L’AVENIR DE LA MÉTHODE
Assez de théories qui ne font que paraître et disparaître. Des faits, des faits, encore des faits, toujours des faits ! Voilà la vraie méthode, celle des Claude Bernard et des Brown-Séquard, qui ont fait de la médecine une science aussi positive, aussi précise qu’un axiome de géométrie. C’est à coups de faits que j’ai forcé et que je forcerai les sourds à entendre, les muets à parler, les aveugles à voir, ceux même qui ne veulent ni voir, ni entendre, ni parler. C’est d’un fait qu’est née la méthode. Ce fait, constaté sur lui-même et proclamé devant la Société de Biologie par son président, Brown-Séquard, c’est-à-dire par un homme occupant à juste titre la plus haute situation scientifique, par un homme- dont la probité et le désintéressement professionnels défient toute critique, méritait, à cause du fait qui était
intéressant et aussi à cause de son auteur, une vérification immédiate. C’était le but de la communication : partir de ce fait isolé et en faire la base d’un vaste champ d’expériences d’où sortirait promptement et infailliblement la vérité. J’ai dit comment on répondit à l’appel du Maître. Mais si les membres de la Société de Biologie commirent la faute grave de ne pas prendre en considération sérieuse la découverte de Brown-Séquard, d’autres praticiens plus clairvoyants, comprenant toute l’importance de la communication et les résultats incalculables qui en découleraient naturellement, si des faits nouveaux venaient confirmer le fait annoncé, se mirent résolument à l’œuvre. Je me félicite tous les jours d’avoir été un des premiers, sinon le premier parmi ceux-là.
Quand on mesure d’un coup d’œil le chemin parcouru depuis le jour où Brown-Séquard faisait sa première communication à la Société de Biologie jusqu’à aujourd’hui, c’est-à-dire en 22 années, on se rend compte de ce que peut faire la volonté d’un homme en possession d’une vérité scientifique, malgré l’indifférence générale, et, ce qui est pis encore, malgré le ridicule. J'avais expérimenté avec conscience, j’avais vu, j avais la foi. Ma conviction faite, je n’eus plus qu’un but : 1° rendre pratique, maniable et sans danger, cette force considérable qui fait de l’orchitine
l’agent thérapeutique le plus puissant que nous possédions ; 2° appliquer cette force aux cas
les plus divers, afin d’étendre autant que possible la limite du bien qu’elle peut procurer à j’ai atteint ce double but. L’orchitàne, telle que je la prépare, est d’une innocuité absolue, sa conservation est parfaite et indéfinie. Facile à expédier, elle arrive aux extrémités les plus reculées des cinq parties du monde en pleine possession de ses précieuses propriétés dynamogéniques. L’administration en est si simple que chacun, même sans le secours du médecin, peut, sans le moindre danger, pratiquer sur lui-même les injections. Enfin, une énorme quantité de faits pathologiques absolument différents sont consignés dans ce travail. Soit qu’ils émanent directement de mes observations personnelles, soit qu’ils aient été observés par des médecins distingués, qui m’adressent de toutes parts les résultats de leurs expériences, ou par les malades eux-mêmes, ces faits constituent la preuve absolue que la méthode peut être appliquée avec fruit aux maladies les plus diverses.
Tous ces faits, observés en même temps à Fort-Louis, à Mjexico, à New-York, â Saint-Pétersbourg, à Vienne, à Berlin, à Florence, â Genève, à Madrid, à Bruxelles, aussi bien qu’â Paris, par des médecins opérant sérieusement et isolément sur des malades très différentes, mais toujours
dans le sens du relèvement des forces avec le même liquide; tous ces faits, dis-je, sont la confirmation éclatante du résultat affirmé par Brown- Séquard. L’orchitine est une force d’une puissance incom}iarable; cette force peut être utilisée au bénéfice des êtres affaiblis: telles sont les vérités qui se dégagent de mes nombreuses observations.
Maintenant que la méthode est assise sur des milliers de faits plus concluants les uns que les autres, elle est inébranlable sur sa base, son avenir est assuré. N’ayant plus à la défendre, je veux la vulgariser. Ce livre a été écrit dans ce but. Faire participer le plus grand nombre aux immenses bienfaits de la découverte de Brown-Séquard en fournissant à chacun le moyen de s’appliquer, sans intermediaire, les inoculations régénératrices, tel est mon désir le plus ardent.
La jouissance de l’orchitine est illimitée dans la variété de ses effets; le vaccin lui-même, grâce aux perfectionnements que j’ai apportés à sa préparation, est inoffensif et facile à transporter, ['entrevois donc, dans un avenir peu éloigné, l’heure où tout le monde se sera rendu compte par lui-même ou par les siens des qualités merveilleuses du suc testiculaire et de tout le parti qu’on peut en tirer, au point de vue du maintien de la santé et de la force, aussi bien qu’à celui de la guérison des maladies. Dans toutes les
LA TRANSFUSION VITALE. Iig
familles, depuis la plus riche jusqu’à la plus pauvre, on trouvera en réserve, au même titre que le feu, le pain et le sel, une ampoule remplie du précieux agent régénérateur. A toute heure du jour ou de la nuit on y pourra puiser, en cas de besoin, la force et la vie.
La découverte du principe dynamogénique contenu dans l'orchitine et son application au relèvement ou à la conservation des forces humaines placeront Brown-Séquard au premier rang des bienfaiteurs de l'humanité. Ceux qui ont combattu sans trêve pour le triomphe et la vulgarisation de cette conquête de la science, qui l’ont dégagée du cercle restreint où l’avait placée son auteur et en ont étendu les bienfaits à la presque universalité des malades et des faibles, trouveront la récompense de leurs efforts et de leurs travaux dans la satisfaction d avoir été utiles à leur semblables.