‹ La transfusion vitaleChapitre 1 sur 46 · C. RICHTER & CIE., 59-61, New Oxford Street, LONDRES · texte numérisé non relu

C. RICHTER & CIE., 59-61, New Oxford Street, LONDRES

et Kreuzlingen (Suisse).

WELLCC " MS , iTL'TE

Colt-

ws ï ;nec

Cal!

No.

vn

BROWN-SÉQUARD (Charles-Edouard).

Né à. Port Louis (Ile Maurice) le 8 avril 1817, de M. Edouard Brown, de Philadelphie, et d'une Française du nom de Séquard, Brown-Séquard vint à Paris en 1838 pour y terminer ses études; et deux années plus tard fut reçu docteur par la Faculté de médecine de cette ville. Ses études portèrent principalement sur les phénomènes physiologiques. Ses recherches de prédilection furent dirigées vers l’étude des troubles du système nerveux. En 1864. il se rendit à l’Université

de Harvard où il professa, jusqu’en 1868, la physiologie et la pathologie nerveuses. Après un nouveau séjour en France, de 1869 (année pendant laquelle il fut reçu agrégé de la Faculté de médecine de Paris) à 1873, nous le retrouvons à New -York, où il fonda cette même année les Archives de Médecine et de [Chirurgie Scientifiques et Pratiques. En 1878, le Collège de France l’enleva à sa clientèle New-Yorkaise pour lui faire prendre la succession à la chaire de l’illustre Claude Bernard. En 1886, l’Académie des Sciences s’honora en le recevant dans son sein. La Grande-Bretagne à son tour conféra au savant Maître le titre d’agrégé de la Société Royale, en témoignage des services qu’il avait rendus à la science en qualité de médecin à l’hôpital des paralytiques de Londres. C’est dans l’année 1889 que le nom de Brown-Séquard s’imposa au monde scientifique ainsi qu’au public par la découverte de l’orchitine et par l’application qu’il en fit aussitôt dans le traitement des maladies. Après plusieurs années de luttes contre la jalousie et l'indifférence; après de patientes recherches pour perfectionner la préparation de l’orchitine, il mourut en 1894, honoré des savants du monde entier.

La dépouille mortelle de Brown-Séquard repose au cimetière Montparnasse à Paris. •

Très honorés Confrères

A la date du 15 décembre 1890, Brcnvn-Séquard m’écrivit, de Nice, la lettre suivante: —

“ Vous êtes jeune et vous avez un nom à vous faire et une grande position à occuper. Marchez donc dans la voie scientifique qui ne peut manquer de vous récompenser davantage que n importe quelle autre voie.”

Touché de ce grand témoignage de confiance, vivement impressionné par les premiers résultats obtenus, profondément convaincu que, de mes essais, sortirait la confirmation éclatante de la vérité scientifique, annoncée à la tribune de la Société de Biologie par un maître dont le génie scientifique et la haute probité professionnelle étaient universellement appréciés, je me mis immédiatement et résolument à l’œuvre.

Au début, Brovvn-Séquard facilita ma tâche en m’envoyant la majeure partie des personnes qui s’adressaient à lui et en m’aidant de ses conseils sur l’opportunité de l’application de sa découverte aux cas pathologiques divers qui se présentaient.

Bientôt, je pus voler de mes propres ailes et goûter même la grande satisfaction d’avoir contribué dans une large mesure à la vulgarisation de la méthode en rendant inaltérable le précieux liquide et en l’enfermant, le premier, dans toute sa pureté, dans des ampoules de verre stérilisées. A partir de ce moment, la conservation indéfinie et la facilité d’expédition dans toutes les parties du monde étaient assurées.

Depuis 1890, mes observations ont porté sur un grand nombre de faits auxquels vingt années écoulées ont apporté la consécration du temps en dehors de la nervosité inhérente aux heures de surexcitation de toute polémique ardente. Parmi cette masse de faits, j’en ai choisi un certain nombre que je considère comme un devoir envers mon vénéré Maître disparu de porter à la connaissance du corps médical tout entier en les soumettant à sa sage et impartiale appréciation. C’est donc entre vos mains, très honorés confrères, puisque Brown-Séquard n’est plus là, que je remets le compte-rendu de la mission qu’il m’avait confiée en vous priant d’en faire l’examen

approfondi et d'en tirer ensuite les conséquences qui en découlent.

Je ne doute pas un seul instant que de cet examen et du contrôle impartial que je sollicite sortira pour vous, comme elle est sortie pour moi, la certitude que la découverte de Brown- Séquard a mis entre nos mains une arme puissante qui nous aidera à soulager bien des maux.

De mes longues et patientes recherches j'ai tiré les conclusions suivantes dont je vous demande de contrôler la valeur: —

1° La qualité différente des liquides employés a été la cause unique des jugements contradictoires portés avec une égale bonne foi par les hommes éminents qui ont cherché à vérifier en toute conscience, l’exactitude des faits faisant l’objet de la déclaration de Brown-Séquard. Ceux qui ont opéré avec de bons liquides — et ils sont rares — ont été des partisans enthousiastes de la méthode; les autres * — et ils sont les plus nombreux — en ont été les détracteurs convaincus.

D’où la nécessité absolue d'opérer avec de bons liquides, si l’on est décidé à exercer un juste contrôle des faits signalés.

Au début de mes recherches, si je n’avais eu une foi absolue dans les affirmations du Maître, j’aurais été moi-même souvent dérouté par 1 irrégularité des résultats obtenus; j’aurais pu me

décourager et abandonner ma tâche si je n’avais pas bien vite entrevu la cause de mes déboires.

J obtenais de bons résultats quand j’avais de bons liquides; je n’obtenais rien du tout quand mes liquides étaient mauvais. Or, je ne tardai pas à m’apercevoir que les liquides extraits dans certaines conditions, toujours les mêmes, étaient toujours éfficaces, tandis que les liquides extraits en dehors de ces conditions spéciales, n’avaient aucune puissance. La conclusion était facile à déduire. Le principe dynamogéniant de Brown- Séquard n existe dans les organes qu’à un seul moment précis, et c’est à ce moment seulement qu il faut le saisir. Cette découverte importante me permettait dès lors, d’avoir toujours à ma disposition des liquides efficaces et identiques que je recueillais moi-même au moment précis où leur présence m’était révélée dans les organes.

C est javec ces liquides que i’ai obtenu les résultats merveilleux que j’ai l’honneur de soumettre à votre contrôle. C’est avec des liquides semblables que vous devrez opérer pour contrôler, en les répétant fà votre gré, les effets que j’ai consignés dans mes observations.

Cependant, je puis, dès à présent, vous dire que les bons liquides ne vous feront pas défaut quand vous voudrez contrôler les faits que j’affirme. En prévision de la démarche que je fais auprès de vous, très honorés confrères,

l’honorable et ancienne Maison Richter de Kreuzlingen, en Suisse, a consenti à créer sur mes indications et sous ma surveillance un laboratoire modèle, pourvu d’un outillage spécial, qui permettra à son éminent directeur d’extraire et de stériliser l’incomparable élément de force et de vie qu’est le liquide de Brown-Séquard. Les animaux sont élevés directement par ses soins et sacrifiés au moment opportun pour la récolte du suc séquardien qui, à partir d’aujourd’hui, pourra vous être fourni sous le nom de “ Séquarine.”

2° Les liquides obtenus dans les conditions indispensables à leur efficacité doivent être introduits dans l’économie sous forme d’injections hypodermiques. C’est seulement dans des cas exceptionnels, et lorsqu’il est impossible de procéder autrement, qu’on aura recours à l’introduction par les voies rectale ou stomacale.

3° Le principe séquardien a une action dynamogéniante spéciale sur l’ensemble du système nerveux. Cette action est tonique et régulatrice. C’est en rétablissant l’harmonie entre toutes les fonctions physiologiques qu’elle guérit les malades et non les maladies, comme disait le Maître avec tant de raison. La maladie étant toujours le résultat d’une rupture d’équilibre entre les diverses fonctions des organes dont l’ensemble constitue la vie, il suffit de rétablir cet équilibre pour que la maladie n’ait plus sa raison d’être.

Cette façon de comprendre le mode d’action du liquide séquardien explique clairement comment cet agent incomparable de force de régénération peut amener un résultat heureux dans les cas les plus divers et même les plus opposés, en apparence.

C’est ainsi, très honorés confrères, que vous pourrez constater par les faits nombreux sur lesquels j’appelle votre juste attention, faits que vous reproduirez à votre volonté dans des cas identiques, si vous employez de bons liquides; c est ainsi, dis-je, que vous verrez le véritable principe séquardien agir avec un égal succès en relevant chez des vieillards, comme Brown- Séquard le déclare pour son cas personnel à l’âge de 72 ans, “ des forces spéciales, non totalement perdues, mais diminuées ” et en guérissant des phtisiques, des cancéreux, des ataxiques, des hystériques, des cardiaques et des goutteux, comme vous pourrez juger par mes observations que je l’ai fait moi-même.

Si vous pénétrez bien votre esprit de cette vérité scientifique que la Séquarine est le tonique par excellence du système nerveux, le véritable principe de vie, seul capable de rétablir par sa puissance l’harmonie détruite des fonctions physiologiques, vous comprendrez aisément qu’il n’est jamais permis de désespérer tant qu’on a à sa disposition ce suprême secours.

En lisant avec attention les divers cas des phtisiques et des tuberculeux sous toutes les formes que i’ai traités à la demande de Brown- Séquard et que j’ai été assez heureux de guérir, vous jugerez de la puissance de la Séquarine unie avec les antiseptiques contre ce terrible fléau qui fait le désespoir de notre thérapeutique. Je vous prie de continuer mes efforts avec la certitude que vous obtiendrez le succès définitif, c’està-dire la plus belle récompense et la plus grande satisfaction que puisse désirer un praticien digne de ce nom.

Permettez-moi, très honorés confrères, en arrivant au terme de ma carrière professionnelle, de remettre entre vos mains habiles, le dépôt que l’illustre Brown-Séquard m’avait confié, et laissezmoi espérer que vous accepterez tous, sans exception, de continuer la mission humanitaire qu’il m’avait chargé de remplir dans le sens de la lettre autographe que j’ai eu l’honneur de mettre sous vos yeux, avant de m’adresser à vous.

C’est dans cet espoir que je vous prie d’agréer l’expression de mes sentiments confraternels les meilleurs.

Dr L. H. Goizet

de la Faculté de médecine de Paris, Fondateur de l’Institut Séquardien de la rue de Berri, à Paris,^ en 1890.

Auteur de “ Force et Santé,” etc.

Page 1