CHAPITRE VIII
Du choix de ranimai. — De l'instant propice à V ablation. — Son importance. — Pourquoi fai choisi le cobaye. — Ma manière de procéder.
Dès le début, le choix de l’animal a vivement préoccupé les partisans de la méthode. Les expériences les plus variées ont été faites sur les oiseaux et les mammifères.
Parmi les oiseaux, le coq et le canard ont été particulièrement étudiés, mais je dois dire que les résultats n’ont pas été en rapport avec les espérances des expérimentateurs. Les mammifères, au contraire, ont été reconnus, à l’unanimité, comme étant les plus aptes à fournir l’orchitine. Parmi ceux-ci, l’attention s’est portée de préférence sur les animaux qui se distinguent par le développement de leurs organes ou par leurs qualités prolifiques: le taureau, le cheval, le bélier, le singe, le bouc, le chien, le chat, le lapin, le cobaye, ont eu leurs défenseurs qui
fournissaient, à l'appui de leurs conclusions, des raisons qui n’étaient pas sans valeur apparente. J’ai fait sur tous les animaux que je viens de citer des expériences personnelles comparatives, souvent répétées, tant pour me faire une opinion que pour vérifier les raisons invoquées par mes confrères. Je dois à la vérité de dire que ces raisons de préférence ne sont pas fondées et sont plus apparentes que réelles en ce qui concerne les vertus spéciales du suc produit par tel ou tel animal. A mon avis, l’orchitine peut être empruntée indistinctement au taureau, au cheval, au bouc, au bélier, au singe, au chien, au chat, au lapin ou au cobaye. Le pouvoir dynamogéniant de chacun de ces sucs a une valeur à peu près égale- s’il est recueilli dans des conditions identiques d'âge, de santé et surtout d'excitation génésique.
Jeunesse, santé et excitation génésique sont trois conditions indispensables que doivent réunir les animaux sur lesquels l'ablation des testicules va être pratiquée pour la récolte de l’orchitine. En dehors de ces trois conditions, les liquides recueillis pécheront par la quantité et par la qualité de leur principe actif.
Je démontrerai toute à l’heure: (1°) Que pendant l'excitation génésique, le testicule contient une quantité de liquide supérieure de beaucoup
à celle qu’elle renferme à tout autre moment; (2°) que le liquide recueilli à cet instant précis possède des qualités régénératrices qui n’existent pas ou presque pas en dehors. Chez les animaux hors d’âge ou malades, le suc produit par le testicule au moment d’excitation génésique, si celle-ci existe encore, est altéré dans sa quantité et dans sa qualité.
Première expérience. — Dans une bande de cobayes mâles, âgés de trois à quatre mois, je pris au hasard vingt cobayes que je sacrifiai et sur lesquels je fis l’ablation des testicules. Ces testicules broyés dans un mortier de verre et réduits en une masse de pulpe fournirent ensemble un poids total de 98 grammes et demi.
Deuxième expérience. — Dans la même bande, je pris au hasard vingt autres cobayes que je plaçai dans une caisse séparée renfermant cinq femelles. Au fur et à mesure que l’excitation génésique se révélait chez un sujet, il était immédiatement sacrifié et les organes enlevés sans retard. Je procédai ainsi jusqu'à extinction de mes vingt sujets. L’ensemble des testicules, réduits en une masse de pulpe, produisit un poids de 106 grammes, soit 7 grammes et demi de plus que dans le cas précédent.
Troisième expérience — J’ajoutai à la masse pulpaire contenue dans le premier mortier 98 grammes et demi de glycérine pure à 30 degrés, stérilisée par l’ébullition à 110 degrés, soit un poids égal à la masse testiculaire; je laissai macérer pendant 48 heures et filtrai au filtre d’Arsonval jusqu’à épuisement complet. Le liquide ainsi obtenu pesait exactement 87 grammes; le résidu resté dans le filtre et sur les parois du mortier 110 grammes.
Quatrième expérience. — J’ajoutai à la masse de pulpe, contenue dans le deuxième mortier, 106 grammes de glycérine à 30 degrés chimiquement pure et stérilisée à 110 degrés, soit un poids égal à la deuxième masse de pulpe testiculaire. Après une macération de 48 heures, je filtrai au filtre d’Arsonval jusqu’à épuisement et i’obtins 101 grammes 20 centig. de liquide et 111 grammes environ de résidu dans l’intérieur du filtre et sur les parois du mortier.
Conclusions. — Le testicule recueilli en dehors de l’excitation génésique pèse moins que le testicule recueilli pendant que dure cet état. La différence est très appréciable puisque, sur quarante testicules, elle a été de 7 grammes £. Cette différence de poids de 7 grammes £ est constituée entièrement par le suc testiculaire,
LA TRANSFUSION VITALE. 8l
puisque nous retrouvons la même différence de poids entre les liquides produits par le filtrage des deux macérations qu'entre les poids des deux masses de pulpe testiculaire. Le poids du liquide extrait de la première macération est de 87 grammes, celui du liquide extrait de la deuxième macération est de 101 grammes 20, soit une différence de 14 grammes 20 en faveur de la deuxième macération. Mais, pour avoir la différence exacte, il convient de retrancher de ce chiffre de 14.20, les 7 grammes \ d’excédent de glycérine qui se trouvent dans la deuxième macération ; ce qui réduit la différence réelle à 6 grammes 70. Ce chiffre de 6 grammes 70 et celui de 7.50 sont évidemment les mêmes, si l’on lient compte de la quantité de glycérine qui a dû être retenue dans le filtre. Ces expériences que j'ai répétées dix fois ont toujours donné de^ résultats identiques. Elles sont la démonstration évidente de l’influence réelle de l’excitation génésique sur la production de l’orchitine dans le testicule et de la nécessité qui s’impose au préparateur de saisir le moment opportun pour opérer l’ablation de ces organes.
Ma longue pratique de la méthode séquardienne, les recherches constantes que je n’ai cessé de faire pour appuyer cette méthode sur des données scientifiques positives, m’ont donné la certitude que l’orchitine n’est produite dans le
testicule que sous l’influence exclusive de l’excitation génésique; qu'il est indispensable de la saisir à ce moment avant que le mâle ne l’ait utilisée pour parer à la dépense nerveuse considérable occasionnée par l’acte de la copulation, ou qu’elle ait été résorbée sur place et dispersée à nouveau dans le courant vital si l’acte de copulation n’a pas eu lieu. Dans ce dernier cas, la durée de la résorption totale n’excède pas deux heures. Puisqu’on ne peut prendre quelque-chose là où il n’y a rien, il faut arriver à temps pour la récolte.
Ces conditions d’âge, de santé et d’excitation génésique étant remplies, le choix de l’animal, en théorie du moins, n’a pas grande importance. Le singe, le taureau, le cheval, le bouc, le bélier, le chien, le chat, le lapin, le cobaye fournissent des liquides dont la puissance diffère peu.
Dans la pratique, la réalisation est plus difficile. Le singe? Il n’y faut pas songer, du moins en Europe; et je ne vois pas bien l’éleveur sacrifiant ses étalons reproducteurs, chevaux, taureaux et même béliers dans un but purement humanitaire. Voilà pourquoi j’ai choisi le cobaye et ie m’en suis bien trouvé. En effet, le cobaye est un animal facile à élever et à manier, inoffensif. Dès l’âge de deux mois il est apte à la reproduction. Il est sain et vigoureux, très facilement excitable en présence de la femelle, ce qui me permet de faire facilement ma récolte en
temps opportun et d'opérer sur un grand nombre de sujets. En agissant ainsi, si un animal me trompe, cent autres m’indemnisent; et je suis assuré que mon liquide contient toujours en quantité à peu près égale, le véritable principe de vie, l’orchitine.