CHAPITRE VII
Maladies de la peau.
Les observations du Dr Suzor à l’île Maurice et mes observations personnelles au cours du traitement d’affections très diverses par les injections sous-cutanées d’orchitine m’ont conduit à tenter l’emploi de cet agent dans certaines maladies cutanées. Connaissant l’action dynamogénique et régulatrice de l’orchitine sur les diverses fonctions du système nerveux, la tentative était d’accord avec la logique la plus serrée, puisque, dans la majeure partie des cas, les affections de la peau ne sont que la manifestation d’un trouble profond dans l’accomplissement de ces fonctions. Aussi mes expériences ont-elles été couronnées par le succès.
OBSERVATION I
Acné simple. — Mademoiselle X..., vingt ans, tempérament lymphatique, est fort ennuyée, depuis cinq ou six ans, d’avoir sur toute l’étendue
du dos, sur les épaules et sur le visage, de nombreuses pustules d’acné. Le front, les ailes du nez, les joues et le menton sont parsemés de ces boutons. Des croûtes, des rougeurs, des cicatrices attestent l’ancienneté de la maladie; de petites élevures dures, rouges, sensibles à la pression du doigt, annoncent la formation prochaine de nouvelles pustules. La peau inégale et ravagée donne au visage' l’aspect repoussant de la petite vérole après la période de desquamation. C’est le processus ordinaire de l’acné. L’état général laisse beaucoup à désirer : les chairs sont molles, les ganglions du cou volumineux, les règles peu abondantes, pâles, irrégulières et douloureuses, l’appétit languissant et capricieux.
Je commence le traitement en juin 1890, à raison de deux injections d’un centimètre cube d’orchitine tous les trois jours. Un an après, en juin 1891, (Mlle X... est complètement transformée. Les fonctions de nutrition s’accomplissent parfaitement, la menstruation est normale, les chairs sont fermes, pleines; la peau lisse et unie garde à peine la trace de quelques petites cicatrices blanches, anciennes, qui tendent à disparaître chaque jour et qui disparaîtront certainement. Cent injections d’un centimètre cube ont suffi pour faire d’un être repoussant une belle jeune fille pleine de santé.
Dr Goizet.
(Extrait de mon livre “ Force et Santé.”)
OBSERVATION II
Acné punctata et Pityriasis. — Mme A. D..., vingt-six ans, artiste lyrique, a, depuis cinq ans, des milliers de petits points noirs qui couvrent son front, son menton et son nez, ainsi que des petites écailles, grandes comme du son et parfaitement blanches, qui tombent en grande quantité de ses cheveux et de ses oreilles. Les points noirs épaississent la peau et entretiennent à sa surface un suintement huileux et luisant fort désagréable. Le cuir chevelu est dans un état permanent d’irritation qui amène progressivement ia perte prématurée des cheveux. En un mot, Mme A. D... est affligée d’une acné punctata de la face et d’un pityriasis du cuir chevelu et des oreilles. Je commençai le traitement, le 7 août 1890, par deux injections cl’un centimètre cube d’orchitine, et je continuai ainsi tous les deux jours jusqu’au 31 août. L’état-général s’était amélioré considérablement, et l’aspect du visage était sensiblement mieux. Mme A. D... s’absenta pendant un mois et recommença le traitement au mois d’octobre. Quand elle revint, je la retrouvai, à peu de chose près, dans l’état où je l’avais laissée.
Au 15 décembre suivant, Mme A. D... quittait Paris à nouveau, mais cette fois parfaitement guérie. Trente-deux séances et soixante-quatre iniections avaient suffi à ramener le bon fonctionnement de l’organisme. L’appétit impérieux exigeait une alimentation abondante, et la digestion était facile; la constipation, habituelle avant le
traitement, avait cessé d’elle-même. Le sommeil était excellent et réparateur. Au milieu de cette rénovation de la santé générale, l’acné et le pityriasis avaient disparu.
Dr Goizet.
(Extrait de mon livre “ Force et Santé.”)
OBSERVATION III
Eczéma chronique de la face. — Mlle G..., vingthuit ans, a, depuis dix ans, visité toutes les stations thermales et suivi rigoureusement toutes les médications qui lui ont été indiquées par les spécialistes les plus, renommés. Elle n’a que très rarement obtenu, une amélioration peu durable. C’est à peine si l'eczéma lui laissait quelques semaines de répit, sans jamais une seule fois disparaître tout à fait. Le visage est littéralement couvert d’une croûte épaisse fendillée par place. Les squames sont d’une épaisseur considérable. L’aspect est repoussant. Le bord des paupières, les lèvres, les narines sont envahies. La malade commence le traitement le 10 novembre, deux mois après son retour de la Bourboule.
Mlle G..., qui supporte admirablement les injections, a reçu, chaque semaine, du 10 novembre 1890 au 10 mars 1891, six injections d’un centimètre cube d’orchitine, soit au total 99 injections en trente-trois séances. Depuis le 20 février, il ne reste pas trace d’eczéma ; et, depuis le mois
de mars, bien que Mlle G... ait cessé le traitement d’une façon absolue, le plus petit retour offensif de la maladie ne s’est pas manifesté. Tout semble faire croire que la guérison est définitive.
Dr Goizet.
(Extrait de mon livre “ Force et Santé.”)
OBSERVATION IV
Ecthyma cachectique.— M. R..., quarante-trois ans,, est atteint d’un ecthyma cachectique bien caractérisé. Les deux jambes portent chacune 40 à 50 croûtes qui, sous une pression légère, laissent échapper un liquide sanieux, moitié séreux, moitié purulent. Sous ces croûtes existent des ulcérations profondes, grisâtres, dont l’aspect ne donne guère l’espoir de les voir marcher vers la cicatrisation. Le malade est dans un état effrayant de débilité et de mqigreur. Il a souvent de la diarrhée, et l’appétit est à peu près nul. C’est une cure dans laquelle je n’ai qu’une confiance très limitée, et que je n’entreprends que sur les supplications de M. R... Le 19 janvier 1891, je pratique une injection d’un centimètre cube d’orchitine, et je continue ainsi chaque jour sans interruption jusqu’au 31 janvier. Les forces du malade commencent à se relever, et la suppuration est moins abondante; l’appétit et le sommeil sont revenus, la diarrhée a cessé. Je continue le traitement par une séance de deux
injections tous les deux jours, pendant le mois de février; à cette époque, les croûtes sont sèches et la pression ne fait sortir aucun liquide. Les ulcérations sont guéries et l’état général du malade est très satisfaisant. Pendant tout le mois de mars, je ne fais plus qu’une séance de trois injections par semaine. Quelques bains suffisent pour provoquer la chute des croûtes; l’ecthyma ne révèle plus sa présence que par des cicatrices, et M. R.... est guéri. Dr Goizet.
(Extrait de mon livre “ Force et Santé.”)
Psoriasis généralisé. — M. V... C..., 43 ans, est affligé, depuis l’âge de 14 ans, d’un psoriasis disséminé par ilôts plus ou moins étendus et offrant une surface squameuse très épaisse. Les plaques occupent le cou, le visage, les bras, les coudes, les fesses, les cuisses, les genoux. Tous les spécialistes ont été consultés, toutes les médications essayées sans le moindre succès. A cinq reprises le malade a fait vainement à l’hôpita') Saint-Louis un séjour de plusieurs mois.
M. V... C... vint me consulter le 11 avril 1891, et je commençai les injections d’orchitine le jour même, à raison de un centimètre cube tous les jours. La médication fut ainsi continuée à la même dose jusqu’au 30 août, c’est-à-dire pendant 142 jours.
Le 28 avril le malade s’aperçut que les plaques pâlissaient, et, dès lors, la guérison s accentua de jour en jour pour devenir définitive au commencement du mois d’août suivant.
M. V... C... a cessé tout traitement le 30 août 1892 sans que la guérison se soit démentie un seul instant depuis bientôt cinq années. 142 inoculations ont été pratiquées; 142 centimètres cubes d’orchitine ont été injectés.
Aujourd’hui les injections de suc testiculaire constituent un des principaux éléments de traitement des affections cutanées rebelles à l’hôpital Saint-Louis.
Dr Goizet.