‹ La transfusion vitaleChapitre 23 sur 46 · IÔ · texte numérisé non relu

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animale par des injections sous-cutanées de liquide testiculaire.

Les malades sur lesquels M. Mairet a opéré étaient atteints de la forme d’aliénation connue sous le nom de stupeur, maladie qui se caractérise par une dépression nerveuse considérable. Je vais d’abord laisser la parole au professeur de Montpellier, et j’exposerai ensuite les remarques auxquelles me conduisent les résultats qu’il a ■obtenus. Il commence par la description suivante de la stupeur: —

“ Au point de vue intellectuel, les conceptions “ sont excessivement lentes, les expressions ex- “ térieures ont beaucoup de peine à produire “ une réaction sur le cerveau.

“ Au point de vue moteur, les malades restent “ immobiles, des journées entières, dans la posi- “ tion où ils se trouvent, sont dépourvus de toute " initiative, ne songent pas à manger et souvent “ urinçnt ou salissent sous eux.

“ Au point de vue sensitif, la perception est “ retardée, parfois même il y a de l’anesthésie.

“ Au point de vue de la vie organique, la “ circulation se fait mal, ainsi que l’indiquent “ les stases sanguines, le refroidissement péri- “ phérique et l’état du cœur; l’appétit est diminué, “ et les échanges nutritifs sont ralentis, comme “ il est facile de s’en rendre compte par l’analyse “ des urines.

“ N’était-il pas logique, connaissant les effets “ des injections de liquide testiculaire, de les “ essayer dans la forme d!aliénation mentale dont " je viens de vous indiquer brièvement la physio- “ nomie ? Il me le semble; d’autant plus que les ** expériences physiologiques que j’avais faites “ m’avaient démontré leur innocuité complète.

Ainsi se trouvent expliquées les raisons pour “ lesquelles j’ai employé ces injections.

“ Les injections ont été pratiquées en différents “ points du corps, mais plus spécialement au 4‘ niveau de la région lombaire et du ventre.

“ Généralement nous ne faisons qu’une injection “ par vingt-quatre heures, parfois nous en avons “ fait deux.

“ Localement, ainsi que vous pouvez vous en “ convaincre par les malades que vous avez de- “ vant vous, ces injections ne produisent aucun “ phénomène digne d’être noté; on constate seule- “ ment un peu de rougeur autour de la piqûre.

“ Les malades semblent même peu souffrir de “ l’injection, ce qui, peut-être, doit être attribué “ à l’état de stupeur dans lequel ils se trouvent; en “ tout cas, ils se prêtent assez volontiers aux in- “ jections, qui leur ont toujours été faites avec “ tous les soins désirables, par notre distingué “ interne, M. Bosc.”

Après avoir éliminé deux cas sur six, l’auteur dit : —

“ Restent donc les quatre malades que vous " avez devant vousj je désignerai ces malades “ par des numéros.

“ Le n° 1 est un malade de trente-sept ans, “ malade depuis huit mois environ. L’aliénation “ mentale se traduit chez lui par des périodes “ alternatives d’agitation et de dépression. Pen- “ dant les premières, l’agitation s’accompagne “ d’égarement intellectuel, d’idées de peur, de “ tristesse et d’hallucinations de divers sens. Pen- “ dant les secondes, la stupeur est profonde, le “ malade mouille et salit sous lui.

“ Au moment où nous commençons chez cet “ homme les injections, la stupeur est très mar- “ quée, le regard est vague, avec une légère teinte “ d’inquiétude, les réponses sont très lentes, par-

“ fois même impossibles. Debout ou assis sur “ une chaise, X... reste des heures entières dans “ la même position, ne songeant pas à aller “ manger, ni même à manger quand il est à “ table, et laissant aller ses urines sous lui. On “ est obligé de le soigner comme un enfant.

“ Cette aliénation mentale a toutes les allures " d’une folie fonctionnelle et héréditaire.

“ Le malade n° 2 est une jeune femme âgée “ de vingt-cinq ans. Inconnue dans son hérédité,

“ cette malade ne présentait, avant sa maladie,

“ aucun stigmate physique et psychique pouvant “ faire croire à une tare héréditaire.

“ L’aliénation mentale est survenue chez elle, “ il y a sept mois environ, pendant qu’elle allai- “ tait son second enfant. A ce moment elle fut “ prise d’un rhumatisme généralisé, pendant l’évo- “ lution duquel apparurent des troubles délirants “ qui, d’emblée, furent vésaniques et qui se tra- “ duisirent au début sous forme de stupeur lypé- “ maniaque, c’est-à-dire sous forme d’aliénation “ mentale caractérisée par un état de stupeur, “ traversée à certains moments par des accès “ d’agitation fréquents, avec des idées de tristesse “ entretenues par des hallucinations de la vue et “ de l’ouïe.

“ Puis, peu à peu, l’agitation disparut, et deux “ mois après le début de la maladie, à part un “ peu d’inquiétude vague, la stupeur seule per- “ sistait. A peine si en la secouant on pouvait “ obtenir de cette femme une réponse lente et “ mal articulée aux questions qu’on lui posait; elle “ laissait tout aller sous elle, il fallait la faire “manger, comme un ^enfant; les extrémités “ étaient froides, œdématiées même, si bien qu’on “ dut la faire coucher.

“ Les photographies et les dessins que je vous “ fais passer vous rendent bien compte de ce “ qu’était à ce moment la stupeur. Lorsque nous “ avons commencé les injections de liquide testi-

culaire, l'état physique, grâce aux soins dont “ cette malade avait été entourée, était meilleur, “ mais la stupeur était toujours la même et

persistait telle depuis trois mois. Chez cette " malade, la nutrition est l’agent pathogénique “ essentiel de l’aliénation mentale.

“ Il en est de même chez la malade n° 3 dont “ la folie s’est développée, elle aussi, à la suite “ d’un accouchement; seulement, dans ce cas, " le terrain était tout préparé par une hérédité “ puissante.

“ Chez cette femme, il y avait eu au début, “ comme chez la précédente, des accès d’agita- “tion; mais, lorsque nous avons pratiqué nos ■" premières injections, elle était depuis plus de “ cinq mois dans un état de stupeur profonde, ■“ avec atonie des traits, infiltration marquée des “ paupières, regard terne exprimant une vague " inquiétude, nécessité de la diriger cmme un “ enfant, de la faire manger, de la faire aller “ aux water-closets, refroidissement des extré- " mités, etc.

“ Le malade n° 4 est un homme âgé de trente- “ sept ans, qui est aliéné depuis nombre d’années “ déjà; son intelligence commence même à s'affaiblir; mais ce qui domine chez lui, c’est la ■“stupeur. Cette stupeur se traduit: au point “ de vue physique, par l’atonie des traits, un “ refroidissement des extrémités constituant une “ véritable asphyxie, des intermittences cardia- " ques se faisant sentir toutes les dix ou douze “ pulsations, et, au point de vue physique, par “ un état d’engourdissement intellectuel d’où on “ ne le fait sortir qu’en le secouant violemment, et “ cela pour n’obtenir que des réponses incom- “ plètes aux questions qu’on lui pose. Cet homme “ conserve pendant des heures entières la même “ position, et il faut non seulement le conduire “ a table, mais encore le faire manger.

“ Tels sont les malades sur lesquels nous avons “ expérimenté les injections de liquide testiculaire.

| Deux de ces malades, le n° 3 et le n° 2 étaient

atteints de folie par troubles de la nutrition ; ‘le n° 1 et le n0^ présentaient une aliénation ‘ mentale fonctionnelle qui, chez le dernier, a ‘ abouti déjà à la démence.

“ L’état intellectuel dans lequel étaient nos ‘ malades vous est un sûr garant qu’il n’a pu | avoir chez eux de suggestion ; d’ailleurs, ils | n’ont jamais connu la nature du liquide que ‘ nous leur injections.

“ A part le n° 4, ces malades ont été soumis ‘ à différentes reprises à des injections répétées, ‘ chaque fois, pendant plusieurs jours consé- ‘ cutifs : six, huit et quatorze jours.

“ Chacune de ces séries d’injections a été

* séparée par un intervalle de temps variable.

" Avant de vous indiquer quel a été chez nos ‘ malades le résultat de ces différentes séries ‘ d’injections, il est bon que je vous indique ce ‘ qu’a produit chacune d’elles, et à ce point de

* vue je me limiterai même, pour le moment, à ‘ ce qui touche le système nerveux qui préside ‘ à l’intelligence, à la motilité et à la sensibilité.

“ Pour vous éclairer à ce sujet, je n’aurai qu’à ‘ vous rappeler ce que vous avez vu, vous-mêmes.

“ Chez le malade n° 1, par exemple, à la suite ' d’injections de liquide testiculaire, répétées une

* fois par vingt-quatre heures, pendant huit jours ‘ consécutifs, vous avez vu, dès le troisième jour, ‘ la stupeur diminuer. Cet homme, loin de rester ’ immobile à la même place, va et vient constam- ‘ ment, il se sent plus fort, et pour le montrer,

* comme nous mesurions sa force, soit au dyna- ‘ momètre, soit en nous faisant serrer la main, il 1 va d’un infirmier à l’autre, lui demandant la ' main pour la lui serrer.

“ Au point de vue psychique, la surexcitation ‘ se traduit par de l’inquiétude, de l’apeurement,

' une hyperesthésie du sens de l’ouïe, l’idée que

‘ les personnes qui l'entourent veulent lui faire ‘ du mal, l’animation du regard et la coloration ‘ du teint.

“ Chez cet homme, les injections ont donc pro- ‘ duit une surexcitation portant sur l’intelligence,

‘ la sensibilité et la motilité. Nous n’avons pas ‘ constaté chez lui d’excitation génésique.

“ Chez la malade n° 2, l’excitation du système ‘ nerveux à été moins marquée que chez le n° 1, ‘ mais cependant elle a encore été très nette,

‘ et, à cet égard, je vous rapelle ce qui s’est ‘ passé lors de la seconde série d’injections que ‘ nous avons faites chez elle. Dès le troisième ‘ jour, cette femme qui, auparavant, ne répondait * que très lentement et tout bas aux questions ‘ que nous lui posions, et retombait immédiate- ‘ ment dans sa torpeur, se lève de sa chaise,

‘ s’avance vers nous dès que nous l’appelons,

‘ répond avec beaucoup plus de vivacité et d’une ‘ manière beaucoup plus intelligible, mange seule ‘ et avec appétit, ,ne reste plus immobile à la ‘ même place, commence même à s’occuper à ‘ la couture, devient propre et a une certaine ‘ initiative. La physionomie est plus ouverte, ‘ les traits sont moins flasques, l’œil est plus ‘ vif, et on constate un peu d’apeurement en- ‘ tretenu par une hyperesthésie de l’ouïe. Enfin, ‘ il y a un certain degré d’excitation génésique ‘ et une disparition de plaques d’anesthésie qui ‘ existaient au niveau de la jambe droite et du ‘ bras gauche.

" Mais c’est peut-être la malade n° 3 qui a ‘ présenté, sous l’influence des injections de ‘ liquide testiculaire, l’excitation la plus mar- ‘ quée. Vous l’avez vue ne pouvant rester en ‘ place, aller d'une malade à l’autre, les regar- ‘ dant dans les yeux, ou leur arrachant leur ' ouvrage. Vous l'avez vue d’autres fois se lever ' de sa chaise et se mettre à courir, croyant re- ‘ connaître dans une personne qui passe un de

“ ses parents. L’intelligence, tout en restant très “ embrouillée, est cependant plus nette; cette “ femme, qui ne répondait pas à nos questions, “ y répond nettement, et vous avez pu l'entendre “ me dire, lorsque je lui demandais ce qu’elle “désirait: ‘Je voudrais aller à ma maison pour “ ‘ soigner mon mari et mes enfants.’

“ La surexcitation est même, à un moment “ donné, devenue tellement considérable, que j’ai “ dû empêcher cette malade d'aller à la cuisine, “ où j’avais dit qu’on la prît, parce que, lorsqu’elle “ rencontrait des vieillards ou des enfants de “ l’hôpital, elle leur sautait au cou, les appelait “ mon père ou mon fils, ou bien mangeait les “ aliments qu’on la chargeait de porter. Peut- “ être y a-t-il eu chez cette femme un peu d’excita- " don génésique.

“ L’excitation cérébrale a aussi existé chez “notre malade n° 4; mais je ne vous en parle “ pas, les faits qui précèdent suffisent pour vous “ fixer à ce sujet.

“ Pas de doute donc, les injections de liquide “ testiculaire produisent chez les individus atteints “ de stupeur une excitation du système nerveux “ portant sur l’intelligence, la sensibilité et la “ motilité.

“ Voilà un premier résultat.

“ Mais est-ce là un résultat suffisant pour justi- “ fier l’emploi de ces injections ? L’étude des “ allures et de l’évolution de cette surexcitation “ va nous fixer à cet égard.

" Au point de vue de ses allures, la surexcita- “ tion que nous avons constatée chez nos malades “ reproduit complètement la physionomie de l’agi- “ tation qui émaillé la stupeur- lypémaniaque, “ agitation ayant un caractère particulier de se “ greffer sur un fond de stupeur et de s’accom- “ pagner d’inquiétude, d'idées de tristesse et sou- " vent de perversions sensorielles. Cette excita-

‘ tion, vous le savez, nous l’avons déjà constatée ‘ chez nos malades, en dehors des injections, au ‘ début de la maladie chez les nos 2 et 3, à dif- ‘ férentes reprises pendant le cours de l’aliéna- ‘ tion mentale chez le n° 1 ; c’est donc une excita- ‘ tion morbide.

“ Au point de vue de son évolution, cette ‘ surexcitation est passagère; lorsqu’on cesse les ‘ injections, elle s’atténue progressivement, et ‘ après un nombre de jours variables, suivant ‘ des conditions qui restent à déterminer, mais 1 qui, chez nos malades, n’a pas dépassé dix ou ‘ douze, elle disparaît.

“ Excitation morbide, excitation passagère, tels ‘ sont donc les caractères de l’excitation produite ‘ sur le système nerveux de la vie de relation ‘ par les injections de liquide testiculaire.

“ A mon avis, si ces injections limitaient leurs ‘ effets à un semblable résultat, ce résultat serait ‘ par trop précaire pour justifier leur emploi.

“ Et cependant vous m’avez vu les continuer. ‘ C’est qu’à côté des effets que je viens de vous ‘ signaler ces injections en produisent d’autres ' que le moment est venu de vous indiquer, et ‘ qui m’ont paru pouvoir exercer une heureuse ‘ influence sur la maladie. Ces effets se rat- ‘ tachent à la circulation, à la température et ' à la nutrition.

u 1° A la circulation — Lorsque le chiffre des ‘ pulsations cardiaques oscille autour de la nor- ‘ male, les injections de liquide testiculaire ne ‘ le modifient pas, ainsi que vous pouvez vous ‘ en rendre compte par les tracés que je vous ‘ présente. Mais lorsque ce chiffre s’éloigne de ‘ la normale, soit qu’il soit au-dessus ou au-des- ‘ sous, ces injections tendent à le ramener à la ' normale; les deux tracés que je fais passer sous ' vos yeux le démontrent.

“ Dans l’un, le nombre des pulsations était de “ 130 avant l’injection; dès les premiers jours, “ après l’injection, ce nombre tombe à 90, et “ pendant toute la durée des injections et même “ assez longtemps après, il oscille entre 89 et 90. “ Dans l'autre, le chiffre des pulsations, qui était

de 55, monte à 90 sous l’influence des injec- “ tions, et se maintient aux environs de ce chiffre.

“ Les injections de liquide testiculaire tendent “ donc à régulariser la fréquence des pulsations “ cardiaques, et on peut dire à régulariser d’une “ manière générale les pulsations cardiaques. “ Voyez plutôt notre malade n° 4. Cet homme, “ avant les injections, présentait des intermittences “ à chaque six ou sept pulsations; sous l’influence “ des injections, ces intermittences se sont pro- “ gressivement espacées, et aujourd'hui vous n’en “ constatez plus.

“ En outre, au bout d’un certain temps, le “ pouls se relève et devient moins dépressible ; “ mais c’est là une particularité qui tient surtout “ à l’état de la nutrition.

“ 2° A la température. — Comme la circulation, “ les injections du liquide testiculaire tendent à “ régulariser la température, du moins lorsqu’elle “ est au-dessous de la normale. Chez les malades “ atteints de stupeur lypémaniaque, la tempéra- “ ture ne dépasse pas, en temps ordinaire, 36 “ degrés à 36°. 5 ; à la suite des injections, cette “ température tend à se rapprocher de 37 degrés: “ les courbes que je vous présente en font foi.

“3° A la nutrition. — J’ai constaté chez tous “ mes malades consécutivement aux injections, “ une augmentation de l’appétit, augmentation “ qui s’accuse dès les premiers jours et qui est “ telle que les infirmiers sont les premiers à la “ signaler et qu’on voit les malades non seule- “ ment ne plus refuser de manger, mais encore se “ mettre à manger seuls. D’ailleurs, vous avez

‘ pu entendre la malade n° 2 vous dire qu’à la ‘ suite des injections son appétit avait tellement ‘ augmenté qu'elle mangeait au moins deux fois ‘ comme à son état ordinaire. Corrélativement ‘ la digestion se faisant régulièrement, la nutri- ‘ tion s’améliore. J’aurais désiré mesurer pour ‘ ainsi dire ce relèvement de la nutrition par ‘l’examen des déchets; mais le désarroi dans ‘ lequel se trouve actuellement notre laboratoire, ‘ par suite des améliorations que nous lui faisons ‘ subir, m’a empêché de le faire jusqu’à présent.

“ Ainsi, régularisation de la circulation et de ‘ la température, amélioration de la nutrition, ‘ tels sont, à côté de la surexcitation que je vous * indiquais précédemment, les effets que produi- 1 sent les injections du liquide testiculaire.

“ Et ces effets se prolongent davantage que ‘ la surexcitation. Plusieurs jours après que ' celle-ci a disparu, ils s’accusent au point de ‘ vue physique par une ténacité plus grande des ‘ traits, un teint plus clair, la disparition des in- ‘ filtrations et du refroidissement périphérique, ‘ l’état du pouls et du cœur; et, au point de vue ' intellectuel, par une intelligence plus ou moins ‘ en éveil, plus apte à comprendre, ayant en un ‘ mot plus de ténacité ; bref, ils s’accusent par un ‘ ensemble de symptômes qui indiquent une toni- ‘ cité plus grande du système nerveux.

" L’excitation du système nerveux ne repré- ‘ sente donc qu’une partie des effets produits par ‘les injections de liquide testiculaire; ces injec- ‘ tions produisent en outre une action tonique ‘ sur ce système, agissant ainsi, non seulement ‘ sur les forces de dégagement, mais encore sur ‘ les forces radicales, sur les forces de tension.

“ Il nous est facile maintenant de comprendre ‘ pourquoi j’ai continué l’emploi des injections ‘de liquide testiculaire, surtout si vous vous ‘ souvenez que, dans la stupeur hypermaniaque, ‘ le système nerveux est déprimé, que la circu-

“ lation se fait jnal, et que, chez deux de nos “ malades, l’aliénation était due à des troubles “ de nutrition. Je pouvais espérer, en effet, étant “ donnée l’action du liquide testiculaire que je “ viens de vous indiquer, agir sur le fond même “ de la maladie.

“Je procédai alors de la manière suivante: —

“ Lorsqu’au bout d’un certain nombre d’injec- 41 tions l’action tonique était obtenue, je m’arrê- 44 tais, et commençais une nouvelle série d’injec- “ tions lorsque cette action cessait de produire “ ses effets. Jusqu’à présent, j’ai fait ainsi trois “ séries d’injections sur les malades 110 1 et n° 2, “ et deux séries sur la malade n° 3.

“ Vous pouvez juger des effets obtenus.

“ Chez la malade n° 3, si l’amélioration est 44 faible, elle est cependant réelle, ainsi que le “ prouvent la moindre intensité de la stupeur, 44 la plus grande netteté de l’intelligence, l’ani- “ mation des traits, l’expression de la physio- “ nomie.

“ Chez le malade n° 1, après la troisième série 44 d’injections, la maladie a repris une allure 41 qu’elle avait déjà eue autrefois, c’est-à-dire que 41 la stupeur a fait place à un état d’agitation “ avec inquiétude, état qui remonte déjà à plu- “ sieurs semaines et qui, par conséquent, est bien 41 assis.

“ Dans ce cas, il semble donc que les injections " n’ont fait que changer la forme de la maladie, “ sans atteindre le fond. Cependant, si vous “ étudiez cet homme dans sa phase actuelle d’agi- 44 tation, comparativement à ce qu’il était dans 4‘ les phases antérieures d’excitation par les- 41 quelles, vous le savez, il a déjà passé, vous “ vous assurez facilement que sa nutrition est 41 meilleure, que sa physionomie est plus naturelle, " que les idées sont plus nettes, que son intelli- " gence a plus de ton. C’est tellement vrai que, " l’agitation n’étant pas très considérable, il en

“ impose à la famille, puis s’imagine, à tort, je “ le crois, que sa guérison est proche. Mais, quoi “ qu’il en soit de l’avenir, il n’en est pas moins “ vrai que, dans ce cas, les injections du liquide “ testiculaire ont eu une heureuse influence par " l’action tonique qu’elles ont exercée sur le sys- “ tème nerveux, action qui se continue, bien que “ ces injections aient été suspendues depuis plu- “ sieurs semaines.

" Mais la malade chez laquelle nos injections “ paraissent avoir eu le meilleur effet, c’est la “ malade n° 2.

“ Cette femme a subi dans son état physique “ et mental une transformation complète. Toute “ trace de troubles psychiques a disparu, la physio- “ nomie a repris son expression ordinaire, la “nutrition est bonne: cette malade est en état “ de convalescence très avancé, on peut même “ dire qu’elle est guérie. Dans ce cas, s’il y “ a une seule coïncidence entre l’emploi des in- “ jections et l’amélioration, cette coïncidence est “ tout au moins curieuse; c’est en effet immédiate- “ ment après la première série d’injections que “ la maladie, qui était restée plus de trois mois “ stationnaire, a commencé à s’améliorer, et à “ chaque série d’injections l’amélioration s’est pro- “ noncée. Cette femme attribue nettement au “ traitement son amélioration et sa guérison ; à “ chaque série d’injections elle sentait, dit-elle, “ ses forces augmenter, le vague de son esprit “ diminuer et son intelligence s’éclairer.

“ Les résultats qui précèdent me semblent donc “ justifier pleinement la persistance que j’ai mise “ à continuer l’emploi des injections testiculaires.”

Il serait difficile de ne pas accepter les conclusions si pleines de réserve de M. Mairet, qui montre dans cette belle leçon un esprit scientifique peu commun. Un point mis absolument

hors de question dans ce travail doit être tout d’abord signalé, bien qu’il ait été déjà établi par des faits d’un autre ordre. 11 s’agit du rôle de la suggestion qui, dans le cas de M. Mairet, a nécessairement été nul. Il est donc évident que les effets dynamogéniques observés à la suite d’injections du liquide testiculaire dépendent bien d’une action spéciale de ce liquide et non d’une suggestion.

Parmi les résultats obtenus par le professeur de Montpellier, ce qui est nouveau et de la plus haute importance se trouve dans l’amélioration notable de l’état mental des individus soumis aux injections. L’influence heureuse sur l’activité cérébrale, chez des individus à l’état de parfaite santé mentale, que j’avais signalée et qui a été constatée par plusieurs observateurs, peut donc se montrer même chez des aliénés.

Les effets obtenus à l’égard de l’appétit et de la digestion ne font que confirmer ce que plusieurs observateurs ont déjà signalé dans un très grand nombre de cas.

Pour les physiologistes, les résultats signalés par M. Mairet à l’égard de l’influence exercée par le liquide testiculaire sur le pouls et la chaleur animale sont d’un très vif intérêt. J’ai été très heureux conséquemment, d'obtenir du professeur de Montpellier et de son interne, M. Bosc, des tracés qui n’ont pas encore été publiés, et qui

montrent l’exactitude des assertions émises dans la leçon reproduite ci-dessus. Ces tracés ont été pris sur trois malades (les nos 2 et 3, et sur un autre dont l’histoire n’est pas donnée dans la leçon).

Dans ces tracés, la ligne ponctuée représente le pouls; la ligne noire pleine représente la chaleur animale, les petites croix indiquent les jours où les injections ont été faites et leur nombre par jour.

La figure 1 se rapporte à la malade n° 2.

La figure 2 se rapporte à la première série d’injections faites sur la malade n° 3.

La figure 3 se rapporte à la seconde série d’injections faites sur la malade n° 3.

La figure A se rapporte à un malade dont l’histoire n'a pas été donnée dans la leçon et qui était atteint de stupeur lypémaniaque, comme les autres malades. On voit dans ce tracé que le pouls, qui était à 137, est tombé à 120 en deux jours, sous l’influence de deux injections, et qu’il est ensuite descendu de .120 à 83, sous l’influence de trois injections en deux jours.

M. Mairet dit, à l’égard du pouls et de la chaleur animale: —

“ 1° Que les injections du liquide testiculaire, “ employées dans quatre cas de stupeur lypé- “ maniaque, ont régularisé la circulation. C’est ■“ ce que montrent les figures 1 (tracé obtenu

chez la malade n° 2), 2 et 3 (malade n° 3), et 1 4 (cas non publié par iM. Mairet). Dans ce 1 dernier cas, le nombre des pulsations, qui se ‘ maintenait à 130 ou à peu près, est descendu 1 à. 120 115, et après la cinquième injection, entie ‘ 80 et 90 Dans le cas de la malade n° 3 (fig. 2

• et 3) le pouls se régularisa progressivement ‘ en même temps que la température. Ainsi

• qu’on peut le voir (fig. 3), le pouls arriva meme ‘à se maintenir entre 72 et 78 pulsations et, ‘ en même temps, il devint plus énergique et plus

“ régulier.

“ 2° Que pendant toute la durée des injections “le chiffre des pulsations a oscillé non loin de “ la normale. Les tracés montrent qu’il en a “ été ainsi.

“ 3° Que l’action du liquide testiculaire se “ maintient plusieurs jours après 1 injection. “ Tous les tracés le prouvent. Dans le cas ae “la malade n° 3, on peut voir (fig. 3) que 1 ame- “ lioration du pouls a continué longtemps.

“ 40 Que lorsque la température était au- “ dessous de la normale, le liquide testiculaire a “ eu pour effet de la rapprocher de son type “ normal.”

Fig. 3.

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