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CHAPITRE I

Rapport des professeurs Brown- Séquard et d' Ai sonval à V Académie des Sciences. — Séance du 24 avril 1893).

Effets physiologiques et thérapeutiques d 'un liquide extrait de la glande sexuelle mâle ; par MM. Brown-Séouard et d’Arsonval.

“ Nous avons l’honneur de communiquer à “ l’Académie l’exposé des principaux résultats “ obtenus par plus de douze cents médecins aux- “ quels nous avons fourni du liquide orchitique. “ Les effets physiologiques et thérapeutiques si “ remarquables qui ont été obtenus à l’aide d’in- “ jections sous-cutanées de ce liquide, de 1889 “ à 1892, méritaient, pensions-nous, d’être soumis “ à des vérifications multipliées. Nous avons, “ en conséquence, fait appel à une sorte de suf- “ frage universel intelligent, et nous avons an-

*) Extrait du compte rendu officiel des séances de l'Académie des Sciences (page 855).

“ noncé que nous étions prêts à donner du liquide “ à tous les médecins de France ou de l’Etranger “ qui nous en feraient la demande, à la condition “ qu’ils nous adresseraient en même temps l’his- “ toire clinique des malades sur lesquels ils “ désiraient essayer ce mode de traitement, et en “ nous promettant aussi de nous fournir les détails “ relatifs aux effets du liquide, au fur et à mesure “ de son emploi.

“ Nous devons dire que les résultats ont dé- “ passé de beaucoup les espérances que les faits “ connus, il y a un an, nous donnaient le droit “ d’avoir. Non seulement les maladies qui “ avaient -été signalées comme cédant souvent “ à l’influence physiologique exercée par le liquide “ y ont cédé plus fréquemment et plus rapide- “ ment qu’avant le mois de mai dernier, mais “ nombre d’autres maladies, que nous ne pouvions “ guère supposer capables de s’améliorer ou de “ disparaître sous cette influence, ont aussi été “ l’objet des plus favorables changements.

“ Les maladies qui ont été traitées avec succès “ par le liquide orchitique ne l’auraient peut- “ être jamais été sans la foi des malades qui, “ ayant appris les résultats obtenus par cet agent “ physiologiquement thérapeutique, ont insisté “ énergiquement auprès de médecins incrédules “ pour qu’on leur fît des injections de ce liquide. “ Nous mentionnons ce fait pour montrer que “ les médecins auxquels nous avons eu affaire “ ont été des témoins de faits qu’ils ne tenaient “ guère à constater et que leurs assertions à “ l’égard des améliorations produites sont plutôt “ au-dessous qu’au-dessus de la vérité.

“ Voici maintenant la liste des faits, en com- “ mençant par les maladies qui ont été le plus “ fréquemment traitées.

“ L’affection qui nous fournit à la fois et le “ plus de cas et la plus grande proportion de “ guérison est l’ataxie locomotrice, qui dépend,

" comme on le sait, d’une sclérose de certaines " parties des cordons postérieurs de la moelle “ epinière. Nous proposant d’en parler spéciale- “ ment dans une Communication subséquente, “ nous nous bornerons à dire aujourd’hui qu’en “ ne prenant sur les 405 cas qui nous ont été “ fournis que les 342 qui ne peuvent laisser “ aucun doute quant au diagnostic, nous trouvons “ que plus de 314 ont été considérablement “ améliorés ou complètement guéris, ce qui donne “ une proportion de 91 à 92 pour 100. Même “ la maladie de Friedreich, ataxie locomotrice “ héréditaire, s’améliore considérablement, comme “ le montrent les deux seuls cas traités jusqu’ici.

“ Les autres cas de sclérose de la moelle “ épinière : sclérose en plaques, sclérose des “ cordons latéraux ou des antérieurs, sclérose “ diffuse de la moelle, sur les 117 cas dont le " diagnostic est certain, ont donné aussi une “ proportion de 8 à 9 pour 10 de guérison ou " d’amélioration notable.

“ Le nombre de cas de tuberculose pulmonaire “ n’a pas dépassé 67, dans les quatre cinquièmes “ desquels, ainsi que nous le montrerons ailleurs, “ des améliorations considérables ont été ob- “ tenues. Les sueurs nocturnes, la toux, la “ faiblesse, les troubles digestifs, l’insomnie, la “ fièvre ont cessé. Ces résultats montrent com- “ bien il serait important que des recherches “ sérieuses,- et sur une grande échelle, fussent “ faites à cet égard.

“ Dans une Communication faite à l’Académie “ par l’un de nous, il a montré combien peut “ être heureuse l’influence du liquide orchitique “ sur les cancéreux. L’espoir que la connaissance “ de ce fait a créé chez un nombre très considé- “ rable de malades à conduit près de 100 médecins “ à faire l’essai de ce mode de traitement. Dans “ une séance subséquente, nous montrerons que “ sur 103 malades atteints de cancer superficiel “ et dont le diagnostic ne pouvait, conséquem-

“ ment, donner lieu à aucun doute, les améliora- “ tions suivantes ont été presque toujours observées: disparition de la teinte jaune-paille et “ de l’état cachectique, augmentation des forces, “ cessation des douleurs, des ulcères et des hémor- “ ragies, chez les malades qui en avaient, c’est-à- “ dire un retour à l’état normal, dans la plupart “ des cas, à part l’existence des tumeurs, qui “ persistent, mais n’étant plus que ce que serait “ un simple corps étranger chez un individu sain. “ Nous ne croyons pas avoir besoin de dire que, “ quelquefois, malgré presque toutes ces améliora- “ tions, des malades qui allaient mourir, ou qui “ avaient des lésions organiques devant inévi- “ tablement causer la mort, sont morts, mais après “ une lutte plus prolongée qu’on ne l’avait cru.

“ Parmi les affections organiques fréquentes “ qui ont encore donné des preuves de l’influence “ heureuse du liquide orchitique, nous indiquerons “ les maladies diverses du cœur, du cerveau, du “ rein et la myélite.

“ Une maladie presque incurable et dont le “ siège organique n’est certes pas établi, la “ paralysie agitante, a fourni des résultats vrai- “ ment étonnants. Sur 27 cas, 25 ont été

“ considérablement améliorés et, l’amélioration “ continuant, il est probable que quelques-uns au “ moins de ces malades seront bientôt guéris. “ Jusqu’ici cependant un seul cas de guérison “parfaite a été obtenu: il s’agit d’un avocat “ traité à Toulon par le Dr. Manoel. Cette ter- “ rible maladie, qui faisait le désespoir des “ médecins et de leurs clients qui en étaient “ atteints, devient donc une affection guérissable “ ou tout au moins susceptible d’être arrêtée et “ de recevoir une grande amélioration.

“ Les diverses formes de diabète sucré ou de “ simple polyurie rentrant dans le groupe des “affections "que M. Bouchard a justement “ considérées comme liées à un trouble de nutri- “ tion reçoivent, comme les anémies et les

“ asthénies, l’influence la plus heureuse des in- “ jections de liquide orchitique. Même le diabète “ maigre, celui qui est lié à une affection ou à “ la destruction du pancréas, s’améliore aussi “ sous l'influence de ce liquide, employé seul ou “ avec de l’extrait liquide de pancréas.

“ L’artério-sclérose, . la sclérose du cœur, les “ albuminuries liées ou non à la sclérose du rein, “ les contractures et les paralysies de causes “ organiques diverses (maladies du cerveau, du “ bulbe, de la moelle, des nerfs), les paralysies “ réflexes, les névrites, les maladies des poumons “ autres que la tuberculose, y compris même la “ gangrène (ce que montrent deux cas), la “ maladie d’Addison, le goitre exophtalmique, “ les maladies organiques du foie, de l’estomac, “ de l’intestin, de l’utérus (y compris les tumeurs “ fibreuses de cet organe), les atrophies et “ nombre d’autres états morbides organiques se “ sont améliorés, le plus souvent d’une manière “ inespérée. Il en est de même de la névrite “ optique, liée ou non à l’ataxie locomotrice, ainsi “ que le savent maintenant les oculistes de Paris “ et de Londres.

“ Nous n’avons peut-être pas besoin de dire “ que dans un très grand nombre de cas, la “ débilité due à l’âge ou à des maladies diverses, “ et spécialement à l’influenza, s’est très notable- “ ment améliorée ou a même disparu complète- “ ment sous l’influence des injections de liquide “ orchitique.

“ L’hystérie, la chorée, les névralgies, la mi- “ graine, certaines formes de rhumatisme, la “ goutte, les fièvres paludéennes ont aussi “ bénéficié de ces injections. D’autres affections “ encore sont dans le même cas : je ne nommerai “que l’agoraphobie et la paralysie pseudo-hyper- “ trophique.

“ A notre grande surprise, une affection à la “ mode (et qui, si elle n’existe pas aussi souvent “ qu’on le croit, est néanmoins très fréquente),

“ la neurasthénie, dont plus de quatre-vingts cas “ ont été- traités par notre procédé, n’a pas donné, “ à beaucoup près autant de cas de guérison ou “ d’amélioration notable que des cas d’affection “ organique tels que les diverses scléroses de “ la moelle. En effet, la proportion des cas dé- “ cidément heureux de traitement de la neuras- “ thénie n’a été que de 50 à 60 pour 100.

“ Ainsi que le montrent les faits mentionnés “ dans ce travail, il n’est guère de maladie dont “ les effets n'aient été combattus avec un succès “ plus ou moins grand à l’aide des injections “ dont nous nous occupons. Ainsi que nous “ l’avons déjà dit, c’est à l’action tonifiante “ énergique que produit le liquide orchitique sur “ les centres nerveux qu’est surtout due l’influence “ de ce liquide.

“ Ceux qui savent que le système nerveux peut “ produire les altérations les plus variées dans “ l’état dynamique et dans l’état organique des “ différents tissus comprendront aisément que la “ puissance des centres nerveux, étant augmentée, “ devienne capable de faire l’inverse et de “ ramener graduellement et même rapidement “ à son type normal l'état dynamique des divers “ tissus. Quant à l’état organique de ces tissus, “ nous avons de très nombreuses preuves des “ modifications heureuses qu’il peut présenter. “ Ainsi, par exemple, les tumeurs fibreuses de “ l’utérus, les ulcères de la lèpre ou du cancer “ peuvent disparaître sous l’influence du liquide “ orchitique agissant sur les centres nerveux, “ après absorption. Il n’y a pourtant guère lieu “ de croire à la possibilité d’une action locale “ directe du liquide orchitique qui, étant délayé “ dans la masse du sang, ne peut passer qu’en “ quantité excessivement minime dans les vais- “ seaux des parties lésées et surtout dans les tissus “ ulcérés. Mais l’idée d’une action locale directe “ est contredite par une expérience que nous “ avons souvent faite : nous avons lavé, huit ou

“ dix fois par jour, des plaies faites sur des “ cobayes, avec du liquide orchitique extrême- “ ment dilué et nous n’avons pas vu la cicatrisa- “ tion s’y faire plus rapidement que sur des plaies, “ absolument semblables, qui n’avaient pas été “ soumises à l’action du liquide.

“Nous avons essayé de démontrer ailleurs que “ le liquide orchitique donne à l’organisme autre “ chose que l’influence tonifiante qu’il exerce sur " la moelle. Nous nous bornerons à dire ici que “ nous croyons avoir bien établi ailleurs que “ ce liquide fournit au sang des éléments forma- “ teurs de nouvelles cellules. L’action rénova- “ trice de ce liquide, dans les cas d’affection “ organique, nous semble être due à la fois à “ l’entrée de ces éléments dans le sang et à “ l’augmentation d’énergie des puissances des “ centres nerveux. Des faits expérimentaux, “ qu’il nous faut étudier encore, viennent tout à “ fait à l'appui des arguments qui conduisent à “ admettre les deux modes distincts d’action du “ liquide orchitique, à savoir l’introduction dans “ le sang d’éléments organiques rénovateurs et “ une influence tontifiante spéciale.

“ Nous croyons que ceux-là perdraient leur “ temps qui chercheraient à trouver dans le “ liquide orchitique un ou plusieurs principes “ chimiques capables de produire les deux actions “ que nous venons de désigner. Il en serait de “ cette recherche comme de celle que l’on pourrait “ tenter aussi de faire en essayant de découvrir “ dans le spermatozoïde ou dans l’ovule le principe “ chimique qui doit former le foie ou celui qui “ doit former le cerveau, la rate, le rein ou un “ organe quelconque.

“ Conclusions . — 1° Bien que liquide orchi- “ tique ne possède aucune influence curative “ directe sur les divers états morbides de l’or- “ ganisme, il peut, après injection sous la peau, “ guérir ou améliorer considérablement les affec-

“ tions, organiques ou non, les plus variées, ou " tout au moins en faire disparaître les effets.

“ 2° Ces actions du liquide orchitique sont "dues à deux espèces d'influences: par l’une, le “ système nerveux, gagnant en force, devient “ capable d’améliorer l’état dynamique ou or- “ ganique des parties malades; par l’autre, qui “ dépend de l’entrée dans le sang de matériaux “ nouveaux, ce liquide contribue à la guérison “ d’états morbides par la formation de nouvelles “ cellules ou d’autres éléments anatomiques.”

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