appliquée aux Etats-Unis dans les cas désespérés d’hémorragies gastro-intestinales du nouveau-né.
La première observation de transfusion par anastomose artério-veineuse, due à Brewer et Carrel,
date de septembre 1907.
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Lambert, en 1908, présente une deuxième observation de mélœna guéri par la transfusion; on voit apparaître, à la suite, les travaux de Schwartz, Ottenberg, Mosenthal, Mowel, Bernheim, Woltmann (1915).
Lespinasse publie, en 1914, quarante cas personnels,
A la suite de l’indication par Helmotz, en 1915, du sinus longitudinal supérieur comme voie de choix pour la transfusion chez le nouveau-né, les observations se multiplient en Amérique. On trouve celles de Beth-Vincent, Lester, J. Hunger, Knox, Berghausen, Bruce Robertson, Falls, Shœmaker, Zingher, Lindeman, Kerley, Kerr Cross.
A l’heure actuelle, en France, Vignes, qui a été le premier à préconiser cette méthode, a rapporté une dizaine de cas. Nous devons signaler, au sujet du traitement des hémorragies du nouveau-né par la transfusion sanguine, deux thèses récentes : celle de Charbonnier (Lyon 1924) et celle de Salavert (Montpellier 1925).
La gravité des hémorragies du nouveau-né est connue de tous.
Pour les hémorragies ombilicales, la mortalité serait, d’après Fuhrt, de 100 %.
Pour les hémorragies du tube digestif : hématémèses, melœnas, elle est de 60 à 80 %, selon les auteurs.
La transfusion du sang constitue un moyen de traitement héroïque de ces hémorragies.
Là, en effet, les indications thérapeutiques sont essentiellement satisfaites.
La transfusion : 1° arrête l'hémorragie.
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Comme le dit Jeanbrau, « le sang étranger introduit, dans l’organisme transfusé, des substances thromboplastiques qui arrêtent l’hémorragie, alors que tous les autres moyens ont échoué ».
Ce puissant pouvoir hémostatique, déjà signalé par Hayem en 1884, est particulièrement utile dans les hémorragies inaccessibles du nouveau-né et dans les hémorragies ombilicales où les nombreux procédés de traitements locaux sont insuffisants, ainsi que l’a indiqué M. le Professeur Commandeur en 1901.
2° Elle prévient le retour des hémorragies.
Cette indication est remplie en partie par le fait que la transfusion augmente la coagulabilité du sang.
3° Elle relève puissamment l'état général.
La transfusion lutte, en effet, contre l’anémie posthémorragique. On obtient dans ces cas de magnifiques résultats, ainsi que l’ont bien montré Raoul Labbé et Mile Aiïzière (1923).
Le sang transfusé remplace chez les hémorragiques le sang perdu et cela est d’autant plus facilement obtenu chez le nouveau-né qu’une quantité minime de sang injecté chez lui représente une grande proportion de sa masse sanguine et que, d’après Pauchet et Bécart, les enfants supportent des quantités de sang proportionnellement plus élevées que l’adulte.
Enfin, le sang transfusé agit d’une façon manifeste sur l’hématopoïese. Il faut, à ce sujet, se souvenir que le sang citraté est particulièrement apte à provoquer cétte régénération globulaire (Rosenthal 1923), le citrate de soude étant employé seul, avec succès, con-
tre les anémies.
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Les hémorragiques sont de plus des enfants à vitalité très diminuée, faisant de l’hypothermie. On assiste souvent à une chute de la température à 35° et même 34°. On ne lutte contre cétte hypothermie que difficilement avec les bains chauds, les enveloppements ouatés et le séjour à la couveuse quelquefois, d’ailleurs, irréalisable.
La transfusion sanguine est, comme nous le verrons plus loin, larme la plus puissante que nous possédions pour améliorer la thermogénèse des hypothermiques, stimuler l’organisme et lui permettre de lutter efficacement contre l’élément toxi-infectieux si souvent à la base des hémorragies du nouveau-né.
Quantité de sang à transfuser. — Brown (1916) indique le chiffre de 15 centimètres cubes par livre de poids, soit 90 centimètres cubes pour un nouveau-né du poids moyen de 3 kilos.
Berghausen a été jusqu’à injecter 150 centimètres cubes.
Cherry et Langrock estiment que 70 centimètres cubes est une dose suffisante.
Lewisohn a injecté 80 centimètres cubes à un enfant de trois jours. ,
En France on tend à employer des doses plus faibles, car on estime généralement que la transfusion agit plus d’une façon qualitative que quantitative.
C’est ainsi que Rosenthal et Vignes injectent de 10 à 20 centimètres cubes. Vermelin et Michon ont, cependant, injecté 50 centimètres cubes à un nouveau-né de 3.100 grammes présentant du mélœna et dont l’état était désespéré.
Nous estimons que pour une hémorragie abondante
et persistante, lorsque l’état de l’enfant est grave, la dose de 20 centimètres cubes est insuffisante.
C’est l'impression que nous avons eue à la suite d’un cas dont nous rapportons ici l'observation (Observation V). I faut agir vite et fort; la dose de 50 centimètres cubes nous semble alors devoir être conseillée. Les petites doses répétées de 10 à 20 centimètres cubes devant être alors réservées pour lutter ultérieurement contre l’anémie.
Quand faut-il poser l'indication d'une transfusion ?
Il est difficile de donner des règles précises et absolues. C’est le sens clinique, l'expérience qui permettent de juger l’état de l’enfant et de poser l’indication de la transfusion.
Cependant, on doit tenir compte des considérations suivantes :
D’après Welcker, la masse sanguine du nouveau-né représente 1/19,3 du poids du corps. Un nouveau-né pesant le poids moyen de 3.000 grammes possède donc 150 grammes de sang. On admet que la perte du tiers de la masse sanguine, soit 55 grammes, peut causer la mort et entraîne donc l'indication d’une transfusion.
Bernheim indique de transfuser, dès le début, tous les cas d’hémorragies du nouveau-né, sans essayer d’autre traitement. C’est là une indication par trop absolue.
Sans doute, la transfusion sanguine est une puissante arme thérapeutique trop souvent négligée. Elle reste, cependant, d'application délicate chez le nou-
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veau-né et doit être réservée aux cas vraiment sérieux.
En principe, on peut dire que si l’hémorragie est grave, abondante, évaluée de 30 à 50 centimètres cubes, si l’état général de l’enfant est vraiment maurvais, s’il présente de l’hypothermie, la transfusion doit être pratiquée d’emblée, avant tout autre essai de traitement. \
Nous croyons devoir insister sur l'importance d’une intervention précoce, particulièrement si la température tombe au-dessous de 36°. Il ne faut pas attendre que l’état de l’enfant soit désespéré et que tous les autres moyens thérapeutiques aient échoué.
Dans les cas plus bénins où l’on ne constate qu’une hémorragie relativement peu importante avec conservation de l’état général, on réchauffera l’enfant, on lui injectera sous la peau du sérum artificiel, du sérum de cheval (M. Commandeur, M. Voron 1912, Fuca 1920). On instituera un traitement antisyphilitique si on soupçonne la spécificité et on fera surtout une injection intra-musculaire de 10 centimètres cubes de sang materrel (Jacquelin 1919). Dans les cas de mélœæœna, on pourra faire des lavements de sérum gélatiné (Professeur Commandeur, 1901).
On transfusera, si tous ces moyens se montrent inefficaces. On transfusera aussi dans le cas d’hémorragies récidivantes.
Si la première transfusion n’amène pas un résultat thérapeutique satisfaisant, c’est-à-dire l’arrêt de l’hémorragie et un relèvement de l’état général, il est indiqué de répéter cette intervention.
AT. fe
Résultats. — Lewisohn donne 75 % de guérisons, Vignes 80 %. D’après Salavert, qui a résumé dans sa thèse les résultats obtenus par plusieurs auteurs, les résultats sont encore plus encourageants : la transfusion arrête l’hémorragie dans 96 % des cas et assure la guérison dans 89 % des cas.
I faut noter que les cas ayant servi de base à cette moyenne étaient des cas désespérés où tous les traitements habituels avaient déjà échoué.
Observations