CHAPITRE VIH
Affections du cœur.
OBSERVATION I
M. R..., cinquante et un ans, homme de lettres fort connu dans le journalisme français, est atteint depuis de longues années d'une hypertrophie du cœur, que je crois héréditaire.
•Depuis quatre ans, à la suite de chagrins suivis d’excès alcooliques, la maladie a fait des progrès rapides. La marche de plus en plus pénible est devenue tout à fait impossible depuis quatre mois; les organes respiratoires, obstrués par le fait d’une mauvaise circulation, sont devenus le siège d’une bronchite catarrhale fort gênante, l’œdème qui avait été pendant longtemps limité aux malléoles, à la fin de la journée, a envahi successivement les mollets, les cuisses, le scrotum et le péritoine; le sommeil, qui depuis longtemps n’était possible que dans un fauteuil, ou au lit, le tronc soutenu dans la position verticale par plusieurs rangs de coussins, a complètement disparu depuis plus de deux mois. C’est à peine si
le malade prend quelques tasses de lait ou de bouillon. L’œdème est si considérable que deux ou trois sphacèles se sont produits à la jambe gauche, et les points gangrenés laissent couler constamment le liquide infiltré. Depuis le 10 février dernier, la faiblesse est telle que les syncopes se répètent plusieurs fois par jour et que les hallucinations sont constantes. Les macérations de digitale, les injections de caféine à haute dose, les purgatifs drastiques, le régime lacté n’apportent qu’un soulagement très passager et à peine sensible. Les urines très chargées sont rares, la mort paraît imminente. Le 22 février, je pratique quatre injections d’orchitine d’un centimètre cube pour chaque injection. Le lendemain, les syncopes ne se sont pas produites, je fais quatre nouvelles injections, le malade dort cinq heures dans son fauteuil et se sent mieux. A partir de ce jour, le lait est toléré à la dose de 3 litres par vingt-quatre heures ; les urines augmentent, le cœur reprend du ton. Le 27, troisième séance de quatre injections; le malade dort toute la nuit dans son lit, soutenu par des coussins. La voix, qui avait disparu, est revenue, la quantité d’urine mesure trois litres, l’hydropisie diminue rapidement. Le 8 mars, nous sommes à la cinquième séance, l’appétit est excellent, le sommeil parfait, la toux et l’oppression ont cessé; le 18 mars, M. R... est sorti pour la troisième fois, a descendu pied toute la longueur de l’avenue des Champs-Elysées et les boulevards, et vient chez moi prendre sa huitième séance. L’œdème a complètement disparu et ne se manifeste pas même le soir. M. R... reprend son travail et
fait régulièrement ses articles. C’est une véritable
résurrection.
L’hypertrophie subsiste, bien entendu, mais le malade mange, travaille, dort étendu comme tout le monde et fait tous les jours sa petite promenade. La toux et les crachats ne l’incommodent plus, l’ascension des étages est pénible mais supportable. En un mot, M. R... se trouve mieux qu’il n’a jamais été depuis cinq ans.
Dr Goizet.
(Extrait de mon livre “ Force et Santé.”)
Depuis sept ans plus de quatre-vingts malades atteints d’affections organiques du cœur ont été traités par moi avec succès au moyen des injections d’orchitine. En ce moment même je donne des soins à l’un de nos écrivains les plus appréciés, qui, depuis quatre ans, ne vit et ne travaille que grâce aux injections séquardiennes.
Comment s’expliquer ces phénomènes autrement que par une action essentiellement tonique de l’orchitine sur le système nerveux central? Si nous rapprochons ces observations du cas du sculpteur Masseron (communication du 8 novembre 1890, à la Société de Biologie), il m’est permis d’affirmer que, chez les malades observés, l’orchitine a agi dans ces cas de la même façon que la digitale. C’est également l’opinion du professeur Poehl, de Saint-Pétersbourg; il pense
que l’orchitine a une action tonique et régulatrice sur le rétablissement des fonctions physiologiques du cœur.
Mais cette action n'est que passagère et les injections doivent être reprises de temps en temps, à la première manifestation de défaillance ou de désordre dans les fonctions de l’organe.