AUX SUGGESTION N IST ES
Certains médecins obligés de se rendre à l’évidence devant la précision et la multiplicité des faits accomplis, ont dit: Tout ce que vous avancez est vrai, nous ne pouvons le nier; mais l’orchitine n’y est pour rien. Vous faites purement et simplement acte de suggestion sur vos malades. C’est la suggestion qui les guérit et non l’orchitine. La preuve de ce que nous disons est dans ce que nous pouvons obtenir, avec de simples injections d’eau claire, des effets identiques à ceux que vous annoncez avoir produits par les vôtres.
Très honorés confrères, je ne suspecte nullement votre bonne foi, mais, avant toute chose, permettez-moi de prendre acte de votre déclara-
*) Extrait de mon livre “ Force et Santé,” La vie prolongée par la méthode de Brovvn-Séquard (Ire partie, page 91).
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tion, et de constater que vous êtes d’accord avec moi sur les effets produits et sur l’importance de ces effets. C’est déjà quelque chose, puisque c’est le malade qui bénéficie du résultat, et que le but de notre profession est de soulager et de guérir ceux qui souffrent.
Pour ce qui est de la suggestion, je n’ai nullement l’intention de contester le bien que vous en pouvez retirer. C’est un mode de traitement, et les injections d’orchitine en constituent un autre. Que par ces moyens différents nous arrivions au même but, je veux bien l’admettre; mais pour un instant seulement, car telle n’est pas ma conviction. Que. vous préfériez votre système au mien, cela vous regarde; mais ne venez pas me dire que c’est la suggestion qui donne à l’orchitine la puissance qu’elle possède réellement. Ce raisonnement absurde serait la négation de la thérapeutique et la suppression d’un seul coup de toute la pharmacopée. A quoi servent tant d’études pour arriver à cette conclusion qu’un peu d’eau claire et beaucoup de suggestion suffisent à guérir toutes les maladies P
Médecins et médicaments deviennent dès lors inutiles; un peu de volonté les remplace avantageusement.
Tout cela n’a pas le sens commun et est indigne de cerveaux que de longues années de
pratique devraient avoir mûris. Mais, si insensé que cela soit, j’admets que cela est.
Peut-on en déduire la preuve que le suc testiculaire n’a pas d’action qui lui soit propre? Non! mille fois non! Quelques exemples suffiront à vous convaincre et à édifier mes lecteurs sur la valeur de votre raisonnement.
Prenons deux condamnés à mort.
M. Deibler tranche la tête du premier condamné avec le vulgaire conteau de la guillotine, tandis que vous donnez au second, préalablement suggestionné, un verre d’eau claire. Ce moyen, si simple que je suis étonné de ne pas le voir mis en pratique, suffit à amener le même résultat que le précédent. Parce que vous aurez tué avec un verre d’eau cet homme suggestionné par vous, en résultera-t-il que le couteau de M. Deibler n’ait pas accompli son œuvre sans la moindre suggestion ?
Si l’eau, aidée par la suggestion, peut devenir un tonique aussi puissant que le meilleur vin de Bordeaux cela n’empêchera jamais cet excellent vin de rendre aux faibles bien des services. Je crois même que les faibles n’hésiteront pas entre les deux moyens et prendront le Bordeaux malgré l’économie de votre procédé.
Et puis, pour que l’orchitine guérisse par pure suggestion, encore faudrait-il trouver des malades susceptibles d'être suggestionnés, et, de plus,
avoir l’intention de les suggestionner. Or, je vous déclare que je n’ai jamais eu l’intention d’agir par suggestion sur aucun des malades que j’ai traités par les injections de suc testiculaire. Et je crois que les nombreux médecins des cinq parties du monde qui chaque jour mettent en pratique la méthode séquardienne procèdent comme moi.
Quant à l’autosuggestion, j’ai fait mieux, et bien d’autres ont fait de même. Afin de me rendre compte exactement de l’influence directe que l'imagination du malade pouvait avoir sur l’effet produit, j’ai fait vingt-deux fois sur des personnes atteintes d’affections différentes, des injections d’orchitine jusqu’à ce que j’aie obtenu des manifestations évidentes de l’action du remède. Puis, sans prévenir les malades, je remplaçais l’orchitine par des , injections d’eau distillée. Les malades ne tardaient pas à constater que le mieux obtenu ne persistait pas. Je revenais alors aux injections d’orchitine, et les bons effets dynamogéniques se manifestaient de nouveau. Donc, pas d’autosuggestion. Ces vingt-deux épreuves et contre-épreuves, ajoutées à toutes celles qu’ont signalées plusieurs médecins, sont une démonstration dont la solidité ne peut être mise en parallèle avec l’illogisme du raisonnement sur lequel vous vous appuyez pour dire que l’orchitine n’agit que par suggestion.
La suggestion, très honorés confrères, a du bon. Elle peut rendre des services dans certains cas particuliers, et vous faites bien d’en user. Mais soyez persuadés qu’elle n’est pour rien dans l’action de la digitale sur le cœur, de la quinine sur la fièvre, de l’huile de foie de morue sur le rachitisme, ni de l’orchitine sur la moelle épinière.
Lisez avec soin les six cas de phtisie pulmonaire traités par ma méthode, et consignés dans ce volume : vous vous rendrez compte facilement que la suggestion ne peut avoir ici aucune prise sur des maladies de cette nature; et que, si elles ont été guéries, c’est grâce à une force thérapeutique qui n’a rien de commun avec la suggestion.